‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 135 sur 158 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

ÉTRUSQUES. Commençons par cesTyrrhéniens que nous croyons issus de Tharé, père d'Abraham. « Le Démiurge a créé le monde en six mille ans : dans le premier millénaire , le ciel et la terre ; puis, l'air ; ensuite la mer et les eaux continentales ; dans le quatrième millénaire, les deux grands flambeaux de la nature; au cinquième, les âmes de tous les animaux , et enfin Thomme. >» Notons qu'ici, comme dans la Genèse, les astres sont plus jeunes que la mer et les fleuves.

Chaldée. Les Chaldéens , descendants d'Arphacsad comme les Hébreux, nous ont laissé deux cosmogonies, (^ont Tune est la croyance populaire et l'autre un système philosophique, mais qui toutes les deux ne sont que dos Variantes du récit divin des Six Jours.

Cosmogonie nationale, d'après Bérose, « il fut un temps où tout était ténèbres et eau. » Le chaos apparaît ici le Premier, mais la suite nous prouvera qtfav2iTiV.\^ Oûa.ç^'Sk

U\ PEUPLES SEMITIQUES.

existait déjà Bélus ou le Seigneur, et avec lui les autm dieux ou les anges (i, 303).

« Dans ces eaux s'étaient produits d'eux-mêmes des monstres » dont Bérose décrit fort en détail les différentes formes t telles qu'on les voit figurées dans le temple de Bélus. y> Ces hommes à deux ou quatre ailes, à deux faces, à deux têtes ; ces hommes-taureaux, ces hommeschevaux, ces chevaux-chiens, ces chiens-chèvres ou poissons, etc., sont des êtres symboliques pareils à ceux qui se voient aujourd'hui encore sculptés sur les temples de rinde et de TÉgypte, et ces symboles, inintelligibles aux Chaldéens , appartenaient sans doute à la religion des premiers habitants de la Babylonie, qui étaient cuschites et çamites comme ceux du Nil et du Gange.

« Sur tous ces monstres régnait une femme, Omorca ou Thalatth , en grec la Mer, et aussi la Lune. > (V. 1. 1, p. 347, 373).

« Comme toutes choses étaient ainsi mêlées, Bélus ou Jupiter survint et partagea par le milieu cette femme (i, 245). Il fît d'une des moitiés le ciel (les eaux supérieures du second Jour), de l'autre la terre ( les eaux inférieures), et ordonna ainsi le monde. Les animaux monstrueux périrent, n'ayant pu supporter l'éclat de la lumière. » On voit que la formation du ciel comprend implicitement celle du soleil, de la lune et des astres. Le texte passe sous silence la création des plantes, mais elles étaient là avant l'homme et les animaux, comme le prouve la ligne suivante.

« Bélus, voyant la terre déserte malgré sa fertilité, or donna ù l'un des autres dieux de lui couper la tête, de pétrir la terre avec son sang (i, 245) et d'en former soii les hommes seuls, qui doivent à cette origine d'être doués d'intelligence et de participer de la raison diviiu*. isoit aussi des ^mm^^ni e.^^^\^% ^^ %\i]Q\^rter l'air. > I^

PEUPLES SÉMITIQUES. 4i5

sang de Dieu signifie son essence, sa nature, son esprit. Or, dans la Genèse, Adam, qui est rouge (adom) comme la terre (adamah) et comme le sang (dam, adam ) a été formé de la poudre de la terre, et a reçu de Dieu un souffle, une intelligence, un esprit de vie.

Enfin < Bélus acheva les étoiles, le soleil, la lune et les cinq planètes, » de même que TÉternel a achevé toute son œuvre le septième jour.

Un passage de saint Jérôme nous autorise à croire que les Chaldéens avaient conservé de la Vision cosmogonique un souvenir plus distinct encore que ne le donne î\ penser Bérose. Nous y retrouvons sans doute le dualisme de Dieu et de la matière : « Avant ce monde visible , il existait une nature invisible, informe (le chaos), éternelle et incréée, que la Nature supérieure (la Divinité) a coordonnée et rendue visible. » Mais Tordre des créations est mieux indiqué : C'est « d'abord le ciel avec les étoiles, puis la terre avec les plantes et les animaux, ensuite les eaux avec les poissons, les airs avec les oiseaux, et enfin l'homme, le maître du monde. »

Cosmogofïie philosophique acéphale, d'après Damascius et selon l'interprétation de M. Movers.

Tauthé. Apazon.

Aoymis. Daché et Dachos. Kissaré et Assoros.

Anos. lUinos. Aos, qui a de Dauké Hélus le démiurge.

Tauthé est thohou, la terre informe. % Elle est l'épouse d' Apazon ou l'ylmowr, le Désir (caKV^K\.^^ ^v\^

ii6 PEUPLES SÉMITIQUES.

mère des dieux » (i, 231, 318). Voilà le chaos fécondé par TEsprit de Dieu et produisant tous les êtres.

c De cet hymen naquit d'abord un fils unique, AoymisS qui est le monde intelligible formé de deux principes. > Ces deux principes sont l'Esprit divin et la matière, et d'autres écrivains disent en effet que les Babyloniens admettaient deux principes de toutes choses : Bélus, le Père, la lumière, le chaud, le sec, le léger, le rapide , et Mylitta, la Mère, les ténèbres, le froid, l'humide, le pesant, le lent (i, 424) *. Tauthé est donc la même que Mylitta, et Apazon est une simple forme de Bélus. Mais poursuivons. « Puis naquit d'eux une seconde génération, Daché et Dachos, et enfin une troisième, Kissaré et Assoros.>

Aoymé est (ghajim), la Vie.

* Âoymis est une correction de M. Movers pour Moymis. Moymis pourrait à la rigueur être Monimos:=Oannès ou la Sagesse divine; mais ce dieu national serait déplacé à côté de ses frères et sœurs, qui sont de pures abstractions, et nous ne le retrouverons point dans les cosmogonies analogues de la Phénicie.

* Un cachet babylonien, conservé au cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale à Paris, résume admirablement bien la religion dualistique des peuples de l'Euphrate : Au milieu une figure à deux têtes, l'une d'homme, l'autre de femme, qui portent une seule couronne. En face du dieu ou de Baal, un serpent radié, figurant le soleil ; en face de la déesse ou de Mylitta, un serpent dont la tête est surmontée du croissant, et qui symbolise donc la lune. Au-dessus de la figure , trois étoiles qui représentent tous les astres. Sous ses pieds, un disque qui ne peut être que la terre. Entre la figure et le» deux serpents, deux oiseaux qui signifient l'esprit de vie qui part de Dieu , et pénètre le monde solaire ou diurne et le monde lunaire ou nocturne. Derrière le serpent solaire, une flamme, symbole da principe actif, et derrière le serpent lunaire, la roue qui résume le monde issu des eaux lunaires du chaos. Sous le premier serpent, on vase allongé, qui contient les forces vitales de l'univers, et sous l'autre serpent,* une coupe é'^ï&ée <\ui est prête à recevoir les forces renfermées dans \e vase ^oVwxe.

Dachos et Daché sont le Choc et la Friction (douch, DAGHAH, etc.)'

Kissaré et Assoros, Tî/mon et la Coordination (qasghar, lier; ghasghar, rassembler y ordonner).

Ce qui signifie que l'action de l'Esprit de Dieu sur la terre informe a éveillé, d'abord, dans les matières inertes du chaos la ine (ou la lumière du premier Jour) ; que la vie en a agité les particules qui se sont heurtées^ frottées, brisées les unes contre les autres (i, 320), et que ces chocs tumultueux des atomes ont abouti h leur combinaison et à leur harmonie.

Ces ingénieuses spéculations des plus anciens philosophes de la nature s'intercalent dans le l'éseau de la tradition primitive sans le briser. « De Kissaré et d'Assoros sont nés Anos et Illinos , et Aos. » Anos est Y Inférieur («ANC , «ana) ; Illinos, le Supérieur («iLi, «ilin) , ou les deux moitiés d'Omorca , ou les eaux supérieures et les eaux inférieures de la Genèse.

Aos est de nouveau une conception purement philosophique. « Il est l'époux de Dauké et le père de Bélus le démiurge.» M. Movers pense qu'Aos est un second Aoyra, et Dauké une autre Daché. J'aurais plutôt expliqué Dauké par douq, regarder autour de soi, observer. En tout cas, on voit que l'Esprit et la matière, qui s'étaient confondus pendant la fermentation du chaos, se séparent de nouveau lors de la formation du monde. La matière se manifeste sous la forme du ciel et de la terre (illinos et Anos), tandis que la vie spirituelle, invisible, revêt celle de Bélus, du dieu qui achève de façonner le monde , et qui doit désormais le gouverner, en veillant avec attention sur tout ce qui s'y passe ^

* U est difficile de snpposer qae le même mot chaldéen ait été fendu à deux lignes de distance, ici par Daché, là par Daoké^ et \l est également de comprendre que Bélus , qm eal \^ ^€ttfiN^^ \a

ii8 PEUPLES SÉMITIQUES.

Phénigie. On possède cinq cosmogonies phéniciennes, dont une au moins est le produit de spéculations philosophiques , mais qui toutes ont pour base la tradition révélée.

!" D'après Sanchoniaton , « Elion a,. de Béroulb son épouse, le Ciel et la Terre. » C'est-à-dire : Le Très- Haut a créé (barâ) le monde (i, 429).

2" D'après le même. Du vent Kolpia et de sa femme Baau, qui est la Nuit, naquirent la Vie (JEon) et le Premier-Né » (i, 213, 318). Le Premier-Né est le même qu'iEon. Le sens est que la voix ou FEsprit de DiVu (Kolpia) en planant sur la terre informe et vide (Baau) a fiut naître en premier lieu dans la matière la vie (iEon). C'est ainsi qu'Ayom en Chaldée est le fils aîné d'Apazon et de Tauthé.

3*^ D'après Eudème, disciple d'Aristote , dans Damascius : « les Sidoniens plaçaient avant toutes choses le Temps, le Désir et la Nuée (i, 232, 320, 376). Du Désir et de la Nuée, qui sont les deux premiers principes, sont nés l'Éther et le Souffle (Aura). Ils entendent par l'Éther l'intelligible, pur de tout mélange, par le Souffle le type primitif de la vie animale, auquel l'Éther imprime le mouvement. Le Désir et la Nuée ont ensuite produit un Œuf (i, 376) par la raison intelligible. » Cette généalogie esi à peu de chose près identique à celle des Chaldéens. Le Temps=Bélus.

Le Désir=Apazon. La Nuée=Tauthé.

(Principe mâle.) (Principe femelle.)

Ether )

et > = Ayom et Aos.

Aura ) L'œuf cosmique = Kissaré et Assoros.

(se brise en deux parties) = Anos et Illinos.

Japiter, le dieu naûouaV d<i% Chaldéens, ait les atomes pour mèrf . Cette généalogie seT«àX eu Q^^o«v<vi\i w^^ \a\i\fe \». teligion de ce peuple.

PEUPLES SÉMITIQUES. i49

IjA seule différence porte sur ridée de la vie : les Chaldéens admettent que la vie (Ayom) apparaissait d'abord dans son unité, et qu'elle ne se divisait en vie matérielle et en vie spirituelle que vers la fin de la création, tandis que selon les Sidonîens la vie spirituelle (Éther=Aos), qui produit les âmes raisonnables, et la vie physique (Aura), qui anime les corps, ont été toujours distinctes.

4® Cosmogonie de Mochus, d'après Damascius. Mochus, qu'on fait vivre avant le siège de Troie, passe pour le père de la philosophie atomistique (i, 320) ; aussi foit-îl disparaître de son système le nom de Dieu, et donne-t-il un sens nouveau aux termes en usage dans la religion de son pays. Avant le chaos, plus d'Elioun, plus de Temps. Au lieu du Désir, principe mâle , spirituel et divin, un principe mâle, matériel comme le principe femelle, sous le nom d'Éther. La vie impérissable du monde identifiée avec le vent. Voici le système de ce philosophe athée :

< L'Éther, et L'Air (=la Nuée=le Chaos) furent les deux principes de toutes choses. »

c D'eux est né Oulomos («^olam , le temps éternel), le dieu intelligible, l'intelligence intelligible, le vent Un, » ou ce monde abstrait, idéal, que nous connaissons déjà sous le nom d'^Eon.

« Oulomos (androgyne [i, 361] comme l'était sans doute .€lon et Ayom) produit de lui-même d'abord Chusorus, puis l'Œuf. Chusorus est celui qui ouvre (et commence la production des choses visibles, une espèce de Janus), la puissance intelligible qui la première opère des distinctions, des séparations dans la nature indistincte (ou dans le chaos), V ordre (ghosgher) qui suit immédiatement l'être intelligible (ou Olam) ; enfin il est les deux

venls du sud-ouest et du sud, Lips et Notus. L*œuf s*est brisé en deux parties qui ont formé le ciel et la terre*. >

5<» Philon de Byblos a placé en tête de son Sanchoniaton une cosmogonie t que Taaut, prétend-il, avait déduite de conjectures et de preuves, » et qui est celle de Mochus altérée par l'introduction d'éléments contradictoires, augmenté de fictions puériles, et interprétée d'après les principes d'Evhémère.

« Le commencement de toutes choses fut un air ténébreux et agité par le vent, ou le souffle d'un air ténébreux (l'Éther de Mochus), et un chaos bourbeux et obscur (l'Air de Mochus, la Nuée des Sidoniens, Baaut) ; l'un et l'autre infinis (dans l'espace), et d'une durée immense. »

L'Air ou le Souffle prend ici la place de l'Esprit de Dieu, du Désir ou de Kolpia. Aussi VfkWon ajoute-t-il que « le Souffle, l'Esprit s'éprit d'amour pour ses propres principes, et leur union fut appelée Désir. » Ce Désir, que le Souffle fait sortir de son propre fond, est donc identique avec son père.

c< Le Désir fut le principe du mouvement de toutes choses. » C'est ce que les Chaldéens exprimaient en donnant pour premier fils, à Apazon et à Tauthé, Ayomis ou la Vie.

« Le Souffle ne reconnaît pas sa propre création, et de leur union naquit Mot, qui est, suivant les uns, le limon, selon les autres *, la corruption d'un mélange bu-

» Les disciples de Mochus qui faisaient Lips et Motus antérieurs à Oulomus, s'éloignaient moins de la tradition que leur maître : car ces vents s'identifiaient alors avec Colpia.

s Ces autres sont les matérialistes égyptiens , qui croyaient ivec la foule que des animaux naissaient spontanément de la terre imprégnée des eaux du Nil débordé, et qui appliquaient ce ftit prétendu à la créatiou d^sfeT^mw^ ^\.x%%v

mîde. D On est surpris de voir Phiion s'obstiner h faire sortir toutes choses du Souiïle seul, tandis qu'il est parti je deux principes, et qu'il devrait expliquer par l'union iu Souffle et du Chaos l'apparition des eaux ou la transformation de la matière informe en eaux. Il veut être à la fois dualiste comme Mochus , et unitaire à la manière l'Anaximandre , qui reconnaissait dans l'air l'unique principe du monde. Quoi qu'il en soit. Mot, dont l'étynologie est contestée*, représente les eaux du chaos.

« De Mot sont nées toutes les semences de la création, Bt la génération de toutes choses. Or il y avait certains animaux dénués d'intelligence, desquels naquirent des animaux intelligents, qui furent appelés Zophasémim ou les surveillants des cieur, et dont la forme était semblable à celle d'un œuf. » Ces animaux ovoïdes qui, encore endormis, surveillent les cieux, sont la croix de tous les interprètes de Sanchoniaton. Nous proposons de lire au lieu de Tsophei schamajim , Beitsei schamajim , les êtres ovoïdes, les œufs des cieux, et d'identifier ces êtres-là avec les semences de la création issues de Mot. On aurait ainsi, flottant dans les eaux célestes du chaos, des monades dont la forme était celle de l'œuf cosmique, et qui, à leur première origine, semblaient douées d'une vie purement physique, mais en qui se développait peu a peu Tintelligence.

« Puis Mot s'éclaira, » s'illumina, et en même temps parurent « le soleil, la lune, les étoiles et les grands astres » (les planètes?).

Phiion oublie la formation de la terre , et il passe des astres aux animaux. Sa zoogonie est une pure fiction ;

* Rôth propose Mo, l'eau. Job, ix, 30, dont la forme féminine Serait Moth ; Bochard, Mod, la matière première ; Grotius, Mot, en grec MOTHOS, tumulte du chaos ; Movers a recoars à l'Egypte et a Muuth, la mère, un des noms d'Isis.

aussi est-elle sans analogues, à nous connus, dans toute TAntiquité.

«< L*air (Mot) s'étant ainsi illuminé, la mer et la terre s'enflammèrent aux rayons ardents du soleil , et cet incendie produisit des vents et des nuées, et de très-grandes pluies. Ensuite, quand les éléments, que cet embrasement avait séparés et chassés de leurs lieux, se furent de nouveau rencontrés dans l'air et réunis, il se forma des éclairs et des tonnerres, dont les éclats éveillèrent les êtres vivants (ovoïdes), qui furent épouvantés de ce fracas, et les êtres mâles et femelles commencèrent à se mouvoir sur la terre et dans la mer *. »

Après les animaux vient l'homme. Philon garde un profond silence sur sa création, qui doit en effet embarrasser beaucoup les évhéméristes. Pour combler cette lacune , il appelle à son secours les dieux-vents de Mochus, fait d'eux des hommes, et leur associe Kolpia. Cet étrange écrivain, tantôt a l'air de se rire de ses lecteurs, tantôt sauve du naufrage les traditions les plus précieuses. Il dit donc que « Notus, Borée et les autres Vents furent les premiers qui consacrèrent les plantes que produit la terre ; ils en firent des dieux, et se prostemèrenf devant ce qui était leur nourriture, ce qui avait été celle de tous leurs prédécesseurs, ce qui devait être celle de leur postérité, et ils inventèrent les libations. Un tel culte était en harmonie avec leur infirmité et leur lâcheté. » Philon se complaît ici à jeter à pleines mains le ridicule sur l'origine de la religion, puis il ajoute le plus gravement du monde : < Ensuite, du vent Kolpia et de sa femme Baau, naquirent /Eon et le Premier-Né. b

* Vico a pareillement fait naître chez rhomme, de la peur inspirée par la foudre, le sentiment religieux. On ne sait vraiment comment un tel génie a v^ ^xiteiàt ^Tv«>)&KCfift\A ^ine telle folie.

EGYPTE. 453

EGYPTE

L'antique cosmogonie de TÉgypte se déduit de ses triages, que nous connaissons déjà. Nous passons donc sous silence ce que les philosophes alexandrins et le faux Hermès rapportent des doctrines du peuple du Nil sur les origines des choses. Gœrrès, avec le génie de combinai - ^n qu'on lui connaît, a fait une magnifique mosaïque de petits fragments épars en vingt endroits ; mais il a confondu tous les siècles, et il écrivait avant les découvertes de Ghampollion. Nous noterons seulement ici que, d'après Hermès Trismégiste, les âmes ou les génies, que le Démiurge avait faits a son image, et qu'il nommait ses fils, ayant reçu la mission de former les animaux, furent teHement fiers de leur ouvrage, qu'ils abandonnèrent les demeures qui leur avaient été assignées. La suite de leur désobéissance fut un violent amour pour la séduisante Nature. Leur hymen produisit la forme irrationnelle, le corps grossier dans lequel Hermès reçut l'ordre d'enfermer ces âmes comme dans une prison, et qui devint ainsi l'instrument de leur punition. Elles peuvent retourner au ciel si elles se tiennent à Tabri du péché; autrement elles renaissent dans différentes espèces d'animaux.

Grège. On peut bien dire que chaque peuplade grecque avait sa cosmogonie particulière , que nous pouvons reconstruire avec le secours de ses mythes et de son culte. Ainsi, à Sparte, Zeus et Léda, ou Dieu et le Chaos, produisent Castor et Pollux, ou le monde mi-diurne, mi- Qocturne ; à Délos, le monde représenté par le Soleil et la Lune est né de Zeus et de Lélo ; \vç;o^ wv\ç>vi\V, ^xi.

1»!» ic" i*-i. :iaiE- IiiMie-^ -i.na. Jes. San et les êtres -M« «âoS' f •»-'^ïii -ç DK ^-îîi^.-? . m ài -fien des eaax

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Puis ^ile -5Bibiia ^ ^ruKles MoDtagnes, gracieuses ?«traiiHs iifs >yxiiçte^ EBe devint aussi mère, par elle «*vie. ie P«.^iedkw b i^^ stérile aux flots bouiHonuants.»

kî He»>ie. :^ devrait, poarsniiram son récit, parier •ie la cnntMHi des piaules, des astres, des animaux et de fkflHK. ^tmAùBse la légende et passe ao mythe des

Les Orphiqtt» aiaieni aussi leor cosmogonie, dont on potssède plosiears versions. Elle a de commun avec celle d'Bêâode \e Q»o& ^ VAmour; elle en diflEère par Tac-

pelons ici que l'œuf et le Dieu suprême à Sparte faisaient partie de la religion populaire.

Cosmogonie orphique vulgaire. Au commencement fut le Temps, qui ne vieillit point, sous la figure d'un serpent (i, 251, 376). Il engendra le Chaos sans limite, ainsi que rÉtber humide et le ténébreux Érèbe, et produisit dans le Chaos un œuf enveloppé dans un nuage ou un ▼oile, qui plus tard se déchira. De Fœuf sortit alors Phanès avec des ailes d'or, une tête de taureau sur ses épaules, et sur sa tête un serpent. Il était mâle et femelle à la fois, et il s'appelle encore le Premier-Né, Pan et Jupiter*.» (I, 234,361,380.)

Dans d'autres fragments orphiques Phanès a précédé le Chaos et prend la place du Temps ou l'Étemel.

Cette secte était monothéiste au point d'imaginer Zeus, le créateur ou l'ouvrier de toutes choses , s'entretenant avec la Nuit immortelle ou Maïa (la terre informe et vide) sur la formation du monde. Le démiurge n'a sans doute pas tiré du néant Maïa ou le chaos, mais il est bien éviden\ment un être vivant et personnel. La Nuit , dans sa réponse, parle de la chaîne des êtres, à laquelle Homère fait allusion sans en comprendre le sens '.

Autre cosmogonie , d'après Cédrenus. « D'abord le Temps, être incompréhensible, supérieur à tout, antérieur à tout, et démiurge de tout. Ensuite apparaît l'Éther, que Dieu a fait. Des deux côtés de l'Éther étaient le Qiaos et la Nuit redoutable, qui embrassait toutes choses et recouvrait tout ce qui était au-dessous. Puis la Lumière, déchirant Téther, illumina la terre qui était in-

^ Cp. AyompsOolomos androgyne=;i£on et le Premier-Né.

* Orphîca d'Herman. te, x, p. 471. Cp. dans les traditions musulmanes, le dialogue de Dieu avec la Terre au moment où il va créer l'homme.

i:)ù PEUPLES INDO-CELTIQUES.

visible dans la nuit, et toute la création. Or cette lumière était cet être supérieur à tout » (ou Dieu uianifesté). Ce qui suit a peut-être été altéré par un écrivain chrétien : < Cette lumière se partage en trois rayons , la Sagesse, la Lumière et la Vie (ou plutôt le Vivificateur) , et ces (rois puissances divines sont une seule puissance, c*est-àdire le Dieu invisible dont nul ne peut connaître la forme et la nature. De cette puissance sont nés et les Principes incorporels, et^le soleil , la lune, les astres , la terre, la mer, les choses visibles et les choses invisibles. La race des hommes a été formée de terre par Dieu même , et a reçu de lui une âme douée de raison. Toutes choses oni été faites par les trois noms de la Divinité unique, et Dieu est tout. »

Simplicius dit aussi que les Orphiques admettaient une cause unique de toutes choses, le Temps, après laquelle étaient venus TÉther et le Chaos.

La cosmogonie suivante des Orphiques fait le chaos éternel et ne mentionne pas la Divinité. Elle est acéphale.

D*après Damascius : « Teau était le principe de toutes choses. Dans Teau se déposa un limon*. De lun et de l'autre naquit un serpent ayant une tête de bœuf et une de lion, entre elles une figure de Dieu (i, 260 et â6i|. Son nom était Hercule ou le Temps. Il produisit un œuf immense, tout rempli de la force de son auteur. Cetœaf se brisa en deux parties, dont Tune devint le Ciel el l'autre la Terre (i, 379). Ce Ciel , uni à la Terre, engendra les Parques, les Centimanes et les Cyclopes... 11 est mutilé par Cronus... Zeus a de Déméter Proserpine... et de Proserpine Bacchus. »

Dans un hymen orphique , éminemment panthéiste Zeus, le premier et le dernier, mâle et femelle, tête, mi-

• Cp. Mot, àttus V\v\\o\\.

PEUPLES INDO-CELTIOUES. ^57

iea et racine de toutes choses, est lui-même le monde ; Éther incorruptible est son esprit auquel rien n'échappe, 3 soleil et la lune sont ses yeux ; Tair est sa poitrine, la erre son corps , la mer sa ceinture ; les racines de la erre sont ses pieds (i, 246).

I%érécyde de Syros, qui est aux confins de la religion t de la philosophie , admit trois principes : Zeus, qui •t le Dieu vivant ; le Temps, éternel comme Zeus, mais [ui est ici une simple personnification de l'idée abstraite le durée, et Chthonie ou le Chaos qui était (et non pas [oi €8$). Chthonie prit le nom de la Terre, qui reçut tous es dons de Zeus. — De Faction de Zeus sur Chthonie sont tés les cinq éléments, Teau , l'air, le feu , l'éther et la erre 9 qui ont donné naissance à autant de classes de lieux et d'êtres. — Phérécyde comparait le monde à un irbre ailé , et disait que Zeus avait tissé un grand et beau die où il avait dessiné la terre et l'océan (i, 366, 433).

Scandinavie. Dans la cosmogonie de l'Edda, l'élémenli niditionnel est enfoui sous une telle masse de mythes tecurs que, pour faciliter à nos lecteurs l'intelligence le ce texte, nous devons le faire précéder de quelques ibservations.

Ici, comme dans Homère, le chaos est le premier, et ai divinité naît de la matière, de la terre; mais la terre ist remplacée par son symbole, la vache. Puis, l'Esprit lémiargique, l'Amour, le Désir, a presque entièrement Hapani, et avec lui l'œuf cosmique. En outre, si Odin et es Ases correspondent à Jupiter entouré de ses dieux tiympieus, le prédécesseur d'Odin n'est ni un Saturne, li un Uranus, ni un Océan, mais une divinité panthéiste, 10 dieu-monde, tout pareil au Zeus macrocosme des Orihiqaes , un homme grand comme l'univers, le géant ifmir. Mais les Antédiluviens étaient tous des géants, et ^oilà qu'Yniir est devenu le père de la pvxmWÀN^ \\\vçvy\-

.ir>8 PlftjPLES INDO-CEI.TIQUES.

n\u'\ Cependant ces géants n'étaient pas de vrais hommes, et comme ils ont tous péri dans le Déluge, la création de rhomme s'est trouvée n'avoir eu lieu qu'après ce cataclysme. Enfin, au lieu du principe divin, mâleei spirituel et du principe contraire des cosmogonies orientales, les Scandinaves ont emprunté à la géographie de leur patrie l'opposition d'une région boréale des glaces, du froid, des ténèbres et des eaux, et d'une région méridionale ardente et lumineuse (i, 426).

« H fut un temps où rien n'était, ni sable , ni eau, ni ondes salées, ni terre , ni voûte céleste, ni herbe. > Cet espace vide s'appelle Ginnungagap, l'abîme qui bâille et s^entr^outre,

'( Au nord de cet abîme était Niflheim, la demeure an nuées (i, 319, 320) ; au sud, Muspelheim, la demeure dt$ flammes, qui est le royaume du dieu Surtur qui viendra a la fin des temps incendier le monde. »

« En Niflheim était une source, Hvergelmir, le vasertteutissanty d'où sortaient douze fleuves aux eaux empoisonnées, les Elivagar, ou les flots étrangers. Leurs flols, en s'éloignant de la source, se congelèrent et remplireil d'immenses glaciers, toujours croissants, le côté septentrional de Ginnungagap, où régnaient les tempêtes. Le côté méridional était au contraire paisible, tiède et Ismineux. Cette douce et bienfaisante chaleur, en arriviM aux glaces, les fit fondre, et par la puissance de celui qa l'avait envoyée (Suitur), les gouttes qui tombaient prirent vie. Il se forma ainsi un être de figure humainCi Ymir(i, 246), le Bruyant, ou Œrgelmir, le limon pi bruit (les particules de la matière primordiale qui s*ag^ tent et se heurtent avec bruit»).» Dans la Genèse, l'Esprit

• D'après d'autres textes, les gouttes des eaux empoisonna forment eu un g,OauV> ^t le géant, une fois formé, reçut étincelles et deVîvrvVewt Oie N\\Ji«ve\>Mb\\oi.

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te Dieu plane sur le chaos et le réchauffe ; en Chaldée, în Phénicie, il est Tcpoux du Chaos qu'il féconde; mais, Lans TEdda, à peine reconnaissable sous le nom de Surar, il demeure à une distance immense de Niflheim, qui !St le vrai chaos. D'ailleurs, l'eau est bienTci comme parout l'élément primordial.

c Ymir, pendant son sommeil, se mit ù transpirer: lOus son bras gauche se formèrent un homme et une èmme, et ses deux pieds engendrèrent un fils à six têtes, î'est d'eux qu'est née la race des géants de la gelée, DUS méchants comme leur aïeul Ymir. » Ces géants sont, lYons-nous dit, les Antédiluviens. Cainites d'origine ou le cœur, ils sont tous ennemis des dieux. Ils naissent de a sueur de Dieu, comme en Chaldée de son sang.

Cependant, « lors de la fonte des glaces primordiales, ^t aussi née la vache Audhumbla , riche en liquides nécietix (i, 358, 504). De sa mamelle découlaient quatre Drrents de lait, qui fournissaient à Ymir sa nourriture. Slle-méme léchait les blocs de glace qui étaient salés ; lu soir du premier jour sortirent de cette glace des cheveux d'homme, le lendemain parut une tête, le troiii^e un homme entier, du nom de Buri. Beau, grand ^ fort, il eut un fils, Bôr. Celui-ci épousa Bestla, fille d'un les géants, et il eut d'elle trois fils, Odin, Wile et Wé, qui régnent au ciel et sur la terre. » Dès qu'Ymir, le monde rirtuel et intelligible, était devenu un être méchant et le ^ère des Cainites, il n'était plus possible de faire naître le lui la race des dieux, et cependant on croyait qu'elle §tait une partie intégrante du monde. On imagina donc le placer à côté d'Ymir un second monde, qui serait la lioublure du premier, mais qui, par la pureté de sa nature, serait digne d'être le père des Ases, et l'on eut re cours au symbole antique de la vache. Audhumbla correspond trait pour trait à Aboudad. Le lait qu\sovv.d'^VVè.

marque qu'elle est la source abondante et bienfaisante de toute vie, et de plus, elle lutte avec succès contre l'action délétère du mal, ainsi que le prouve le sel dont elle se nourrit et qui est le gi*and préservatif conU^ la corruption. D'elle naît d'abord le Père (Buri, derGebj:rende) et du Père, le Fils (Bôr, der Geborene), et du Fils Odin. Mais Odin et les Ases ne sont pas plus exempts de péché que les dieux de l'Olympe grec , et comment expliquer l'existence du mal dans le cœur des dieux autrement que par le mariage de Bôr avec une fille de ia race malfaisante d'Ymir?

« Les fils de Bôr tuent Ymir, dans le sang duquel furent noyés tous les géants, sauf Bergelmer (=Noé).

« Puis les trois dieux prii*ent le corps d'Ymir, le jetèrent au milieu deGinnungagap, et en formèrent le monde: de son sang la mer et les eaux ; de sa chair, la terre; de ses os, les montagnes ; de ses dents, de sa mâchoire et de ses ossements brisés, les pierres et les rochers; de son crâne, le ciel, que supportent quatre nains, et de sa cervelle, l'air et les nuages. Les étincelles que jetait Mus* pelheim devinrent les astres.

« Gomme les fils de Bôr marchaient sur le rivage de U mer, ils trouvèrent deux arbres. Us les prirent, leur donnèrent, le premier, l'esprit et la vie, le second, l'intelligence et le mouvement, le troisième, le teint fleuri, U langue, l'ouïe et la vue, et les firent homme, Ask (chétu) et femme, Embla (aune). C'est de ce couple qu'est né tout le genre humain. La race des Ases est issue d'Odiu et de Frigga (ii, d3). »

Nous intercalons au milieu des peuples indo-celtiques les Finlandais, qui ont certainement fait à leurs voisins de nombreux emprunts. La cosmogonie du Kalévala (h 318) suppose l'existence d'Ukko, le dieu suprême (it 139), dont eWe ne ^^\\^ ^^^«v«^ q^ja traositoiremeott

: représente la Fille de VÀir (i, 213, 320, 355), vierge 'une rare beauté, vivant solitaire et triste dans les vasîs espaces du vide. Elle descend sur les flots de la mer éserte. Un vent impétueux (Kolpia), soufflant de Test, >ulève des vagues immenses sur lesquelles se balance la ierge, et il la rend mère. La mère des eaux porte sept ents ans son enfant dans son sein, attendant sa délirance dans de grandes douleurs. Enfin elle invoque IkkOy et voici un bel oiseau , un canard ( i, 219, 376, 79) vole vers elle. Il cherchait une place pour y faire on nid et n'en trouvait aucune. Alors elle élève hors des ots ses genoux ; il les prend pour une colline et y déose six œufs d'or et un septième de fer ^ H les couvait epuis trois jours, quand la Fille de l'air, sentant ses geoux lui brûler, les agita violemment et fit tomber dans I mer les œufs, qui se brisèrent. Leur moitié inférieure jrma la terre^ Vautre moitié la voûte céleste^ le jaune le oleil, le blanc la lune. Cependant la mère des eaux naeait toujours dans les flots silencieux que recouvraient 5S nuées. Ce ne fut qu'au bout de neuf ans qu'elle éleva a tête hors de la mer, et sous sa main, sous ses pieds, chacun de ses mouvements, naissent les iles, les golfes, » écueils, les montagnes, les plaines. Trente ans après ort de son sein son fils, Wâinâmôinen, le puissant maîden (le dieu des harmonies de la nature et le repréentant de la première humanité).

I Ces sept œufs correspondent aax six jours cosmogoniques, et celui de Th amanite. Mais ce trait est sans doute emprunté au hristianisme. Une autre tradition ne parle que d'un œuf que Toisaa dépose dans un nid de cuivre qu'il avait construit dans un ateaa ; et de l'œuf d'or sortit un veau marin , emblème de tout le ègne animal, qui commence par des animaux aquatiques. (Mone, . 1, p. 580

Sla\^es et Celtes. Pas de légendes cosmogoniques. Leurs doctrines sur les origines du monde doivent se déduire, comme pour TÉgyptc, de leurs théologies.

Perse. Dans sa cosmogonie, Zoroastrese propose bien moins de raconter comment le monde a été formé que de décrire la lutte d'Ormuzd et d'Abrîman pendant la première moitié de la durée de Tunivers. Aussi aurions-nous laissé entièrement de côté la Perse si les fictions de son l^islateur ne supposaient pas Texistence antérieure de ces traditions primitives dont nous cherchons partoal les débris.

11 est vrai que Zoroastre ne parle point du chaos. Mais le chaos est incompatible aiFec la doctrine des deux Principes : ténébreux, il ne peut être l'œuvre d'Ormuzd,qai est la lumière ; matière d'où a été tiré le monde, il n'aurait pu être créé par Ahriman que si le monde eût été tout entier impur. Par une raison analogue, la lumière est antérieure à la nuit, parce que la lumière physique, qui a paru après le chaos, se confond chez les Perses avec la Divinité éternelle, dont elle est à la fois l'essence, la demeure et le symbole. Cependant le chaos a laissé dans le Zend-Avesta quelques vestiges de son existence; on y lit, par exemple, que « la terre a été tirée du monde existant » (i, dî>7).

Si la cosmogonie perse ne part pas du chaos, au moins a-t-elle, comme celles de la Genèse et des Étrusques, six périodes, et s'élève-t-elle aussi des éléments à l'homme. Même la lumière et les cieux y sont antérieurs aux astres» l'eau ù la terre, l'homme à la femme. Mais il faut reconstruire, de fragments épars, ce tableau de la création, qui est aussi confus que celui de la Genèse est plein de précision, d'originalité et de vie (ii, 376).

Zoroastre savV, d!^\\\çi\iY§, que les anges existaient déjà avant la créaliotv àe woVce\!ûsyûàfc> oj^fc V. \ûaS. 4uît plus

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ancien dans les cieux que sur la terre, et que la mort de l'homme provient du prince des puissances malfaisantes ja\ peuplent le monde invisible.

A ces éléments de la tradition primitive se sont ajoutés e souvenir confus d*un Adam homme-femme ( ii, l/>) \ 3i le mythe symbolique du taureau Aboudad , (|ui figure la vie répandue dans le monde entiei* ( i, 247, 260, 378, Î79. 290).

Tels sont les matériaux que Zoroastre a trouvés sous ^ main et qu'il a fait entrer dans son système dualisti- []ue, où Satan est un dieu, où le dieu du mal est si bien jîeu qu'il crée de toutes pièces des anin)aux, où ce dieu créateur triomphera pendant trois mille ans du bon Principe, où tout repos, tout sabbat, est impossible en piésence d'Ahriman, où la terre n'est plus que « le séjour de la crainte,» et où l'homme est devenu mortel non par une séduction et par sa propre faute, mais par la violence, (Mur un vrai meurtre*.

Im>E. La littérature sanscrite abonde en cosmogonies. Sous transcrivons ici celles que contiennent le livre de leurs Psaumes, ou le Rig-Véda, et leur Pentaleuque, ou les Lois de Manou.

* Le Zend-Avesta ne dit pas eu toutes lettres que Kajomorts fût indrogyne; mais on y lit que : « de sa semence naquit un reivas H, i3), dont la tige représentait deux corps si bien unis qu'on ne voyait pas quel était le mâle et quel était la femelle , et cet arbre porta pour fruit dix espèces d'hommes (ii, 154). L'un de ces couples ht Meschia et Mescbiané (ii, 9). » Dans la cosmogonie perse, les ndividus , les sexes , les espèces sortent d'un être unique qui les sompreud tous en germe, et qui est virtuellement à lui seul ce lu'ils sont chacun en particulier. Comp. Rhode, p. 383 sq.

* Nous supprimons notre résumé de cette cosmogonie, parce iu*il ne s'accorde ni avec celui de Gœrrès, ni avec celui de Rhode, it qu'il faut attendre que M. Spiegel nous ait donné de tout le ieud-Avesta une traduction moins inexacte que celle d'\u(\u.etiU

Ifii PEUPLES INDO-CELTIQUES.

I.o FUg-Véda parle très-souvent de la création, de la (ondation, de la formation du monde ou de sa naissance. Mais il ne le fait d'ordinaire que transitoîrement , et Ton ne peut déduire de tous ces textes qui se contredisent un corps de doctrine. En effet, les poètes sacrés dont les hymnes composent ce recueil, se sont plu à exalter les grandes divinités les unes au-dessus des autres, en attribuant tour à tour à chacune d'elles l'œuvre même de la création. Ils ne distinguent point d'ailleurs avec précision la conservation du monde, de sa production originaire : chaque matin est pour eux la répétition dn premier matin, et la nature leur semble chaque soir prête à rentrer dans le néant. Puis ils imaginent que c'est la piété de l'homme, que c'est son sacrifice qoi donne à la divinité sa force, sa vie, son existence, et aux choses visibles leur permanence ; aussi les voit-on rapporter aux Pères, c'est-à-dire à leurs premiers ancêtres, la formation de l'univers. Cependant, au milieu de leurs pensées contradictoires , l'opinion qui prévaut est celle qui attribue au Ciel et à la Terre l'origine de tons les êtres visibles et invisibles, humains et divins, bons et méchants. Ce mythe se retrouve bien sans doute dans Sonchoniathon, dans Hésiode; mais il y fait partiede tout un vaste système théogonique, tandis que dans le Rig- Véda il est entièrement isolé (i, 529).

Mais le Rig-Véda contient un hymne cosroogonique â Paramatma, qui aurait pu se chanter à Babylone, à Sidon, en Grèce aussi bien que dans les plaines de Tlndus et du Gange, que Platon aurait applaudi, et qui semble à plusieurs égards une simple paraphrase du second verset de la Genèse * :

« Alors il n'existait ni être, ni non-étre» ni ciel en haut,

* IV, 421 . Uymne Ixa^xùX ^%\«k ^« Ciq\«\^t<m1^9,

ni terre en bas, ni jour ni nuit, ni mort ni vie. Tout était confondu. C'étaient des ténèbres entourées de ténèbres, des abîmes , des eaux sans impulsion. Lui seul respirait, sans souffle, renfermé en lui-même (i, 162). 11 n'existait que Lui. 11 reposait au sein de ce chaos.

« C'est par la force de sa piété ou de sa méditation que naquit le grand Tout. Au commencement TAmour fut en Lui (i, 232), et de son esprit jaillît la première semence.

« Les Sages (i, 303), par le travail de rintelligence, parvinrent à former l'union de l'être (le divin, le spirituel) et du non-être (le matériel). Leur rayon partit en s'étendant en haut comme en bas. Ils étaient grands. Us étaient pleins d'une semence féconde.

t Qui connaît ces choses? Qui peut les dire ? D'où viennent les êtres? Quelle est cette création ? Les dieux ont été aussi produits par Lui. Mais Lui, qui sait comment il existe?

« Celui qui est le premier auteur de cette création , la soutient. Et quel autre que Lui pourrait le faire ? Celui qui du haut du ciel a les yeux sur tout ce monde, le connaît seul. Quel autre aurait cette science ? »

Un second hymne, plus théiste encore et plus fidèle à la tradition que le premier, nous offre un Dieu qui produit le monde, son Esprit planant sur les eaux, et l'œuf cosmique. C'est le chant * adressé au « grand et sage Wiswacarman, en qui les sept Richis ne font qu'un être supérieur > (de même que dans les Révélations de saint Jean les sept Esprits sont la personnification des sept vertus de l'Esprit de Dieu). « Ce dieu incréé a dans sa sagesse enfanté d'abord les Eaux (du chaos) , et ensuite le Ciel et la Terre. Il a engendré, il contient , il connaît tous les êtres. Dieu unique, il a fait les autres dieux (les

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