‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 138 sur 158 · EGYPTE. BASQUES · texte numérisé non relu

EGYPTE. BASQUES

le Déluge et en avait absorbé toutes les eaux. Le culte qu'on célébrait dans cette ville et qui était tout diluvien, atteste, ainsi que Lucien le donne bien à entendre, que les Syriens avaient, comme les Chaldéens, leur l^ende du Déluge.

Des médailles syriennes d'Antioche, d'Ëdesse, de Charrae, de Singara, de Nisibe, de Rhesan, offrent une déesse (Dercéto ou Cybèle) couronnée de tours, assise sur un rocher, et au-dessous d'elle un homme qui se noie.

Phénigie. La légende des Phéniciens ne nous est pas parvenue; mais le culte d'Adonis, le mythe de Sadid, celui d'Usoùs et le combat de Démarous, se rapportent tous au Déluge de Noë = No = Xisuthrus = Sisythès = Deucalion.

EGYPTE

11 en est de TÉgypte comme de la Phénicie : point de récit; mais un culte diluvien, celui d'Osiris, d'Isis et d'Horus; mais des mythes diluviens, ceux de Nitocris, de Menas, de Prométhée (et de son inondation dans Diodore) ; mais des personnages diluviens, comme Ochthoës, comme Amménémès=Myrlée=Mitsraïm.

Basques.

Léhéran, le Premier- Dernier y ou Sougué, qui est à la fois le nom du feu et du serpent^ le Léhérenus ou dieu de la guerre des anciens Novempopulaniens (i, 242, 481)* dormait roulé sur lui-même dans le lac intérieur, Tétang du feu. L'œuf-monde qui lui sert d'enveloppe semblait pr(^t à se briser aux mouvements convulsife qui agitaient le monstre durant sa léthargie. Enfin l'ange du Jao laissa

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tomber dans l'Océan la soixantième goutte d'eau de sa clepsydre qui marque les Temps ; il proclama la fin des siècles et sonna des sept trompettes d'airain. A ce signal, Léhéren, le grand ouvrier de Dieu , se réveille en sursaut dans ses cavernes, ouvrant sept gueules béantes d'où sortent les volcans. En dix jours il dévore l'ancienne terre, et de sa large queue, plus adroite que celle du castor, pétrit la terre nouvelle dans les eaux du déluge. Puis, son œuvre achevée, le dragon, semblable au ver soyeux qui bâtit sa prison, se roule derechef sur luimême et se rendort , bercé nuit et jour par quatre génies, en attendant le réveil des siècles et l'aurore du temps nouveau. — Cependant une multitude d'hommes et de femmes, effrayés de la chute du monde, s'étaient réfugiés sur les montagnes ; ils furent changés en pierres (iiRRiTU, pétrifié et épouvanté). Cette métamorphose dura dix siècles, après lesquels ils furent rendus à leur forme première par le chant divin d'un oiseau lumineux. Leur postérité repeupla le monde. Les patriarches occidentaux sont les Euskariens, la race de l'Agneau, les descendants du sublime Aïtor, le premier des Voyants*.

Arménie. « En Arménie, dit Nicolas de Damas ^, dans la \linyade (Minni de l'Ancien Testament) est une haute montagne nommée Baris. On raconte que, au temps du déluge, plusieurs y trouvèrent un refuge, et qu'un homme, qui était monté dans une arche (làrnàx), aborda sur la cime. On ajoute que les débris de cette arche s'y sont conservés longtemps » (ii> 484. 199). Josèphe nous

* Chaho, Voyage en Navarre, p. 227 sq.

« C. Muller, Frag. histor. Grœc. t. m, p. 41 S.

apprend que de son temps encore les Arméniens mon- Iraienl ces restes, et qu'ils nommaient Lieu de la descente l'endroit où Noë, à la sortie de Tarche, avait diferl à Dieu un sacrifice *.

Phrygie. Le phrygien Annac, qui est Hénoc (n, 459, 208), mourut peu avant que le déluge de Deucalion submergea tout le pays. Les Livres sybillins placent en Phrygie une montagne escarpée et fort élevée, d'où jaillit le Marsyas, et sur laquelle s'arrêta l'arche (kibotos) quand la pluie cessa. Ce mont (199), d'après la Sibylle, s'appellerait l'Ararat. Nicolas de Damas donne à l'Ararat le nom de Baris, et Baris est celui d'une ville de Pîsidie, au sud de la Phrygie (184). Non loin de Baris, vers le nord, était \p2Lmée'V Arche (kibotos), située sur le Marsyas et le Méandre. Ses médailles, dont l'authenticité a été contestée contre toute raison, représentent flottant sur les eaai un coffre dans lequel est un homme et une femme; sar cette arche est posé un oiseau, un autre arrive tenant de ses pieds une branche (192, 497); tout auprès, sur la terre ferme, se voit le même homme et la même femme, levant au ciel la main droite. Sur trois de ces médailles se lit très-distinctement No. Les Phrygiens avaient donc leur No=Noé, tout aussi bien que leur Annac == Hénoc.

Grèce. Deucalion est : dans Homère , un crétois , fils de Minos et père d'Idoménée ; dans Hésiode, un thessalien, fils de Prométhée et de Pandore. Ni l'un ni Faulre de ces poètes ne font mention du Déluge ; mais leur silence prouve tout au plus que le souvenir de cette grande crise tellurique ne cadrait plus avec la religion nouvelle, toute morale, toute humaine, à laquelle les deux grands poètes épiques mirent la dernière main. Car, chaque province de la Grèce surabonde en mythes et

* Antiq. Jud. i,^.^.

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iultes diluviens, qui sont trop nombreux pour que nous !n fassions ici la simple liste.

Plusieurs de ces mythes ont trait à Deucalion, dont le léluge est bien connu de Pindare. Apollodore n'a donc ait que résumer d'antiques et nationales traditions dans e récit suivant : a Le fils de Prométhée fut Deucalion (11, 182) roi de Phthie, épouse de Pyrrha qui était née d'Épiméthée et de Pandore. Lorsque Jupiter eut résolu de faire disparaître (à cause de Timpiété de Lycaou) la race d'airain (38i), Deucalion, d'après le conseil de Prométhée, construisit une arche (larnax), où il porta les provisions nécessaires et entra avec Pyrrha (182). Zeus, ayant versé du ciel une grande pluie, inonda la plus grande partie de la Grèce, et fit ainsi périr tous les hommes, sauf un petit nombre qui se réfugièrent sur les monts voisins les plus élevés. Ce fut alors que les montagnes de la Thessalie (179) se brisèrent, livrant ainsi passage aux eaux qui recouvrirent la partie de la Grèce située au nord du Péloponèse et de l'Isthme de Corinthe. Après avoir été porté sur la mer dans son arche pendant neuf jours et autant de nuits (198), Deucalion aborda au Parnasse (199), et là, quand les pluies eurent cessé, étant sorti, il sacrifia (202) à Zeus Phyxius (c'est-à-dire Sauveur des fugitifs). Cependant Zeus, lui ayant envoyé Hermès, lui permit de demander tout ce qu'il voudrait. 11 désira des hommes. D'après l'oi'dre de Zeus, il jeta par-dessus sa tête des pierres (178, 243), et celles qu'il lança devinrent des hommes, celles de Pyrrha des femmes* » (Cf. ir, 196, 100, 209, 251, 253, 258, 263).

Une colombe, ajoute Plutarque, que Deucalion lâchait

* Biblioth. 1,7,2; m, 8, 2.

de l'arche, lui annonçait la tempête quand elle revenait à lui, et le beau temps quand elle s'envola *.

Cette colombe rappelle celles d'Apamée dont l'arche ne contient aussi qu'un homme et une femme. Lucien fait erreur quand il attribue aux Grecs la tradition chaldéenne et juive, d'après laquelle Noé aurait pris avec lui ses enfants et leurs femmes, et aurait vu venir à lui, deux à deux, des sangliers, des chevaux, des lions, des serpents, tous les animaux terrestres, qui auraient vécu entre eux en grande amitié par l'intervention de Zeus. L'auteur du traité de la Déesse Syrienne commente d'ailleurs fort bien les crimes de l'âge d'airain (dans Hésiode) ou l'impiété de Lycaon (dont parle Apollodore), quand il dépeint les Antédiluviens comme « des êtres superi)es et insolents qui violaient toutes les lois, ne gardaient point leurs serments, n'exerçaient point l'hospitalité, et n'épargnaient point les suppliants » (ii, 170).

Deucalion est le Noë des Hellènes. Peu nous importe ici de savoir si dans les temps historiques la Thessalie a été le théâtre d'une révolution géologique, que la tradition aurait identifiée avec le Déluge. Mais ce qui est incontestable, c'est qu'Ogygès, qu'on fait d'onÛnaire de plusieurs siècles antérieur à Deucalion, n'est luimême que le Noë des peuples pélasgiques plus anciens que les Hellènes. Changé en un roi de Thèbes, en un héros de l'Attique, son histoire s'est confondue avec celle des tribus chez lesquelles vivait sa mémoire, et le cataclysme universel, dont il avait été l'unique témoin, s'est trouvé ne plus être qu'une inondation locale dont on finit par indiquer au juste le siècle et l'année. On ne possède d'ailleurs aucun récit de la version pélasgique du Déluge ; seulement un écrivain des derniers temps du pa-

1 De Sollest. Anim. 13.

ganîsme ' représente Og^gès « fendant l'éther sur Tonde « élevée lorsque la terre gisait ensevelie tout entière sous € les flots. » Son nom était synonyme de fort ancien (ii, ^82, 184, 198).

Plusieurs peuples de la Grèce avaient en outre des traditions diluviennes, mais sans Tarche.

En Arcadie l'impiété de Lycaon (ii, 170, 229, 413) offrant à Jupiter (183) dans un festin de la chair humaine, attira sur toute sa famille les foudres vengeresses du Dieu. Le seul de ses cinquante fils qui fut épargné se nommait Nyctimus (ii, 179, 181, 232). Bientôt après commença le cataclysme, qui dura, suivant Lycophron, jusqu'à ce que la Terre, élevant les mains vers Zeus et saisissant sa droite, apaisa sa colère (233). Aussi dit-on que c'est en Arcadie qu'a eu lieu le premier serrement de main, c'est-à-dire, ajoute M. C. Ritter, le signe de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes '.

L'Argolide, qui est pleine de mythes diluviens (ii, 185), plaçait le cataclysme sous son premier roi Inachus (ii, 179, 180, 182, 200).

A Mégare ^i, 179), le fils de Zeus, Mégareus (202) échappa au déluge de Deucalion, en se réfugiant sur le sommet de la Géranie ou du mont des Grms (199). S'étant jeté à la nage, il fut dirigé vers ce sommet par les cris d'une bande de grues qui volaient'.

A Athènes, dans l'enceinte du temple de Jupiter Olympien, était, comme à Hiérapolis, une ouverture, d'environ une coudée, par laquelle on dit que les eaux s'écoulèrent après le déluge de Deucalion * (n, 200).

* Nonnus. Dionys. m , v. 96.

« Propylées, p. 427 (en allem.).

s Paus. I, 40.

♦ Ibid. 18.

En Phocide, la ville qui plus tard fut Delpbes, ayant été submergée par les pluies qui tombèrent au temps de Deucalion, tous ceux des habitants qui parvinrent à échapper à cette inondation, conduits par les hurlements des loups, se réfugièrent sur les sommets du Parnasse, et ils donnèrent à la ville qu'ils fondèrent le nom de Lycoria * (ou des loups) (i, 340}.

Un canot, si ce n'est l'arche, apparaît dans la tradition troienne ou thrace. L'atlantide Dardanus, à l'approche du cataclysme de Samothrace (u, i79\ s'éloigna de cette île sur un bateau fait de deux pièces de bois et débarqua dans la Troade. Lycophron le dépeint, c lorsque la pluie de Zeus inonda toute la terre, naviguant solitaire sur les flots tel qu'une poule d'eau *. »

A Rhode (ii, 179) lesTelchines .145) avaient offensé Vénus qui était venue de Cythère visiter leur île, et la déesse, dans sa colère, les ayant frappés de démence, ils portèrent atteinte à l'honneur de leur propre mère ^170, 2*29, 235) en même temps qu'ils causèrent beaucoup de mal aux habitants. Suivant une version, Jupiter les précipita dans la mer diluvienne) à cause de la haine que leur portait Junon, la déesse de la foi conjugale. Suivant un autre mythe, Neptune cacha ses fils sous la terre (dans les abîmes creusés par le Déluge), et on les a nommés dès lors les génies de l'aurore ( des temps, ou les génies des temps primitifs).

Italie. Point de légendes , mais des cultes, des fêtes, des mythes diluviens, entre autre le mythe de Virbius qui se noie dans un fleuve (ii, 236). Le plus ancien des peuples de la presqu'île, les Ombriens, passait pour être aussi ancien que les pluies diluviennes.

* Paus. X, 6.

« Ritter. Prt.pyJévS, p. i28.

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Celtique. On lit dans les Triades des Kymris : < La « première calamité qui a ravagé la Bretagne, c'est la rup. c lure du lac Llion(ou des Torrents, des Flofs), qui amena « une inondation universelle et la mort de tous les hom- « mes, à l'exception de Dwyfan et Dwyfach (ou Douinian c et Douimech), qui échappèrent dans une barque et qui I repeuplèrent la Bretagne. > Leur barque , construite par Néifion, poiOait des animaux mâles et femelles* (ii, 176, 182).

« Hu et Céridwen , le dieu suprême et la déesse de la nature, habitaient l'extrémité d'un lac immense qui menaçait de plus en plus de rompre ses digues, quand le castor noir (ii, 211), fils dégénéré de ces deux divinités, perça la digue ; les eaux firent irruption et tout périt. > Hu et Céridwen seraient des fictions des bardes du treizième siècle de notre ère, qu'au moins le castor et son œuvre sont un mythe antique, car nous allons le retrouver chez les Indiens de l'Amérique du Nord. Le mythe continue en ces termes : m Hu attelle ses deux bœufs ù la tète puissante, Ninio et Pibio , à la terre engloutie, et la retire des eaux ; mais Tefiort est si violent que les yeux de l'un des bœufs sortent de leur orbite, et il expire; l'autre, désolé, refuse toute nourriture et meurt de faim » (I, 438).

Une légende celtique porte qu'un géant impie, ayant été englouti dans un lac enchanté (u, 164), ne devait en sortir que lorsqu'une vierge se rendrait dans une île située dans ses eaux , passerait son bras dans Touverture d'une pieiTe forée qui s'y trouvait plantée, et tendrait au géant sa ceinture , afin de le ramener par celte voie ( i, 448).

* Diefenbach, Ceitica, t. m, p. 70. M an signifie homm'; Mec.i flUê. Le Noë des Celtes s'appelle donc Doui.

T. II. 23

Nous placerons ici une tradition des Alpes, qui est sans doute germaine d'origine plutôt que celte , mais qui offre plus d'un point de compai*aison avec la précédente, f Avant le Déluge, l'âge d'or régnait au sein d'une race de géants. Les vaches étaient d'une telle grandeur que leur lait se barattait dans des étangs. >» Un chant cèlerait le malheur « d'un berger qui , s'y étant laissé tomber, s'était noyé. On l'avait enseveli dans une caverne (un dolmen), que les abeilles avaient fermée avec des rayons aussi grands que des portes de villes* ■ (ii, 221).

Dans l'Armorique, le Déluge s'est confondu avec quelque catastrophe locale dont la date est inconnue : c La ville royale d'Is, qui était située dans la baie actuelle de Douarnénez, fut subitement engloutie, et tous ses habitants périrent à cause de leur grande corruption, à l'exceplion de leur pieux souverain » (n, 180).

Nous ne savons s'il y a quelque fond à faire sur la tradition kymri du déluge de Seithinin, V Ivrogne , auquel échappèrent quelques hommes sur le sommet du Snowdon*(n, 205).

Nous n'isolerons pas les Lapons et les Finlandais des peuples indo-celtiques qui les enveloppent et qui les ont subjugués.

Les Lapons savent qu'avant le Déluge la terre était entièrement habitée. Elle fut inondée par les fleuves et les mers qui sortirent de leurs lits. Tous les hommes périrent, sauf un frère et une sœur, que Dieu transporta sur le mont Passavare (ii, 199). Les eaux écoulées, ces deux enfants se séparèrent, voulant s'assurer s'il n'était pas resté d'autres hommes dans le monde. S'étant rencontrés trois ans après, ils se reconnurent et ne voulurent

* Bridel, Conservateur Suisse.

« Faber, t. i, p. 3.55.

point perpétuer le genre humain, sachant qu'ils étaient frère et sœur. Ils se quittèrent de nouveau, et, après un second voyage de trois ans, ils se rencontrèrent encore. Ce ne fut qu'après une nouvelle séparation, qui dura environ trois années, qu'ils se revirent sans se reconnaître. Ils devinrent ainsi la souche des hommes qui depuis lors ont couvert la terre de nombreuses tribus (u, 176, 234).

En Finlande, à défaut d'une légende, nous extrairons du Kaléwala le mythe suivant : « Wàinàmôinen, rebuté par la belle et insensée Aino (ii, 42), allait chercher ailleurs une épouse, quand le méchant et lâche Joukahainen lire d'une embuscade contre lui (de même Paris contre Achille) une flèche, qui transperce son cheval, comme il suivait le bord de la mer. U tomba dans les flots (diluiiens), d'où le retira l'aigle (ii, 22). Bientôt après, en construisant un bateau , il se fait une affreuse blessure, iont le sang (comme celui d'Ymir) inonde toutes les campagnes (mais sans faire périr les hommes) *. » D'ailleurs, lans le Kaléwala, le mythe antique est passé à l'état de conte.

SCAISDINAVUS ET Allemagne. D'après l'Edda, « quand Odin 3t ses deux frères tuèrent Ymir, il coula tant de sang de jes blessures que la terre en fut inondée, et que toute la race des géants y périt , sauf Bergelmer, qui se sauva avec sa femme dans un bateau ou plutôt un berceau. C'est de lui qu'est issue la nouvelle race des géants, et c'est alors seulement que les dieux créèrent l'homme » (II, 460). On ne dit pas pourquoi Bergelmer a échappé à la ruine universelle, et l'on ne se souvient que de sa taille colossale (178). Mais Deucalion et Pyrrha appartenaient aussi à la race gigantesque des Titans. Peut-être le nom de Bergelmer contient-il une allusion à la montagne (BERG) sur laquelle l'Arche s'est arrêtée (182).

1 Kaléwala, ch. v et vin.

M. Simrock * cite une légende du grand-duché de Baden, où l'on reconnaît bien la permanence et à la fois la souplesse des traditions primitives. < La vallée du Sunkenthaï {qui ii*est enfoncée) a oublié Dieu (comme la ville d*ls). La nuée qui va la détruire apparaît grande comme un chapeau, puis comme un van, comme une porte de grange, et bientôt noire comme le charbon, elle s'étend sur la vallée entière, et l'orage éclate. La contrée est tout entière inondée ; mais sur les flots nage dans un berceau un enfant, et auprès de lui se tient un chat qui maintient l'équilibre en sautant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Le berceau s'arrête sur la cime (Dold) d'un grand chêne. Quand les eaux furent écoulées, on trouva l'enfant sain et sauf, et comme on ignorait quels étaient ses parents, on lui donna le nom de Dold, que portent encore ses descendants. » Le chêne est le symbole du monde (i, ; 433) ; le chat, celui de la bonne déesse Freya (i, 338), et i la fable locale aura été inoaginée pour expliquer le non) | de famille Dold. |

Sla>ts et Lettes. Les Slaves, à notre connaissance, n'ont pas leur Noé et leur Arche ; mais chez les Lithuaniens existe une tradition fort curieuse, que nous transcrivons ici. « Dans les plus hautes régions du ciel est le palais du souverain maître de toutes choses, Pramzimas, dont le nom signifie le sort dèurminé d'avance, et dont la puissance n'a pas délimites (i, 147). Un jour, comme il regardait depuis la fenêtre le monde (ii, 183), il y aperçut toute espèce de désordres : la guerre, le meurtre , la tromperie (228). Il envoya donc deux géants, Wandou , VEau, et Weja, la Tempête (229), qui se précipitèrent avec une indicible fureur sur la terre, et la ravagèrent complètement pendant vingt jours et vingt

* Manuel d- la myilio^ogl" aUemnud-, p. 18 sq. (enalfem.)

nuits. Pramzimas, tout en mangeant les noix célestes, abaissa ses regards sur le monde dévasté. 11 lança sur la terre une coquille de noix (187), qui tomba non loin du sommet d'une montagne où s'étaient réfugiés des animaux de tout genre et quelques hommes (182). Tous montèrent dans la coquille , à laquelle les deux géants n'osaient pas toucher, et qui flotta sur les eaux au milieu de la ruine universelle du monde. Lorsque le dieu suprême regarda pour la troisième fois la terre, il se repentit de son œuvre , et ordonna aux géants de rentrer dans leurs anciennes demeures. Les eaux s'écoulèrent, la tempête s'apaisa , le ciel se rasséréna et se rajeunit. Les hommes se dispersèrent en diflerentes contrées (176). Il ne resta dans celle d'où sont sortis les Lithuaniens qu'un couple , qui était trop âgé pour avoir des enfants. Comme ces deux vieillards voyaient qu'ils ne laisseraient personne après eux qui héritât de leurs biens et enterrât leurs corps, leur chagrin n'avait pas de bornes. Alors Pramzimas leur envoya pour les consoler Linxminé, l'Arc-en-ciel (203), qui leur conseilla de sauter sur les os de la terre (179). De leurs neuf sauts naquirent neuf couples , qui sont les aïeux des neuf tribus lithuaniennes ^ »

Iran. Comme les Ariens habitaient un aride plateau, et que la pluie était pour eux le plus grand des bienfaits, le fléau de la pluie diluvienne élait en opposition trop directe avec tous leurs besoins et toutes leurs idées pour ne pas disparaître de leurs traditions historiques et pour occuper une place dans leur religion. Aussi le Zend- Avesta ne contient-il aucune allusion au cataclysme de Noé, à l'Arche, à la destruction d'un premier monde. Seulement, il y est question d'un Frévak et de sa sœur

1 D'après Narbutta (VVilua \Sôb) dons Uanusch) p. 234.

et épouse, Frévakein, qui descendent par Sîahmak de Meschia=Adam, et de qui naissent quinze paires d'enfants qui peuplent la terre (ii, 268). D'ailleurs, Dchemchid est un personnage mythique diluvien ( 280, 300, .^19).

Inde. A leur descente du haut et aride Iran vers les basses plaines de Tlndus, ceux des Ariens qui devaient civiliser et le bassin du Gange et le Décan , avaient oublié déjà le grand cataclysme, qui n'a laissé dans le Rig- Véda d'autre trace quelque peu distincte de son existence que le mythe multiforme de Bhoudjyou. Ce héros aurait péri dans la mer où l'avaient précipité de perfides amis, si les Aswins ne l'avaient sauvé sur le navire qu'ils avaient construit pour lui (ii, 182, 233).

Cependant un de ces Brahmanas qui renferment la liturgie et la dogmatique de l'indraïsme , le Çalapatha- Brahmana, nous présente une légende diluvienne à laquelle on attribue une haute antiquité : « Manou (ii, i82) trouva un jour, dans le vase plein d'eau où il se lavait, un poisson (220, 232) qui lui dit : « Prends soin

< de moi, et je te sauverai ; une inondation (ogha) em- € portera toutes ces créatures. » Gardé d'abord dans le vase, il grandit au point de demander à être transporté d'abord dans un étang, puis dans la mer. t En telle et « telle année, dit-il à Manou, viendra l'inondation ; alors « tu construiras un vaisseau, et tu te tourneras ( en ton

< cœur) vers moi. Quand les eaux s'élèveront, tu enire- « ras dans le vaisseau , et je te sauverai. » Manou obéit. Le déluge commence. Manou voit nager vers lui le poisson armé d'une corne, à laquelle il attache par un câble le vaisseau, qui est ainsi remorqué sur les montagnes du septentrion. < Je t'ai sauvé , dit le poisson ; amarre le « vaisseau à un arbre, de peur que l'eau ne t'eniraîn« * loin de la montagne ; ^uand l'eau diminuera, tu pour-

c ras aussi descendre. » Il descendit ainsi lentement à mesure que l'inondation se retirait, emportant toutes les créatures. Manou resta seul. Dans le désir de propager sa race, il priait et jeûnait, et versait dans Teau des libations de lait et de beurre liquide. De cette eau sortit au bout d'une année une femme, Ida. Avec elle arrivèrent Mithra et Varouna. Ils lui dirent : « Qui es-tu ? — c La fille de Manou. — Dis plutôt la nôtre. — Non , je c suis la fille de celui qui m'a engendrée. » Us désiraient une part d'elle*. Elle promit ou ne promit pas, mais alla plus loin. Elle vint vers Manou. Il lui dit : c Qui I es-tu? — Ta fille. — Comment es-tu ma fille, ô (femme) « charmante ? — C'est par ces offrandes de lait et de < beurre que tu jetais dans l'eau, que tu m'as produite. « Je suis la Bénédiction (ou la prière d'actions de grâ- « ces). » Manou devint, par Ida, le père de l'humanité actuelle » (176).

M. Fr. Windischmann * pense qu'Ida, qui se dit aussi lia , Ira et peut-être même Iri , est l'Iris des Grecs , qui signifie, d'après l'étymologie ordinaire, celle qui parle (Emo en grec). Iris parle. Ira loue, et l'une et l'autre se rapportent à l'arc-en-ciel qui, dans la Genèse, répond de la part de Dieu au sacrifice de Noë , et fait en quelque sorte descendre sur lui la bénédiction divine. Comme l'arc-en-ciel est produit par l'action de la lumière du soleil sur les nuages, il n'est pas surprenant que les deux divinités solaires, Mithra et Varouna, prétendent être les pères d'ira (n, 203).

Le même mythe de Manou et du poisson est le sujet d'un épisode célèbre du Mahabharata, qui le précise, le complète et l'explique.

< Ainsi traduit en allemaDcl M. Weber, à qui l'on doit le Çatapatha- Brahmana.

* Mémoires de l* Académie des Sciences de Bavière, 1852 (en ail.)

€ xManou, le fils de Wiwaswan, le grand sage et le prince des hommes, surpassait en force, en gloire, eu félicité et en pénitence son père et son grand-père. Les bras élevés vers le ciel, la tête baissée, le regard immobile, il faisait, depuis une longue suite d'années, une sévère, une grande, une redoutable pénitence, quand un petit poisson lui demanda protection contre ses ennemis qui allaient le dévorer. Mânou le prit et le mit dans un vase resplendissant, où il devint si grand avec le temps, qu'à sa demande le sage le transporta dans un lac de trois milles de long et d'un mille de large. Mais ce lac d'abord, puis le Gange lui-même, se trouvèrent trop petits pour lui. Jeté enfin dans la vaste mer, il dit en souriant, à Manou, que dans peu de temps la terre serait inondée ; que le monde allait être purifié par l'eau et que la fin de tous les êtres approchait épouvantable; qu'il devait construire un vaisseau solide, muni d'un câble, où il entrerait avec les sept Sages (n, 182), et où il apporterait les semences de tous les végétaux connus des Brahmines, et qu'il le verrait arriver à lui, reconnaissable à la corne dont il serait armé. Manou exécute ces ordres. Il entre dans l'arche, et il pensait sans cesse au poisson, qui, connaissant ses pensées, s'approche du vaisseau, la corne pareille à une haute montagne. Le Sage attache un câble à la tête, à la corne du poisson, et le poisson entraîne avec une grande rapidité, au travers des eaux mugissantes , le vaisseau qui s'agitait et tremblait comme une femme ivr.e. On ne voyait plus la terre t tout était eau, air et ciel. Après une longue série d'années, le poisson tira le vaisseau vers le plus haut sommet de l'Himawan (Himalaya), auquel les sages l'amarrèrent aussitôt. Cette montagne se nomme aujourd'hui encore Naubandhanam (200). Alors le poisson dit aux sages: « Je suis le Seigneur des créatures, Brahnia ; il n'y arien

de plus haut que moi. C'est moi qui vous ai délivrés de ce danger. Mais c'est Manou qui créera tous les êtres, ainsi que les dieux, les Asouras et les hommes, et tous les mondes, ce qui se meut et ce qui est immobile ; cela s'accomplira par une pénitence d'une extraordinaire sévérité. C'est par ma grâce qu'il ne se troublera pas en créant les êtres. > Ayant ainsi parlé, il devint invisible. Manou, désireux lui-même de créer les êtres, se troubla dans cette œuvre ; mais il fit une pénitence sévère, et plein de pénitence, il se mit à produire toutes les créatures, à vue d'œil , d'une manière convenable (178). Telle est cette antique et célèbre histoire du poisson, laquelle ôte tous les péchés*. »

Le Bhagawata-Pourana, qui est d'une date postérieure, contient à peu près le même récit ; seulement le dieu qui se fait poisson pour sauver Manou, c'est Vichnou et non plus Brahma, et le Déluge a lieu pendant un des sommeils de Brahma, dont le géant Hajagriva, prince des mauvais génies, avait pi'ofilé pour dérober les Védas qui découlaient des lèvres du dieu (ii, 171). C'est ce vol qui engage Vichnou à descendre sur la terre sous la forme d'un poisson du nom de Saphari *. D'ailleurs, la destruction du monde est formellement mise en rapport avec sa corruption. Pendant la nuit de Brahma, Satiavrata n'aura dans son vaisseau pas d'autre lumière que celle de ses sept compagnons (186). Après avoir célébré dans un hymne son Sauveur, il entend le dieu prononcer tout un Pourana qui contient les principes de la philosophie Sankhya ; mais c'était un insondable mystère qui resta enseveli dans le cœur de Satiavrata. Enfin le dieu

* D*aprè« la traduction allemande que M. Bopp a donnée, en 1829, du Déluge et de quatre autres épLodes du Maha-Bhaiata.

* Ce nom ressemble singulièrement à Saphar, Sip))BrT<«, n, 172.

T. il. 4a*

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tue le géant, recouvre les Védas , et désigne Satiavraia pour septième Manou avec le surnom de Waiwaswatas*.

Dans Strabon, l'indien Calanus avait raconté aux compagnons d'Alexandre que « anciennement le blé et Torge étaient aussi communs qu'aujourd'hui la poussière, que les sources étaient les unes d'eau, les autres de lait, de miel, de vin et d'huile, jusqu'au temps où les hommes s'enorgueillirent par l'excès de leur prospérité. Alors Jupiter les détruisit tous et remplit la vie de peines. La tempérance et les autres vertus ayant reparu , ou vil aussi renaître l'abondance des biens. Mais maintenant arrive de nouveau le temps de la satiété et de l'orgueil.» La destruction du premier monde ne peut être que le Déluge.

Traditions bouddhistes. Au nord-ouest de l'Inde est, dans la chaîne du Bélour, le mont appelé Trône de Salomon, Tukt Soliman (u, 200), où les bouddhistes disent que s'est arrêtée l'arche, nrgha. On y montre, auprès de leurs couvents, le lieu de la Descente et de vastes forets d'oliviers sauvages. Mais ces traditions n'ont-elles point été importées par les prêtres étrangers sur ces confins de la Grande et de la Petite Boukharie, et sont-elles autre chose que la reproduction de celles des Hindous? Ou se seraient-elles simplement greffées sur celles des indigènes qui auraient eu, eux aussi, leur Noë et leur Ararat? C'est ce qu'il nous est impossible de décider.

Nous passons sous silence la tradition thibétaine parce qu'elle parle d'un déluge du temps (cali), qui suffit pour attester qu'elle n'est point indigène et qu'elle est venue du Gange avec le bouddhisme.

* D'après W. Jones.

A Slam, le génie du mai, Théréaf, vS'étant refusé obstinémeut à adorer Bouddha Sommonacodom (ii, 228), la déesse de la terre en fut tellement irritée qu'elle fit sortir de sa chevelure une grande eau qui engloutit le genre humain.

Chine. Dans les hiéroglyphes, TArche, ses huit habitants (II, 182) et le grand sacrifice. Dans le Chou-king, les suites locales du cataclysme universel (306). Dans les traditions, plusieurs personnages diluviens, dont les uns sont des hommes, Ti-ko et Yu vang (176, 182), Héou-tsi (238), et les autres des démons ou des déesses, Kongkong (i, 307 ; ii, 230), Niu-va (ii, 203, 233) ; puis les hommes changés en poissons (209). Dans le culte, enfin, la fête de la Fille du Mandarin (230, 234), ou celle de Peiroun (255), le pieux souverain de Tîle Maurigasima (248).

Japon et CoRÉE.Voyez t.ii, p.477 sq. et i, 377. ii, 238, 67.

Les Kamtschadales ont conservé, d'après Steller, un souvenir fort distinct d une inondation a laquelle les hommes n'échappèrent que sur des radeaux qui sont restés sur les montagnes. Koizebue ajoute que ce peuple montre la cime d'une haute montagne où se sauva, sur un bateau , Ki^tka, qui repeupla la terre. Kulka est d'ailleurs bien moins un Noë que le dieu de l'humanité (i, 136, 163 ; II, 177, 182, 183).

Malais.

Nous avons déjà cité le mythe des Battas, qui confond le chaos du Déluge avec celui des origines du monde (u, 489).

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