‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 17 sur 158 · V. La chute par orgueil et aveuglement · texte numérisé non relu

V. La chute par orgueil et aveuglement

Ive a prêté Foreille aux insinuations du serpent, qui disait : c Vous serez comme Dieu. » C'est l'orgueil

l'a perdue, et un orgueil qui la faisait s'égaler à u.

'elle est aussi la faute de Cassiopée, de Niobé, de Sidé,

prétendent rivaliser en beauté ou en gloire materle avec les déesses.

lais Adam n'a pas été moins criminel, moins superbe Eve. Il a prétendu connaître toutes choses à l'égal de u. De même Bellérophon veut monter au ciel et entrer conseil de Jupiter. Sisyphe et Tantale abusent de la ifiance des dieux pour révéler leurs secrètes pensées i mortels. Salmonée prétend imiter la foudre de Juîr. Ixion brûle d'une passion criminelle pour l'épouse me du dieu suprême, et Orion veut faire violence à ne qui est la Junon des plus anciens Grecs. L'acte érieur varie dans ces mythes , mais le secret mobile

partout le même, c'est Thubris des Grecs, l'insolent »ir de s'égaler à la Divinité , et tout spécialement « le iir immodéré de savoir, » dont parle un écrivain chis. Il n'est pas jusqu'aux sauvages Yuracarès de la livie, qui ne disent que c'est la curiosité de Caru qui endu les hommes mortels.

En voulant devenir semblable à Dieu, Adam a perdu îu et les joies célestes que, dans son étrange aveugle- !nt, il a échangés contre les grossières voluptés et les iffrances de ce monde. Il a préféré la terre au ciel.

proverbe grec, d'une admirable vérité, disait : Une r telle pour une déesse, comme Athamas, qui avait aindonné Néphélé pour Ino, une divinité pour la sim-

pie fille de Cadmus. Ce mythe se reproduit dans celui de Céphale et dans celui de Marpessa.

Les Finlandais ont un mythe analogue, qui rivalise de profondeur et de poésie avec ceux des Hellènes. C'est celui du vieux Wâinâmôinen , qui est le dieu du monde antédiluvien, et qui, malgré tout Tamour qu'il lui témoigne, ne parvient pas à se faire aimer de la jeune Humanité, qui s'est enorçueillie de sa vaine science an point de se croire l'égale de Dieu. Le mythe n'a sans doute qu'un rapport fort éloigné avec la chute, mais il met en relief cet aveuglement spirituel qui est la clef du mythe d'Athamas. Aïno a pour frère Joukahainen, le faux sage, le chantre insolent, le menteur effronté qui prétend avoir assisté à la création du monde, et qui, malgré les sages conseils de sa mère et de son père, va lutter de science, de poésie et de magie avec Wâinâmôinen, dont il ne peut supporter la gloire. 11 est vaincu ; son rival, par ses chants, le fait s'enfoncer dans un marais, et il ne le délivre que sur sa promesse de lui donner pour épouse la belle Aïno. Mais Aïno, aussi insensée que son frère, se désole à la pensée d'être mariée au vieux Wâinâmôinen ( l'ame humaine trouve Dieu trop vieux pour l'aimer), et dans son désespoir elle se précipite dans les flots (du Déluge, où l'humanité a subi le châtiment de son aversion pour son Dieu *).

Chez les peuples de race germanique, Siegfried, que nous comparons en hésitant à Athanms , avait juré à Brunhild, la Valkyrie, la déesse, de revenir l'épouser; mais il l'oublie pour Cudrun, la simple mortelle, dont la

1 Kaléwala, chap. m et iv. — Après la mort d'Aïno ou après le Déluge, Wâinikmoinen a brigué la main d'une autre jeune fille (l'humanité actuelle, beaucoup plus religieuse que les Antédiluviens); mais elle lui a préféré le jeune Ilmarinen (le dieu des temps postdiluviens) ^

mère Grimhild avait réussi à lui troubler la raison. Bruahild et Gudrun sont d'ailleurs, comme Eve, la cause de la mort de toute leur famille.

Mais nous pourrions tout aussi bien dire qu'Adam et Eve ont fui la lumière de la vérité et de la sainteté dans laquelle Dieu les avait placés, et se sont précipités dans les ténèbres du péché. Eve est la plus coupable, et le seul animal qui semble fait pour vivre au grand jour, et qui pourtant n'aime que la nuit, c'est la chauve-souris. Or les rabbins nous disent qu'Ëve=Lilith a été métamorphosée en cet animal, et, ce qui est fort extraordinaire, la chaut:e-8ouris s'écrit en chinois par le groupe de Loui qui est Eve, combiné avec la clef de chien ou celle d'oiseau. Nous n'hésitons pas à interpréter dans le même sens le mythe des trois filles de Minyas qui ont subi la même transformation que Lilith. Minyas est un Manou=: Adam, et tout le cycle des traditions minyennes est pénétré du plus pur esprit de la primitive antiquité.

A Lesbos, la chauve-souris a fait place au hibou dans le mythe de Nyctimhie.

Plaçons ici un mythe de la chute qui est unique en son genre : l'homme créé immortel y devient mortel ù la suite d'un fratricide qui rappelle celui de Gain. Ge mythe, que M. Sarytschew a fait connaître, appartient aux Aleutes, qui racontent que leur dieu, après avoir créé les îles, forma les hommes qui étaient immortels, et qui dans leur dernière vieillesse allaient sur une haute montagne et s'y jetaient dans un lac, d'où ils sortaient rajeunis*. Gependant le dieu était devenu amoureux d'une de leurs jeunes filles (comme Wàinàmôinen), et il Vépousa. Mais un jour que dans l'intimité elle lui reprochait d'avoir donné aux îles Aleutes tant de montagnes

* Allusion au Déloge et à la palingénésie diluvienne.

et point de forêts, il s'irrita tellement de ce reproche qu'il tua le frère de son épouse, et depuis lors tous les hommes sont devenus mortels. »

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