‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 19 sur 158 · VIII. Le CHATIMENT · texte numérisé non relu

VIII. Le CHATIMENT

La faute d'Adam et d'Eve a été punie par tous les maux du corps et de Tâme, qui tourmentent leur postérité, et par tous les fléaux qui désolent la terre.

La haute Antiquité et le peuple Primitif savaient-ils que toute souffrance était la conséquence d'un premier péché ?

Les Grecs savaient que les malheurs des descendants d'Athamas, de Cadmus, de Pélops provenaient d'une faute de leur aïeul, et que le péché originel^ se transmettant de génération en génération, s'étendait sur toute la race. Longtemps avant les théologiens de l'Église chrétienne, Eschyle avait, dans son Agamemnoriy prononcé le mot de faute du premier commencement. Mais ces &milles de héros , loin d'être soumises , aux yeux des Grecs, à des lois exceptionnelles, étaient pour eux les types de la société humaine et les antiques monuments de la justice de Zeus.

Les Perses savaient que les maux physiques étaient en une relation quelconque avec la première mort ; car, d'après leur dualisme spirituel, Ahriman n'avait créé les animaux malfaisants et produit les fléaux de la nature qu'après avoir tué Aboudad et pendant la courte vie de Kajomorts.

Les Grecs, les Chinois, les Groenlandais savaient même, nous l'avons vu, que la mort et tous les maux provenaient de la première femme.

Mais, surtout, ce que savait la haute Antiquité, et ce qui ne serait jamais venu à VesçYvV dô l'homme , c'était

fue la femme, par sa chute, était devenue la cause indirecte de l'asservissement de Thomme aux rudes travaux le ragriculture, et qu'une malédiction pesait sur la moisson et sur le pain. « La terre sera maudite, > avait dit 'Éternel à Adam qu'Eve avait entraîné dans sa perdiion, c et tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage. > Des divers points de la terre, l'écho nous renvoie , affai- [)Iies, mais distinctes, ces divines paroles. Le mot hébreu ]ui signifie maudite y arourah, est devenu en grec le lom de la terre labourable^ aroura, et le même verbe a e sens : en hébreu, de maudire, arar ; en latin, de laiourerj arare, et en grec à la fois de labourer , aroô, et le maudire, arao. En allemand, la charrue, Pflug, est ()ien fille de la malédiction, Fluch. En Chine, les hiéroglyphes associent les idées de mire, de poison et de soc le charrue. Dans les mythes, c'est une déesse et non un lieu qui découvre l'agriculture et l'enseigne aux morels; c'est Isis, c'est Démêler, c'est Cérès, c'est Lakchmi, 3'est Centéotl. Rien, sans doute, de plus naturel que de 3lacer sous la protection des déesses de la terre les travaux du labourage ; mais ces pénibles travaux concernent l'homme plus que la femme, et l'on devrait, semt)le-t-il, trouver aussi des dieux de l'agriculture. Que signifient, d'ailleurs, ces pleurs que les Égyptiens ver- ^ient en offrant à Isis les prémices de la moisson, et pourquoi le temps des semailles était-il, pour les Phrygiens et les Paphlagoniens, un temps de deuil et de tristesse ? Comment ces peuples auraient-ils pu mieux exprimer la pensée qu'un événement lamentable avait signalé l'origine de l'agriculture ?

La fête d'expiation et de contrition que les Porusses célébraient après la moisson , et où l'on cuisait le premier pain, mérite d'être citée ici par le profond ^eulv-

ment du péché qui la caractérise. Le prèlve, ^v^^ ^^"^"^ T. IL a*

rappelé au peuple ses origines, ses exploits et les commandements de ses dieux, plaçait ses mains sur un bouc en invoquant les dignités dans leur ordre, tandis que les assistants confessaient publiquement leurs péchés ; puis il égorgeait la victime et aspergeait de son sang le peuple et le bétail. Les hommes lui avouaient leurs fautes, dont il les châtiait en les frappant et eu leur tirant les cheveux. La fête finissait par un banquet. Ce n'était qu'après avoir expié ses péchés qu'on se livrait à la joie qu'excitait la récente moisson *.

Il n'est pas jusqu'aux Béchuanas qui n'apportent leur témoignage en faveur de la tradition primitive. Dans un de leurs contes, c'est une femme qui découvre et fait connaître le blé, et cette femme, si le pain eût été un poison comme elle le pensait, aurait fait périr toute sa famille ^

Nous venons de dire que c'était Isis=Ève qui avait enseigné aux hommes l'agriculture. C'est Isis qui dans le zodiaque est figurée par la Vierge tenant en sa main un épi. Le nom sémitique de l'épi est l'étymologie de celui de la sibylle. L'Antiquité comptait bien plusieurs sibylles, mais elles se ressemblent tellement qu'on peut certainement admettre leur identité, et dire qu'il n'a existé qu'une seule et même sibylle que chaque peuple se sera appropriée. On la disait fille du Dieu suprême , et Ton faisait vivre cette prophétesse mille ans. Or, telle a dû être aussi la durée de la vie d'Eve. Eve était la fille de Dieu. Eve, qui avait reçu la promesse que d'elle ou de sa postérité naîtrait le Vainqueur du Serpent , a dû remplir auprès de ses enfants, en la leur rappelant sans cesse, le rôle de la grande révélatrice de l'avenir. Eve est la seule prophétesse qui ait apporté l'épi et le blé aux hommes. Eve est donc la sibylle.

1 Mone, t. I, p. 90.

» Voyez note A.

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