‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 24 sur 158 · VI. Le Saint de la Chine · texte numérisé non relu

VI. Le Saint de la Chine

La multitude et l'extrême diversité des mythes protéangéliques prouvent seules déjà quel prix les peuples les deux Mondées avaient mis ù cette courte promesse l'on Sauveur faite à Adam par l'Éternel, et quand on les oit d'un bout de la terre à l'autre célébrer à l'avance es triomphes ou attendre avec foi sa venue, on sent que I prédication du Christ aux païens est une œuvre vraie, lécessaire et dans un certain sens peu difficile. Le misionnaire apporte l'eau pure aux pèlerins altérés, l'huile ux malades qui appellent le médecin, la lumière à qui oupire après le lever du soleil, le Messie à qui l'adore ams le connaître. Mais l'intensité des espérances mesianiques ne ressort point d'une manière suffisante de )U8 les mythes que nous venons de grouper. Nous voums par un exemple montrer toutes les richesses spiriiielles que la foi et la raison des païens ont su tirer de I tradition protévangélique , ou plutôt tout ce que ce :erme , pour ainsi dire imperceptible , avait fait naître lans leur cœur et dans leur esprit de consolations sublimes, de saints pressentiments, de profondes idées.

< Dupotisme oriental, p. 117,

'*'• I£ PROTÊTAVGILE.

Nous choi<iirons pcmr exemple le ^nt de la Chine, jiai-re que les m\ibes d'Hercule, de Baccfaus. de Cricto Vint filus historiques que moraux, et que le peuple prosaïque df rxiufucius crst de tous rduî chez qui la doctrine du Mt^ssie aurait dû, semble-t-il, trouver le moins de faveur.

Voici, d'alKird, quelques hiéroglyphes qui nous initieront aux idf^s qui ont cours dans la nation elle-même, et non pas seulement dans les écoles des sages.

Un iiuafjf' de pluie d*où pend un enfant dans le «nu maternel^ c'est Dfsirè, La nuée est le symbole de Taction cnhitrice de Dieu. Ce que cette action produit id est un enfant qui naitra d'une femme. Mais cet en&nt est-il l'enfant en général ? Supposera-t-on les Chinois tellement enclins à remonter en toutes choses à la cause première, que chaque naissance était à leurs yeux on acte créateur de Dieu ? et tellement désireux d'avoir une nombreuse famille, qu'elle fût pour eux un synonyme de d(*sir ? L'enfant qui est l'objet de tous les vœux, n'est-fl pas plutôt celui dont parle Esaîe quand il dit : c Les nuées feront pleuvoir la justice ? »

Ce même caractère du Désiré et celui d'homme, c'est loiî, le lettré , c'est-ù-dire l'homme du Désiré, l'homme qui attend le Désiré ; et nous savons que tel était bien l'attente de Confucius et de ses disciples.

Ijyntj , qui se dit aujourd'hui de l'incarnation de Fo ou Ik)uddha, est un antique caractère qui est formé de descendre^ s* abaisser y se réduire d, et de naître j prendra vie. n se dit de celui qui enrichit les autres de ses richesses et les ennoblit de sa dignité et de sa propre excellence. Or le Désiré ne doit- il pas descendre du ciel pour naître ici-bas et communiquer à ses frères tous les trésors de sa divine nature ?

/ÏZfe vierge et enfant sîgmùe beauté exbouU % ^ qui,

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:iiez un peuple aussi chaste que les anciens Chinois, ne peut s'expliquer que par leurs nombreux mythes de vier- Res saintes qui, devenues mères par un miracle divin, ont donné le jour à tous les sages des temps fabuleux et nâne des siècles historîques.

Ces sages, ou Ghing, les Chinois les nomment < enfants iu Ciel ( ou de Dieu) parce que leurs mères les enfanlaient par Topération du Ciel. > Un de leurs écrivains dit lossi : « Le Saint n'a pas de père, car c'est par l'action da Ciel qu'il est conçu. »

Mais si la femme peut avoir des fils qui soient les en- Imts du Ciel , il faut que la nature humaine soit apparentée à la nature djvine, ou que l'homme ait été fait à limage de Dieu. C'était bien aussi la ce que pensaient les Chinois, comme le prouvent leurs livres moraux, et ils en déduisaient la conséquence la plus hardie, celle de Tanion mystique de l'âme à Dieu. < On ne peut toujours bire le bien de la même manière , dit le Chou-King, mais l'essentiel est d'être toujours uni à la suprême Dnité. ' »

Cette union n'est possible qu'autant que l'Unité ou « le Ciel s'abaisse vers l'homme et que l'homme s'élève vers le Ciel. > Mais c l'homme ne s'élève qu'à la condition d'être humble, i et l'humilité se trouve être ainsi tout à la fois € la vertu de l'homme et celle du Ciel. » Cette vertu , que le paganisme entier a presque entièrement ignorée, est pour les Chinois celle qui seule u surmonte louty > celle qui seule < conduit le sageù son but^. »

Le Saint parfait, qui est entièrement humble, doit être entièrement uni à la Divinité, ou, en d'autres termes, il

' Sionnet, Vestiges des dogmes chrétiens, etc., p. 31. Comp. Choa-King, m, 2, note de Prémare.

* Confîicîas, dans le Livre caaoDique des ChangemenU, CVioxx- Km^, Noiics tur r F-ICt'ng,

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sera homme-dieu, et c'est bien aussi ce qui se lit dans les plus anciens écrits de la Chine, qui le nomment « VHomme Divin, V Homme Céleste, qui a la figure d'un homme, mais qui est le Ciel, ou qui diffère beaucoup des hommes et en rien du Ciel *. » Un historien indigène dit même que « Confucius mit les six King en ordre convenable pour faire bien saisir la doctrine de Thomme Céleste*,» et le savant et circonspect Prémare disait que « les Kings n'ont qu*uu seul objet, l'Homme Saint, le Dieu-homme , et qu'ils racontent ses vertus, ses bienfaits, ses mystères, sa loi , son royaume, sa gloire et même ses souffrances, d'une manière obscure pour les Chinois, qui ont perdu les explications données par les premiers inventeurs des symboles, mais claire et facile pour ceux qui connaissent dans le Christ la réalité de toutes ces figures '. »

En approfondissant le mystère du Protévangile et celui de l'image de Dieu dans l'homme , les Chinois sont arrivés à identifier le Saint et le Ciel sans altérer ce sublime pressentiment de la vérité par des fables à la manière des Hindous. Le Chou-King disait : « Les instructions ds Saint sont les instructions même du Seigneur, » et le grand Commentaire explique ainsi ces mots : « Le Ciel est le Saint invisible ; le Saint est le Ciel devenu visiUe et enseignant les hommes^. » La Glose de l'Y-Kingdit: « Cet homme est le Ciel, et le Ciel est cet homme '. » & antique axiome de la Chine est bien plus précis encore: <i Les calamités n'arrivent dans le monde qu'afin que le

I Sionnet, p. 50.

a Id. p. lo.

* Id. p. bl. Cihot, Mémoires, t. ix, p. 385.

« Cibou ibid.

naître le Ciel *. » Aussi Chang-ii, le Seigneur, Dis représenté comme le fils de Tai-Ki ; apparadiction que ne purent résoudi*e ni Leibnitz, Tespondants les missionnaires, et qui s'expliîhova-Jésus, fils d'Élohim, et par le dieu Prees Cabalistes juifs ou des Orphiques grecs. mi les Chinois voient dans le Saint, moins une n de Dieu qu'une déification de Thomme, moins u qui descend ici-bas, qu'un Hercule qui monte e Saint est, pour Confucius en particulier, Tée qui, seul, réalisera l'idéale perfection de Tantôt ce philosophe oppose le Saint qui ne nulle part sur la terre, aux sages qu'on peut rer * ; tantôt son langage, comme celui des Psauhétiques et des oracles d'Ésaïe, passe brusquesages au seul vrai Sage, et de l'homme Parfait es mortels qui aspirent ù une perfection à lal ne peut atteindre, sauf un seul*. « Cet être arrive sans secours étranger, sans longues mésans violents efforts, avec calme et tranquilrs il connaît parfaitement les créations et les DUS du ciel et de la terre. Il connaît de même et ns d'autrui par les siennes propres, et les sienes leurs. Mais ses connaissances ne sont pas îs que sa charité ; surtout il a en lui-même le de ses actions, et en se regardant intérieurele voit lien dans son cœur dont il ait à rougir**, ddant ses facultés dépassent en étendue celles s hommes. Non-seulement il prévoit l'avenir et

ng-Young, chap. xii.

ap. XX.

:xii, xxxjii.

100 LE PROTÉ¥Âm»LK.

connaît avec certitude si les éYénements prochains seront heureux ou malheureux , ce qui le fait ressembler aux intelligences surnaturelles * ; mais il perfectioiuie les autres êtres , il opère de nombreuses conversiolis» il efiface jusqu'aux dernières traces du vice dans le cœur des hommes*.

« L'empire lui appartient de droit, et en sa qualité de Saint et de roi, le Fils du Ciel a seul le droit d établir de nouvelles cérémonies, des lois nouvelles, une nouvelle écriture, une nouvelle musique (ou de fonder une Alliance nouvelle ) '. Sa puissance s'étend même sur le monde physique : la nature, par ses grandes et sottie" raines énergies, produisant et transformant tous les êtres; le Saint aide dans cette œuvre le ciel et la terre, el«> les aidant à entretenir et à développer toutes choseSi il s'identifie avec eux, il s'assimile avec l'espace elle temps *.

« Ses facultés sont vastes comme le ciel ; la source cachée d'où elles découlent, est profonde comme rabtoe. 11 couvre d'un grossier surtout sa robe brodée d'or;l hait le faste et la pompe. Sa conduite est sans savef comme l'eau, et cependant elle n'est point fastidieuse; cachée, et cependant belle et grave ; confuse , et pou^ tant régulière'. Il ne se montre point, et cependant, comme la terre, il se révèle par ses bienfaits; ilneee déplace point, et cependant, comme le ciel, il opère de nombreuses transformations ; il n'agît point, et po«^ tant, comme l'espace et le temps, il arrive au perfection nement de toutes ses œuvres®.

• Tchoung-Young, ch xxiv.

• Id. xxiii, XXV.

» Id. XXVIII. XXXI.

• Id, xxn. XXVI. XXX.

^ Id, XXX. XXXIII.

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