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LE PROTéVANGILE. 101
Le Saint, capable de suivre la Loi du devoir, qui est icean sans rivage, n'a point encore apparu : le prince î sera cent générations à l'attendre, et (par cette ate ou cette foi) il ne sera pas sujet à nos erreurs ^
le Saint apparaisse avec ses facultés puissantes, et peuples ne manqueront pas de lui témoigner leur îration; qu'il parle, et les peuples ne manqueront d'avoir foi en ses paroles ; qu'il agisse, et les peuples ranqueront pas d'être dans la joie. La renommée de vertus sera un océan qui inonde l'empire de toutes s : dans tous les lieux que le ciel couvre de son dais lense, tous les êtres humains qui vivent et qui respi-
ne peuvent manquer de l'aimer et de le vénérer. t pourquoi il est dit : Que ses facultés , ses vertus santés l'égalent au Ciel *. Il est le médiateur entre iel et la terre. Il est la fin et le principe de toutes cho- » (ou l'Alpha et l'Oméga) '.
Le Saint, ont dit d'autres lettrés, connaît tout, voit , entend tout. Ses pensées sont toutes vraies, ses acs toutes saintes.... i c Le cœur du Ciel est dans la rine du Saint, et ses enseignements sur ses lèvres...» ! Saint seul peut offrir un sacrifice agréable au Ghang-
selonl'Y-King*.
es Chinois croyaient que dans le cours de cinq cents il devait nécessairement apparaître un roi puissant occupe le trône, et un homme (un sage, un prophète) illustre son siècle. C'est ainsi que c les peuples (à la le la première dynastie) avaient aspiré après Tchingig, comme dans une grande sécheresse ils aspirent
Tchoung-Young, xxvii, xxix.
Id. XXXI.
Sionnet, p. 49.
Cibot, Mémoires,^ t. ix, p. 385.
après la pluie * ; » et le fondateur de la troisième maison royale, Ven-Vang, le Salomon de la Chine, fut pareillement un de ces saints rois, qui fit fleurir la justice sur la terre*. Mais ils ne sont tous que les précurseurs de THomme Céleste qui doit venir.
Cependant, si Confucius et son école ont avec une me^ veilleuse perspicacité saisi et développé le caractère moral du Saint par excellence et du Sauveur, d'autres Chinois, ou plutôt la nation entière, avaient entrevu quelles seraient ses destinées, qu'ils déduisaient sans doute de celles de tous les autres sages.
Les saints souffrent : le Saint parfait soufirira. « Par ses souffrances , dit un écrivain profane, le Saint pacifie le ciel et la terre ; par ses mérites , il enrichit les peuples '. »
Les saints meurent : le Saint par excellence mourra. € L'homme vil meurt pour la fortune, dit un autre écrivain, le philosophe pour la gloire, le noble pour la conservation de sa fortune, le saint homme pour sauver le monde*. »
Dans la Chine antique , on immolait au Ciel des taureaux noirs en expiation des péchés. Mais on sentait Tinsufïisance de ce sang, au moins lisons-nous dans l'explication du symbole Kouen : & Il faut que le saint s'offre lui-même en sacrifice pour vaincre le mal et enlever le péché du milieu du monde*. »
Platon avait vu en esprit le Juste subissant de la part du monde tous les genres d'outrages et crucifié. Les
» Mencius, i, 4, 13; 6, 5.
^ Chi-King, m, 1, etc. La gloire deVen Van g remplit tous les livres classiques.
s Sionnet^ p. ?i1.
* Ibid.
^. Ibid. Chouking, m, 5.
inoîs sont arrivés à la même pensée par une voie tout re et bien plus extraordinaire. La vertu du bois est, on eux, la charité. Le Saint qui était la charité même, qui devait mourir, ne pouvait donc expirer que sur bois. « Le mal est éteint, » lit-on dans l'explication symbole Pi ; « le Grand-Homme a ramené la félicilé. las ! il est mort. Hélas ! il est mort. 11 est suspendu ù 'bre*. »
Un festin est en Chine, comme en Judée , le symbole la joie, et il accompagnait les sacrifices. Aussi Texcation du symbole Tinq porte-t-elle que « le Saint mme prépare un repas , afin d'offrir un sacrifice au )rême Seigneur, et en même temps pour nourrir les nts et les sages. Il les y nourrit et les enivre ; il 3orte le repos et la joie. Les convives vieiment , non a hâte. Us honorent et sont honorés, ils jouissent me félicité éternelle. » Voilà le banquet de mets is et de vins purifiés que , d'après Ésaïe , l'Éternel a à tous les peuples; voilà le vin que, dans le Canue des Cantiques, l'Époux fait servir à ses amis ; voilà noces de l'Agneau dont saint Jean parle dans ses Relations^. Nos Livres inspirés n'ont-ils point pénétré de •t bonne heure dans la Chine, et ce qu'elle nous donne ur ses propres pensées, n'est-il point un emprunt fait Ta-tsin ? Non, car il est souvent fait mention du baiilei du saint dans le symbole du sang, et l'écrivain chi- )is qui fait cette observation, ajoute : « Il doit en exis- !r quelque raison , mais on ne peut savoir quelle elle H. » Elle était toutefois bien connue de ceux qui, à l'oîgiïie de l'écriture hiéroglyphique chinoise, ont ainsi ws en relation le festin de la vie éternelle et le sang de
* E«aie, XXV, H. Gant, v, 1. Apoc. XiX, 7.
quelque être vivant ; et cette raison mystérieuse n'était pas ignorée de Lieou-che-lin, lorsqu'il disait : t La félicité produite par ce repas est identique à celle que donne le Saint en passant le torrent (de la mort), et qui est de réparer les péchés et d'étendre sur tous la vertu du bois S » ou la charité.
Nous voyons par là que les Chinois, dont toute l'histoire n'est qu'un appauvrissement moral de plus en plus grand, avaient tiré des traditions protévangéliques les conséquences les plus surprenantes dès les siècles reculés où se formaient leur écriture, leur langue et leur religion ; et nous sommes en droit de conclure de ce peuple, si peu religieux de nature, aux Indiens, aux Perses, aux Grecs , à toutes les grandes nations historiques de l'Antiquité.
1 Sionnet, p. 52.