CHAPITRE IV
Théophanien.
a Genèse nous apprend que, d'après la tradition uni- ;elle et authentique, Jéhova-Élohim, le Dieu de Thulîté et de la nature, avait parlé au premier homme, ivait révélé sa volonté par une défense et , après la te, avait apparu de nouveau pour châtier les deux pables. Ce n'est point ici le lieu d'examiner comment Heu vivant et personnel peut revêtir une forme limiet visible, et de chercher dans les mystères de la lité l'explication de ce fait qui ne nous semble mîra- 3UX que parce qu'il ne se répète pas constamment, il is suffit de savoir qu'Adam a vu Dieu, que Dieu s'est voir plus tard à Caïn, à Noë, et que lors de la Dission, la théophauie devait donc être un des éléments stitutifs de la religion de toutes les familles issues de
nies ne retrouvèrent pas dans leurs patries définitives Heu de leurs ancêtres : il s'était comme retiré d'elles luse de leur idolâtrie, et les unes , comme les Cent «lies de la Chine, perdirent peu à peu le souvenir anciennes théophanies, qu'aucun fait nouveau ne veraviver, tandis que les autres, en beaucoup plus id nombre, se persuadèrent que leurs faux dieux se itraient à eux comme avait fait le vrai Dieu auçe^vxçl^ nitif.
T. II. ï>*
106 THÉOPHANIES.
Il oe se révélail plus qu'au patriarche chaldéen Abraham et à ses descendants. Les nations voisines, à qui parvenaient des récits infidèles de ces théophanies contemporaines , et qui trouvaient dans ces preuves de la toute-présence, de la miséricorde, de la justice divines un aliment qui répondait à tous leurs besoins religieuXt s'emparèrent de quelques-uns de ces faits , et les firent entrer en les altérant dans leurs mythologies. Ainsi la table de Jupiter et de Mercure visitant Philémon et Baucis, et faisant périr les impies habitants de la contrée, est rhistoire des Anges qui entrent sous le toit de Loth et qui détruisent Sodome*.
D'ailleurs, les nations païennes qui se mirent à inventer des théophanies, ne les prodiguèrent point sans mesure. En Grèce même, où régnait en plein l'anthropomorphisme, Homère, tout en donnant aux dieux de l'Olympe une part très-active dans les affaires de ce monde, ne les fait apparaître sous leur vraie forme qu'aux regards d'un fort petit nombre de ses héros et que pour un temps fort court. De même , le Rig-Véda ne cite qu'un très-petit nombre d'hommes qui aient été honorés de la visite d'Indra. En Egypte, Amoun seul s'était montré à un mortel, à Hercule. On ne cite aucune apparition de Bélus.
Cependant, si nous poursuivons dans les saintes Écritures même l'histoire des théophanies, qui a son point de départ au Paradis, nous verrons que, d'après l'intuition des prophètes hébreux , Dieu est présent, quoique invisible , dans les grandes crises et de la nature et de l'histoire. Il était descendu des cieux dans la tempête qui
1 Le bruit de cet événement sera parvenu du Jourdain en Phrygi« et en Lydie (où a vécu Jardan, père d'Omphale), par celui desfib de Lad , qui , dans les traditions arabes , se nomme Djor4J*i^ (ou Jourdain).
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détruisit la tour de Babel , et Jésus-Christ était là quand Jérusalem fut prise par les Romains. Cette sublime pensée de rintervention directe de Dieu, dans les événements de ce bas-monde, est à la base de toutes les épopées primitives, et les incarnations de Vichnou en un poisson, en un sanglier, en une tortue, en un lion, signifient simplement que lorsque la nature et Thumanité sont menacées d'une ruine imminente , Dieu les sauve en usant des moyens ou en revêtant les formes (symboliques) le mieux appropriés aux besoins de chaque époque.
Mais l'intervention de Dieu , pour n'être éclatante qu'aux temps de crise, n'en subsiste pas moins dans le cours ordinaire des choses. L'histoire de l'humanité est donc, dans un certain sens, celle de Dieu lui-même. C'est lui qui est le véritable auteur de toutes les inventions ; c'est par lui que les peuples grandissent et prospèrent ; c'est lui qui les fait périr en punition de leurs crimes, et il agit ainsi non de loin et du ciel, mais de près, de la terre et du milieu même de l'humanité. La théopbanie devient ici permanentej et à ce point de vue nous dirons que la première théophanie a eu la durée du monde Primitif, qui avait, au temps de la Dispersion, terminé sa carrière et achevé son œuvre. 11 était donc aisé anx nations païennes d'embrasser d'un regard ces siècles qui étaient pour elles l'Antiquité, de les résumer en «n tableau , en un mythe , et ce mythe était l'histoire humaine de ces premiers âges ou leur histoire divine, selon que l'attention se concentrait sur l'homme que Wen gouverne , ou sur Dieu qui gouverne l'homme.
Dieu est, dans ces mythes , soit un dieu suprême qui récompense ou punit , soit un dieu- Verbe , un dieu- Sagesse qui enseigne la religion et les sciences.
Chez les Chaldéens, l'histoire d'Oannès, qui vit parmi les hommes, est celle de la civilisation d'Adam ù Noë.
10A THÉOPHANIBS.
Thoth, dans Manéthon, est le père de Seth qui est le grand fondateur des sciences. Les Égyptiens, les Grecs, les Latins rapportaient leurs grandes découvertes à Thoth, «^ Hermès, à Mercure, qui étaient censés avoir vécu sur h terre.
Mais c'est en Amérique qu'il faut aller pour trouTer des dieux civilisateurs qui aient établi véritablement leur demeure parmi les hommes. Ils ne sont pas nés d'noe femme, car ils seraient alors des hommes-dieux, des héros protévangéliques ; mais ils ont habité pendant fort longtemps sur notre terxe, et on les prendrait aisément au premier abord pour de simples mortels *. Les Ip(h quois ont été instruits dans tous les arts par un de leurs dieux , Tarenyawagon , qui s'était construit une cabane, avait pris une femme', et qui fut enlevé au ciel dans un canot magique. Manabosho, qui avait rendu aux Algonquins les mêmes services, après avoir vécu de longues années ici -bas, est monté vers son père, le Grand Esprit. Chez les Brésiliens, c'est Maire Monan, humanation ' da
1 II ne faut pas perdre de vue que les mythes de l'Amérique n'ont été recaeillis et mis par écrit que récemment ou tout au plus il 7 > trois siècles, et qu'ils ont ainsi été exposés à tous les caprices de U tradition orale pendant plusieurs milliers d'années, tandis que ceux de la Grèce nous sont parvenus sous la forme qu'ils avaient au tempe d'Homère et d'Hésiode. Si donc tel dieu civilisateur du Nouveau- Monde passe aujourd'hui pour fils d'une mortelle , cela ne pronye point que sa mère ne fût primitivement une déesse cosmogonlque*
• Voyez note E.
* Ce mot compléterait notre terminologie des dieux visibles etdd messies. Nous aurions la théophanie pcusagère; la théophaniê f^ mnnente, ou le dieu qui vit longtemps sur la terre sans y naître et sans y mourir ; Y humanation, ou le dieu qui subit la mort aam avoir passé par la naissance ; Yincarnation, on le dieu qui naît et meurt comme un homme, le dieu-homme; Yhomme^Dieu, 00 16 mortel qui est fils de Dieu; Y homme di-mn, ow. \ft mortel qui n«"
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dieu suprême, qui a enseigné toutes choses aux mortels. Au Mexique, c'est Quetzalcoati, si tant est que ce personnage mystérieux soit bien un dieu descendu sur la ferre, et non point quelque héros déifié ^
Nous placerons ici Urasana , qui est le Fils ou la deuxième personne de la trinité des Manacicas. Sa mère, Quipoci , est la femme du Père, et par conséquent une dé^se cosmogonique. D'une beauté parfaite (comme Vénus), elle conçut (comme Junon), sans avoir habité avec on homme, un très-bel enfant, Urasana, qui, parvenu à l'âge viril, opéra nombre de miracles et même ressuscita des morts. Ayant un jour rassemblé un qrand peuple^ il fat élevé dans les airs et transformé dans le soleil. La Vierge-mère et Urasana intercèdent, avec l'Esprit, pour les coupables, auprès du Père, qui est le dieu de la justice. Ce dieu-fils n'est pas, à l'instar des dieux précédents, l'auteur de toute la civilisation ; mais il a vécu, lai aussi, sur la terre, et son ascension rappelle celle de Tarenyawagon et de Manabosho.
Ces dieux civilisateurs, qui vivent en hommes au milieu des hommes , font la transition aux dieux qui meurent eomme de simples mortels. La théophanie par laquelle Dieu s'ofire ù l'homme sous la forme humaine, aboutit donc, par degrés insensibles, à une complète identification de l'humanité et de la Divinité. Grâce aux instincts IKmthéistes de notre nature déchue, le Juge qui a châtié le criminel, est devenu le criminel lui-même, ou plutôt le
I«r un miracle ; puÎB le dieu protévangélique, le héros protévangé- ^ty le dieu médecin, le dieu médiateur, le dieu intercesseur; <^8 parler de Vincorporation, ou du Dieu qui revêt pour un peu de temps la forme d*un animal, et de la transhumanation, ou du ^ qui à la mort passe du corps d'un homme dans celui d'un autre homme.
* ^oycM note P.
IfSÈùnUMMS.
crime et le juge onl disparu, et il n'est pins resté calaoïité immense qui a détruit le monde né de I le dieu qui s'était fiiit monde. Cette calamité 6$ luge, sauf dans un ou deux mythes, où la mort correspond au temps de la Sécheresse antédilu^
Ces dieux qui meurent au temps du Déluge, ! ris. Adonis et Atys, dont les destinées sont trop pour que nous les racontions ici, et plusieurs dû ricains qui leur ressemblent d*une manière frap
Chez les Yuracarès, Ulé est tué par un jaguai Adonis par un sanglier ; ses os dispersés sur le recueillis par son épouse comme ceux d'Osiris il ressuscite ainsi que le dieu du Nil, mais il lui ù lui aussi, une partie de son corps, un morce joue.
Le frère de Manabosho, Ghibiabos, est noy Manitous , qui correspondent aux Titans et ai dans les mythes d'Osiris et d'Horus. Manaboshc partout les os de Ghibiabos, et celui-ci ressusc pour aller aux enfers régner sur les morts Osiris.
En Egypte, les Éthiopiens ou Antédiluvien tué leur roi, frère de Nitocris, c'est-ù-dire n culte du dieu suprême qui est le frère et Y Neith ou la Nature. De même en Californie, le
THÉOPHANIES. Hl
B ; les mécontents le couronnèrent d'épines *ent à un état perpétuel de mort. Il est tout sans corruption ; mais ses plaies distillent m sang vermeil. H ne parle pas, mais une Hibou-Satan du Mexique?) lui parle. Ce sang e couronne d'épines, sont peut-être des émaux Jésuites, qui ont fondé plusieurs miscette contrée ? Mais le mythe d'Oyot atteste un dieu mis ù mort par les hommes est in-
nnement d*Oyot se retrouve, d'après Du ; les Caraïbes ou Kalinagos des Petites-Anr premier père , Kalinago, ennuyé de vivre ion (sur la Terre-Ferme), s'embarqua et vint Dominique (où ils sont en assez grand nomes enfants lui donnèrent du poison à boire, rut. Cependant, ajoute-t-on, il changea seuigure, et devint un poisson épouvantable, ent Atraioman, et qui vit encore aujourd'hui re. B Ce monstre est sans doute un symbole ^es Celtes prétendent que les eaux du Déluge tisonnées.
suivant, que M. Quandt a recueilli chez d'au- 5, est plus remarquable encore, a Kururuman, des hommes, descendit un jour sur la terre >mment les hommes se conduisaient. Mais ils ment méchants qu'ils voulurent le mettre ù le les Béchuanas Litaolané). Il les punit en i permanence de la vie qu'il leur avait accordonna aux animaux qui changent de peau îrpents. »Quel singulier témoignage en faveur ; vie des Antédiluviens !
'est pas tout. Ces mêmes Caraïbes raconleoX Jeu Louko était venu d'une terre à'utiG ^^t-
lis THÊOPHANIES.
faite beauté qui existe dans le ciel de tout temps ; qu'il forma la terre inférieure, créa les poissons, fit sortir le genre humain de sa cuisse et de son nombril (comme Brahma les castes de sçs divers membres), mourut, ressuscita trois jours après, et retourna dans sa céleste patrie. Ce ne fut qu'après son départ que les animaux terrestres furent créés *. » Dans plusieurs mythes américains, la création des animaux est transportée après le Déluge, et nous expliquons la mort et la résurrection de Louko par celles d'Osiris, sans pouvoir rendre compte de ces trois jours d'intervalle, qui ont probablement un sens symbolique.
Au Brésil, d'après Thevet, Maire Monan, dieu civilisateur, périt par la méchanceté des Antédiluviens dans m feu qui doit figurer la grande Sécheresse.
* On attribue à Looko la victoire sur le serpent, que les Salit» donnent au fils de leur grand dieu Puru.