PRIMITIVE
buée généralement aux théothées et aux dieux de la nature, chez les nations civilisées qui sentaient vivement les innombrables analogies du moral avec le physique, et chez qui le besoin d'unité luttait contre leur secret penchant ù multiplier à Tinfini les dieux. Elles attribuèrent au dieu-supréme la surveillance du peuple, de la cité, du royaume , aux Grandes-Mères celle de Tagriculture, de Fhymen, de la famille, aux dieux- Verbe celle du culte, de la science, dé l'éloquence ; le dieu solaire devint celui de l'intelligence lucide et des beaux-arts; celui des guerres des éléments présida aux combats des nations, celui de la mei' à la pèche ; la chasse fut en Grèce sous la protection de Diane ou la Lune chasseresse , et nous avons vu déjà comment Thémis, Némésis, les Parques, les Grâces, Mnémosyne, les Muses avaient été des déesses de la nature avant de l'être de l'humanité. Le nombre des vrais anthropothées est ainsi fort restreint chez les grandes nations historiques. On conçoit cependant qu'elles aient parfois jugé tel fait du monde moral trop différent de ceux du monde physique, trop neuf, trop saillant pour ne pas être personnifié dans une divinité spéciale. G'est ainsi que l'Egypte et la Scandinavie ont remis à des dieux nouveaux , Mou et Bragi, le soin d'inspirer les poètes, que Baldur et Memnon ont représenté la fragile beauté de la vie humaine, qu'il a fallu depuis le Déluge se mettre en frais de nouvelles fictions pour donner un seigneur, un juge, des gardiens, des bourreaux aux impies que le cataclysme avait précipités dans les entrailles de la terre où l'enfer venait de se former. Au contraire des nations historiques, les peuples barbares, qui n'avaient plus de sens pour saisir les analogies des deux mondes spirituel et matériel, ne surent point, en reliant la vie de l'homme à celle de la nature, soumettre la première aux divinités ({ui déjà veillaient sur la seconde ; ce sont eux qui ont