‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 32 sur 158 · II. Le premier fratricide · texte numérisé non relu

II. Le premier fratricide

Le meurtre d'Abel par Caïn, commis à la porte du Padis, et inspiré par cette haine implacable que le métant porte à Thomme pieux, est un fait à la fois si exaordinaire et si humiliant, qu'on ne pouvait ni l'oublier itièrement, ni en conserver fidèlement la mémoire. Les seules légendes qui le reproduisent avec assez exactitude pour que le sens en soit incontestable, sont illes des Arcadiens, des Malais de Tarchipel des Amis, )S Mexicains, des Iroquois et des Brésiliens. Les Tégéates, d'après Pausauias, pleuraient Scephrus kbel), l'habitant des collines, mis à mort par son frère imon, l'agriculteur, qui le soupçonnait d'avoir mal parlé 8 lui au dieu Apollon.

Au Mexique, la Femme au serpent (Eve) passait pour voir eu deux enfants jumeaux , qu'un dessin hiéroglyihique représente luttant et se battant devant elle *.

D'après les Iroquois , Ata-Entsik, ou V Aïeule des vimits, qui avait été précipitée, par le Maître du ciel, de son empire sur la terre, mit au monde deux enfants, luskeka et Tahuitzaron. Le premier tua l'autre , et sa Bière se déchargea sur lui du soin de gouverner le inonde.

A Tonga, les deux fils de Tangaloa, envoyés du Bololou par leur père pour peupler cette île, étaient l'industrieux Vaka-Aka-Ouli, et le fainéant Toubo. Celui-ci par envie assomma son frère.

Au Brésil, Tamendonare est un agriculteur paisible, et iricoule un guerrier insolent. Celui-ci querelle son firère,

* Humboldt, t. i, p. 236; t. n, p. 144.

1S6 CAlM ET ABEL.

le menace, mais ne le tae pas» et l'an et Vautre sont surpris par le Déluge, auquel ils échappent avec peine.

Chez les Polonais, Crac périt bien de la main de soi fi-ère l^ech, mais il est tué à la chasse comme Osiris, e il est un héros protévangélique et non un Âbel. Toute fois Lech, dont le crime a été découvert par un chasseni est banni, ainsi que Caîn, et meurt misérablement dan une ville étrangère. Ces événements sont bien anté diluviens ; car la fille de Lech, qui l'avait remplacé si le trône, se précipita plus tard dans la Vistule, c'est-i dire périt dans les flots du cataclysme ^

Les Finlandais placent dans les temps les plus recul le meurtre de Kalervo par son frère Untamo, et Thistoii d'im des fils ou parents de la victime, Kullervo, qui ! noie dans la mer (dilu^enne) '.

En Italie, Romulus est fratricide et fondateur d'ui cité comme Caïn. Mais pour sauver Thonneur de cel qu'on avait mis au rang des dieux, on changea le meu tre en un acte de justice, et la victime innocente en i criminel puni de mort : Rémus avait sauté avec mépr par-dessus le fossé de la ville naissante. Franchir i fossé y c'est transgresser la loi. C'est ainsi que, d'apn les mythes étoliens, c Œnée fait périr son fils Toxeus q avait sauté par-dessus le fossé*. »

Dans le culte des Cabires, on parlait comme d'un my tère sacré du meurtre d'un frère. Mais ici les frères soi au nombre de trois, et deux sont des Caïn. Peut-être !

* Mone, t.i,f'p. 162.

« Kalévala, chants xxxi-xxxvi, et W. Sohoth, sur Kallervo, 185 » Apollod. Bibl. 1, 8. 1. — En Lithaanie, le paysan aurait jad offensé gravement le dieu domestiqae, Smîk-Smik , si pendant coars de Tannée il avait marché par-dessus le sillon qu'il traçait» printemps autour de son champ, et qui était consacré à cette di'^ nité. (Mone, t. i, p. 97. Hanusch, p. 330.)

GAIN ET ABEL. ili-l

on confondu les deux fils d'Adam avec les irois fils de oêy qui est un second Adam, et les temps postdiluviens vec ceux de l'âge d'or*.

Multipliez le nombre des Gain, et vous aurez, dans les aythes des Atlantes , Hypérion égorgé par ses frères, andis que son fils Hélius est noyé dans TÉridan (diluvien ).

Cette fable semble différer peu de celle des Titans immolant Zagreus. Mais Zagreus n'est pas leur frère , et nous avons donc franchi le domaine mythologique d'Abel et de Gain •.

Nous y rentrons à peine par la guerre que fait Typhon à son fi'ère Osirls. Le souvenir du fratricide se combinerait ici avec des vues générales sur les rapports récipro ques du bien et du mal, et le fait humain se serait agrandi et élevé jusqu'à devenir un fait divin.

* De même dans la famille d'Eaque, Pelée et Télamon fout périr Pliocas, leur frère (de père). Gomme les temps soi-disant héroïques ■ont en majeure partie, à mon avis, des temps antédiluviens, j'incline à reconnaître dans les fratricides qui y abondent, des réminiscences de celui de Caïn. Mais ces fables peuvent cependant renfermer des débris de Tantique histoire des peuplades pélasges et hellènes, et l'on sait assez que, dans l'enfance des sociétés ainsi que dans tous les pays oiï l'ordre de la succession au trône n'est pas réglé par 1* loi, rien n'est plus commun que de voir un frère périr par la nain d'un frère. Les annales de l'Asie, celles des Francs mérovingiens, le prouveraient suffisamment au besoin. (En Danemark, on voit un Abel ordonner le meurtre de son frère Eric IV.) Il faut donc s'attendre à trouver nombre de crimes pareils dans l'histoire primitive et véridique de la Grèce.

* Noos n'osons pa& faire usage du teythe hindou de Dakcha décapté par Chiwa pendant un sacrifice. Faber, qui y revient en plus d'un endroit, ignorait la versi on antique de ce mythe, que donne le '^yana, et qui détruit les analogies qui l'avaient vivement frappe. ^' H| p. 34 sq. Cp. Rhode, Religion des Hindous^ t. ii, p. 60 (allem.).

lâb CiSS ET

Page 1