VII. Le corbeau, la colombe et l'ouviei
Le souvenir des deux oiseaux que Noë avait ( en exploration, est resté profondément gravé da prit de ses descendants.
A Apamée, les médailles ont deux oiseaux au de l'Arche.
La colombe figure seule dans les mythes de De et des Mandans ; le corbeau seul dans celui de plusieurs oiseaux indéterminés dans celui des Cha un vautour, oueloues autres oiseaux et un colil
ins les mythes de Chapéwee, de Waesac-Koochak , de
Guyane; aux chiens dans les mythes du Pérou. Aii- »ute, le Brésilien, laisse tomber de sou arbre dans Teau 5S fruits.
Le corbeau, qui avait été envoyé pour explorer Téta 3 la terre, est un messager aux yeux de qui rien n*éhtppe. Toutefois, nous ne prétendrons pas que ce soit la tradition du Déluge qu*Odin, le gi*and dieu des Scaninaves, doit ses deux corbeaux. Pensée et Mémoire, qui arcourent le monde entier et lui rapportent tout ce qui y passe.
Mais si chez les Romains le chant des corbeaux élaii n des principaux présages, et si les Ai*abes, d'après 'orphyre , t écoutent » tout particulièrement « le coi*- €au, 1 l'attention singulière que ces peuples faisaient à et oiseau, s'expliquerait fort naturellement par le grand Ole qu'il jouait dans> les traditions du cataclysme.
Cependant ce messager de Noë avait été chargé d'une piste fonction : il avait erré en tout sens sur le sépulci-e i'un monde, et constaté que la terre n'était point encore abitable. Aussi le corbeau était-il ou est-il un oiseau de oauvais augure : pour les Arabes, qui le nomment le ère du malheur ; pour les Kabyles de l'Atlas * ; pour les irecs , qui disaient à un ennemi : Va-t-en aux corbeaux, Offlme de nos jours on dit : Va-t-en ù tous les diables ; K)ur les Celtes, cardans les mythes d'Arthur, le corbeau abandonne son armée et passe pour hideux et que- «Ueur ; pour les Scandinaves, pour les Finlandais *.
* D'après M. Daumas, apercevoir avant que de se mettre en oate un corbeau seul qui est comme égaré dans le ciel , est uu ;rave motif d'inquiétude pour l'Arabe et pour le Kabyle de l'Atlas, india que deux corbeaux sont le signe d'un voyage prospère.
* Mone, t. II, p. 810. 526. Léoozou Le Duc, La Finlande, i. i, . i05.
On peut sans doute expliquer par la couleur sinistre lies corbeaux, par leur cri rauque, par leur goût pour les cadavres et la cbair con^ompue, les idées superstitieuses que nous venons de rappeler. Mais comment expliquera-t-on que cet oiseau du malheur soit devenu l'attribut du dieu de la lumière , Apollon? Pour no«s, nous dirons que ce fils de Zeus est un dieu sauveur, qui a tue Python, qu'il a réparé les maux causés par le Déluge, qu'il a délivré de la mort les habitants de rArche, et qu'il était ainsi convenable que l'oiseau de rArcbese tînt constamment près de lui pour rappeler la délivrance qu'on lui devait. Aristéas, son prêtre, son prophète, soi compagnon, l'avait suivi pendant un temps sous la figura d'un corbeau. Apollon lui-même a pour amante la Corneillej Coronis, dont le fils est Esculape, qui est mortel ressuscité comme l'humanité primitive.
Comment en outre rendre compte, sans le récit du Déluge, du proverbe grec suivant : Le corbeau est aliéàl'eoUf par lequel on désignait les gens qui s'attardent en chemin et qui viennent difficilement à bout d'une entreprise! 11 est vrai que le mythe qui avait donné lieu à cette locution semble au premier abord n'avoir rien de diluvies: Apollon, dans un sacrifice, ayant envoyé son corbeau lui chercher de l'eau ; il vit en chemin des figues (ou du U4 qui étaient encore vertes , et il se posa sur raii)re pour attendre qu'elles fussent mûres. Mais par une nuit sereine levons nos regards vers le ciel ; nous y retroaie' rons près d'Argo ou de l'Arche, près du Pilote, près de l'Autel où Noê a célébré son grand holocauste, le co^ beau d'Apollon posé sur une hydre qui l'empêche de s'approcher de la coupe où il voudrait se désaltérer. L'hydre est le symbole typhonien du Déluge, et le on* tère figure l'eau de source, l'eau douce et pure, que le corbeau de Noë cherchait en vain de tout cAté, et sini
uelle nul être vivant ne peut subsister. D'après d'aus mythes, ce cratère était celui dans lequel Icare= ê avait présenté aux hommes le premier vin ; ou Ton y lit versé le sang d'une victime humaine, immolée (dans culte du Saturne poçtdiluvien) à la suite d'un fléau Déluge), qui avait fait de la contrée un désert *. Le proverbe grec que nous venons de citer, explique urquoi, dans les hiéroglyphes chinois , un oiseau qui loigne, est le signe du refus, de la négation. Dans la symbolique chrétienne, le corbeau figure le ché qui s'enfuit loin de l'Arche ou de l'Église, et les emands ainsi que les Danois désignent souvent par lui diable dans leurs contes populaires.
La colombe, que nous avons vue plus haut servir de mbole à l'Esprit démiurgique planant sur les eaux, lit longtemps erré sur celles du Déluge avant de ren- T dans l'Arche. Cet oiseau avait donc un double titre miprunter son nom à l'élément liquide*.
La colombe est diluvienne quand elle nourrit Sémira- 8 exposée sur le rivage, ou Jupiter qui est le dieu des nps postérieurs au cataclysme ; quand elle est figurée Hiérapolis sur la tête de Deucalion ou Sémiramis; tand les Argonautes la lâchent depuis leur arche au ornent de traverser les Symplégades. A Éryx, dans cette Hé antique de Sicile, dont les médailles ont une combe au revers, les colombes, qui pendant tout le reste i Tannée voltigeaient en grand nombre autour du temie de Vénus, disparaissaient au jour où, comme pour scompagner la déesse qui était censée partie pour la ibye, on descendait en pompe vers la mer; on en re-
* Hëdegger« fltil. pa(riaro., t. u P* ^^l* — Mithras est un dieu oUire et Bauvear, comme Apollon, et les initiés d'un certain degré i Ks mystères, s'appelaient les corbeaux.
* Voyei plus haut, 1 1, p. 296 $q.
montait au neuvième joui* vers le temple avec de grandes réjouissances. Cet oiseau était adoré, au dire des Juife, sur le mont Garizim, par les Cuthites que Salmanasar y avait transportés sans doute de TEuphrate*, Nous retrouverons la colombe diluvienne à Tahiti et chez les Mandans*.
La colombe , comme le corbeau, était un oiseau prophétique '. Elle rétait surtout pour les navigateurs, et il est fort probable que les Pléiades, dont le lever héliaque indiquait le temps le plus favorable pour se hasarder sur la mer, doivent leur nom à la colombe (peleia). Ce fut à leur lever que les Argonautes partirent pour la Colchidet d'après Ovide dans ses Fastes.
Comme le corbeau , la colombe est devenue la désignation de certains prêtres. C'est une colombe qui, partant de Thèbes ou de la ville égyptienne de rArche, a fondé Toracle de Dodone dans le lieu où s'était établi Deucalion=Noé.
L'olivier, dont la colombe de Noë rapporta dans son
*■ II est fort probable que les Babyloniens adoraient aussi la colombe. Mais dans les passages de Jérémie : XLvi, 16; L, 16; UV| 38, que Bryant cite à l'appui, ion AH n*a pas le sens de colombe. Néanmoins je ne sais si les Javauites ou Ioniens des livres sanscrits ne sont pas les peuples de la colombe , les Assyriens (au lien do Grecs) .
« D*après Schoolcraft (t. m, p. 390), les Peaux-Rouges, qui ont un très -grand respect pour la colombe, voient en elle le symbole de la terre et s'adressent à elle comme à une mère (tandis que le cygne est pour eux l'emblème d'une force spirituelle et divine). U colombe a donc ici son sens cosmogonique. Les Dacotas vénèrent la colombe, le loup (solaire) et l'ours. {Ihid, p. 232.)
> Bryant fait venir de l'hébreu ionah, colombe, le grec oiOROSt oiseau, l'oiseau d'après lequel nous devinons (oiouetha, UssychiBi] l'avenir. — D'après le même Hsesychius, oinas signifie à la fbii colombe sauvage et corbeau.
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rameau, annonçait au patriarche que la grande des éléments, qui venait de causer la ruine du r monde, avait enfin cessé , et il devint ainsi le e de la paix. Pour apaiser les redoutables Euméui habitent les demeures des ombres ou des Réil fallait, avant de les invoquer, placer sur le sol is neuf branches d'olivier *. Minerve, la déesse de re, de la victoire et de la paix, tenait dans sa main leau de ce même arbre. Si Tolivier parait rareans les mythes, il servait au moins d'emblème de on-seulement chez les Romains, mais chez les pnois, chez les barbares habitants des Alpes au l'Ânnibal, et jusque dans les Antilles lors de Ghrislolomb*.
hiti , le bananier remplace le rameau d'olivier, utes les cérémonies religieuses , même dans les publics et particuliers, la première chose qu'on t, sont des héraults tenant en main une branche mier. Si, dans une dispute violente entre deux s qui vont se frapper, l'un d'eux place une brancet arbre devant l'autre, ils se calment tout à
âseaux ou leurs suppléants rapportent, dans les îs. aux sauvés du déluge : soit une branche verte ninée, à Apamée, au Méchoacan et à Cuba ; soit
locle, OEd. ad Colon. 482.
eggër, Wst, patriarc.^ t i, p. K60.
:, Trot,?, voyage, t. ii, p. 186. Hawkesworth, t. ii, p. 93,
Te devrais citer ici le culte qae les Apalacbites rendent au
' le mont Olaymi , avec les six oiseaux auxquels ils don-
liberté, le miel qu'ils versent dans une pierre creusée , et
1UX qu'ils tiennent à la main en descendant de la montagne.
;nlte est tout solaire, et d'ailleurs Rochefort, qui seul noua
, mérite pen de créance.
une branche de saule chez les Mandans, soit du maïs en Guyane ; puis de la boue à leurs pattes au Pérou et chez les Peaux-Rouges ; et enfin, dans la diluvienne Gilicie, un flocon de laine *.