‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 6 sur 158 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

lie Paradis avant la chute.

En hébreu Adam signifie le Rouge^ et adamah, la terre, non le globe terrestre qui se dit apets, mais le soly le champ labourable. En sanscrit, adima est le premier. Le grec dit démos (dorique damos) pour peuple, démas pour corps, et pour bâtir démo, d'où le latin domus, maison, Râtir, construire, façonner est synonyme d*engendrer, comme le prouvent en grec tictô et teuchô, et en hébreu banah.

La corrélation entre Adam et adamah se reproduit en latin entre homo et humus.

Le nom même d'Adam s'est conservé chez les Nègres de Haoussa*, et dans les mythes grecs de Réotie où le

i « A Haoussa, le premier homme se nomme Adam, la première femme Aminatou. Da Adam signifie tout objet qui, vu conrasément à distance, peut avoir quelque ressemblance avec la figure humaine.» (Lander, Journal d*une expédition d'exploration du Niger, t. ii, p. 141.) Nous ne pensons pas que Tislam ait exercé dans ce pays une influence assez puissante pour avoir introduit le mot d*Adam dans le langage ordinaire. Mais les frères Lander n'ont-ils point fait erreur? Nous nous permettrons d'appeler sur ce point fort important l'attention des voyageurs qui visiteront de nouveau le Haoussa.

premier roi des Étolieus est Âthamas. Le Thamus de Platon est de même un Adam S

Les Chinois ont traduit le nom d'Adam dans leur langue : Hoang-ti est le seigneur rouge ou jaune.

De même qu'Adam en hébreu signifie à la fois le père de rhumanité et l'homme en général, ainsi les Germains se disaient issus de Mann, qui est, avec mensch, un substantif générique, et qui a le sens d'intelligent (en latin mens).

Mann est Ménew des Bretons , qui est leur premier homme et le fondateur de leurs mystères ; Manès, l'ancêtre des Lydiens et le fils de Dieu et de la Terre, et Manis, premier roi de Phrygie ; Menés qui ouvre la liste des souverains d'Egypte ; Manou, le père des Ariens de l'Indus ; puis Minyas, premier roi du plus antique peuple de la Grèce, et Minos, fils de Zeus et d'Europe, et, suivant une tradition, père de Deucalion=Noë. En latin, les Mânes sont les hommes m^rts ; Mani, en lithuanien, signifie les esprits, et mannah, en arabe, est l'oiseau qui est l'âme d'un mort.

*■ Ce nom de Thamos ne reparaît chez les Grecs et ailleurs qu'une seule fois et dans une circonstance fort extraordinaire : Plutarque nous raconte qu'un vaisseau marchand passant devant les îles Echinades , tout à coup une voix se fit entendre d'une de ces îles, appelant par son nom Thamus. Or Thamus était le pilote égyptien dont le nom était connu de fort peu de passagers. Après Tavoir appelé trois fois , la voix lui dit fort distinctement : « Quand tu seras arrivé à Palodès, annonce que le grand Pan est mort. » Devant Palodès, Thamus répéta de la poupe ces mots par un calme plat, et aussitôt s'éleva dans Tair comme le bruit d'une grande foule qui gémissait et à la fois s'étonnait (De def, orac, 17). Or cela se passait sous Tibère, au temps de Jésus-Christ, et ne dirait-on pas entendre la mort du second Adam annoncée aux mânes par l'organe d'un individu qui portait accidentellement le nom du premier Adam?

Mensgh, forme de mann , est le même mot que Meschia, le premier homme dés Ariens de l'Iran.

Adam se confond parfois avec Noë, qui est TAdam de rhumanité actuelle ; Menés avec Menas en Egypte ; le premier Manou de Tlnde avec Manou Satiavrata. Il nous paraît donc fort probable que le Noê des Iroquois , Messon, est un Meschia=Mensch.

Les Chaldéens avaient nommé Adam le Lumineux, al Orus, en mémoire de la gloire et de la félicité dont il brillait avant sa chute. Orus était le nom du premier roi de Trézène, et peut-être faut-il lui associer Aoris de Phlionte et Orion de Béotie.

Les Mexicains savaient que tous les hommes sont sortis d'un même couple, de V homme de notre chair, Tonacateuctli, et de la femme de notre chair, Tonacacihua, ou la mhre des hommes, Cihuacohuatl. Celle-ci occupait, après le dieu du Paradis céleste, Ométeuctli, le premier rang parmi les divinités d*Anahuac.

Enfin, il y a de TAdam chez Tantale, Sisyphe, Salmonée, Ixion, Cécrops, qui sont les ancêtres de leurs peuples, et dont les premiers sont célèbres par Tamitié des dieux, par leur chute et par leur châtiment.

Adam est la créature et non le fils de Dieu. Le nom de fils suppose commune essence, émanation, panthéisme. Cependant, comme d'une part le panthéisme est l'antipode du christianisme, et que de l'autre l'Éternel a fait Adam à son image, saint Luc a pu le dire fils de Dieu, en tête d'une généalogie, sans craindre de la part de ses lecteurs le moindre malentendu. Mais cette expression impropre et hardie se retrouve sans aucun correctif chez plusieurs peuples païens. Ainsi chez les Hindous éminemment panthéistes Manou est fils de Brahma. Ainsi encore Tantale est fils de Zeus et d'une fille de Saturne, Pluto, c'est-à-dire du grand Dieu de l'humanité (Jéhova) T. II. V

et de la terre riche en trésors de tout genre, qui est l'œuvre du Dieu irrévélé (Élohim). Mines est de même issu de Zeus et d*Europe=Astarté=la Terre, et Manès de Zeus et de la Terre. Ces trois généalogies sont identiques, et elles expriment fidèlement dans le langage mythique le fait de la création de Thomme que Dieu a formé d'argile.

Cependant le souvenir de ce fait s'est conservé sous la forme de simple légende dans l'Ancien monde et dans le Nouveau. Le premier homme a été fait : en Grèce , d'argile par Prométhée ; en Chine, de terre jaune par Niuva ; au Méchoacan, aux Mariannes, de terré. Le grand Dieu de Tahiti, Taaroa, après avoir fait le monde, forma l'homme avec de la terre rouge, qui servit même d'aliment à la créature jusqu'à l'apparition de l'arbre à pain. A Babylone, sur l'ordre de Bélus , les autres dieux pétrissent avec son sang la terre pour en produire l'homme. C'est de la terre que l'homme est sorti d'après les Groenlandais^ Au Pérou, l'homme s'appelle alpa camasca, terre animée, et runa, intelligence. Dans l'Amérique du Nord, les Onondayas croient que le Grand Esprit avait apparu sur le mont Aratapeskau, avec deux figures d'argile qu'il dessécha et anima du souffle de sa bouche, et dont l'une reçut le nom de Premier Homme, et l'autre, celui de Compagne.

Mais nous pourrions substituer au dieu qui crée l'homme, l'un de ses symboles, tels que l'oiseau, le serpent, le taureau ou le bison, le lion, le crocodile, la tortue, sans apporter le moindre changement au sens fondamental de la légende ou du mythe.

^ Les Groenlandais ajoatent que le chieu est plus vieux que rhomme, et avec raison, car le chien est ici le symbole du soleil qui est de deux jours antérieurs à Adam.

Nous avons déjà vu les Péruviens se donner pour aïeul le condor ou le dieu roi du monde; les Malais de la Notasie, le crocodile ou le dieu des eaux ténébreuses du chaos; des Cingalais, le lion ou le dieu de la lumière ; des Mongols, le loup ou le dieu du soleil.

Les Malais d'Amboine se disent issus d'un serpent qui est le dieu suprême, d'un crocodile, d'une anguille qui est sans doute comme le poisson le symbole des eaux du chaos, ou du creux d'un vieux arbre *.

Le bison est sacré pour les Mandans et les Mônitarris. Ou raconte qu'il revient parfois à la vie dans les savanes. Les Crows consacrent au soleil les peaux des bisons blancs sans en faire usage, et quand ils ont tué une femelle blanche , ils la laissent étendue sur le sol et la donnent à l'astre du jour. Si donc le premier chef des Mandans est né d'une vierge qui avait mangé de la peau d'un bison*, cela signifie que celte vierge ou la terre avait été fécondée par le dieu cosmogonique qui a créé la lumière.

D'après Lescarbot et d'après Champlain, les trois familles principales des Iroquois s'appellent la famille de l'ours, celle de la tortue, celle du loup; et les sauvages du Canada ont aussi trois familles principales, dont l'une descend du Grand Lièvre, l'autre d'une femme belle et courageuse, qui eut pour mère une carpe dont l'œuf fut échauffé par le soleil , et la troisième d'un ours. Le loup est le dieu du soleil, ou plutôt, d'après le tableau cosmogonique des Aztèques , le dieu de la lumière primitive. Le Grand Lièvre est le dieu suprême des Algonquins. L'ours est une variante du loup. Quant à la tortue, c'est celle d'Ata-Entsik , et nous pouvons fort bien dire de cette déesse de la nature qu'elle est sortie de

* Picard, Cérém. rel.^ t. 11, i, p 125.

* Klemm, t. ii, p. 164.

l'œuf cosmique qui provenait d'uue carpe ou des eauic primordiales'.

Les Hongrois placent «en tête de leur histoire Ugek, et Âlm ou le Songe. Celui-ci doit son nom à sa mère qui rêva pendant sa grossesse qu'un oiseau lui volait dans le sein, et que d'elle s'épanchait un fleuve de lumière qui dirigeait son cours vers les pays lointains*. Ugek n'est pas autre que le vieux Ukko ou le clieu suprême des Finlandais qui, par leur langue, sont frères des Hongrois. La mère d'AIm est une Europe, une Pluto, une déesse de la Terre. L'oiseau qui la féconde est la puissance créatrice de l'Esprit de Dieu qui a fait naître de l'argile Adam. Alm est à la fois le premier homo^e et le premier Hongrois.

Supprimons dans la création l'intervention de Dieu, et l'hojggime sera n^ de la terre. C'est ainsi que la Grèce désignait les Géants ou les Antédiluviens.

Au lieu de la terre, disons la Nature, la matière, les eaux primordiales, et l'homme aura pour mère, comme au Canada, la fille de la carpe, ou, comme au Paraguay, la lune.

La terre ou le monde a aussi pour symbole le serpent '. Les Géants seront des monstres, hommes par la

* Les usages font sortir leur aïeul d'une coquille. Le Grand-Esprit lui donna l'arc et le feu pour qu'il se nourrît de sa chasse. Un jour qu'ayant soif, il s'était ajiproché d'un ruisseau pour y boire, un castor, chef d'une nombreuse famille, lui offrit une de ses filles en mariage. C'est d'elle que descendent les usages. Ils croiraient commettre un meurtre en tuant un castor. (Schoolcraft, t. i, p. 319.) Je ne sais si la coquille désigne les eaux du chaos ou celles du déluge. Le castor est chez les Celtes un être diluvien. — Les Chippewais ont pour aïeule une chienne; les Indiens de Maduré, un àne. — - Les hommes-fourmis de la Grèce sont une simple image de la cité, qui est une grande fourmilière.

« Mone, t. I, p. 104.

^ Voyez plus haut, 1. 1, p. 253. Toutefois ce sens ne me parait pas

moitié supérieure de leur corps, serpents par l'autre moitié.

Un autre symbole de la terre et du monde, c'est l'arbre. On dira donc que l'homme, formé de terre, est issu d'une plante. Cette image écarte, il est vrai, l'intervention du Créateur, pour faire de l'homme un simple produit de la nature ; la terre fait pousser et croître le végétal, dont l'homme est le fruit. Mais, parce symbole, on assimilait le premier homme S la fleur, aux brillantes fleurs d'Éden, tandis qu'on faisait naître des durs cailloux l'humanité postdiluvienne. Ou ne doit donc pas être surpris de voir un assez grand nombre de peuples relier l'homme à l'arbre. Meschia et Meschiane sont sortis d'un reivas. De niéme, aux Philippines (d'après Marsden), les Tagales prétendent que l'homme est sorti d'un grand roseau à deux nœuds, qui, flottant sur les eaux de l'Océan, fut enfin poussé par les vagues contre les pieds du milan (démiurgique); comme il était sur le rivage, celui-ci l'ouvrit avec son bec, et d'un nœud sortit l'homme, la femme de Taulre. A l'autre extrémité de l'Ancien monde, chez les Scandinaves, c'est aussi sur le rivage de la mer qu'Odin, Wile et We trouvèrent deux morceaux de bois qu'ils animèrent, et qui devinrent Ask (frêne), et Embla (aune) sa compagne, de qui sont nés tous les hommes. Ask est l'arbre qui a produit Askan, le père mythique des Saxons. En Grèce, l'homme passait pour être né d'un chêne. Le nom hébreu du chêne et du térébinthe est ÉLON, ÉLAH, l'arbre fort, I'ilex des Latins. Cet ilex a été assimilé par plusieurs mythologues avec le sanscrit ila,

solidement établi, et l'explication des géants anguipèdes est douteuse. Si nous ne traduisons pas ici le serpent par Dieu, comme nous venons de le faire pour les mythes d'Amboine, c'est que la Divinité ne peut, dans aucun cas, former la moitié inférieure de l'homme.

a LE PARADIS

terre. Romulus, fils d'ilia ou de Rhéa Sylvia, serait donc né de la terre (Rhéa), du chêne (Uia), de Tarbre sylvestre (Sylvia), de la grande déesse de la terre, et Ton pourrait voir en lui un Adam.

Les Mysiens, frères des Lydiens, se disaient issus du hêtre, qui portait dans leur langue le même nom qu'eux.

L'Atlique avait une race taillée du peuplier noir y les ÂiGEiROTOMOi. Le peuplier et le peuple se disent en latin

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