POPULUS
Plusieurs peuples sauvages disent aussi que leurs ancêtres sont nés des arbres. Mais on ne sait si ces mythes sont d'antiques et vénérables traditions ou des imaginations sans consistance ni valeur ^
Les traditions que nous venons de recueillir prouvent que tous les peuples civilisés et plusieurs des peuples sauvages font sortir la race humaine soit d'un seul homme formé de terre, soit d'un couple unique. Cependant, l'idée la plus simple eût certainement été de faire naître de terre les premiers hommes par milliers, comme l'on voit au printemps le sol se couvrir d'une foule innombrable de végétaux. Rien, au contraire, de moins vraisemblable et de moins conforme à l'analogie que l'hypothèse d'après laquelle un seul homme et une seule femme ont produit
1 Les traditions en apparence les plus fausses ont toujours un fond de vérité. Quand elles disent qu'Atharaas est fils dVEolus et petit-fils de Deucalion, elles entendent par là que les Roliens issus de Noë=Deucalion, plaçaient en tête de leurs héros Adam=Athamas, ou que la peuplade dont Athamas était le premier roi, appartenait à la race éolienne. Le nom du père d'Adam n'a donc ici qu'une valeur ethnographique. Ainsi encore, le frère d'Athamas et l'autre fils d'iËolus, Sisyphe, est l'Adam des Éoliens de Corinthe. L'Adam des Tégéates en Arcadie, Aleus, est par le même procédé fils d'Aphidas, fils d'Arcas qui est Noë, l'homme de Y arche. Les traditions grecques nous fournissent plusieurs autres exemples semblables.
non-seulement la nation dont vous faites partie, mais les peuples voisins qui sont vos ennemis, mais les races dont le type diffère tout à fait du vôtre, mais l'humanité tout entière. Si les nations n'avaient eu d'autres lumières sur les origines de l'espèce humaine que celles de la raison, neuf se seraient déclarées aborigènes pour une qui aurait admis la supposition contraire. Si donc cette dernière opinion a prévalu d'un bout du monde à l'autre, c'est qu'elle s'appuie sur un fait et sur la tradition. Or nous venons de voir et nous verrons encore que le premier homme et la première femme de chaque nation sont bien les mêmes qu'Adam et Eve, et ce témoignage concordant d'un si grand nombre de peuples sur un fait si peu vraisemblable, doit certainement être d'un grand poids dans la question de l'unité de la race humaine.
IL Adam synthétique et Eve.
Adam, jusqu'à la formation d'Eve, a renfermé en lui l'essence de la femme. C'est là la clef du mythe perse de Kajomorts, être androgyne et d'une sainteté parfaite, qui était issu du taureau symbolique Aboudad, et qui fut mis à mort par les Dews. De ses restes purifiés par le soleil, naquit l'arbre qui a produit Meschia et Meschiane. Certaines familles, chez les Nègres de la Guinée, assurent aussi, d'après la tradition, qu'à la création l'homme n'était pas fait comme il l'est aujourd'hui, et que les parties distinctes des deux sexes étaient placées dans un endroit plus visible, mais qu'aussitôt que le monde fut assez peuplé pour la conservation de l'espèce. Dieu fit quelque changement dans l'ordre de son ouvrage *.
< Hist, générale des voyages, t. iv, p. 159.
Cette légende des Nègres rappelle la fiction de rhoramefemme, que raconte Aristophane dans le Banquet de Platon.
Le mythe hindou du dieu Viradj androgyne, qui se lasse de sa solitude et produit un homme et une femme, est vraisemblablement un souvenir ahéré de l'Adam synthétique.
Eve a été prise d'une côte ou de la région du cœur d'Adam. L'Eve chinoise se nomme la Côte d'Occident. Les Groenlandais font naître la femme du pouce du premier homme. D'après les Malais de' la Nouvelle-Zélande, trois dieux ont formé l'homme, et c'est d'un os de celui-ci que la première femme a été faite. De même à Tahiti, Taaroa plongea l'homme dans un profond sommeil , et tira de lui un os dont il fit la femme. loui, ivi, en malais signifie os ; awai , ewel, ewem , en finnois, samoyède et ostiak, mère; chawa, chewa, en hébreu, vie et Eve. Eve, formée d'un os, est bien la mère ou la source de la vie de tous les hommes.
Madagascar est en majeure partie peuplée par des Malais qui parlent une langue peu différente de celle des Polynésiens. Nous attribuons donc une origine malaise au mythe suivant qui, d'ailleurs, parait offrir les traces d'une influence brahmanique : Du premier homme, pendant son sommeil, sont sorties sept femmes, les mères des sept castes. La première est sortie de la tête, la deuxième du cou, la troisième de l'épaule, la quatrième du côté, la cinquième de la hanche et les deux dernières des jambes et de la plante des pieds.