‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 74 sur 158 · V. Les Enfants exposés · texte numérisé non relu

V. Les Enfants exposés

La &mille de Noê jetée, à la sortie de l'Arche, sur un ^I dénudé par les eaux, sans ressources immédiates,

leine, des hommes Toul trouvé et entouré de soi oiseaux Tout réchauffé sous leurs ailes. Quelque sée que semblât la jeune humanité, elle était cej entourée d'affection , de l'affection de la nature qui donnait à connaître celle du Dieu invisible.

Le fils de la vierge de Corée, Tchu-mong, Héou-tsi : son grand-père, irrité de la faute de jette Tenfant aux chiens et aux porcs, qui ne le t< pas, aux chevaux et aux bœufs, qui se détourne posé dans un désert, il y est providentiellement co

Le mythe d'Héou-tsi se lit dans le Litre des V cueilli par Gonfucius. Ce même héros passe poi enseigné l'agriculture aux Chinois. Or son hisi celle de Tchu-mong se retrouvent trait pour m Justin ; seulement elle se passe à l'autre extréi l'Ancien monde, chez les Cunètes (Portugal). L diluvien , Gargoris , fait exposer le petit-fils q% donné une faiblesse de sa fille. Plusieurs bétes s;

Eh Syrie, la fille de Dercéto, Sémiramis, a été déposée sur le rivage aride et désert ( des mers diluviennes) , et nourrie par des colombes.

D'après les mythes profondément altérés de la Phrype, Maeon expose Cybèle, Cybèle Attis, Sangarius le fils de Nana, et Priam Paris.

Chez les Hellènes, Arcas est pareillement exposé par Csdlisto; Amphion et Zéthus par Antiope ; Ëolus et Béotus par Mélanippé; Nélée et Pélias par Tyro; Télèplie par Auge. Tous ces personnages sont diluviens.

Si Tenfance du Jupiter de Crète a plusieurs traits de ressemblance avec celle de tous ces héros exposés à leur aaissance, c'est que ce dieu personnifie jusque dans ses destinées l'humanité postdiluvienne.

Les Scandinaves racontent de Siegfried qu'il a été enfermé par sa mère dans un vase de verre, jeté dans un flaive et recueilli par un forgeron.

Chez les Kymris, Céridwen = Cérès = Cybèle expose dans un bateau son enfant Taliésin, d'après le néobardisme.

En Italie, Romulus et Rémus , sur la tête desquels se réonissent et se confondent les souvenirs des origines da monde d'Adam, des origines du monde de Noë et des wigines du monde romain, sont exposés dans un cofSre ou berceau sur les flots du Tibre débordé, et nourris pur une louve, emblème du soleil.

Le premier roi des Perses ou des Elamites, qui vivait aux temps postdiluviens et qu'on aura plus tard confondu avec Cyrus, avait pareillement été exposé sur les bords d'un fleuve et sauvé par une chienne, qui a le iiéme sens que la louve.

On racontait aussi du premier roi des Thibétains, qu'il <^Vait été exposé dans son en&nce et recueilli par un l>ODze.

Un enfant resté seu) de deux armées ennemies ^uv usi

morable ne les en sépare. Mais Timagination vag des peuples s'est emparée de cette fable poétiqu intercalée dans des mythes ou dans des histoires qi aucun rapport quelconque avec le Déluge : lesGre la vie d'CEdipe ; les Germains, dans celle de Wolfd les Hindous dans celle de Carna, de Gama, de ( gupta; les Persans dans celle de Darab.

Ce même motif reparaît dans les épopées che^ ques du moyen âge.

Au Japon, un homme riche (le dieu suprême) meurait près de la rivière des Oiseaux (de la Coh une fille, Bunsjo (la Nature , la Terre), qui épouî mios (le dieu associé au diluvien Suwa). Gomme le Déluge) elle n'avait point d'enfant, elle s'adres ferveur aux dieux, et peu de temps après elle ai de cinq cents œufs qu'elle mit dans une boîte (ï et la jeta dans la rivière des Oiseaux. La botte fut lie par un vieux pêcheur (le sol pénétré des eai

tefois le coffre et Texposition en indique assez le vrai sens ; l'œuf cosmogonique est pour le moins aussi plausible que les pierres de Deucalion, et la cbétive nourriture des enfants a trait à la pauvreté des ancêtres des Japonais, dont nous parlerons plus bas.

Cependant, quand nous prétendons que toutes les expositions d'enfants dont sont pleines les mythologies et les origines des peuples, sont des fables et des fables diluviennes , nous n'entendons ni mettre en relation avec le cataclysme la coutume qui existe aujourd'hui encore diez plusieurs nations de jeter les nouveaux-nés sur les ▼oies publiques ou dans les tours, ni attaquer la réalité de certains &its historiques qui offrent une grande ressemblance avec les fables de Romulus, d'Œdipe et de Cyms. n n'est, en effet, nullement impossible, ni même invraisemblable que tel homme illustre des temps anciens ou modernes ait été exposé à sa naissance par sa mère ou par ses ennemis. Seulement , pour admettre que la chose ait eu lieu , il faut que le fait soit dégagé de toute circonstance fabuleuse, tel que l'allaitement par une kmve, et, de plus, qu'il nous soit rapporté par un témoin oculaire ou d'après sa déposition par un écrivain véridique. Or ces deux conditions sont remplies en plein Iiar le récit que l'Exode nous fait de la préservation de Moise que sa mère, dans un temps de persécution, avait déposé dans un berceau sur les eaux du Nil. Ce récit, qui en soi n'a rien que de probable, nous est fait par le législateur lui-même d'Israël, et ce serait, nous sembletnl, tout aussi bien manquer aux règles d'une saine critique de rejeter le fait de Moïse sauvé des eaux par la fille de Pharaon, que d'accepter pour historique la fable de Cyrus allaité par un animal. On sait, d'ailleurs, qu'Hé- '*odote avait déjà trouvé chez les Perses eux-mêmes trois légendes contradictoires sur la vie de leur prem\^v vo\»

T, II,

pcuic. \j caL VyC que uuua uiaciii ica \>iuraiucd , qi

buent au Déluge les mornes, les falaises » les e ments, les écueils de leurs îles qui ont été séparé terre- ferme ^ Pour les Chinois, rareté vive de la gne est chose nouvelle. Les Syriens, dans le m] Sémiramis, représentaient la face de là terre a Déluge par un rocher nu.

Or, dans tous les pays de montagne, on montr ques rochers qui ont une ressemlîlance avec la te profil de rhomme , et sur lesquels circulent p peuple diverses fables.

Nous supposons donc que les Noachides, saisis nement à la vue de tant de rochers bizarres q fraient de toute part à leurs yeux dans leurs pér tions lointaines, et cherchant en vain les reste première race, ont imaginé que les géants du antédiluvien avaient été métamorphosés en rocher hypothèse s'appuie sur la tradition de Rhode , laquelle les géants, les premiers habitants, aurai changés en rochers à cause de leur méchancei mvthe exDliaue celui de Niobé et de ses enfants i

Cependant, si les hommes étaient devenus des rochers, rochers pouvaient redevenir des hommes , et c'est ssi là ce que dit la fable de Deucalion et de Pyrrha jeit derrière eux des pierres qui se changent en créa- *es humaines. Mais cette fable n'est point isolée : les t>itants des îles Mariannes croyaient que le premier mme avait été formé de terre (comme Adam) dans Tile Guaham (le monde antédiluvien), que ce même homme second Adam, Noê) avait été transporté dans Tile Funa terre actuelle) où il avait été changé en rocher, et e de ce rocher étaient sortis tous les hommes. Cette issanced'un rocher est d'ailleurs une création nouvelle; r la pierre à elle seule ne peut rien produire, et il faut ur cela qu'elle soit fécondée par la divinité : Diorphys lumanité postdiiuvienne) est fils du puissant dieu sore, Mithras, et d'un rocher.

Nous avons ainsi un premier homme fait d'argile , et homme de date postérieure né des pierres ; l'homme iden , aux mœurs douces et pures, formé d'une subince molle et délicate, et l'homme de l'âge actuel, qui i issu du dur rocher. Mais nous avons vu comment on ait substitué à l'argile l'arbre, les arbres du Paradis as l'ombre desquels vivait Adam, et nous avons ainsi xplication de la parole d'Homère * : « Les hommes sont ms du chêne antique ou du rocher. »

Cependant il eût été plus simple et plus vrai de faire litre de Deucalion et de Pyrrha l'humanité postdiluenne. Cet abandon de la tradition s'explique par cerlines associations d'idées qui nous sont devenues étranbres, mais qui se sont conservées dans plusieurs langues. i nous disons dans un sens spirituel qu'on édifie l'Église Q faisant naître par la conversion des âmes à Christ, les

» Od. m, I6i,

donc intimement unies dans TAntiquité, et jeter ( res derrière soi aurait, à tout prendre, le même s laisser après soi des enfants.

De même, les pierres que Rhéa fiut manger à sont les peuples que Saturne fait périr ^ar le Dél quand les Arcadiens, précisant le mythe ordinai sent que la déesse avait substitué un cheval à I et une pierre à Jupiter, ils donnent à celui-ci 1 pour attribut, parce quil est le dieu des nation États.

Dans les plaines du Haut-Orénoque , où les sont rares et les palmiers abondent , le Deucal Tamanaques et sa femme ont jeté derrière eux [ sus leurs têtes des fruits du palmier Mauritia.

Au Groenland, Thomme sauvé des eaux fr terre de son bâton, une femme en sortit, et le fut repeuplé.

Les Péruviens prétendent que dans une grai taille où leur Inca, surpris par les rebelles, fut ! à rimproviste par des bandes de soldats qui acco

VU. Mythes de la lune.

La lune, astre des eaux de pluie et des eaux cosmogo- Diqnes, Test aussi du Déluge, qui a replongé la terre dans le chaos. Le lion de Némée, qui est descendu de la lune, est donc un symbole (égyptien) de cette immense crise teliurique.

Les Arcadiens, qui se disaient proséUneSy entendaient par là simplement qu'ils étaient plus anciens que le Déluge et non que la lune. Prétention qui sous une autre fN*me se reproduit partout, parce que chaque peuple l'est approprié l'histoire du premier monde.

La Polynésie a, de nos jours encore, ses Arcadiens. Lors- (pie la lune ne donnait encore aucune lumière , un Nouveau-Zélandais, Rona, sortit de nuit pour aller chercher de fean à un puits (comme Dictys=Hy1as=Bormus). Mais 3 86 foula le pied, et ne put retourner chez lui. Tout à toap, comme la douleur lui arrachait des plaintes, il vit avec angoisse et terreur (la terreur panique) que la lune Oe Déluge) apparaissant tout à coup, descendait vers lui. Alors il saisit un arbre et s'y accrocha pour se sauver. Mais l'arbre fut déraciné, et tomba sui* la lune (la de- Qieure des âmes) avec Rona, qui y est encore ^

Ce mythe se complète par celui de Tahiti. Tahiti était autrefois couvert de certains arbres qui furent détruits par quelque catastrophe (le Déluge), et dont les graines ftirent transportées dans la lune par des colombes. Ces

* D*Urville, t. m, p. 582; Klemm, t. iv, p. 355. — Autre version ^ui confirme le sens de la première : Rona tombe dans un puits (comme Rébha), s'accroche à un arbre (comme Boudjyou), et est ^ïismte transporté dans la lune où on le voit encore autiouT^'WV. (O'Urville, t. JJ, p, Si5.)

graines ont produit des bocages, qui sont les taches de cet astre*.

Quand donc certains écrivains grecs disent que la lune a paru dans le ciel peu de temps avant le combat des dieux avec les géants , cela signifie que cette guerre a suivi de près le Déluge*. Et les Esquimaux, qui disaient à Franklin qu'ils étaient descendus de la lune sur la terre, font remonter ainsi leur origine à ce cataclysme.

Enfin, c'est peut-être l'identification de la Lune et du Déluge qui explique pourquoi à chaque Néoménie les Mingréliens tirent l'épée, accusant cet astre de tous les maux qui leur arrivent ; pourquoi ce même jour est pour les Nègres un jour de sang ; pourquoi les Moxas le célèbrent par des cris lamentables , et les Caraïbes par des hurlements; pourquoi cette même nuit à Athènes on invoquait, en hurlant, Hécate, qui venait manger les pains qu'on plaçait dans les carrefours pour les morts ; pourquoi les Romains offraient alors aux Lares, aux ombres* de l'encens, des fruits et un porc ; pourquoi les Chinois consacrent les nouvelles et les pleines lunes à la mémoire des ancêtres devant les images desquels on allume des cierges ; pourquoi chez les Phéniciens on dressait à la néoménie des tables en l'honneur d'Astarté, l'épouse d'Adonis, et sacrifiait surtout alors des enfants à Moloc, à ce dieu de l'impitoyable justice qui avait détruit le premier monde par le Déluge; pourquoi aux îles Mariannes les femmes chantent leur lugubre complainte aux phases de la lune.

L'armée lacédémonienne que le roi Eurotas avait fo^ cée à se battre avant la pleine lune , et qui, vaincue, se

* Cook, TroU. voyage, t. ii, p. 307.

« Faber, t. m, p. 9. Suivant lui, les Hindous prétendent que I« Jane est sortie des flots àuî>é\\i|^e <v^ï^\%ftT%>:\mft\!A.^

>ya de désespoir, est rimmense troupe des Antédilums qui périt dans le grand cataclysme.

Vin. L'ÎLE ANTÉDILUVIENIŒ.

>fous supposons que les hommes, après le Déluge, ne Touvant nulle part la fertile et riante patrie de leurs tiques sdeux, et ne pouvant reconnaître dans la terre uvelle, toute bouleversée par l'inondation , celle dont tradition, embellie par l'imagination, leur faisait les is ravissants tableaux, ont fini par croire à l'existence

deux mondes séparés par l'Océan, dont l'un était le tre, si fréquemment ravagé par vingt fléaux différents, Tautre, le monde antédiluvien où règne la paix et la e. Dans la géographie du moyen âge, on plaçait à l'est

l'Asie la terre d'Éden qui touchait aux murs des cieux d'où Noé, à la sortie de l'Arche, avait passé vers nos ntinents. Cette fiction, que Gosmas avait introduite en irope, provenait de l'antique Orient. Les Arabes et les trsans nomment cette île imaginaire le Gézirat Kesch ou le sèche \ et les Merveilles du monde, ils la placent au là du Kaf, immense chaîne de montagnes qui forme enceinte de notre monde, et qui est la demeure des 5ris , ainsi que l'asile des dews et des géants qu'ont lincus les premiers héros de la race humaine. Le Kaf ^t le Lokaloka des Hindous.

Mais l'Atlantide de Platon, qu'est-elle d'autre que l'Ile Bche entourée d'un Kaf? Même fertilité , même ma- :nificence. Son premier habitant est Événor, Vépoux l*Ève ou Vhomme-vie. Son dieu Neptune a dix enfants oâles qui répondent aux dix patriarches Sethites. Les

* D'après la Gesèse^ j, iO : Dieu nomma le sec terre.

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