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Le soleil et la lune enlevés ou enfermés

Dans le mythe diluvien des Chépéwians , le continenl de l'Amérique n'avait pas encore acquis ses dimensions actuelles quand VaieuY àe c^^^w^V^'^vvi^ sans le vouloir.

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dans un filet Tastre du jour, qui laissa pendant un cerl:ain temps la terre plongée dans une profonde obscurité. Les Iroquois ont la même fable. Elle doit peut-être son origine à la suspension du mouvement de rotation de la terre au temps de Josuë ; mais le phénomène n'a pas été sans de bonnes raisons transporté dans les siècles qui ont suivi immédiatement le Déluge, et où la terre a été pendant longtemps privée par les nuages de la lumière du soleil. Les Mandans se souviennent d'un temps où la voûte céleste était [pour eux une ténébreuse caverne, d'où ils sortirent par un cep de vigne.

Chez les Kalmouks bouddhistes, Otschirbany, dieu du troisième ordre, fut envoyé du ciel pour combattre de mauvais génies qui avaient arrêté le soleil et la lune. 11 triompha d'eux, leur coupa la tête et s'en fit un chapelet '.

Au Japon, on raconte que, fatigué de la guerre que lui fusait sans relâche le vent de tempête (depuis le Déluge), le Soleil s'enferma dans une grotte (la voûte céleste privée de lumière) dont il ferma la porte avec un rocher. Les huit cent mille dieux se réunirent pour ouvrir habilement sa prison et le supplier d'éclairer de nouveau le inonde*. Pour l'y décider, ils arrachèrent au dieu des tempêtes les ongles et les cheveux , et l'obligèrent à se somnettre au Soleil , à quitter les deux et à se retirer dans les déserts '. Il est impossible que le mythe dise en

* Chappe d'Anteroche, Voyage en Sibérie, t i, p. 313.

' Coinp. Gérés Erinnys qui, pendant la sécheresse antédiluvienne 8e retire dans un antre, d'où elle ne consent à sortir qu'aux instantes prières des Parques, députées par Jupiter auprès d'elle.

' On voit dans cette caverne une idole qu'ils nomment la grande ^^présentation du soleil, et qui est assise sur une vache (la terre), ^ de là s'offre à la vue dans la mer, à une lieue et demie des côtes, ^e île qu'on dit être sortie des eaux au temps de ce dieu. (Rœmp- *r,t. Il, p. 34gg.;

termes plus clairs, que des vents impétueux, après avoir privé pendant un temps la terre de la lumière du soleil en couvrant le ciel de nuages, avaient enfin perdu de leur violence et permis à Tair de se rasséréner. Ce temps d'obscurité avait fait sur les Japonais une impression si profonde, que la caverne où le Soleil, disent-ils, s'était enfermé, est leur principal pèlerinage. Mais le vent, au temps même de sa plus grande violence, avait rendu aux hommes un immense service en desséchant la terre loot imprégnée encore des eaux diluviennes : « En descendant des cieux, et avant de se retirer dans les déserts, le dieu japonais du vent avait trouvé les hommes poursuivis par un affreux démon (Python), et il mit fin à leurs détresses en le tuant. »

Le mythe japonais est obscur et confus auprès de celui de la Finlande, qui n'occupe pas moins de douze chants dans le grand Kalévala *.

Nous sommes aux temps postdiluviens, car il s'agitt pour le dieu de l'humanité Wàinàmôinen , de reconquérir le sampo qu'a dérobé la sorcière du Nord ou de Pohjola. Le sampo, dont la forme et la nature ne sont point d'ailleurs indiquées clairement dans le poème, mais qui paraît être un moulin , est le symbole de Tagriculture. Le pays du Nord répond à celui des Hyperboréens qui sont les Antédiluviens. La sorcière est une divinité malfaisante qui a (par le Déluge) privé la terre de sa fécondité, l'homme de l'art du labourage, et qui vit, grâce au sampo , dans une merveilleuse abondance au milieu de son peuple *.

« Wàinàmôinen s'embarque pour le Pohjola avec Ilffla* rinen, » le forgeron démiurgique qui doit réparer le aie-

* Ch. XXXVIII — XLIX.

« xxxvni, 3<i8 sq.

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inisme du monde à demi détruit par le Déluge, a PeniQt la traversée , un brochet monstrueux (un monstre phonien) arrête leur bateau. Wâinàmôinen le fend en eux de son épée ; une moitié tombe au fond de l'eau ; es os et des arêtes de l'autre le dieu se fait un kaii île ou une guitare, dont nul ne peut jouer, pas même marinen, et dont il tire des sons qui font accourir et leurer les animaux de Tair, de la terre et des eaux, les ommes et les femmes, les dieux et les déesses. Luiléme pleure, et ses larmes deviennent les perles du fond es mers. Mais le kantèle sera brisé plus tard. » Ce mylie signifie que Dieu aurait pu et qu'il a voulu rétablir me harmonie vraiment divine dans le monde physique iprès les affreux ravages du Déluge , et que même il îlait assez puissant pour faire servir le mal au bien, pour )lier les puissances infernales à l'exécution de ses proets. Non-seulement le kantèle est fait des os djj brochet, nais les cordes sont prises à la crinière du coursier i'Hiisi qui est l'Ahriman, le Satan finlandais. Si la moitié du brochet gît dans les profondeurs de la mer, c'est que la nature recèle des principes malfaisants qui s'opposeront sans cesse à la complète restauration de la terre actuelle, et la sorcière de Pohjola est assez puissante pour lutter contre Wâinàmôinen.

« Le dieu arrive au terme de son voyage. L'hôtesse, louhi , refuse de lui livrer le sampo. Il prend son kantèle, plonge dans un sommeil magique la sorcière et son peuple, et enlève non sans de prodigieux efforts le trésor mystérieux qu'il emporte dans son bateau. » La terre nouvelle va donc rivaliser de fécondité et de beauté avec k» terre antédiluvienne. « Mais le dieu avait cinq jours ù ï^aviguer avant d'être de retour dans son pays, lorsqu'au troisième jour Louhi se réveille et suscite une horrible ^napête qui jette dans les fîots le kantèle du di^w. t» N q\\\îi

donc disparues pour toujours les brillantes espérances que les Noachides avaient conçues de voir les temps du Paradis renaître pour eux sur la terre : des vents sinistres dévastent leurs demeures , ces mêmes vents dont les Japonais viennent de nous dépeindre l'excessive violence.

« Louhi, avec ses guerriers , poursuit son ennemi sur un vaisseau, qui se brise contre un écueil que le diea fait surgir a Timproviste du fond de la mer. Mais la sorcière prend la forme d'un aigle immense et porte sur ses ailes et son corps tous ses alliés. Elle se pose sur le mât du bateau de Wàinô. Celui-ci saisissant (non son glaive, mais) son gouvernail, lui brise tous les membres sauf un doigt. De ce doigt sans nom elle saisit et jette dans la mer, où le kantèle git déjà, le sampo, qui se brise. Ses débris font la richesse de la mer ; Louhi n*en emporte que le couvercle et une anse dans le pays du Nord , la Laponie, qui ne connût dès lors plus la paix, et dont le bonheur fut détruit ; quelques légers fragments furent jetés par les flots sur les rives de la fertile Finlande, à la grande joie du dieu. » De là viennent les différences actuelles dedimal et de productions entre la Finlande et la Laponie; de là vient surtout celte inépuisable multitude de poissons que la mer bienfaisante offre aux habitants de ces deux contrées. Mais il fut un temps où ces pays, aujourd'hui si arides, regorgeaient de productions de tout genre, avant que le sampo eût été dérobé par la sorcière.

(( Cependant, le dieu n'ayant pu retrouver son kantèle s'en fait un autre du bois d'un bouleau qui venait de lui conter tous ses chagrins, et des cheveux d'une jenne fille qui, ni joyeuse, ni triste, chantait en attendant sob amant. Les sons de ce nouvel instrument font pleurer de joie hommes et femmes, attirent les animaux, agiteitf de plaisir les arbres, » ^Vmçi^ii'^%\.v^us le premier kao-

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tèle que les dieux eux-mêmes n'avaient pu entendre sans suspendre leurs travaux. La fertilité luxuriante et la beauté de la terre sont perdues sans ressource; et si Dieu peut encore réjouir le cœur de Thomme, sa joie sera pleine de larmes.

€ Louhi , pour se venger de sa défaite et de la perte de son trésor, met au monde neuf fils qui sont les Maladies, la Peste et la puissance malfaisante du sorcier. Ils désolent les hommes (dont la vie s'abrégea après le Déluge de neuf siècles à un siècle). Mais Wainô invente un remède qui dissipe leurs douleurs.

« Là-dessus Louhi saisit par enchantement la lune et le soleil , et les cache dans une montagne dure comme Vacier (qui fait le pendant de la caverne du mythe japonais, du filet de Ghapéwee). La plus ancienne des mères ( la déesse de la nature) laisse tomber par inadvertance, ou fait tomber à dessein, du haut des nuées sur la terre un feu, qui produit partout d'horribles douleurs, brûlant les arbres, les plaines, les eaux, les hommes, llmarinen lui-même. (Voila le fléau postdiluvien du feu aussi clairement expliqué que possible.) llmarinen y mit fin en obtenant d'Ukko, le dieu suprême, les brouillards, le froid et les glaces de Pohjola.

« Cependant, hommes et animaux soupiraient après le retour de la lumière, llmarinen forge une nouvelle lune et un nouveau soleil; mais il ne peut les rendre lumineux. Alors Wàinô retourne en Pohjola. 11 en massacre tous les habitants, et délivre enfin le soleil et la lune, ^i n'ont plus cessé dès lors d'éclairer la terre. »

n serait certainement inutile d'insister ici sur l'identité fondamentale du mythe de Chapév^ee et de celui du *tpon avec celui de la Finlande. Dans les trois les rayons 4» soleil ne parviennent plus jusqu'à la terre ; dans les tfois l'astre est délivré pour ne plus être IrouiVAfe àife8»o\-

mais dans ses fouciions ; dans les trois le fait a lieu postérieurement au Déluge*.

Revenons sur nos pas dans rAmérique du Nord, au Mexique, pour y recueillir un mythe, d'ailleurs fort obscur, celui de Xolotl, qui a trait à Tâge postdiluvien du vent, à la réapparition du soleil et de la lune et à la formation de la nouvelle humanité. 11 y est question : d'une race d'êtres habitant la terre, qui étaient inférieurs aux dieux, supérieurs aux hommes, précisément comme les Noachides par la durée de leur vie s'interposent entre les antédiluviens et notre race éphémère ; du soleil et de la lune qui manquaient encore depuis la dernière catastrophe ; de la destruction totale de ces êtres mixtes, et de l'origine des peuples actuels du Mexique, tous issus de six frères nés d'un couple unique qu'avait produit un os, enlevé aux enfers par Xolotl.

Les Scandinaves ont le mythe d'un architecte qui offrit aux Ases, pour le prix du soleil, de la lune et de Freya, de leur construire en un hiver une forteresse où tous les géants ne pourraient jamais pénétrer. 11 se fait aider de son cheval Swadilfari qui faisait une fois plus d'ouvrage que lui, et traînait d'énormes blocs de pierre. La forteresse était à peu près terminée et il restait encore trois jours d'hiver, quand les Ases effrayés, n'osant rompre leurs serments, somment Loki, qui les avait mal conseillés, de priver l'architecte inconnu de son salaire. H se métamorphose en une jument ; Swadilfari brise ses traits pour la poursuivre; deux jours se perdent ainsi, et l'architecte se met dans une violente colère; les Ases reconnaissent qu'il est un géant, et Thor, qui revient en ce moment d'un long voyage, lui brise le crâne en niiite morceaux. Loki mit au monde un poulain à huit pieds, qui devint le fameux coursier d'Odin, Sleipnir.

' Voyez note B.

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Les pierres immenses dont est construite la forteresse ^nt les nuages. Ces nuages étaient, après le Déluge, si ^paîs et si lourds qu'on les aurait dit congelés ; Swadil- 'ari signifie : qui voiture de la glace ^ et d'après des my- Jies analogues, il faut entendre par lui un vent, un vent lu nord. La forteresse à Mtir, c'est une voûte de nuages 3;iacés et immuables qui s'élèverait de tous les points de .'horizon vers le zénith. Si elle s'étail achevée, les Ases 3t les hommes auraient été privés à jamais de la lumière du soleil et de la lune, ainsi que de tout ce qui rend la Dature belle et riante comme Freya. L'œuvre était déjà Irès-avancée quand s'éleva un vent nouveau, un vent chaud du sud (la jument) ; la foudre, silencieuse pendant ce long hiver de la nature, retentit de nouveau dans les cieux ; l'immense voûte de nuages se brise, le dieu bon triomphe des puissances malfaisantes, et la lumière du ciel est rendue à la terre. En même temps l'atmosphère prit son équilibre, et des huit points principaux de l'horizon soufflèrent désormais les vents sur lesquels Odin parcourt invisible le monde ' .

Ce mythe païen a été converti dans le moyen âge en >^iDgt contes où le diable, un géant, un nain, s'engage à construire en une nuit un pont ou une église, pour le prix d'une âme, et perd son salaire par quelque ruse ingénieuse.

Ces contes expliquent probablement le mythe d'Apollon le dieu du soleil, et de Neptune le dieu des eaux et ici des nuées, construisant les murs de Troie, et frustrés parLaomédon de leur salaire. Seulement le fait est censé s'être passé avant le Déluge. Les mythes troyens nous sont parvenus si altérés, qu'un tel anachronisme n'a rien ^l'invraisemblable.

* Voyez plus hsmt, /, p, 489 sq.

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