‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 93 sur 158 · I. DÉCLIN DE LA VIE · texte numérisé non relu

I. DÉCLIN DE LA VIE

Je n*ai jusqu'ici trouvé que deux peuples, les Hindous et les Scandinaves, qui aient fait du déclin de la vie après le Déluge l'objet de mythes spéciaux. Mais peu de mythes sont aussi importants et aussi transparents que ceux-là.

Le mythe hindou nous est déjà connu : c'est celui de la boisson d'immortalité que veulent préparer, en barattant la mer, les génies qui sentent leurs forces décliner.

La Scandinavie nous fournit deux mythes analogues qui s'appuient et s'éclaircissent mutuellement.

L'un parait avoir été mis par écrit et chanté à une époque assez récente; mais les éléments dont il se com- |X>$e sont si peu une invention des siècles postérieurs qu'un savant islandais du dix-septième siècle a passé dis ans à rétudier sans parvenir à le comprendre. Ce cbani est à la fois le plus énigmatique, le plus sublime, le plus profond et, pour nous, le plus simple de tout l'Edda.

« Dieu règne ! Les Elfes comprennent, les Vanes connaissent, les Nornes prophétisent ; les hommes souffrent, les Géants sont dans l'attente. Les Ases redoutent quelque grand malheur, car Urd (la parque de la vie) a négligé de veiller sur la boisson d'immortalité (sur la source qui seule maintient l'arbre du monde toujours vert e( frais). Le corbeau d'Odin (et de l'Arche) est parti pour chercher le ciel, et il ne revient pas. Les deux nains. If Mort eîTInfeci (les corps des victimes du Déluge), prononceni des seniencfts cvoà ^owv ^^ \sKi^vivais rêves. La

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force des nains s'en va ; les cieux penchent vers lahinie ûu chaos'; le coursier du soleil tour h tour les laisse tomber et les relève. Le soleil ni la terre ne sont fixes Bn leur lieu, et les torrents de Tair hésitent et se précipitent. » Tableau saisissant des désordres de la nature pendant Tépoque Typhéenne. c Dans la source limpide de Mimir tarit la sagesse des hommes. Savez-vous ce que cela signifie? Iduna' (la prophétique déesse qui garde les pommes d'immortalité) est tombée d'Yggdrasil et gU sur le sol, près de la Nuit (dans l'obscurité où la terre est restée plongée longtemps après le Déluge sous son voile épais de nuages). Les Ases, voyant sa détresse, lui donnent une peau de loup (c'est-ù-dire rendent ù la nature la lumière du soleil). Iduna s'en revêt, la joie renaît en elle, son visage se colore de nouveau. Odin envoie Heimdall (la sentinelle des dieux), Loki ( le génie du mal ) et Bragi (le dieu de la poésie et l'époux d'Iduna), demander h celle-ci ce qu'elle sait des destinées du monde et de la mort des Ases. Mais elle ne répondit pas un mot, et ses larmes, qu'elle cherchait en vain à cacher, humectaient ses mains. Elle semblait comme ivre de sommeil, la malheureuse. Heimdall et Loki retournèrent vers les Ases, mais Bragi , le chantre d'Odin, resta près d'elle pour la garder (car sa détresse est pleine d'une divine poésie). >• L'autre mythe s'attache moins î^ exprimer l'impression générale de tristesse de la période postdiluvienn(^ qu'à résumer les principaux événements de ces temps-là.

i Ainsi, en Chine, Kong-Kong a brisé les colonnes du ciel qui est tombé vers le nord-ouest.

« Elle est ici désignée sous le nom de la plus jeune des filles d'Iwalt. Iwalt est un nain dont les fils ont forgé la chevelure de Sif après la Grande Sécheresse de Méhujaël. Iduna est donc tombée d'Yggdrasil après ce premier fléau (au temps de la rtiîne diluvienne da monde).

29b SOUFFRANCES

< Odiii parcourt le monde, accompagné d'Hœnir (ia Foi simple) et de Loki (le Mal). Ils ne trouvent partout qu'une chétive nourriture. Enfin s'offre à eux un troupeau de bœufs. Mais le bœuf qu'ils ont tué ne se cuit pas. Comme ils ne savaient ce que cela signifiait, un grand aigle du nom de Thiassi leur dit, du haut d'un arbre, que la viande ne se cuira que lorsqu'ils lui auront permis d'en prendre une partie. Ils y consentent, et ils le voient emporter les meilleurs morceaux. Mais Loki (comme l'avare Prométhée qui était d'avis de ne donner aux dieux que les os et la peau des victimes) s'irrite, saisit une grande perche et l'enfonce de toutes ses forces dans le corps de l'aigle, qui s'envole à l'instant et l'entraîne avec lui dans les airs. 11 ne le relâche qu'à la condition que Loki lui livrera Iduna et ses pommes. Celui-ci tient sa promesse, et les Ases se voient grisonner et vieillir. Us s'assurent qu'Iduna a été vue pour la dernière fois dans la compagnie de Loki, et le menacent de mort s'il ne la i^mène pas du pays des géants. Il emprunte à Freya sou vêtement de faucon , trouve Thiassi absent de son palais, change Iduna en une noix, ou en une hirondelle (symbole de renaissance) , la prend entre ses serres et s'envole. Thiassi le poursuit, et il allait l'atteindre quand il péril dans un feu que les Ases avaient subitement allumé au devant des murs de leur demeure. »

Ce mythe ne contient que des faits et des symboles bien connus. Il a trait à ces temps postdiluviens où la terre n'offrait à l'homme qu'un sol désolé*, et où les pluies (ou les nuées pluvieuses, les taureaux) ne fertilisaient plus suffisamment le sol à cause de la violence des

* Comparez dans le mythe de Gérés la famine que produit la déesse qui est irritée contre les dieux de ce qu'ils ont laissé Plntoo lui enlever sa fille, et dans le mythe lithuanien, la famine à laquelle met ÛD Je retour de Nijola s\xt \«t twT^.

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3nipétes (Thiassi) qui ravageaient la terre. Ces tempêtes 3iit bien celles du temps de Typhée, car Thiassi habite Thrymheim, ou dans la demeure du Typhée scandiave. Les Ases, qui répondent aux génies du mythe binon de ramrita , vieillissent rapidement , comme Tont lit les Noachides. Mais ils sont des dieux, ils ne peuvent lourir avant le dernier jour du présent monde : les ommes de l'arbre de vie doivent leur être rendues. Ils enaissent à la joie, comme les Noachides Tont fait à l'esérance , lorsque la nature (Freya) eût déployé de rtoueau sur eux ses ailes brillantes, et que les feux volcaiqnes des temps typhéens eurent mis fin aux tempêtes évastatrices (de Thiassi).

En Egypte, le déclin de la vie humaine semble être bscurément indiqué dans le mythe d'Isis ù Byblos. En herchant partout Osiris, que Typhon où le Déluge a fait lounr, elle arrive dans cette ville de Syrie, où elle deient la nourrice de Tenfanl de la reine. Isis l'exposait haque nuit au feu pour consumer ce qu'il y avait en lui e terrestre. Mais elle fut surprise par la mère , qui le ijd enleva et le priva ainsi de l'immortalité. On racontait n Grèce le même mythe de Cérès, et de Démophoon, enfant de Céléus. Mais comme ce baptême de feu, et me tentative que fait la Divinité de rendre l'homme mmortel , peuvent s'entendre des fils d'Adam aussi bien lue des Noachides, et que, d'après un troisième mythe, \^ serait le héros protévangélique Achille qui aurait été purifié au feu par sa mère Thétis, que Pelée aurait surprise et troublée, le sens propre et primitif de cette triple fable reste incertain. -

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