‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 94 sur 158 · Profonde tristesse · texte numérisé non relu

Profonde tristesse

Le silence obstiné dlduna et sa profonde douleur déterminent le vrai sens de ce mythe lugubre de Silène, qui fait un frappant contraste avec le génie riant des Grecs, et qu'Aristote déclare remonter à une haute antiquité. Midas, l'ami du dieu du vin (postdiluvien), ayant surpris et fait prisonnier Silène en mêlant du vin dans la source où il venait se désaltérer, lui demanda quel était pour rhorame le bien suprême et le plus désirable. Mais Silène se refusa longtemps à lui répondre. Enfin il s'écria : « 0 race d*un jour, faite pour la souffrance et le malheur, pourquoi me forcer à dire ce qu'il eût mieux valu pour vous dignorer ? car c'est Tignorance de ses propres maux qui fait la vie la moins triste. Ce qui est de beaucoup le meilleur pour l'homme, c'est de ne pas naître et de ne pas participer à la nature du (Dieu) très-bon, et ce qu'il doit désirer en second lieu, c'est de mourir le plus tôt possible*. » Ces lamentables paroles ne sont point celles d'un philosophe des siècles postérieurs et d'un misanthrope isolé ; elles appartiennent à un système de mythes nationaux et doivent donc exprimer le sentiment de la multitude à une époque quelconque de l'histoire. Or cette époque se détermine par la mention du vin qui enivre et par la comparaison du mythe d'Iduna.

La douleur de Silène et d'Iduna sur les maux des Noachides se distingue d'ailleurs difficilement de celle qu'a foit naître la destruction de la race antédiluvienne. CeUede^ nière douleur prévaut dans le mythe d'isis-hirondelle, qui voltige en planant autour de l'arbre qui recèle le corps

« riut. Consol. ad XpoW.Tl.

DES NOACHinKS. 500

d'Osiris, ainsi que dans celui de Vénns-Architis du l/iban, qui était représentée la léie voilée, Tatlilude afïlij^éo et pleurant Adonis*. De même, quand Homère nous peint la fille de Pandarée et réponse de Zéihus, Aëdon (le mssifjnoï)^ qui , à l'entrée du printemps, sons l'épais ombrage des arbres, pleure de sa voix sonore et vari<'M^ Itylus, son fils chéri qu'elle a égorgé daiïs sa folie, nous voyons dans ce mythe dont Hiéroïne est Toiseau rpii symbolise la renaissance du monde, un (ableau de Tinsondable tristesse de la nouvelle humanité au temps de la palingénésie de la terre '.

C'estainsi qu'aux lamenlaiions des desccndatus d'Adam sur la mort violente d*Abel, le IVemier-Né, se sont ajoutées celles des Noachides sur la destruct'on de toute l'îmcienne race et sur leurs propres malheurs. H n'est d ne pas étonnant qu'Hérodote, dans ses lointains voyages, ait partout entendu répéter le chant lugubre de Linus ou .'Elinas, qui signifie malheur à vous,

« Macrobe, 5a/M w., I, ^t.

* Le meai tre d'Ityle figure >es sacrifices humains des temps postdiluvieDS. Le mythe plus connu de Procné, de Philomèle et de Thérée, et celui, tout semblable, d'Aëdon, de Chélidonis et de Polytéchnus sont btavcoup plus compliqués que celui que conna't Homère. Je ne me rends pas coiu[ te du rôle des deux sœurs.

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