RENAISSANCE
s'enfuit vers le nord où il fut changé en un lapin blanc, et qui sous cette fornie est considéré comme un grand esprit, et Ghokanipok ou l'homme de la pierre-à-fusil (le dieu du feu, Vulcain). I^eur more mourut en les mettant au monde.
« Quand Manabosho fut devenu grand , la première chose qu'il fit fut de déclarer la guerre à Ghokanipok, qu'il accusait d'être la cause de la mort de sa mère (el, en effet, le grand fléau du feu avait comme tué la nature au temps de Gain). Le combat fut long et terrible, et le sol en porte aujourd'hui encore les traces. La victoire resta à Manabosho. Les pierres-à-fusil qui sont éparses sur la terre, et qui fournissent à l'homme le feu , sont les morceaux de chair qui tombaient, dans la lutte, du corps de Ghokanipok, et les ceps de vigne sont ses entrailles que lui avait arrachées le vainqueur. (Ce coinbal fait le pendant de celui d'Indra et des Asouras.)
« Manabosho fut l'auteur des arts et des découvertes (comme Thoth=Mercure). 11 enseigna aux hommes ^ faire des haches, des lances, des flèches et toute espèce d'outils en os et en pierre, ainsi que des Irapes, des pi('»ges et des filets pour prendre les quadrupèdes , les oiseaux et les poissons. Lui et son frère Ghibiabos vi\'îiipnl retirés et dans une grande intimité , ne songeant qu'au bien de l'homme. Ils étaient doués de foi*ce8 intellectuelles et physiques d'un ordre supérieur.
« Les Manitous , qui vivaient dans l'air , la terre et l'eau, devinrent jaloux de leur grand pouvoir et conspirèrent contre eux (comme les Éthiopiens antédiluviens contre Nitocris, comme Sadid contre Saturne). Manabosho avertit de leui*s machinations son frère, et l'engagea à ne pas s'éloigner de lui. Mais un jour d'hiver 711e Ghibiabos s'était hasardé seul sur un des Grands Lacs (du Canada), doxllV\^wtWftK^^sà^.%^^^ lft& roc-
[Chants esprits brisèrent sous lui la glace et le plongèrent au fond des eaux (diluviennes), où ils cachèrent son corps.
« Manabosho pleurait le long du rivage (comme Gérés sur Proserpine, Isis sur Osiris, Vénus sur Adonis, Cybèle sur Attis). Il déclara la guerre h tous les Manitous (les Géants, les Titans) et en précipita un grand nombre au plus profond de Tabime. Il découvrit le corps de son frère. Ses lamentations (comme celles d'Isis) remplirent d'eflfroi toute la contrée. S*étant noirci le visage, il s'assit et resta six années à appeler à grands cris Chibiabos (c'est-à-dire à déplorer la destruction du genre humain par le Déluge).
f lies Manitous délibérèrent sur les moyens d'apaier sa douleur et son courroux. Le plus âgé et le plus sage d'entre eux, qui n'avait pas pris part a la mort de Chibiabos , leur offrit de tenter la chose. Us construisirent près de la hutte de Manabosho une hutte sacrée (telle que les Peaux-Rouges en élèvent dans leurs mystères des Médas et des Wabénos, ou des prêtres médecins et magiciens), et préparèrent une fête somptueuse. Puis ils se réunirent tous et se mirent en marche, l'un à la suite de l'autre, portant chacun sous son bras un sac formé de la peau de quelque animal favori, castor, loutre, lynx, etc., et rempli de toute espèce de plantes médicinales aussi rares que précieuses. Ils montrèrent à ManalK)sho ces remèdes, et l'invitèrent à la fête avec des paroles aimables et diverses cérémonies. Aussitôt il lève la tête, la découvre, se lave le visage et les suit. Arrivés vers la cabane sacrée , ils lui offrent une coupe pleine d'une liqueur formée de remèdes de choix : c'était à la fois un acte destiné à le rendre propice et un rite d'initiation. Il la boit d'un seul trait. Il sent sa tristesse se dissiper et Ymspwation le saisir. Alors \As commçiwccox.
304 RENAISSANGB
leurs danses et leurs chants avec différentes cérémonies. Les uns secouent leurs sacs contre lui pour montrer leur adresse ; d'autres exposent à ses regards des peaux d'oiseaux remplies d'oiseaux plus petits qui, par quelque artifice, sortent par l'ouverture du sac. Quelques-uns faisaient des tours d'adresse avec leurs tambours. Tous dansaient, tous chantaient, tous gesticulaient avec le plus grand sérieux, et en observant exactement la mesure. Manabosbo fut guéri ; il mangea, dansa,chanta,et fuma la pipe sacrée.» C'est ainsi qu'ont été institués les mystères de la Grande Danse de la religion de la Médecine (ou de la Magie, du Médaï), et l'on voit par ce mythe que le Médaï est pour les Peaux-Rouges ce qu'a été pour les Grecs le culte de Dîonysus libérateur : la consolation divine de Thumanité après les insondables douleurs des temps diluviens. Ghapéwee a de même enseigné aux hommes, après le Déluge, l'art de guérir tous les maux, et c'est après le Déluge que Waino triomphe de toutes les maladies enfantées par la sorcière Louhi.
« Les Manitous, renonçant à leur précédent esprit de rébellion , unirent tous leurs efforts pour rappeler à la vie Chibiabos (Osiris). Ils y réussirent, mais il lui fut défendu d'entrer dans la cabane (qui est ici l'image de la voûte céleste recouvrant la surface terrestre). Ils lui donnèrent par une fente un charbon ardent, et lui dirent d'aller régner sur la contrée des ombres et de la mort, d'allumer avec ce charbon un feu permanent pour ses tantes et ses oncles , c'est-à-dire pour tous les hommes qui mourraient désormais , et de les rendre tous heureux.
c Après ces choses, Manabosho se rendit (au ciel) vers le Grand Esprit. Il descendit alors sur la terre, confirma Jes mystères du Médaï et pourvut tous ceux qu'il initia de remèdes pour \a guèmon ^^ v^\^^ \^ x^aux. C'est i
lui que nous sommes redevables de la croissance de tous les simples et de tous les antidotes
c Manabosho parcourt la terre entière. Il est Tami de l'homme, n a tué jadis les monstres dont nous voyons encore les os sous la terre, et rendu praticables à notre usage les rivières et les forêts, où le mauvais Esprit avait mis mainte barrière. Il a placé quatre bons Esprits aux quatre points cardinaux vers lesquels nous nous tournons dans nos cérémonies. L'Esprit du nord envoie la neige et la glace, qui nous permet de poursuivre le gibier et les poissons ; celui du sud donne les melons, le mais et le tabac; celui d'ouest, la pluie; celui de l'est, la lumière. Ce dernier commande au soleil de faire sa course journalière autour de la terre. Le tonnerre est la VMX de ces Esprits, auxquels nous offrons la Aimée du tabac.
c Manabosho, dit-on , vit maintenant sur un immense glaçon dans l'océan Arctique. Nous craignons que les Hancs ne découvrent un jour sa retraite et ne l'en expulsent. Alors aura lieu la fin du monde; car aussitôt qu'O posera de nouveau sou pied sur la terrç , elle prendra feu, et toute créature vivante périra dans les flam-
* Schoolcraft, i, p. 317 sq.