DÉCHÉANCE DE LOUIS XVI
Régénérateurs de l’empire, suivez invariablement votre ligne : vous avez montré que vous aviez le courage de détruire les abus de la puissance; vous avez montré que vous aviez tout ce qu'il
faut pour mettre à la place de sages et d'heureuses institutions : prouvez que vous avec la sagesse de les protéger el de les maintenir. La nation vient de donner une grande preuve de force et de courage; elle a solennellement mis au jour, et par un mouvement spontané, tout ce qu’elle pouvait opposer aux attaques dont on la menaçait. Continuez les mêmes précautions; que nos limites, que nos frontières soient puissamment défendues. Mais au moment où nous manifestons notre puissance, prouvons aussi notre modération; présentons la paix au monde, inquiet des événements qui se passent au milieu de nous ; présentons une occasion de triomphe à tous ceux qui, dans les pays étrangers, ont pris intérêt à notre révolution ! Ils nous crient de toutes parts : Tous êtes puissants, soyez sages, soyez modérés ; c’est là que sera le terme de votre gloire; c’est ainsi que vous montrerez que, dans des circonstances diverses, vous savez employer des laleuts, des moyens et des vertus diverses.
Barkave.
La liberté est devenue créancière de tous les citoyens ; les uns lui doivent leur industrie, les autres leur fortune; ceux-ci leurs conseils, ceux-là leurs bras; tous lui doivent leur sang. Ainsi donc, tous les Français, tous les sexes, tous les âges, sont appelés par la patrie à défendre la liberté ; toutes les facultés physiques ou morales, tous les moyens politiques ou industriels lui sont acquis; tous les métaux, tous les éléments sont ses tributaires. Que chacun occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui 6e prépare. Les jeunes gens combattront, les hommes mariés forgeront les armes, transporteront les bagages et l’artillerie, prépareront les subsistances ; les femmes travailleront aux habits des soldats, feront des tentes et porteront leurs soins hospitaliers dans les asiles des blessés ; les enfants mettront le vieux linge en charpie ; et les vieillards, reprenant la mission qu'ils avaient chez les anciens, se feront porter sur les places publiques ; ils y enflammeront le courage des jeunes guerriers, ils propageront la haine des rois et l'unité de la repu-
blique. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers, le sol des caves servira à préparer le salpêtre, tous les chevaux de selle seront requis pour la cavalerie, tous les chevaux de voitures pour l'artillerie ; les fusils de chasse, de luxe, les armes blanches et les piques suffiront pour le service de l'intérieur. La république n’est plus qu’une grande ville assiégée -, il faut que la France ne soit plus qu’un vaste camp.
Barrer k.
Lorsque l'on discutai I à l'assemblée nationale la confiscation des biens du cleryé, M. de Monllosier s'écria avec énergie : « Vous voulez les chasser de leurs palais ? ch bien ! ils se réfugieront dans la cabane du pauvre qu’ils ont souvent nourri et consolé. Vous voulez leur arracher leur croix d’or ? eh bien ! ils prendront une croix de bois; et c’est une croix de bois qui a sauvé le monde. »
Profitons des leçons de l’expérience. Nous pouvons bouleverser les empires par des victoires ; mais nous ne ferons de révolutions chez les peuples que par le spectacle de notre bonheur. Nous voulons renverser les trônes, prouvons que nous savons élre heureux avec une république ! si nos principes se propagent avec tant de lenteur chez les nations étrangères, c’est que leur éclat est obscurci par des sophismes anarchiques , des mouvements tumultueux et surtout par un crêpe ensanglanté.
Lorsque les peuples sc prosternèrent pour la première fois devant le soleil, pour l’appeler le père de la nature, pensez- vous qu’il fût voilé par ces nuages destructeurs qui portent les tempêtes ! Non, sans doute ; brillant de gloire, il s’avançait alors dans l’immensité de l’espace, et répandait sur l’univers la fécondité et la lumière !
Eh bien! dissipons, par notre fermeté, ces nuages qui enveloppent notre horizon politique! foudroyons l’anarchie, non moins ennemie de la liberté que le despotisme ! fondons la li-