‹ Le peuple souverain histoire populaire de la révolution de 1848, écrite sous le feu des barricadesChapitre 7 sur 47 · I.arabit · texte numérisé non relu

I.arabit

Vavin.

(àarnon.

Maurat-Ballange

Taillandier.

Tessier de la Motte. *>

. Ce fut à six heures du soir seulement que le rappel destiné à rassembler la garde nationale se fit entendre dans les divers quartiers de la capitale; mais il parait certain que partout la garde nationale, qu’on appelait si tard, a paru peu empressée de se rendre à l’appel qui lui était fait, et que les gardes nationaux qui se sont mis sous les armes protestaient hautement contre la conduite du gouvernement.

Dans la deuxième légion, qui se compose de 8,000 hommes, 554 seulement se sont rendus à la mairie; la proportion a été la môme dans la première et dans la troisième légion.

Le soir, à dix heures, des groupes nombreux stationnaient en permanence près des portes Saint-Denis et Saint- Martin.

Vers huit heures, une colonne forte de plus de deux mille personnes, dont quelques-unes, en très-petit nombre, étaient armées de fusils, les autres de piques provenant de la grille de l’Assomption, ou de bâtons au bout desquels ils avaient attaché des couteaux, s’est portée sur le quartier du Marais ; cette colonne descendit la rue Saint- Louis en se dirigeant vers la place Royale.

Sur leur chemin, plusieurs des hommes qui faisaient * partie de ce rassemblement frappaient aux portes, qu'ils se

faisaient ouvrir, et prenaient aux divers étages les armes qu’ils pouvaient trouver. Une partie du groupe parvint ainsi à s’armer. Alors le rassemblement s’engagea dans les diverses rues qui aboutissent à la rue Saint-Louis, et des barricades furent élevées sur plusieurs points.

Mais des troupes ayant été dirigées sur ce quartier, il fut bientôt cerné de tous les côtés. Le rassemblement se trouva ainsi enfermé dans un cercle de fer, sans issue, qui se resserrait à chaque instant. Alors on vit paraître des pièces de canon; les premières barricades furent attaquées : on eut alors à redouter de voir s’engager dans ces rues étroites une de ces luttes horribles ou plutôt une de ces épouvantables boucheries dont la rue Transnonain conservera éternellement le sanglant souvenir.

Pendant la nuit une extrême agitation ne cessa pas de régner dans Paris. Ou avait déjà des morts à regretter, et il était facile de prévoir pour le lendemain des malheurs plus grands. La lutte était trop engagée pour qu’il fut possible de reculer, et d’ailleurs on commençait à ne plus se faire d’illusion sur l’incroyable obstination de Louis- Philippe, dont le nom , dans les plaintes du peuple , se mêlait au nom d’un ministre abhorré.

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JLc 23 Février.

A sept heures du matin on battit le rappel dans divers quartiers de Paris, et l’on remarqua avec une vive satisfaction l'empressement des gardes nationaux à se rcunin Pendant la nuit des canons avaient été amenés de Vinccnnes et rangés en batterie sur la place du Carrousel ,* sur la place de la Concorde, sur les quais, rue des Coquilles, près l’Hôtel-de-Ville et sur la rue do la Vannerie.

La population, de son côté, avait préparé ses moyens de défense, en élevant presque partout des barricades.

On se préparait à une lutte qui eût été terrible sans l’attitude et l’énergie de la garde nationale. Dés sept heures du matin, la foule se porta aux Champs-Élysées ; à neuf, heures, des rassemblements se formèrent sur les boulevards Bonne-Nouvelle, Saint-Denis, du Temple, dans les rues Saint-Denis, du Petit -Carreau, Poissonnière. D’autres rassemblements, partis du Panthéon, se dirigèrent vers la rue Saint-Martin ; les postes de la rue Geoffroy-Langevin, de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, furent bientôt pris par le peuple, qui s’empara des armes qui s’y trouvaient ; alors la lutte s’engagea ; les troupes firent plusieurs décharges; le peuple y répondit des barricade s, et le combat dura malheureusement pendant une partie de lu journée.

Mais dans plusieurs légions les gardes nationaux s’étaient réunis, et, nous sommes heureux, de le dire, l’attitude noble et patriotique des gardes nationales devait, comme nous l’avions prévu , sinon empêcher toute effusion du sang, du moins prévenir les plus grands malheurs.

La deuxième légion s’était réunie en assez grand nombre; elle répondit aux paroles de son colonel que si elle voulait coopérer au rétablissement de l’ordre, elle entendait surtout exprimer les véritables sentiments de la population de la capitale et protester énergiquement contre le système du ministère et réclamer la réforme électorale. Les dispositions de la deuxième légion devinrent tellement évidentes que le lieutenant-colonel, M. Baignères, crut devoir se rendre à deux heures auprès da duc de Nemours; il lui dit en termes fort énergiques que si les concessions demandées par l’opinion publique n’étaient pas accordées, il lui était impossible de répondre de l’esprit de sa légion.

La troisième légion se réunit de bonne heure en assez grand nombre aussi sur la place des Petits-Pères, devant la mairie du troisième arrondissement. Dès que de nouveaux pelotons arrivaient, des cris de Vive la réforme! A bas les ministres ! se faisaient entendre. A onze heures, un groupe nombreux, mais inoffensif, s’était formé sur la place des Petits-Pères ; un peloton de garde municipale chargeait au pas de course dans la rue des Petits-Pères et allait déboucher sur la place, quand un officier de la garde nationale, M. Degousée, s’interposa entre le peuple et la compagnie de garde municipale pour empêcher l’effusion du

sang. Il ccarta ks baïonnettes au péril de ses jours ; les gardes municipaux, par suite de l’excitation qui leur avait été imprimée, ne voulaient rien entendre. Deux gardes municipaux croisèrent la baïonnette sur la poitrine de RI. Degousée; ce fut alors que des officiers et un certain nombre de gardes nationaux s’élancèrent au secours de leur collègue et parvinrent à le dégager. Leurs exhortations furent entendues, et l’officier de la garde municipale fît rentrer ses hommes dans leur caserne. Vers midi, le colonel de la troisième légion, RI. Besson, pair de France, ne pouvant plus douter de l’esprit qui animait la grande majorité de la légion, se rendit à l’état-major, auprès de RI. le général Jacqueminot, et lui communiqua les impressions de la garde nationale. Il revint bientôt et annonça que le général en chef lui avait promis de sc faire l'interprète de la troisième légion auprès du roi.

A deux heures et demie, un général d’état- major de la garde nationale, RI. Friant, arriva sur la place des Petits- Pères et annonça officiellement que le ministère venait île donner sa démission. Des patrouilles de la troisième légion parcouraient pendant ce temps toute la circonscription du troisième arrondissement; des groupes nombreux se joignirent à ces détachements et les accompagnèrent en criant avec les gardes nationaux : A bas les ministres ! Wre la réforme! Le bruit courut alors que la troisième légion allait passer la nuit sur la place des Petits-Pères, et qu’elle exigerait le lendemain la réalisation des promesses qui lui avaient été faites au nom du pouvoir par le général F riant.

A onze heures, deux compagnies de la ligne, qui venaient d’enlever une barricade au coin de la rue de Cléry

cl tic la rue Poissonnière, débouchaient au pas de course de la rue de Mulhouse dans la rue des Jeûneurs, se précipitant, la baïonnette au bout du fusil, sur des groupes inoft’ensifs. Un homme venait d’élre renversé sur le pavé et foulé aux pieds. M. Perrée, capitaine de la deuxième légion, s’avança au-devant du capitaine, le supplia d’arrêter sa compagnie, de lui faire remettre l’arme au bras, de marcher au pas ordinaire pour donner aux groupes le temps de se retirer et éviter ainsi des malheurs inutiles. L’officier se rendit aux observations de M. Perrée, dont la compagnie a continué tranquillement \ sa route.

La quatrième légion s’était réunie dés le matin. Vers trois heures et demie, quatre à cinq cents hommes, sans armes, parmi lesquels vingt-cinq officiers, se présentèrent chez M. Crémieux, accompagnés d’une foule immense et dans le plus grand calme. M. Crémieux était à la Chambre : les gardes nationaux s’y rendirent; mais, arrêtés sur le pont de la Concorde par un détachement de la dixième légion, ilà envoyèrent un délégué en habit bourgeois, M. Ilaguette, auprès de M. Crémieux, pour lui remettre des pétitions... MM. Crémieux, Marie et Beaumont (de la Somme) se rendirent immédiatement sur le pont et se placèrent au milieu d’un cercle formé par la députation de la quatrième légion. M. Crémieux leur parla en ces termes :

« Messieurs et chers concitoyens, ce matin, quand une nombreuse députation delà quatrième légion m’a fait l’honneur de venir me demander conseil sur la conduite que les gardes nationaux devaient tenir, je lui ai dit : Prulcclcurs

de l’ordre public et de la liberté , allez en masse, sans fusils, sur tous les points où des collisions éclatent; mettez un terme à l’effusion du sang de vos frères, citoyens ou soldats, car les soldats sont vos frères comme le peuple. (Longues acclamations.) Vous étiez frappés de la crainte que votre concours ne semblât un acquiescement à une détestable politique, je vous ai conseillé d’adresser une pétition à la Chambre, dans laquelle vous feriez connaître votre opinion comme citoyens, en même temps que vous marcheriez comme gardes nationaux. Ces pétitions, je suis venu les recevoir avec mes amis, M. Marie, votre bon et loyal député, et M. Beaumont (de la Somme), dont le patriotisme vous est si connu. (Les cris de vive Marie! et vive Beaumont! interrompent l’orateur.) Nous allons déposer \os pétitions sur la tribune, et maintenant allez où des collisions s’élèvent, rétablissez l’ordre et la paix ; le ministère est frappé de mort, la garde nationale a prononcé son arrêt. »

Des acclamations unanimes accueillirent ces paroles. M. Marie engagea les gardes nationaux à se retirer en ordre, ce qui fut immédiatement exécuté. Les gardes nationaux de la quatrième légion déclarèrent que , s’ils étaient prêts à maintenir l’ordre, ils n’entendaient aucunement se constituer les soutiens d’un ministère corrupteur et corrompu que la France tout entière repoussait avec indignation.

La î>' légion était réunie depuis le malin. A quatre heures et demie, elle fut informée qu’une lutte assez vive était engagée dans la rue du Faubourg-Sainl-Martin entre un attroupement assez nombreux et les gardes municipaux

casernes dans cette rue. Le 2' bataillon se porta aussitôt sur ce point pour arrêter la collision; les officiers de la garde nationale s’avancèrent aussi , s’adressèrent aux officiers de la garde municipale et les engagèrent à cesser une lutte devenue inutile. Ils furent assez heureux pour être compris ; les officiers des deux corps fraternisèrent, et bientôt, en signe d’alliance, les gardes municipaux rentrèrent dans leur caserne, détachèrent le drapeau élevé au-dessus de leur poste et le remirent aux officiers de la garde nationale.

La T légion, rassemblée de bonne heure, n’a pas peu contribué à ramener le calme dans le quartier Saintc- Croix-dc-la-Bretonnerie , qui semblait destiné, par les dispositions prises de part et d’autre, à devenir le théâtre de la lutte la plus sanglante. Nous devons ajouter que la 7” légion, tout en protestant de son dévouement à l’ordre, a hautement manifesté ses sentiments de réprobation contre le ministère Guizot.

Le soir, à sept heures et demie, la lutte était encore engagée entre le peuple et cent cinquante gardes municipaux, rue Bourg-l’Abbé, au coin de la rue Neuve-Bourgl’Abbé. La garde nationale étant arrivée sur le lieu du combat, cerna les cent cinquante gardes municipaux, qui ne firent point de difficulté de lui rendre leurs armes. On dit que dans cette lutte deux hommes du peuple furent tués et plusieurs blessés.

Dans la 10 e légion, un fait bien significatif s’est produit : A sept heures le rappel a été battu dans la circonscription delà légion ; peu de gardes nationaux paraissaient disposés à répondre à cet appel; plusieurs citoyens dévoués ac-

compagnèrenl les ta mi murs, se rendirent au domicile des membres de la garde nationale, et les engagèrent à prendre les armes. On parvint ainsi à réunir un ou deux bataillons.

Le colonel de la légion, M. Lemercier, se présenta alors et engagea la légion à marcher pour rétablir l’ordre. Un garde national , M. lî...., sortit des rangs et répondit au colonel qu’il paraissait se tromper étrangement sur les sentiments de la 10 e légion, qu’elle nedemandail pas mieux que de coopérer au rétablissement de l’ordre, mais qu'avant tout elle exigeait la réforme électorale et le renvoi d’un ministère profondément antipathique aux sentiments du pays; qu’elle était donc réunie pour crier : A bas les ministres ! et Vive la réforme !

Aussitôt le bataillon tout entier proféra d’une voix unanime les cris de : Vive la réforme ! A bas Guizot ! ’

M. le colonel Lemercier descendit alors de cheval et voulut adresser quelques mots aux gardes nationaux ; mais il ne lui fut répondu que par des cris de : Vive la réforme!

A ce moment, un homme en habit bourgeois qui se trouvait auprès du colonel se mit à crier : Vive la réforme! Le colonel Lemercier lui mit la main sur le collet pour l’arrêter ; mais les gardes nationaux s’écrièrent que cet homme n’exprimait que des sentiments qui étaient les leurs, et qu’ils ne l’arrêteraient pas.

l)ans cette occurrence, M. Lemercier ne trouva rien de mieux à faire que de remonter à cheval et de s’éloigner.

Tels sont les faits que nous avons pu recueillir; nous les publions comme certains : nous avons été témoins de plusieurs des scènes que nous avons rapportées.

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A qualro heures, le Inuit de la démission du ministère se répandit sur les divers points de la capitale. La lutte cessa aussitôt; les troupes qui stationnaient dans presque toutes les rues et sur toutes les places disparurent comme par enchantement, et à cinq heures et demie on circulait librement dans toutes les rues de la capitale ; la satisfaction des habitants de Paris était générale.

On s’abordait pour s’annoncer l’heureux dénoûment de la lutte, la chute d’un ministère anti-national. A la bourse, les joueurs, qui ne passent pas pour d’excellents patriotes, ont, sur cette nouvelle, fait une hausse de 40 centimes sur la rente.

Huit heures du soir. Paris est dans l'allégresse. Sur les boulevards et dans toutes les rues l’illumination est générale ; les citoyens s’abordent pour annoncer la bonne nouvelle : la chute du ministère Guizot.

Neuf heures. — Une démonstration vient d’étre faite • sur la place Vendôme, sous les fenêtres de M. Hébert, ministre de la justice. Un rassemblement composé de plus,de huit mille personnes s’est porté au ministère de la justice, où il s’est borné à proférer les cris de : A bas Hébert , à bas l'inventeur de la complicité morale!

Dix heures. — Un grand malheur vient d’arriver. Ce soir vers dix heures, un rassemblement s’est porté au Ministère des Affaires étrangères ; là ce rassemblement a été reçu par une décharge faite à bout portant; plus de quarante personnes, parmi lesquelles se trouvaient, des femmes et des enfants, et un officier de la garde nationale, sont tombées sur le boulevard, et leurs cadavres, gisant * sur l.i chaussée, présentaient un horrible spectacle.

La nouvelle aussitôt répandue de ce massacre en pleine paix porta au dernier degré l’exaspération du public ; les cris de Vengeance! retentirent de toutes parts; sur toute la ligne des boulevards des barricades s’élevèrent avec une miraculeuse promptitude ; des boutiques furent enfoncées pour se procurer des armes ; les troupes renvoyées à leurs casernes reparurent de toutes parts ; la garde nationale se réunit, ici spontanément, ailleurs au bruit du tambour ; un grand nombre d’officiers cherchent à se concerter : personne ne sait plus ni ce qui se passera dans la nuit ni où en seront demain les affaires de la France.

Après avoir énoncé les événements de la journée, nous présenterons maintenant le récit de la séance de la Cham bre des députés, pendant cette même journée du 23. L’Opposition va persévérer dans son œuvre de dévouement à la patrie ; ni le ministère, ni sa damnable majorité ne reviendront de leur inconcevable aveuglement.

Chambre des Député*.

Présidence de M. Saczet. — Séance du 23 février.

A une heure et demie, le procès-verbal est adopté.

La séance reste suspendue jusqu'à trois heures.

Pendant cette suspension, les bancs se garnissent d’un grand nombre de membres, parmi lesquels règne la plus vive agitation.

M . Favin, de sa place. Monsieur le président, je demando la parole. (Mouvement.)

Quelques membres. Attendez 1 attendez !

L'honorable membre est appelé auprès de M . le président, avec lequel il va s’entretenir pendant quelques instants. Il retourne ensuite à son banc, et, après avoir pris l’avis de plusieurs do ses collègues, il monte à la tribune.

M. Vavin, à la tribune. Comme député de la Seine, au nom de mes collègues, j'ai un devoir à remplir, celui d’adresser quelques intcrpel-

lations à MM. les ministres, et notamment h M- le ministre de l’intérieur.

Quelques membres. Il n’y est pas.

M. ravin. Son absence me force à ajourner de quelques minutes seulement les interpellations que j’avais annoncé devoir faire; si cependant la chambre le désirait, je m'expliquerais immédiatement...

Voix nombreuses. Nou ! non!

M. llébrrl, ministre de la justice. Mes honorables collègues M. le président du conseil et M. le ministre de l’intérieur sont appelés en ce moment hors de cette enceinte par des soins que la situation explique et requiert. Ils ont été prévenus à l'instant même de l'intention de l’honorable membre, et je pense que la chambre ne se refusera pas & le* attendre quelques instants. ^

De toutes parts. Attendons! attendons!

La séance est de nouveau suspchdue.

Le bruit se répand qu’une masse considérable, ayant des gardes nationaux en tête, sc dirige vers la chambre par le quai des Tuileries. Les bancs se dégarnissent rapidement.

M. Vavin. Je demande à la chambre la permission d’adresser, au nom de la députation de la Seine notamment, quelques interpellations au ministère.

Depuis vingt-quatre heures, des troubles graves désolent la capitale. »

Hier , la population a remarqué avec un douloureux étonnement l’absence de la garde nationale.

Cet étonnement était d'autant plus vif et d’autant plus pénible, que l’ordre de la convoquer avait été donné lundi malin.

Serait-il donc vrai que dans la nuit du lundi au mardi cet ordre de réunir la garde nationale aurait été rapporté? Ce n’est qu’hier à cinq heures que le rappel a été battu dans quelques quartiers pour réunir quelques gardes nationaux.

Toute la journée, la population de Paris a été livrée aux périls qui l'entouraient. Des collisions fâcheuses ont eu lieu ; nous n’aurions peutêtre pas h les déplorer si, dès le commencement des troubles, on avait vu dans les rues, sur nos places, cette garde nationale dont la devise est l’Ordre et la Liberté.

Sur un fait aussi grave, aussi malheureux, je prie MM. les ministre* ; de donner quelques explications.

il/. Guizot, président du conseil. Je crois qu’il ne serait ni copformc îi l’intérêt public, ni à propos pour la chambre d'entrer en ce moment dans aucun débat sur les interpellations que vient de nous adresser l'honorable préopinant.

Le roi fait appeler en ce moment M. le comte Molé (Longue inter-

ruption. — Des applaudissements éclatent dans les tribunes publiques).

M. le Président. Sc recommande le silence le plus complet.

M. Odilon Barrot. Silence ! Pour la dignité de la chambre, silence.

M. Guizot. L’interruption qui vient de s’élever ne me fera rien ajouter ni rien retrancher de mes paroles.

Le roi fait appeler en ce moment M. le comte Molé pour le charger de former un nouveau cabinet.

Xant que le cabinet actuel sera charge des affaires, il maintiendra et rétablira l’ordre, et fera respecter les lois selon sa conscience comme il l’a fait jusqu’à présent.

(Quelques membres de la majorité félicitent M. Guizot ; d’autres Tifl-

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tcrpcllcnt. et paraîtraient même le menacer. M. Guizot s'explique par des gestes plutôt que par la parole. )

M. le Président. Avant de lever la séance, j’ai à parler à la chambre de son ordre du jour... (interruption.) Les membres qui ont déposé hier des propositions demandent qu'elles ne soient pas renvoyées aux bureaux...

Voix au centre. Pourquoi? Si ! si!

31. de Salvandy, ministre de l’instruction publique. Je demande à la chambre le maintien de son ordre du jour.

Voix au centre. Oui ! oui !

31. Cré mieux , montant à la tribune. Je viens déposer des pétitions signées par un grand nombre de citoyens de Paris... (Vives rumeurs au centre). Ce sont des pétiliuns sur la réforme.

31. le Président. On m a demandé de maintenir à l'ordre du jour les propositions qui devaient être examinées demain par les bureaux.

Voix au centre. Oui! oui!

31. Odilon Barrot, de sa place. J'avais cru que la conséquence naturelle, inévitable, de la réserve que M. le président du conseil montrait tout à l'heure en répondant aux interpellations qui lui ont été adressées, j’avais cru, dis-je, que la conséquence naturelle, inévitable de cette réserve, à raison de la gravité des circonstances et de la situation spéciale du cabinet, était l'ajournement indéfini de la discussion sur la proposition que j'ai déposée hier sur le bureau. (Adhésion à gauche.)

M'en rapportant.! M. le président, je lui avais déclaré que ce que je lui disais à cet égard était parfaitement subordonné aux convenances de la chambre; je n’ai donc plus rien à faire, je n'ai qu'à me soumettre à ce que la majorité décidera.

31. Dupin, de sa place. Le premier besoin de la cité est le rétablissement de la paix publique, la cessation des troubles. L’anarchie est le pire des étals; c'est la perdition de toutes les sociétés; elle menace l’ordre social tout entier.

La seule question à l'ordre du jour est donc le rétablissement de la paix publique pour raffermir la libre et régulière action de tous les grands pouvoirs de l’Etat.

Je dois estimer assez tous mes collègues et me fier assez à leur patriotisme , quand il s'agit, non pas de dissidence d’opinion, mais d'un grand devoir, pour être convaincu que tout le monde s'emploiera nu rétablissement de la paix publique , l'opposition autant que la majorité ..

Plusieurs membres. Tout le monde! tout le monde!

31. Dupin. Je ne parle en ce moment, malgré l'épuisement de mes forces par la maladie, que pour faire entendre quelques mots dans le sens du véritable esprit de la révolution de juillet. Nous avons trop oublié que la révolution de juillet s'est faite pour la conservation des lois, qu'elle s'est faite pour l'ordre public en même temps que pour la liberté. Eli bien! l’ordre public et la liberté ont été maintenus, ont été fondés par l'accord des chambres avec le voêu du pays et avec le concours de la. garde nationale.

Elle n'a pas plus manqué à ses devoirs que nous autres; elle n'y manquera pas davantage aujourd'hui.

Quanta nous, nous n’avons jamais dédaigné ce titre de représentants du peuple, qui est le nôtre, car nous avons toujours défendu ses véritables intérêts.

L'action dos chambres, d'accord avec le pouvoir royal, avec le pouvoir central, est de travailler, je le répète, de travailler au rétablissement de la paix publique : oui, avant le rétablissement de la paix publique, la cessation des attroupements! Il faut que le peuple sache qu'il n'a pas le droit de délibérer, qu'il n'a pas le droit de commander, qu’il n'a qu’à attendre l’exécution des lois, les délibérations des grands corps de l’Etal et les mesures qui sont jugées nécessaires par les chambres. (Bruit à gauche.) . . . . . ...

Eh bien ! dans cette situation, ne devons-nous pas faire cesser des délibérations irritantes, des discussions qui, quel qu’en soit le résultat, iraient certainement contre le but que vous devez vous proposer, et qui est le rétablissement de la paix publique?

J’appuie l'ajournement; j'insiste sur ce point qu'il n'y a ici qti un besoin, le rétablissement de la paix publique.

M. Guizot. Je disais tout à l'heure que tant que le cabinet aurait l'honneur de rester chargé des affaires, il maintiendrait ou rétablirait l’ordre et ferait respecter les lois.

Le cabinet ne voit pour son compte aucune raison à ce qu aucun des travaux de la chambre soit interrompu , à ce qu'aucune des questions qui avaient été élevées ne reçoive pas sa solution.

La couronne exerce sa prérogative. La prérogative de la couronne doit être pleinement respectée; mais, tant que le cabinet reste aux affaires, tant qu’il est assis sur ces bancs, rien ne doit être suspendu, rien ne doit être interrompu dans les travaux ou dans les délibérations des grands pouvoirs publics.

Le cabinet est prêt à répondre à toutes les questions, à entrer dans tous les débats ; c’est à la chambre à décider.

1 W. Dupin. C’est un langage digne et pleinement conforme à la gravité des circonstances que celui de M. le président du conseil ; mais en même temps que le ministère ne s’oppose pas à ce que la chambre s'occupe de telle ou telle question, la chambre a aussi à interroger la question d'opportunité.

Eli bien ! c’est dansla situation où le ministère continue d'être momentanément chargé de grands devoirs, où M. le président du conseil déclare qu'il les remplira, et je le crois... Eh bien ! c'est dans cette situation que vous voulez le mettre en accusation et le distraire des soins du salut public en le forçant de s'occuper des soins de son propre salut. ( A gauche : Très bien! très bienl) Je persiste à demander l'ajournement.

M. de l'eyramont sc lève. Je n’ai qu un mot à dire : Je demanderai à M. Lupin pourquoi il n’a pas adressé hier à l’opposition l’invitation qu’il adresse aujourd'hui à la chambre.

Un grand nombre de membres. Aux voix ! aux voix !

La chambre, consultée, décide quelle maintient à l'ordre du jour des bureaux de demain l’examen des propositions déposées hier.

La séance est levée au milieu de la plus vive agitation.

A la chambre des pairs, la demande d’interpellation, faite successivement par MM. d’Àlton-Shée et de lloissv, fut écartée avec un dédain vraiment stupide.

Le 24 Février.

Les événements marchent vite.

La veille, à trois heures, le roi faisait appeler M. Mole pour le charger de la formation d’un nouveau cabinet.

A neuf heures du soir, toutes les maisons étaient illuminées à tous les étages.

La satisfaction paraissait vive, sincère et générale.

C’est à cette heure, environ, que, par un accident marqué au coin de la destinée qui décide du sort des empires, le poste d’infanterie qui défendait le Ministère des Affaires étrangères fit feu et tua ou blessa soixante personnes.

De toutes parts alors s’est élevé ce cri : Nous sommes trahit ! Aux armes /

La satisfaction avait fait place à l’indignation.

Des tués et des blessés furent transportés aux bureaux du National, rue Lepelletier; d’autres, portés à la clarté des torches jusqu’à la place de la Bastille, où ils restèrent exposés.

Dès ce moment, il fut facile de prévoir l’issue de cette troisième journée.

A cinq heures du matin, la première combinaison ministérielle avait été abandonnée et était remplacée par une autre combinaison,, àla tète de laquelle étaient MM. Thiers,

Odilon Barrot, Duvergier de Iîauranne, de Rémusat et le général Lamoricière.

Le Moniteur universel publiait les deux ordonnances suivantes s

« Louis-Philippe, roi des Français,

a A tous présents et à venir, salut,

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

b Art. 1". Le maréchal duc d’Isly est nommé commana dant supérieur des gardes nationales du département de « la Seine, en remplacement du général Jacqueminot, s dont la démission est acceptée.

« Art. 2. Notre ministre secrétaire d’État au départe- « ment de l’intérieur est chargé de l’exécution de la pré- « sente ordonnance.

b Fait aux Tuileries, le 23 février 1848.

f LOUIS-PHILIPPE,

« Par le roi :

< Le ministre secrétaire d’Etat au département de • l’intérieur,

« Düchatel. »

« Louis-Philippe, roi des Français,

« A tous présents et à venir, salut.

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Art. 1 er . Le maréchal duc d’Isly est nommé comman* v dant en chef des troupes de ligne dans la première divi— « sion militaire.

« Art. 2. Notre ministre secrétaire d’État au départe-

« ment de la guerre est eliargé de l’exécution de la prt- « sente ordonnance.

« Fait aux Tuileries, le 23 février 1848.

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