TU Y II A
Ne vous égarez pas !...
LE PRINCE
Thyra... C'est une comédie? Une épreuve!... Ou alors, de la folie pure, si quelque attachement ne vous retient pas... Voyons, dites, et redites avec moi que nous nous marions et que nous serons heureux. 11 faut que vous n'en doutiez pas... nous serons très heureux. Je me rends compte de tous les trésors que vous m'apportez... Ne craignez rien, je serai à vos genoux comme je Tétais tout à l'heure, toujours en adoration... Vous travaillerez à votre aise. Vos caprices seront réalisés. Je ne serai pas jaloux de votre gloire, j'aurai des attendrissements pour elle. Je vous considère comme une espèce d'enfant de génie, promise à toutes les belles choses... Comprenez bien que ce n'est pas chez moi illusion, sensualité passagère. Il n'y a presque.pas de sensualité dans mon amour pour vous, tellement vous êtes haute!... C'est tendre, respectueux... Voilà... Et si vous me rejetez, écoutez bien cela et sentez la mesure de votre responsabilité... si vous m'échappez... je sens que je serai un homme absolument perdu. Je ne sais pas ce que je ferai !
THYllA Taisez-vous ! taisez-vous ! Il ne faut pas dire cela. C'est trop. Allez-vous-en ! allez-vous-en î Kpargnezmoi.
LE PRINCE
Oh ! je sens bien que, là-dessous, se cache quelque histoire probablement peu glorieuse, plus ou moins avouable... Il est temps de vous repentir. Demain...
Ne menacez, pas, Philippe. J'ai de la peine, il est inutile de m'en faire plus encore...
LE PRINCE
Je vous avertis que si vous persistez... d'abord, nous ne nous reverrons jamais, jamais !... Ne comptez sur aucune amitié posthume de ma part 1 Si cela doit finir ainsi, bah !... je l'accepterai... je suis fataliste!... Je n'aurai même pas la sale curiosité de fouiller dans l'ombre trouble de votre vie... Après tout, il y a quelque chose de sincère et d'impressionnant dans votre voix qui me fait comprendre ceci : si vous ne voulez pas vous lier à moi, c'est que vous ne le pouvez probablement pas. Il y a là un reliquat d'honnêteté, tncltons : un scrupule!...
THYRA Ne m'accablez pas ! croyez ce que vous voudrez !...
LE PRINCE Thyra, j'étais arrivé le plus heureux des hommes, je repartirai le cœur broyé. .. serré jusqu'à me faire évanouir, mais ce sera...
THYRV
Vous l'avez dit : définitif I
LK PHALENE 125
LE PRINCE
Votre inexplicable cruauté serait mon salut clans ce cas. Cette rupture préméditée et sèche et si méchante, me guérira ! Je n'en suis pas à mes premières blessures ! AfTaire de courage... je suis fataliste. Et c'est l'orgueil qui me sauvera.
TIIVHA
C'est toujours l'orgueil qui sauve, Philippe!
LE PRINCE Oh î la leçon ne sera pas oubliée de sitôt !
TITYRV
Vous ne la recevrez probablement pas deux fois ! Vous avez tout pour être heureux... pour être aimé... adoré.
LE PRLNCE Et dévSormais, je croirai k la loi des mésalliances.
THVRA
Je vous en prie !
LE PRINCE, changeant de ton.
Adieu, Tliyra ! Oui, sans colère, en effet, sans colère, je partirai. Je répondrai à la froideur de votre décision par une attitude non moine simple et tout aussi énergique. Je pars bouleversé, stupéfait, ému jusqu'à en trembler. Mais un jour... et un jour, cela veut dire dans bien des jours... j'ajouterai sans doute
cette mcconvenuc au roman de ma vie. Ce jour-là, si j'ai la force de me dire sans larmes : u Ce fut une jolie erreur », alors, c'est que je vous aurai pardonné !
THYRA, la voix étranglée.
Eh! ({uoi... je perds même votre amitié?... Pas cela, dites... Pas tout à fait?...
LE PRTNGE, avec hauteur.
Ah I par exemple... je vous le garantis 1 (// s arrête un instant à la porte.) Une dernière fois, Thyra, je vous ordonne de me donner la raison... J'y ai droit... je la veux.... Parlez... (// dit cette phrase avec une autorité sans réplique.)
THYRA, après une hésitation vacillante à voix basse.
Vous l'avez dit : l'honnêteté !
LE PRINCE, réprimant un cri.
Ah! cette fois, j'ai compris!... Quel aveu!... (// prend son chapeau.) Adieu, Thyra ! (Froidement, correct.) Tout est fini !... Je vous épargnerai le moindre reproche... Maintenant je crois bien qu'il n'y a plus un mot, plus un, qui puisse venir à notre secours !... J'écrirai à votre mère... Présentez-lui tous mes respects, et dites-lui que je m'en retourne en Italie, fâché de ne pas lui avoir fait mes adieux ni présenté mes hommages.