‹ Le phalène: pièce en quatre actes et deux partiesChapitre 29 sur 47 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

M""' llK MAKMKW. LA COMTESSf STKPHANIK. I,K VOITURIER

Kiitrciit un voiluricr. iirik-nlant M*"" de Marlicw et la o'mtnu Slcphaiiic. SXits onl des ambrellci ou

I/Itai.iks, — /.a tomba latina...

M.°" DR Mabuk^'. — Je pense qu'il veut dire le cimetiÉre antique.

L'Italien. — Si, si. ai montre u bajc du geste)

Palerme, — - di porto...

JjA CoMTEssR — Tiens! Tinévilable ehevrier!

M"" PE Marlit-w. — Pptit, approche! Peut-on

3\'oir un bol de laitf ^\.•l viitoricr éciiangr. un dialogue iialirn avrr If fhrvri.r: rfi do«i\. ftc, <ir. M"' de Marlitw.

pendant qu'il parle.) Mais nous n'avotis ni bol ui tasse, La CoMTKfiSE. — Si fait! J'ai dans la voiture le

Al"" DL Mablif^v — Ils \out mettre encore di\ bonnes Tuinules i monter a pied

r A CoMTtssF — Au moins Pour ma part le n aurais certainement pas pu gnmper la cote Dail leurs cette patache était d un dur'

M"' DE Marliew. — Nous sommes deux vieilles dames! Son Altesse est encore tellement alerte!

La Comtesse. — N'est-ce pas î C'est elle rjui tenait à monter la côte h pied avec ces jeunes gens. Elle a tellement escaladé de pics et fait de si longues promenades depuis son abdication ! Elle est ma foi d'une prande activité. Sur le yacht, elle se lève quelquefois à cinq heures.

M"' DE MaBLIEW, montant sur un rocher. — D'id

on les verra peut-être.

La, Comtesse. — Tenez, les deux yachts, dans le port, on les distingue très bien. A droite, celui de votre fille.

M"! DE MaRLIEW, rectifiant. — Du prince ! VOUS

voulez dire.

La Comtesse, avec un soupir. — Oui, si vous voulez ! celui du prince... Comment s'appelle-t-il, le yacht f Je ne me rappelle déjà plus.

M"* i)E Marliew. — VAtaîaniel

La Comtesse. — VAtalante, c'est vraiî... Et le yacht royal le Cydnus... Deux beaux noms! Nous vous savions dans les eaux siciliennes, on vous avait signalés, mais nous vous croyions à Syracuse ou à Taormina. C'a été une joie pour Son 4^Itesse de revoir sa jeune protégée.

M™* DE Marliew. — Regardez cette tache rouge, à droite.

La Comtesse. — Oui, on les distingue... ils en ont

encore pour dix bonnes minutes. (Le voituricr est revenu.) Faites-lui traire cette jolie chèvre... la plus blanche...

M"* DE MARLIEW. — Vous ne voulez pas de ce breuvage?

La Comtesse. — Ohl non! Il me semblerait que c'est du lait de nourrice...

M"* DE Marliew. — A bord. Son Altesse Eléonore n'a en ce moment que les personnes que nous avons vues?

La Comtesse. — Oui, les deux dames qui sont restées à. bord, lady Seymour, M"* Popescu, en tout six personnes, je crois. Attendez que je compte sur mes doigts : la duchesse d'Osque, une, le poète Osterwood...

M"* DE MaRUEW, rinterrompant. Ah! le poètC

anglais qui s'est chargé tout à Theure du manteau de la reine.

La Comtesse. — ...Ça fait deux; moi, M. Lignières et les dames. Son Altesse n'aime que les petits comités. Ce M. Lignières est si charmant, et quelle belle voix! C'est la deuxième fois que la reine l'invite à faire une croisière... à cause de son timbre idéal. Il nous a rejoints à Naples. (Au chevrier.) Merci, petit! (A M*"* de Marliew.) Mais le yacht royal est un laideron à côté de VAtalante. Je ne connais pas de yacht plus esthétique!...

M"' DE Marliew. — Vous pouvez le dire!...

La Comtesse. — Cet orchestre de Napolitains, ces serviteurs bariolés, ces costumes, ce brouhaha! Est-ce que vous avez autant de monde d'habitude à bord?

M"* DE Marliew. — Cela dépend des endroits; on embarque quelquefois des inconnus de la veille. En ce moment, vous vous trompez, nous n'avons personne que cette étrangère qu'ils ont appelée AUégra... Mais, à Palerme, ils doivent retrouver tout un groupe! Ah! ma chère amie, quel mainatch, comme dit le frotteur provençal qui astique les cuivres!

La Comtesse. — Et vous vivez là dedans f Vous les suivez partout?

M"** DE Marliew. — Le moins possible. Je comprends votre reproche... Mais, que voulez-vous, il faut bien que je voie ma fîlle de temps en temps.

(Au chevrier qui s'en va.) Buona fiotche.

La Comtesse. — Figurez-vous que c'est hier seu- ■ lement que l'on a osé avouer à la reine que votre fille et le prince n'étaient pas mariés. M. Lignières et moi avions gazé sur ce sujet quand nous vous avions aperçus, hier, dans le port. Son Altesse ne s'expliquait pas, d'ailleurs, la répugnance que le prince' de Thyeste apportait à se faire présenter h

elle... puisqu'il n'ignorait pas que sa cousine, la duchesse d'Osque, était à notre bord. Ils ont joué ensemble, autrefois... il devait donc avoir plaisir à la retrouver.

M"' DE Maruew. — Mais il redoutait sans doute les reproches de la duchesse qui est apparentée à toute la cour!

La Comtesse. — C'est elle d'ailleurs qui s'est chargée d'édifier Son Altesse... Son Altesse a été véritablement navrée, pas scandalisée, grand Dieu! elle est au-dessus de cela!... mais Son Altesse m'a demandé mille détails sur cette liaison... j'étais ma foi très embarrassée! M. Lignières s'est esquivé, je ne sais pourquoi; il avait couru comme un zèbre, à terre, soi-disa4it pour acheter des bijoux palermitains et c'est moi qui ai eu à fournir des détails sur une rupture dont j'ignore la cause : la princesse paraissait très attristée, elle m'a dit : « Je veux les \oiT tout de même! Il faut que je leur parle, que je fasse ce mariage. Ce sera une bonne œuvre. »

M™* DE Marliew. — Elle aura quelque mal !

La Comtesse. — Dites-moi ? mais que s'est-il passé au juste î Puisque nous nous décidons à en parler! Oh! le vilain homme! je l'ai en horreur!

M"* DE Marliew. — Que voulez-vous î C'est un deuil moral que je traîne depuis bientôt deux années!

La Comtksse. — Mais c'est lui qui s'est récusé... ou elle? Lui évidemment f

M"* de Marliew. — Tous les deux. Ils ont préféré cet état de choses, la vie en dehors de la société... J'ai été débordée par ma fille... ils ne sont pas commodes, tous les deux... impératifs... violents... C'est qu'on mène 'une vie très bizarre et bien affolante à leurs côtés! Vous avez vu ces esclaves, ces femmes à bord, ces volières d'oiseaux, leurs musiques sempiternelles, les déjeuners et soupers sous les vélums de soie, ces séjours entrecoupés dans toutes les capitales ou l'on s'amuse! Et comme c'est peu pratique avec tout cela. Ils ont emporté à bord même un coiffeur, mais il n'y a pas un médecin; vous pourriez être malade, avoir le moindre bobo, vous ne trouveriez pas une fiole de laudanum ou d'arnica.

La Comtesse. — Oh! bien, merci! moi qui ai en horreur de voyager sans ma petite pharmacie.

M"* DE Marliew. — Alors, je vais, je me laisse entraîner d'escale en escale, de palace en palace... mais je n'en peux plus. De temps en temps on me débarque. Au bout de trois mois je n'en peux plus et, malgré ma gêne et ma honte de me mêler à eux, j'accours embrasser ma fille au milieu du brouhaha que font les invités, les oiseaux, le rire des femmes, le bruit des vaisselles. Je reste des journées tassée dans ma cabine comme une pauvre vieille malle criblée d'étiquettes de voyage... Dans quelques jours je vais m'en retourner dans notre hôt«l de Paris. Au moins là j'ai un peu de paix, quoique une si grande solitude !

A ce moment on entend tout au loin la voix de Thyra qui interpelle le chevrier.

La Voix de Thyra. — Eh! hop! hop! petit! La flûte!

Elle parle italien. Le petit chevrier répond par son air

de flûte méthodique sur le haut du rocher. M*"* de

Marliew et la comtesse se sont rapprochées, elles regardent.

M"* DE Marliew. — Oh! comme elle court en montant! Elle va f« fatiguer, elle n'a déjà pas de .««ouffle. (Elle crie.) Tu vas te fatiguer et tu es sans chapeau !

LA PETITE ILLUSTRATION

La Comtesse. — C'est la petite esclave indienne qui l'accompagne?

M"' DE Marliew. — Otii, celle-là la suit partout... on la voit toujours avec son esclave et le grand lévrier noir...

La Voix de Thyra. — Sam! Sam! je ne veux pas que le chien coure sur ces chèvres, mets-le en laisse^ Meryem.

Quelques secondes après elle arrive, suffoquant et tenant dans ses bras les branches qu'elle a coupées le long de la route. La petite esclave porte le chapeau et tient en laisse le lévrier.

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