Scène IV
THYRA, PHILIPPE, LIGNIERES, LA DU- CHESSE D'OSQUE, OSTERWOOD, LA PRIN- CESSE ELEONORE DE HONGRIE, ALLE- GRA.
La Duchesse d'Osque. — Alors ! Vous nous aviez lâchés, Lignières î
Lignières. — J*aidais mademoiselle de Marliew à ramasser ses fleurs: la petite esclave pliait sous le fardeau. Je les ai rencontrées en route... mais je vous laissais en bonne compagnie.
La Duchesse d'Osque. — Je ne m'en plaignais pas !...
Philippe, s approchant cir Lignières. - Une cigarette, cher monsieur?...
Lignières. — Pourquoi pas?
Philippe, riant. — Et voici même du feu.
Lignières. — Vous êtes vraiment trop aimable.
La reine, qui arrive, passe sa ranne à Osterwood qui la prend avec déférence.
Thyra,/-- Pas trop fatiguée, ^Utesse?
La Princesse Eléonore. — Pas le moins du monde. Est-ce ici? Nous voilà arrivés?
Thyra. — Oui. Voici les tombeaux anciens... Je vous fais les honneurs!...
Et sur le rocher on aperçoit M*"*^ de Marliew et la comtesse Stéphanie.
La Comtesse, criant. — Par ici. Que Son Altesse \denne ! Le point de vue est superbe !
La Princesse Eléonore. — Tout à ITieure. Un moment.
Osterwood, répondant. — Sou Altesse se repose quelques instants.
Allégra, s'approchant de Thyra. — Vous ne voulez pas mon écharpe?
Thyra. — Merci, chérie. On étouffe de chaleur.
Lignières, allant à la princesse. — N'est-ce pas que c'est beau ici?...
Tout le monde parle à la fois.
La Princesse Eléonore, — Vous faites trop de bruit. Taisez-vous tous. Recueillons-nous quelques instants, mes enfants, devant la beauté de ce paysage. Il faut recevoir certaines impressions dans le silence. C'est pour cpla, n'est-ce pas... que nous voyageons.
Lignières, riant. — C'est vrail... (Tout le monde s*e8t
tu respectueusement.) Nous sommes les chiens d'arrêt de l'émotion...
Osterwood. — Pas avant que vous sachiez.
Altesse, que c'est sur ce rocher que le g^^nd poète américain, à l'exemple de Shelley, a voulu que l'on brûlât son corps. Il est mort dans ces parages, à l'hôtel Capabianca, et le poète du nouveau monde avait rêvé que ses cendres se dispersassent au vent dans un beau paysage et au-dessus des vieilles tombes latines. Des amis ont respecté ce vœu. On pense que c'est sur ce rocher que le bûclier a étt' allumé. Maintenant, Altesse, votre rêverie sera plus
L\ PETITE ILLUSTRATION
émue encore, J en suis sur. (Le silence se prolonge. Ostcrwood, s'approchant du groupe au premier plan et leur parlant à voix basse, désigne la princesse appuyée à un rocher et regardant la mer. A Philippe et à Tyra.) Elle n'aime paS qu'on
dérange ses rêveries. Quelquefois, aussi, j'ai entendu des sanglots monter à sa gorge. Re^rde^, elle a le signe certain des souverainetés... Comme elle est belle! Elle a le froid des statues, des majestés abdiquées. Elle est jri'aude, n'est-ce pasf Et ses méditations sont au-dessus des larmes! Elle traîne sa vie inutile comme un voile traînerait sur le monde.
La Duchesse d'Osque. — Vous avez toujours, pour parler d'elle, Osten^^ood, des mots recherchés d'amoureux.
OSTERWOOD. — Et celle-ci mérite d'être aimée d'une façon déchirante. Regardez comme elle sait l'art de s'accouder dans le soir!
Philippe. — Le fait est qu'elle est impressionnante, ainsi immobile. Mais je la trouve... un peu rococo... genre Campo-Santo de Gênes... trop souveraine helvétique!...
On se tait encore quelques instants, puis la princesse se lève.
La Princesse Eléonore. — Encore un pays où j'aurai le regret de ne jamais revenir! Encore un endroit où l'on aurait voulu poser sa tente! (A Osterwood.) Débarrassez-moi de mon Pascal. (Elle tend le