EXTRAITS DE LA PRESSE
Le Figaro :
Comme à Bayreuth pour les représentations du Dieu allemand, on ne pouvait hier avoir accès dans la salle de la Chaussée-d'Antin quand le nouveau mystère était commencé.
Les invités d'une avant-première ne peuvent, comme hier, que s'étonner de ces orgueilleuses consignes ; les spectateurs moins favorisés des représentations suivantes, en payant À la porte le droit de protester, décideront, à moins qu'ils ne préfèrent porter leurs pas plus satisfaits vers des scènes plus gaies.
Quel théâtre pénible, en effet, quel théâtre morbide nous crée l'immense talent de M. Bataille ! C'est contre sa production nouvelle qu'il faut protester ; toute son œuvre H en effondrerait s il peri ^tait : après les ravages de la lèpre, oe^sont les folies erotiques d'une phtisie embrasée, pressée
de vivre puis de mourir, qu'il nous décrit au Vaudeville. Je suis certain que le public s'étonnera comme nous tous, de la singulière idée de l'auteur du Phalène choisissant les ruines d'un cimetière et ses pieuses tombes pour les flirts, les danses et les chants d'une société malade en folie qu'il qualifie fort innocemment de gens du monde.
Tout y est immoral, en effet, tout y est faisandé, et, quand la toile est enfin tombée, on sort avec un sentiment de profonde commisération pour l'auteur dont l'incontestable talent vingt fois consacré par de beaux succès se fourvoie maintenant comme par gageure en ces choses nauséabondes et dépravées.
Je me borne, quant à moi, à m'attrister du choi^c persistant de sujets qui heurtent les plus nobles sentiments français et qui nous mettent en si fâcheuse posture aux yeux des étrangers.
Paris mérite d'autres œuvres que celles que la Russie, l'Aile-
magne, l'Angleterre, interdiraient comme avilissantes sur leurs scènes respectées. — Gaston Calmettb.
Un sujet presque uniquement pathologique et accidenteL M. Bataille a traité le sujet le plus anormal de la façon la plus anormale. — Robert db Flsbs.
VEcho de Paris :
J'hésite vraiment à raconter le sujet de cette pièce, car ce journal a des lectrices et des lecteurs qui souhaitent d'être respectés.
On sent que je prends la chose en souriant pour ne pas avoir à m'en fâcher. Mais il est bien entendu que, dans cet article écrit en hâte, je fais mes plus expresses réserves sur le sujet, le ton du dialogue et l'immorale niaiserie de tous les sentiments exprimés. — François db Nion.
V Action française :
Cette fois, le gibier était trop faisandé. H était même pourri jusqu'à la corde, en sorte que la corde a cassé. Cela devait arriver, et il y avait quelque temps déjà que cet événement était prévu.
... Que ces extravagances de collégien soient prises au sérieuv, jouées sur un théâtre du boulevard, examinées par la critique, voilà, au fond, ce^qu'il y a de plus surprenant dans l'affaire.
Le Temps :
M. Henry -Bataille a choqué, attristé ses admirateurs.
Une réaction s'opère actuellement contre le théâtre morbide et déliquescent, en faveur du théâtre non pas vertueux au sens puéril du terme, mais tonique et sain. Il se fait un retour vers la morale traditionnelle.— Adolfhb BrisSon.
La Libre Parole :
J\ est bien inutile de critiquer les détails de cette pièce que l'auteur a visiblement crue titanesque et où il se révèle surtout comme un louftingue grandiloquent. Les deux derniers actes sont surtout désopilants et le théâtre d'aujourd'hui ne nous donne pas tellement l'occasion de rire. — J. Drault.
La Liberté :
Le Phalène, c'est le second Faust d'Henry Bataille, son CharOecler. C'est le testament du symbolisme et du théâtre mufle réunis. Vingt-cinq ans d'anarchie intelleo tuelle, morale et sentimentale se terminent par cette fête de nuit décadente et bizarre où le Phalène a brûlé ses ailes diaprées.
... Maman Colibri, la Vierge foUe, la Femme nue et cette Th3rra du Phalène, sont bien les filles d'une époque déséquilibrée et d'une manière de penser précieuse et artificielle qui restera l'étonnement des historiens de l'avenir
— Allons, il y a quelque chose de changé en rance dans le goût du spectateur II faut s'en réjouir. Que les auteurs dramatiques amoureux du succès prennent garde à cette grande leçon qui a été donnée hier soir. — Jban db Pibrrbfeu.
Comœdia :
Cest un désordre moral prodigieux qui ne laisse dans notre esprit qu'une pénible impression d'incohérence, parfois même
de clémence.
Tout cela n'est qu'afféterie, que lyrisme déliquescent, dont le plus grand tort est de passer aux yeux du public non prévenu pour de la haute littérature. — G. db Pawi/)wski.
Le Ckmhis :
H est impossible de s'intéresser à cette femme qui est peutêtre phtisique au troisième degré, mais qui est assurément folle au dernier degré, ce qui est la seule explication de sa débauche — Félix Duqubsnbl.
Paris-Midi :
Avec le Phalène on tombe dans la plus misérable animalité.
On voudrait ouvrir toutes larges quelques fenêtres, faire passer un grand courant d'air frais sur ces âmes avilies et purifier un peu ce théâtre morbide. — Robert Catteau.
Le Progrès, à Lyon ;
Cest le destin des auteurs médiocres de connaître l'in-
succès dès qu' Is se réalisent complètement M. Bataille, qui se cherehait, s'est trouvé ici. — £uqânb Mobakd.
Le Journal des Débats :
Le second acte est du Bataille le plus extraordinaire et le plus offensant — Henry Bidou.
VHomme libre :
£h bieni non, mille fois non, M. Henry Bataille ne s'est pas trompé, il était logiquement, fatalement condamné, depuis le début de sa carrière, à écrire la pièce que nous venons d'entendre. Elle ne diffère en somme aes précédentes que par l'accueil qu'elle a reçu. — Charles Mullsr.
VEclair :
Choquante ou exaspéraifte. Ni le bon sens, ni la bienséance n'y sont suffisamment respectée... — Paul Soudât.
Journal de Bruxelles, à Bruxelles :
Une exécntion I
Nous n'essaierons de dissimuler notre joie. D'un commun accord, comme ri l'on voulait d'un seul 4x>up se venger d'un long temps de dur esclavage, toute la presse s'est n^voltée. Ah ! quel bonheur ! — Fontbnay.
V Univers et le Moride :
M. Bataille se soucie bien, lui, d'armer les jeunes générations pour leurs n'ands devoirs de soldats, de citoyens et de pères de famille ! il se soucie bien d'éliminer de son œuvre nouveUe tout prétexte aux étrangère de nous juger une nation pourrie, une nation à l'agonie, une nation à laqueUe il devient urgent de donner le coup de grâce. Et ce n'est pas lui qui donnera aux étrangère des motifs de réformer leur opinion sur notre pourriture morale. — Félicien Pascal.
Revue eritiqtte des Idées et des Livres :
La convention, le mensonge et la barbarie se nomment Henry Bataille.
Je ne me sens pas le courage de l'indignation — F. B.]
The Newz York Herald :
La critique a fort maltraité la pièce de M. Bataille ; le public de la générale a dit : t C'est la chose la plus ennuyeuse du monde, i L'interprétation n'a pas même été épargnée I Et cependant la pièce de M. Bataille fait de l'argent, et beaucoup d'argent. On cite le cas de soldats qui continuèrent à marcher après avoir reçu le coup de mort ; c'est peut-être le cas du théâtre de M. Bataille.
Etudiez l'opinion des critiques : < Pièce faisandée, théâtre malsain, drame morbide ! psychologie louche t personnages lubriques ! etc. i Heureuses injures ! outrages souhaita t Tout cela envoie du monde au Vaudeville. Et pour un peu M. Bataille tendrait le dos comme M. Loyal. Or, tout mauvais désir doit être puni, et les spectateure du Phalène dès le deuxième acte subissent leur châtiment Le Démon de l'absurde et l'Ange morne de l'Ennui les torturent.
On attend la minute où M"* de Bray manifestera la seule vérité que comporte ce théâtre, en paraissant peu vêtue. — Pierre Veber. ^
V Action française j\
Pauvre Bataille ! pauvre faisandeur de poulets maigres ( Il aura donné consécutivement dans toutes les sottises des m'as-tu-lu, et combien sa prétendue complexité sentimentale apparaît aujourd'hui ce qu elle est en réalité : l'entortillement des rêves malsains autour d'une vanité de potache. — Rivarol.
Malsain et morbide, ces mots sont justes, mais ils semblent faibles pour caractériser l'œuvre. — AndrIi Gaucher.
Le Jouma^ .f
Îjbl pièce i^mise plusieure fois était bien prête, bien au point Peut-être cependant une répétition supplémentaire n'eût-elle pas été de trop» ; car on ne saurait imputer, n'est-ce pas ? qu'à la défaillance vénielle des comédiens, certaines erreure autrement inexplicables, comme d'avoir attribué la nationalité américaine au plus anglais des ;>oètes anglais, d'avoir confondu Mentor avec Télémaque et traduit les mots : Oloriœ Cupido (il est si simple de ne pas parler latin) par : c A la gloire de l'amour «. — Abel Hermaut.
fin
LA PETITE ILLUSTRATION
La Revue des Deux-Monde» :
En quoi le sujet du Phalène — puisque le Phalèue il y a — est-il plus ezoeptioniiel et en quoi plus choquant que celui de VEnchantemeni où l'héroïne est une petite nystérique, que celui de Maman Colibri où une matrone débauche un collégien, que celui de IJËnfant de Vomom où on nous traîne dans les bas-fonds d'un monde interlope ? M. Bataille n'a ni changé, ni affgravé sa manière. H est resté l'homme du même théâtre, où ua été longuement encouragé par les éloffes de toute la presse, tandis que nous étions à peu près sem à en signaler la préciosité brutale et la déHquesoenoe. — RxhA Doitmio.
VŒum-e :
Cette fois, la presse y a répondu de la bonne manière et c'est assurément pour les rédacteurs de YŒuore une viye satisfaction d'entendre à peu près tous les critiques répéter aujourd'hui, en un chœur indigné, ce que nous avons dit si souvent de cette dramaturgie déliquescente. Nous n'avons qu'un regret : c'est qne M. Bataille ne soit pas Israélite.
— GUSTAYE TÉBY.
Le Mercure de France :
La répulsion que je n'ai jamais cessé de professer pour le génie lyrique et dramatique de M. Bataille vient de faire définitivement place à un sentiment de pitié très sincère. Le void éteint, ce soleil dont la lumière trouble ravit tant de sensibilités faussées par la mauvaise littérature et contribua à dévoyer l'art dramatique contemporain ! La niaiserie incessante des quatre actes a dessillé les yeux de chacun, voire de M. Gaston Calmette, et je doute fort que l'auteur de Maman Colibri puisse se relever jamais du faux pas qu'il vient de faire. — Maubiob Boibsabd.
Foiot, éPautre pari^ quelques extrailê des journaux et revttee qui ofU défendu la pièce :
La France :
J'imagine que M. Henry Bataille a dû prondre plaisir à lire certain nombre d'articles qui furont écrits sur sa nouvelle pièce, le Phalène, On lui a reproché de ne pas savoir construire une pièce ; on a affirmé (ju il ignorait la langue française, et rien n*est plus comique : d s'agit en effet d'un homme qui nous a donné plusieurs chefs-d'œuvre. Le directeur d'un quotidien littéraire n'a pas hésité à rédiger lui-même un édUorial, ce qu'il ne fait qu'en cas de graves circonstances, quand M. Poincaré est nommé président de la République, quand le ministère tombe, quand l'impôt sur le revenu menace, quand M. Nijinski crée V Après-midi (Tun Faune. D paraît — si nous en croyons cet aimable Parisien — que le Phalène met en péril la bonne renommée de la France auprès des nations étran-
... Malgré les lois, malgré les justes préjugés, il y a des moments où toute l'humanité cède à la violence de l'instinct, à cette protestation merveilleuse de tout l'être contre les forces de la mort. Songez-y bien : l'attrait qui assure la perpétuité de la race a été considéré par les roligions les plus austères comme le péché nécessaire. Eve écoute b serpent et, quand elle a suivi ses conseils, Adam sent naître en lui l'amour. Quelle différence y a-t-il entre cette histoiro sacrée et l'aventura qui unit à Thyra le prince de Thyeste ? Les légendes primitives du peuple qui proclama l'unité de Dieu mêlent la créature humaine à tout l'univers. Elles ont la splendeur du panthéisme. Il est impossible de séparer l'esprit de la chair. Gomme l'écrivit dans une dédicace, M. Henry BataiUe :
— Ariel est dans Oaliban...
... Rien n'est plus pur cependant que cette fin de Thyra qui n'accepte pas l'humiliation de la maladie, qui se glorifie d'avoir conservé intacte l'harmonie de son corps et qui s'en va après une fête délicate, sous les roses qu'elle prit soin ellemême d'amonceler.
CTest ainsi que j'û compris la pièce nouvelle de M. Henry BataOle. «Ta! été très ému, et peut-être y a-t-il dans cette œuvre un autre papillon que le phalène. Au moment où 8'é<diappe le dernier souffle de Thyra, j'ai cru voir s'envoler le papmon qui s'a{if)elle Psyché et qui est son âme nuancée. —
KOZUEBX.
Le au Bios :
Malgré l'enseignement, qu'elle eût pu retiror de tant de ses prophéties que les événements ont infirmées, la critique dramatique ne cesse noint de retomber dans les mêmes erreurs ; et le cas du Phalène l'oblige une fois encore à avouer son manque de perspicacité. Ses reproches, au lendemain de la répétition générale, furent, on s'en souvient, quasi unanimes. Durant quelques jours les journaux publièrent des protestations vertueuses contre ce qu'on est convenu d'appeler depuis de lonsues années : théâtre c de décadence », « Utté* rature morbicte », i spectacles immoraux ».
Le bel artiste qu'est Henry Bataille fut traité avec une commisération presque insultante, comme si le Phalène n'était point de la même veine si hautement poétique et si profondément himiaine qui a déjà donné aux lettres françaises, Poliche et Maman Colibri^ la Marche NupUale et la Femme nue. Quelques-uns de nos confrères firent mieux que de protester, ils réclamèrent le silence en prétendant que les protestations mêmes risquaient d'accroître le scandale et allaient assurer à la pièce un succès qu'elle ne méritait pas.
Puis la critique dramatique alla exercer sur d'autres œuvres son infaillible diagnostic, et... le Phalène poursuivit au Vaudeville, devant son véritable et dernier juge : le public, sa triomphale carrière. — Pibrbi Mobttbb.
Le Touche-à-toui :
Dans le Phalène, comme dans toutes les autres œuvres, M. Henry Bataille reste un observateur d'âmes clairvoyant, rigoureux, véridique et en même temps un poète rare, un évocateur de beaux symboles, un créateur d'atmosphères, pour tout dire un grand artiste.
Mais il parait que son art est dangereux, il paraît que la France n'a plus soif que d' œuvres lourdes de santé où Ton exaltera les grands ^ntiments, où l'on ne nous présentera que des gestes de noblesse, de sacrifice, d'abnégation; où 1 on nous enseignera le mépris des psychologies maladives et, en général, de toute psychologie. Plus de créatures d'exception I Des personnages S3mipathiques, honnêtes, possédant le sens de l'honneur, réconfortants à regarder. — Pixbrx Valdaqkb.
Femina :
Il y a tant de beautés dans l'œuvre de Henry Bataille qu'elles ont échappé à la plupart des critiques, habitués à trouver les phrases originales et profondes habilement encadrées et présentées par des écrivains astucieux. — Henbi Duver-