‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 37 sur 79 · VI. — Infections par le pneumocoque · texte numérisé non relu

VI. — Infections par le pneumocoque

Après les travaux de M. F. Widal sur le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde, lorsqu'il fut démontré que le pouvoir agglutinant se manifeste dès le début des maladies infectieuses, au moment de la période d'infection, MM. Bezançon et V. Griffon entreprirent une série de recherches sur le pouvoir agglutinatif du sérum dans les infections expérimentales et humaines à pneumocoques (i).

M. Metchnikoff avait le premier montré en 1891 « que le microbe de la pneumonie forme dans le sérum des lapins vaccinés des paquets de streptocoques très longs (2). »

L'année suivante, M. Mosny avait vu que le sérum de lapin vacciné, ensemencé avec le pneumocoque, ne se trouble pas (3).

Enfin, M. Issaefr(4), en iSgS, après avoir confirmé les recherches des deux auteurs précités avait constaté que lorsqu'on ajoute du sérum de lapin vacciné à une culture de pneumocoque, non seulement ce sérum ne se trouble pas

(i) F. Bezançon et V. Griffon. C. R. de la Soc. de bioL, 5 juin 1897, p. 55i et 19 juin 1897, p. 579.

(2) Metchnikoff. Sur l'immunité des cobayes vaccinés contre le vibrio Metchnikovii. Ami. de l'Institut Pasteur, 1891, p. 8714.

(3) MosNY. Sur la vaccination contre l'infection pneumonique. Arch. de méd. expér., 1892, p. 228.

C4) IssAEFF. Ann. de l'Institut Pasteur, 1898, p. 269.

Mft® ^f^ .Vl^

FiG. "2. — Pneumocoque cultivé en sérum de lapin sain.

(Celte figure et les b suivantes sont empruntées au travail de MM. Bezançon et Griffon,

paru dans la Presse Médicale du 17 juillet 1897).

FiG. 3. — Pneumocoque cultivé en sérum de lapin immunisé.

comme le sérum de lapin sain, mais encore il se produit un dépôt au fond et sur les parois du tube de culture.

MM. Bezançon et Griffon se sont tout d'abord demandé si la propriété agglutinante qu'on trouve chez les animaux vaccinés existe dès la période d'infection ?

La sensibilité extrême des animaux au pneumocoque, et la rapidité avec laquelle on voit survenir la mort rendait les expériences assez délicates.

Cependant, en fdtrant sur une bougie les humeurs des animaux morts de septicémie pneumococcique (lapins, souris) on peut constater le pouvoir agglutinatif du liquide filtré.

Mais on peut augmenter la résistance du lapin au pneumocoque au moyen de vaccinations incomplètes et examiner le sérum des animaux ainsi traités après avoir déterminé chez eux une infection à marche lente.

En agissant ainsi, on remarque « que le sérum des lapins infectés possède la propriété agglutinative déjà observée chez les animaux vaccinés mais qu'il la présente a un degré beaucoup plus élevé. Au bout de 2 A heures, le sérum d'infecté reste clair comme le sérum de vacciné ; le fond du tube ne présente pas les grumeaux que l'on constate dans la culture en sérum de vacciné, mais une véritable cupule couenneuse, consistante, ne se dissolvant pas par agitation, difficile à dissocier. Tous les pneumocoques ont été précipités, agglutinés dans ce coagulum ; au microscope, ils apparaissent, non en diplocoques capsulés remarquablement isolés comme on les voit toujours dans le sérum de lapin normal (fig. 2), non en chaînettes isolées ou enchevêtrées comme dans le sérum de lapin vacciné (fig. 3),

FiG. 4. — Pneumocoque cultivé en sérum de lapin infecté.

Fio.

Pneumocoque cultivé en sérum d'individu sain.

mais en gros amas de diplocoques qui ont perdu leur capsule (fig. 4) )).

Le pouvoir agglutinatif persiste dans les sérums dilués. MM. Bezançon et Griffon ont vu l'agglutination se produire à l'œil nu comme au microscope, dans un tube contenant une goutte de sérum pour 5o gouttes de bouillon, ensemencé, mis à l'étuve et examiné au bout de 2 4 heures.

Fig. 6. — Pneumocoque cultivé en sérum de malade atteint de pneumonie.

Le pouvoir agglutinant qui existe d'une façon absolument certaine dans le sérum des animaux infectés par le pneumocoque se retrouve aussi chez l'homme mais à un faible degré.

Pour le déceler, il faut avoir recours à la méthode de culture directe en sérum pur. Le pouvoir agglutinatif du sérum des pneumocoques n'est pas suffisamment intense

pour que l'on puisse le déceler dans les milieux dilués par addition de bouillon.

Le sang d'un malade est recueilli au niveau d'une veine du pli du coude par le procédé décrit plus haut (v. Technique du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde). Après la rétraction du caillot on décante le sérum et on l'ensemence. Malheureusement, le pneumocoque ne se conserve pas aussi bien que le bacille d'Eberth et ne pousse pas toujours sur le sérum humain. Très rapidement, après plusieurs transplantations, le pneumocoque perd de sa végétabilité.

Pour leurs expériences, MM. Bezançon et Griffon pratiquèrent leurs ensemencements avec une goutte de sang du cœur d'un animal mort de septicémie pneumococcique ou encore avec une goutte d'un des milieux qu'ils considèrent comme les plus favorables (sérum humain mélangé de bouillon, sang de lapin défibriné, etc..) récemment ensemencés avec un pneumocoque frais et non repiqué d'un autre tube de culture.

Pour se mettre àl'abri de toute erreur , ces auteurs étudièrent d'abord le mode de développement du pneumocoque dans le sérum pur de dix individus sains ou atteints d'affections diverses . Dans tous les cas, ils constatèrent que le pneumocoque poussait difficilement ; le milieu restait clair sans grumeaux. L'examen microscopique y a montré quelques diplocoques bien encapsulés, mais jamais d'amas ni de vraies chaînettes (fig. 5).

Sept malades atteints d'affection à pneumocoques ont été examinés par MM. Bezançon et Griffon. Un premier groupe a trait à 5 cas de pneumonie lobaire dont deux compliqués l'un de pleurésie purulente, l'autre de méningite.

Les résultats obtenus furent toujours nellement positifs. Le sérum de tous ces malades ensemence avec le pneumocoque et mis à l'étuve est resté clair au bout de 2 4 heures. Au fond des tubes existaient quelques fins grumeaux difficilement perceptibles. A l'examen microscopique (fîg. 6), le pneumocoque s'était agglutiné en chaînettes ilexueuses (en U, en 0, en S, etc.) plus ou moins longues ; on ne distinguait plus les capsules si nettes dans les cultures de sérum humain sain. Dans les grands intervalles qui séparaient les chaînettes, on ne voyait guère de pneumocoques libres. Dans k de ces cas, la réaction a été constatée vers le 6" ou '-j" jour ; dans le o" le sérum agglutinait le pneumocoque déjà le 2" jour. Chez un de ces malades, le pouvoir agglutinatif était déjà très affaibli le 7'' jour de la défervescence. Il y avait des pneumocoques libres dans l'intervalle de courtes chaînettes et non plus le vide absolu si frappant lors d'un premier examen.

Un 2" groupe comprend deux cas spéciaux dans lesquels le sérum n'agglutinait pas le pneumocoque vulgaire. Dans l'un de ces cas il s'agissait non d'une pneumonie franche mais d'une lésion suppurée du poumon accompagnée d'une sorte d'état nécrotique du poumon avec de gros blocs hémorragiques, etc. MM. Bezançon et Griffon qui firent après la mort l'examen des exsudais pulmonaires trouvèrent un microbe présentant des caractères très voisins, mais différents de ceux du pneumocoque de la pneumonie franche. Ce microbe poussait dans le sérum de lapin vacciné comme le fait le pneumocoque ordinaire dans le sérum de lapin normal. 11 était au contraire nettement agglutiné par le sérum du malade dont il avait déterminé la mort.

— ao8 —

Chez un second malade atteint de pleurésie purulente le pneumocoque renfermé dans le pus, ensemencé dans le sérum du malade, était agglutiné d'une façon absolument caractéristique (fig. 7). Par contre, cultivé dans le sérum d'un lapin très infecté par le pneumocoque vulgaire, il n'y est pas agglutiné, mais s'y comporte comme dans le sérum de lapin normal.

La propriété agglutinante se rencontre donc dans tous

Pneumocoque cultivé en sérum de malade atteint de pleurésie purulente à pneumocoques.

les cas d'infection pneumococcique, aussi bien chez l'homme que chez les animaux. Elle a « son maximum dans les infections expérimentales, où elle se traduit par la formation de gros amas, elle existe à un degré moindre chez les animaux vaccinés, où elle donne naissance à des chaînettes isolées ou enchevêtrées en jDetits amas. Dans les infections

humaines, la formation de vérilables amas est exceptionnelle ; — il semble qu'elle exige, pour se produire, une infection de longue durée Ce qu'on voit le plus communément, ce sont de longues chaînettes flexueuses, séparées par de grands espaces vides » .

Les intéressantes recherches de MM. Bezançon et Griffon établissent aussi que le sérum des malades infectés est un réactif extrêmement délicat permettant de séparer les unes des autres des races de pneumocoques en apparence très voisines. Ces auteurs ont en effet rencontré deux échantillons de pneumocoques insensibles à l'action du sérum d'un animal infecté par le pneumocoque ordinaire et se laissant agglutiner par le sérum de l'animal infecté par eux.

(( Jointe à la difficulté d'avoir à sa disposition un pneumocoque suffisamment vivace pour cultiver dans ce milieu peu favorable qu'est le sérum humain, cette notion de la pluralité des races pneumococciques fait qu'à l'heure actuelle ces recherches ne semblent pas comporter une application clinique aussi pratique que le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde . »

Page 1