‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 39 sur 79 · II. — Action du sérum anfi-streptcococcique de Marinorek · texte numérisé non relu

II. — Action du sérum anfi-streptcococcique de Marinorek

Plus tard, avec M. Achard, nous avons fait porter nos essais sur l'agglutination du streptocoque par le sérum antistreptococcique de Marmorek. Les recherches de contrôle étaient faites avec le sérum d'un âne normal, du sérum antidiphtérique, antitétanique et antityphique ; ce dernier mis très obligeamment à notre disposition par M. Widal.

Voici la provenance des 6 échantillons de streptocoque utilisés dans ces expériences.

Echantillon I recueilli dans une plaque d'érysipèle de la face.

— II recueilli dans un phlegmon de la paroi abdominale chez une femme

ayant eu, 8 jours auparavant, un érysipèle de la face.

— m recueilli dans un abcès de l'avant-bras chez une femme présentant des

abcès métastatiques multiples à streptocoques. • — IV recueilli dans une fausse membrane vaginale chez une femme atteinte d'infection puerpérale.

— V recueilli dans un abcès du coude chez la même malade.

— VI recueilli dans un abcès de la jambe à streptocoques.

Dans ces expériences nous avons employé des cultures troubles de streptocoques obtenues par le procédé indiqué plus haut. Le mélange de sérum et de bouillon de culture était mis à l'étuve à 87° et examiné après 1/2 heure et après 18 heures.

Divers titres de solutions ont été employés. Les dilutions du sérum dans la proportion de i pour 4 nous ont fourni les résultats les plus intéressants qui se trouvent résumés dans le tableau suivant :

Tableau X. — Action du sérum de Marinoreck et d'autres sérams sur divers échantillons de streptocoques.

Dilution du sérum à 1 p. 4 à l'étuve à 37°.

SERUM normal

Il semble résulter de ces expériences que la propriété

d'agglutiner les cultures du streptocoque n'est pas spéciale au sérum de Marmorek, Elle existe également pour d'au 1res sérums de chevaux (sérum antidiphtérique, antitétanique, etc.). Elle paraît tenir plus à l'échantillon de streptocoque qu'au sérum employé. Ainsi l'échantillon I s'est laissé agglutiner par tous les sérums employés.

Ces expériences, faites avec M. Achard, au mois d'août 1896, sont restées inédites. M. Yan de Velde vient d'étudier récemment la sensibilité de i5 échantillons de streptocoques à l'égard de 4 sérums de chevaux immunisés contre le streptocoque. Nous sommes heureux de voir qu'il est arrivé à des résultats confirmant complètement les nôtres.

VIII. — Infections provoquées par les bacilles du groupe Proteus.

(( Comme beaucoup d'autres microbes, écrivent MM. Lannelongueet Acharà [Académie des sciences, 5 octobre 1896), ceux du groupe proteus subissent le phénomène curieux de l'agglutination, lorsqu'on les met en contact avec le sérum d'animaux immunisés ou du moins ayant résisté à l'infection. Cette réaction est plus marquée pour l'échantillon qui a servi à l'inoculation ; c'est d'ailleurs ce qui a été noté aussi pour le vibrion cholérique. Souvent même il arrive qu'elle se manifeste exclusivement pour ce dernier échantillon et non pour ceux d'autres provenances, offrant pourtant des caractères semblables de forme et de culture. Mais si l'on renforce par des inoculations successives la propriété agglu-

tinante du sérum, on voit alors se produire aussi, dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec les mêmes proportions de sérum et de culture, l'agglutination des autres échantillons.

(( On a proposé d'utiliser les propriétés agglutinantes du sérum pour faire le diagnostic des espèces microbiennes : par exemple pour distinguer les vibrions cholériques de quelques autres vibrions aucdogues, et le bacille d'Eberth du coli-bacille : c'est ce que nous avons cherché à faire pour le proteus. Il nous a paru qu'en effet le sérum acccusait des différences entre certains types de bacilles très voisins par l'ensemble de leurs caractères et notamment par la propriété fondamentale que possède le P. vulgaris de faire de l'hydrogène sulfuré aux dépens des matières albuminoïdes.

(( Nous avons vu deux types bacillaires de ce genre que l'épreuve du sérum sépare des autres échantillons : l'un provenait du foie d'un malade mort d'abcès hépatiques,. l'autre d'une escarre développée sur un œdème cardiaque. Tous deux se distinguent d'ailleurs du P. vulgaris par quelques différences de cultures sur certains milieux. Par contre le P. mirabilis, qui ne se différencie du P. vulgaris que par une plus grande lenteur à liquéfier la gélatine, se laisse agglutiner par le sérum qui possède déjà un pouvoir agglutinant marqué pour lés divers échantillons du P. vulgaris. Ajoutons aussi qu'on peut, en inoculant à un même animal des types bacillaires distincts, développer dans le sérum la propriété d'agglutiner à la fois ces divers types. Cette propriété agglutinante apparaît eji général le troisième ou quatrième jour après l'inoculation. Elle existe dans le sang, mais nous ne l'avons pas trouvée dans la bile, le con-

tenu des vésicules séminales. Nous Favons vue atténuée dans lurine et d'une façon inconstante dans l'humeur aqueuse. Elle persiste après la mort et même pendant la putréfaction. D'autre part elle ne se produit pas dans le sang normal ensemencé avec àa proteus. Elle ne se produit pas non plus chez l'animal qui a été infecté peu de temps seulement avant de mourir, que la mort ait été accidentelle ou déterminée par l'infection.

(( On peut donc, lorsqu'on trouve le proteus dans les tissus, à l'autopsie d'un animal, s'assurer, au moyen du sang, par la réaction agglutinante, que cet animal a été atteint de son vivant d'une infection protéo-bacillaire et qu'il ne s'agit pas seulement d'un envahissement cadavérique. Mais il faut faire cette restriction que, si l'épreuve du sérum reste négative, le proteus rencontré dans les tissus a pu s'y introduire pendant les deux derniers jours de la vie.

(( Peut-être aura-t-on l'occasion d'appliquer cette donnée à la pathologie humaine. Peut-être aussi pourra-t-on, chez l'homme vivant, utiliser le sértim pour établir l'existence d'une infection protéo-bacillaire, suivant le procédé employé par M. Widalpour la diagnostic de la fièvre typhoïde. Mais il est vraisemblable que bien des infections de ce genre échapperont néanmoins, soit parce qu'elles auront entraîné la mort avant l'apparition du phénomène, soit parce qu'elles n'auront produit leurs effets pathogènes que par l'intermédiaire des poisons sécrétés.

(( Quelques recherches préliminaires que nous avons entreprises dans cette voie nous ont appris que chez l'homme sain, en général, le sérum est dépourvu de propriété agglutinante, bien qu'un sujet ayant toutes les apparences de la

santé nous ait montré par exception cette propriété très marquée pour le P. viilgaris. Chez plusieurs malades atteints d'affections ulcéreuses de l'intestin (fièvre typhoïde, cancer du rectum), nous ne l'avons pas trouvée, mais elle existait chez quelques autres » .

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