‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 48 sur 79 · IV. — Spécllicllé de lu réaction arjgliitinantc · texte numérisé non relu

IV. — Spécllicllé de lu réaction arjgliitinantc

La question de la spécificité de la réaction agglutinante a donné également lieu à de nombreuses discussions.

On s'est d'abord demandé si le sérum typhique, le sérum cholérique, etc., etc., étaient les seuls sérums agglutinant les microbes correspondants.

M. Bordet a vu que le sérum de certains animaux neufs non infectés (cheval, etc.) exerce une action agglutinante sur le vibrion cholérique, le vibrion Metchnikovi, le bacille du tétanos, le coli-bacille, le bacille d'Eberth, et sur le streptocoque. Le sérum normal de l'homme impressionne parfois aussi le vibrion cholérique, le bacille d'Eberth, le colibacille.

Mais dans des dilutions suffisamment étendues, l'action agglutinante du sérum normal disparaît et celle du sérum des organismes infectés persiste.

Nous avons, d'autre part, fait voir avec M. Achard (v. infections par le bacille de Nocard) que le sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard agglutine le bacille typhique. Or, le sérum de ces organismes ne possédait pas à l'état normal la propriété agglutinante à l'égard du bacille typhique. Il n'avait acquis cette propriété que passagèrement au cours de l'infection par le bacille de Nocard, bacille très voisin mais distinct du bacille d'Eberth. L'action aggluti-

de M. Courmont réalisées, et cependant il ne s'agissait pas de fièvres typhoïdes graves ni de fièvres typhoïdes à rechute.

Les recherches de M. Courmont sont fort intéressantes, mais il faudrait se garder d'en tirer des conclusions trop absolues.

nante dans ces cas n'était nullement comparable à l'action en quelque sorte physiologique des sérums normaux; elle tenait à la parenté du bacille de Nocard et du bacille d'Eberth. Il est toutefois à remarquer que le sérum des organismes infectés par le bacille de Nocard agglutinait le bacille typhique à un degré bien moindre que le sérum typhique.

D'autre part le vibrion cholérique, le bacille d'Eberth, etc., ne sont pas les seuls microbes se laissant réunir en amas par le sérum cholérique, le sérum typhique, etc.

Sur ilx échantillons de vibrions cholériformes examinés, Vagedes (i) en a trouvé 3 qui se laissaient agglutiner par le sérum cholérique.

On a aussi rencontré des microbes très voisins du bacille d'Eberth subissant l'influence du sérum typhique : tels sont le hacillus enteridis Gaertner (Gruber) (2), le bacille de Nocard (Gilbert et Fournier (3), Achard et Bensaude) (4), le bacillus fœcalis alcaligenes (Petruschky) (5), le bacille de la bactériémie du veau (Thomassen) (6). Ziemke (7) a rencontré une variété de coli-bacille (donnant de l'indol,

(i) Vagedes. Centralblalt f. Bakteriol., vol. XX, p. i36.

(2) Gruber et Durham. Munch. med. Wochenschr., 3i mars 1896, n" i3, p. 285.

(3) Gilbekt et Fournier. Bulletin de.lAcad. de méd., 20 octobre 1896. Rapport de M. Debove.

(4) Achard et Bensaude. Société de bioL. 21 novembre 1896.

(5) Centralbl. f. Bakt., février 1896, cité d'après Remlinger et Schneider, Annales de l'Inst. Pasteur, 1897.

(6) Thomassen. Une nouvelle septicémie des veaux. Annales de l'Institut Pasteur, 1897, p. 54o. Le bacille découvert par M. Thomassen parait se rapprocher beaucoup du bacille de Nocard.

(7) Ziemke Deutsche méd. fVochensch, 8 avril 1897, p. 237.

faisant fermenter la lactose) qui se laissait nettement impressionner par le sérum typhique dilué à i pour 5o.

Mais ces divers microbes sont agglutinés par le sérum cholérique et le sérum typhique à un degré bien moindre que le vibrion cholérique et le bacille d'Eberth (t). Cette différence de degré est telle qu'elle peut servir à différencier le vibrion cholérique et le bacille d'Eberth des microbes voisins (2).

Il y a donc des transitions entre les microbes qui réagissent positivement et ceux qui réagissent négativement vis-à-vis d'un sérum. La propriété agglutinante n'est pas rigoureusement limitée au microbe infectant ; elle s'exerce aussi, mais à un degré moindre sur les espèces microbiemies voisines.

Ce qui est donc spécifique ce n est pas l'action agglutinante elle-même, mais le degré auquel elle s'exerce (Achard).

Les partisans de la spécificité rigoureuse de la propriété agglutinante ne voient avec LoefTler et Pfeiflfer dans les faits que nous venons d'énumérer qu'un argument de plus en faveur de leur opinion.

(( Le microbe inoculé, écrit M. Widal, a impressionné

(i) Il est intéressant à rappeler qu'il existe un vibrion sûrement cholérique (vibrion de Massaouah) qui cependant n'est pas influencé par le sérum cholérique ordinaire. Van de Velde dit d'autre part avoir rencontré un échantillon de bacille d Eberth authentique ne réagissant pas vis-à-vis du sérum antityphique de cheval et du sérum de deux malades atteints de dothiénentérie (dilution i pour 10). Bulletin de l'Acad. Roy- méd. Belge, 1897, p. 266.

(2) Lorsque l'on veut différencier par la réaction agglutinante deux races microbiennes voisines, il est nécessaire de fixer quelle est la dose minima de sérum qui agit sur chacune de ces races. Cette dose varie naturellement avec les microbes à examiner et avec le pouvoir agglutinatif du sérum employé.

de telle façon le sérum de l'animal injecté que ce sérum mis en présence d'un microbe de même espèce, reconnaît ce microbe et témoigne de sa spécificité par la réaction agglutinante. Par contre, il reste en général sans action sur les microbes d'espèces éloignées. Bien plus, le sérum est tellement marqué au sceau du microbe infectant, qui, mis en présence d'espèces voisines, appartenant au même groupe familial, il traliit leur communauté de race par une réaction agglutinante qui semble parfois presque proportionnelle à leur degré de parenté » .

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