‹ Le phénomène de l'agglutination des microbes et ses applications à la pathologie (le sérodiagnostic)Chapitre 7 sur 79 · II. — Sérodiagnostic des maladies · texte numérisé non relu

II. — Sérodiagnostic des maladies

Pendant que ces recherches sur la différenciation des microbes à l'aide du sérum s'accomplissaient, un fait de la plus haute importance était surA enu : dans la communication à la Société médicale des Hôpitaux (26 juin 1896), à

(i) Achard et Bensaude. Presse médicale, 26 septembre 1896, p. 5o4 et Société méd. des hop., 28 avril 1897, p. 586.

(2) Achard et Bensaude. Société de biol., 21 novembre 1896.

(3) Académie de méd. de Belgique, 27 mars 1897.

(4) KoLLE. Zur serodiagnostik des Tjpbus abdominalis. Deutsch. med. Wochenschr., 25 février 1897, p. 182.

(5) Gruber. Muncliener med. Woclienschr., 27 avril 1897, p. 436.

(6) Van de Velde. Académie de méd. de Belgique, 27 mars 1897, et Achard et Bensaude. Société méd. des hàp., 28 avril 1897, p. 586.

laquelle nous avons iail allusion plus haut, M. Widal avait proposé d'appliquer le phénomène de l'agglulinalion au diagnostic des maladies.

Au congrès de Wiesbaden (9 avril 1896), Gruber(i), ne s'occupant que du sérum des animaux immunisés, avait engagé les cliniciens à rechercher si l'aclion agglutinante existe dans le sérum sanguin des anciens cholériques et des anciens typhiques.

« La principale raison, écrit-il, qui m'a fait apparaître parmi vous, c'est d'engager Messieurs les cliniciens à rechercher la réaction agglutinante dans le sérum sanguin des anciens cholériques et des anciens tvphiques. Je voudrais seulementat tirer l'attention sur ce fait, qu'il serait insuffisant d'employer pour ces recherches un sérum dilué de moitié, car, à ce degré de dilution, le sérum humain normal agglutine fortement diverses espèces microbiennes, mais qu'il faudrait titrer pour ainsi dire l'action agglutinante d'après diverses dilutions de sérum, de façon h déterminer quel est le degré de dilution qui produit encore après i heure des traces d'agglutination ».

Il n'est donc pas question dans cette communication — quoi qu'en ait dit Stern (2) — de la possibilité de trouver la réaction agglutinante pendant la maladie. Il appartenait à M. Widal de montrer que la propriété agglutinante existe au cours et même au début de la fièvre typhoïde et de

(i) Gruber. Verhandluiigen des XIV congresses fur innere medicin, p. 2i3 et 2i4-

(2) Stekn. Diagnostische Blutuntersuchungcn beim Abdomlnaltyphus. Centralblatt /'. innere medicin, 5 décembre 1896, n° 49, p- i25i.

rendre ainsi le phénomène de l'agglutination réellement utilisable pour le clinicien. Avant la communication de M. Widal(i),quieutlieule 26 juin 1896 à la Société médicale des Hôpitaux, il n'est fait nulle part la moindre allusion à la possibilité de trouver la réaction agglutinante avec le sérum des individus étant à la période de début ou à la période d'état d'une maladie comme la fièvre typhoïde. D'ailleurs, M. Widal avait été amené à cette découverte par ses travaux antérieurs.

(c En 1892, écrit-il (2), nous avons montré avec M. Chantemesse que, dans la fièvre typhoïde, avant même la convalescence, le sérum humain possédait des qualités thérapeutiques très marquées contre l'infection typhique expérimentale. Il était donc naturel de rechercher si le sérum des typhiques ne possédait pas, au cours de la maladie comme après la convalescence, la propriété d'agglutiner in çitro les bacilles d'Eberth épars dans une culture, et si cette réaction ne pouvait aider en clinique au diagnostic, souvent si épineux, de la dothiénentérie. »

La méthode du « sérodiagnostic » (le mot a été créé par M. Widal) a été aussitôt confirmée en France par MM. Dieulafoy(3), Achard(4), Chantemesse, Lemoine, Siredey, Mé-

(i) T. Widal. Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Soc. inéd. des liôp., 26 juin 1896.

(2) Chantemesse et Widal. Etude expérimentale sur l'exaltation, l'immunisation et la thérapeutique de l'infection typhique. Ann. de l'Inst. Pasteur, 1892, p. 773.

(3) DiEULAFOY. Bull, de l'Acad. de méd., 3 s., XXXVI, 7-12.

(4) AcHARD. B. et M. de la Soc. méd. des hôp., 24 juillet 1896.

nétrier(i), Nicolle et Halipr6(2), Courmonl(.'i), elc, clc. A l'étranger la découverte de M. Widal semble tout d'abord passer inaperçue. Ce n'est qu'après trois et quatre mois qu'apparaissent les premières recherches faites sur ce sujet par Dupaquier (/i), Thoelen et Milles (5) Grunbaum (G), Lichtheim(7), et surtout Breuer(8) qui propose au sérodiagnostic la dénomination de « réaction de Widal ».

A l'heure actuelle, les observations favorables à la méthode du sérodiagnostic, rapportées tant en France qu'à l'étranger, sont si nombreuses que nous ne pouvons pas songer à en donner même une courte relation (v. l'Index bibliographique) .

On a publié quelques cas où la réaction a été trouvée chez des sujets ne présentant pas de fièvre typhoïde (9). Mais, comme nous le verrons plus loin, la plupart des faits contradictoires ne sont pas à l'abri de toute critique et ils

(i) Ghantemesse, LEMOI^•E, SiREDEY, MÉ^•ÉTRIER. B. ct M. de la Soc. méd. des hôp., 24 juillet 1896.

(2) Nicolle et Halipré. Presse médicale, 25 juillet 1896.

(3) CouRMONï. Société de bioL, 25 juillet 1896.

(4) Dupaquier. New-Orleans med. Surgical Journal, septembre 1896.

(5) Thoelen et Milles. Clinique Belge, 3 septembre 189G.

(6) GrujN'baum. Preliminary note on tlie use of the agglutinative action of hiiman sérum for the diagnosis of enteric fever. Lancet, London, i8g6 ; II, 806.

(7) LiCHTHEiM. Sitzungsbericht des Vereins fiir wissenschaft. Heilkunde in Kônigsberg am, 26 octobre 1896. V. Deutsch. med. Wochenschr., 1896, no 5o.

(8) Breuer. — Zur Widal'schen Serodiagnoslik des Abdominaltyphus Berlin, klin. Wochenschr., aS et 3o novembre 189G.

(9) Ferrand et Théoari. Soc. méd. des hôp., 22 janvier 1897 ; — Jez, Wien. med. Wochenschr., 1897, n° 3, p- 98 ; — Ziemke. Deutsch. med. Wochenschr., 1897, n" i5 ; — Van Ordt. Milnchener med. Wochenschr., 1897, no i3, p. 327.

sont d'ailleurs en si petit nombre, qu'ils ne jDeuvent guère diminuer la valeur solidement éprouvée du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde.

Des recherches poursuivies de toute part ont fixé certains points de détail intéressant le côté pratique de la question.

Dès le début de ses recherches, M. Widal(i) indique divers procédés pouvant mettre en évidence la réaction agglutinante ; il montre que la réaction se produit avec le sang frais total, avec le sérum frais et le sérum desséché. Dans une série de mémoires, publiés en collaboration avec M. Sicard, il précise les détails de la technique (2) ; il montre que les bacilles morts conservent la propriété de se laisser agglutiner (3) ; il mesure le pouvoir agglutinatif du sang des typhiques(/i). MM. NicoUe et Halipré(5), M. Grunbaum (6), M. Wright (7), M. KoUe (8), M. Stern (9),

(i) WiDAL. Société méd. des hop., 26 juin 1896 et Presse médicale, 29 juillet 1896.

(2) WiDAL. Société méd. des hâp., 2 avril 1897, p. 491-

(3) W1DA.L et Sicard. Bulletin de l'Acad. de méd., 29 septembre 1896 et Soc. de biol., 3o janvier 1897.

(4) WiDAL et Sicard. Bulletin de l'Acad. de méd., 29 septembre 1896, Société de biol., 29 février 1897 et Presse médicale, 6 mars 189O. Consulter pour toutes les recherches de M. Widal et de MM. Widal et Sicard le travail d'ensemble paru dans les Annales de l'Institut Pasteur (2^ mai 1897). Etude sur le sérodiagnostic et sur la réaction agglutinante chez les typhiques par MM. Widal et Sicard.

(5) NicoLLE et Halipré. Presse médicale, 1896, p. 354-

(6) Grunbaum. Lancet, 1896, II, 806.

(7) Wright. Brit. med. Journ. London, 1897, I, iSg.

(8) KoLLE. Deutsch. med. Wochenschrift, 25 février 1897, p. i32.

(9) Steris'. Berlin, klin. Wochenschr., i5 et 22 mars 1897.

M. Grubcr (i), C. Fracnkel(9) proposent des modificalions de technique.

MM. Widal et Sicard (3) cherchent à étabhr la date de l'apparition et de disparition de la réaction agglutinante. MM. Achard et Bensaude (/i), MM. Thiercehn et Lenoble (5) rapportent des cas oii la réaction a disparu peu de temps après l'apyrexie. M. Widal (6) et après lui M. A'Veinberg(7) publient des observations dans lesquelles la réaction a persisté chez des personnes guéries depuis plusieurs années de la fièvre typhoïde.

M. Breuer, MM. Thoinot et Gavasse (8) publient chacun une observation oii la réaction n'a apparu qu'au cours d'une rechute.

M. Achard (9), M. Debove, M. Mathieu (10) attirent l'attention, après M. Widal, sur certains cas exceptionnels où la réaction est tardive et apparaît après la période d'état de la maladie. (( J'estime, écrit M. Achard (11) à ce sujet, que les faits de réaction retardée que j'ai cités tout à l'heure sont utiles à connaître pour éviter des erreurs d'interj)réta-

(i) Gruber. Mûnch. med. Wochenschr., 27 avril et 4 mai 1897, p. 435 et 477.

(2) C. Fraenkel. Deutsch. med. Wochenschr., i5 avril 1897, p. 245.

(3) Widal et Sicard. Soc. inéd. des hâp., 9 octobre 1896.

(4) Achard. Soc. méd. des hop., 9 octobre 1896.

(5) Thiercelin et Lenoble. Soc. de bioL, 5 décembre 1896.

(6) Widal. Soc. méd. des hop., 3 juillet 1896, p. 689.

(7) Weinberg. Presse médicale, 19 décembre 1896, n° io4, p. 682.

(8) Thoinot et Gavasse. Soc. méd. des hâp., 11 décembre 1S96.

(9) Achard. Soc. méd. des hâp., 9 avril 1897 ; — • Achard et Bensaude. Soc. méd. des hâp., 7 mai 1897.

(10) Debove, Matthieu. Soc. méd. des hâp., 7 mai 1897.

(11) Achard. Soc. méd. des hâp., 9 avril 1897, p. 499- Bensaude. 3

tion, mais ils n'infirment point l'importance du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Ils montrent seulement qu'une indication négative ne saurait jamais constituer un élément de certitude et que l'absence d'un signe, même de très haute valeur, ne suffit pas à écarter un diagnostic qui semble légitime à d'autres égards » .

[. Widal et Sicard(i) font voir l'importance du sérodiagnostic par le sang desséché, au point de vue de la médecine légale et de l'hygiène publique ; leurs observations sont confirmées par MM. Johnston et Taggart qui organisent au Conseil d'Hygiène du Canada un service de sérodiagnostic par le sang desséché.

De toute part on publie des observations dans lesquelles la méthode du sérodiagnostic a rendu des services : dans le tyj)hus ambulatorius (Achard) (2) : dans la fièvre typhoïde des enfants (Haushalter (3), Couture) (4) : dans la fièvre typhoïde des vieillards (Achard) (5) ; dans les typhoïdettes (Lemoine(6), Catrin(7), Villiès etBattle(8), Widal (9), Achard) (10) : dans les formes frustes de la fièvre typhoïde

(i) Widal et Sicard. Soc. méd. des hop., 3i juillet 1896 ; Soc. de hiol., 9 janvier 1897.

(2) Achard. Soc. méd. des hôp., 24 juillet 1896.

(3) Haushalter. Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. Presse médicale , 3o septembre 1896.

(4) Couture. Thèse de Paris, 1897. La fièvre typhoïde chez l'enfant et son sérodiagnostic (thèse inspirée par M. Marfan).

(5) Achard. Soc. méd. des hôp., 24 juillet 1896.

(6) Lemoinè. Soc. méd. des hôp., 24 juillet 1896.

(7) Gatrin. Soc. méd. des hôp., 16 octobre 1896.

(8) Villiès et Battle. Presse médicale, i4 octobre 1896.

(9) Widal. Soc. méd. des hôp., 16 octobre 1896.

(10) Achard. Soc. méd. des hôp., 9 avril 1897.

(Bondet) (i) ; dans les infections ébertliiennes associées (Guinon et Meunier (2), Pick (3) ; dans le pneumo-typhus (Brulil, Achard) (/i) ; dans le diagnostic de l'endocardite infectieuse (Widal)(5), etc.

M. Achard (6), M. Courmont rapportent des observations dans lesquelles le sérodiagnostic, pratiqué après la guérison de la fièvre typhoïde, a permis de rattacher à leur véritable origine certaines localisations lointaines de l'infection .

On a même voulu tirer des caractères de la séro-réaction un élément de pronostic (Courmont (7), Catrin) (8). Mais, comme l'ont fait remarquer M. Widal (9), M. Thiroloix ( i o) et M. Chantemesse (11), on ne saurait établir de raj)ports constants entre la gravité de l'infection d'une part, l'apparition et l'intensité de la séro-réaction de l'autre.

Dès sa première communicationM.AVidal(i 2) escomptaitla possibilité du sérodiagnostic pour des infections autres que la fièvre typhoïde. Au Congrès de Nancy (i 3), il rapporte les

(i) Bondet. Soc. nat. des Sciences méd. de Lyon, i5 février 1897.

(2) Guinon et Meunier. Soc. méd. des hôp., 2 avril 1897.

(3) Pick. Wien. klin. Wochenschr., 1897, n° 4-

(4) Achard. Soc. méd. des hôp., 9 avril 1897 ; — Bruhl. Gaz. liehdom. de méd. et de chirurg., 3i janvier 1897.

(5) Widal. Soc. méd. des hôp., 3 juillet 1896.

(6) Achard. Soc. méd. des hôp., 9 avril 1896, p. 49G.

(7) Courmont. Soc. de bioL, 26 juillet 1896, et thèse de Lyon, 9 juillet 1897.

(8) Catrin. Soc. méd. des hôp., 16 octobre 1896.

(9) Widal. Soc. méd. des hôp., 16 octobre 1896.

(10) Thiroloix. Presse médicale, 4 novembre 1896.

(11) Chantemesse. Soc. méd. des hôp., 2 avril 1896, p. 491-

(12) F. Widal. Soc. méd. des hôp., 26 juin 1896.

(i3) F. Widal. Communication faite au Congrès de Nancy, 6 août 1896 et Presse médicale, 8 août 1896.

premiers résultats obtenus dans les infections coli-bacillaires(i), et il ajoute avoir fait des recherches analogues dans les infections à bacilles de Loeffler, à pneumocoques et à streptocoques, mais sans succès.

MM. Achard et Bensaude (a) prouvent ensuite que la méthode du sérodiagnostic peut s'étendre au choléra asiatique. Leurs recherches, dont les premiers résultats ont été publiés au mois de septembre 189G, établissent que la réaction agglutinante existe chez l'homme dans la période d'état et dans la convalescence du choléra. Elles montrent aussi que cette réaction est utilisable pour le diagnostic, bien que sa recherche présente des difficultés plus grandes que pour la fièvre typhoïde, et qu'elle exige une certaine habitude technique. La réaction se produit avec des vibrions cholériques morts et avec du sang desséché, et elle présente des différences d'intensité suivant l'échantillon employé.

La méthode du sérodiagnostic est tentée, mais sans succès, dans quelques cas de psittacose (maladie des perruches infectieuses) (3). Chez un malade de M. Achard, infecté par le bacille de Nocard, le sérum agglutinait cependant très nettement ce bacille (Achard et Bensaude).

M. Wright (A) a étendu la méthode du sérodiagnostic à

(1) Quelques recherches faites sur l'agglutination du coli-bacille seront mentionnées plus loin.

(2) Achard et Bensaude. Presse médicale, 26 septembre 1896 et Soc. méd. des hôp., 28 avril 1897.

(3) Achard et Bensaude. B. et M. de la Soc. méd. des hôp., 27 novembre 1896; — Gilbert et Fournier. Presse médicale, 16 janvier 1897.

(4) Wright and Semple. On the application of the sérum test to the diflerential diagnosis of typhoid and Malta fever. Brit. med. Joiirn., i5 mai 1897; — Wricht and Smith. On the application of the sérum test to the diffe-

la fièvre de Malte, affection particulière rencontrée sur les bords de la Méditerranée, dont le tableau clinique ressemble à celui de la fièvre typhoïde ou à celui de la fièvre inlei'iiiiltente, et dont l'agent pathogène est un microcoque découvert par Bruce en 1887. On vient d'autre part de découvrir dans l'Inde l'action agglutinante du sérum des animaux immunisés contre la peste, et de celui des pestiférés. D'après ces recherches (i), la méthode du sérodiagnostic paraît applicable à la différenciation du cocco-bacille de Yersin et au diagnostic de la peste.

Pour terminer l'énumération des applications pratiques du phénomène de l'agglutination, nous dcA'ons enfin rappeler les tentatives faites par M'Fadyean (2) et par Foulerton dans la morve, par Dawson et Cashin dans le choléra des porcs, et les recherches fort intéressantes que viennent de publier MM. F. Bezançon et V. Griffon (3) sur le pouvoir agglutinatif du sérum dans les infections expérimentales et humaines à pneumocoques. Auparavant déjà, M. Arloing (4) avait étudié le phénomène de l'aggluti-

rential diagnosis of typhoid and Malta fever, etc. Lancet, 6 mars 1897, n" 10, p. 656.

(i) Zabolotny. Deutsch. med. Wochenschr., 10 juin 1897, p. 892 ; — Mitteilungen aus der Deutschen Pestkommission aus Bombay. Deutsch. med. Woch., n° 17; — ■ Paltauf. Soc. Império-Royale des médecins de Vienne, 28 mai 1897.

(2) J. M Fadtean. Preliminary note on the sero-diagnosis of glanders. Journal of comparative Pathol. and Tlierapeut., décembre 1896 ; — FouLERTON. On sérum diagnosis in Glanders. Lancet, i<''"mai 1897, p. 1201.

(3) Bezançon et Griffon. Pouvoir agglutinatif dii sérum dans les infections expérimentales et humaines à pneumocoques. Soc. hiol., 5 juin 1897.

(4) Arloing. C. R. Académie des Sciences, i5 juin 1896, et Lyon médical, 5 juillet i8g6.

nation dans la péripneumonie des boAddés, et M. Nicolas (i) avait signalé l'agglutination du bacille de Loelfler par le sérum des sujets traités par le sérum antidiphtérique (2).

III. — Nature et origine de la substance agglutinante. — Répartition, formation et destruction dans l'organisme.

L'interprétation et la nature du phénomène de l'agglutination a soulevé de vives controverses dès les premiers travaux. Gruber (3) attribue cette modification à des substances spécifiques contenues dans le sérum, les agglutinines, et il fait jouer à ces substances un rôle important dans la production du phénomène de Pfeiffer. Pour lui, la réaction agglutinante et la transformation granuleuse des microbes sont sous la dépendance l'une de l'autre.

PfeiflFer et Kolle (/t), Bordet (5), Taurelli-Salimbeni (6), soutiennent que la transformation granuleuse des microbes a lieu sans le concours des substances agglutinantes : elle serait due à des substances spécifiques distinctes des agglutinines auxquelles G. Fraenkel propose la dénomination de

(i) Nicolas. C. i?. iSoc. 6fo/., 3 juillet i8ç)Q;Lyoii médical, 27 sept. 1896; C. lî. Soc. hioL, 3o janvier 1897.

(2) Nous rapportons plus loin quelques recherches sur la réaction agglutinante dans la slreptococcie, la staphylococçie, le tétanos, le charbon. Ce travail était déjà sous presse lorsque parut à la Société de Biologie (26 juin 1897) une note de MM. Sabrazès et Rivière, sur la réaction agglutinante dans le tétanos (i cas chez l'homme).

(3) Gruber. Wiener klin. Woch., n^s n et 12, 1896, p. i83 et 201.

(4) Pfeiffer und Kolle. Centralhlatt f. Bactériol., vol. XX, n°^ 4 et 5.

(5) Bordet. Annales de l'Inslitut Pasteur, avril 1896.

(6) Taurelli Sallmbeni. Annales de l'Inslitut Pasteur, 25 mars 1897.

(( substances lysogènes », c'est- à-dirc produisant la dissolution des microbes. Pour M. Salimberii(i), il existe une différence capitale entre le phénomène de l'agglulination et le phénomène de Pfeiffer : tandis que ce dernier se produit surtout dans l'organisme, le phénomène de l'agglutination n'apparaît qu'm vitro.

MM. Widal et Sicard (2) tendent d'autre part à admettre que les propriétés atténuantes, préventives, bactéricides et aggiutinatives sont, dans un même sérum, relativement indépendantes.

Pour M. Widal (3), le phénomène de l'agglutination est une réaction de la période d'infection et non une réaction d'immunité, comme l'avaient admis tous les auteurs avec Pfeiffer et Gruber : elle apparaît au cours de la période d'infection ; elle peut disparaître dès les premières semaines de la convalescence, à une période 011 l'immunité est le plus solide; elle peut exister pendant la période apyrétique, quelques jours avant la rechute, chez des individus ne possédant pas l'immunité, par conséquent.

En étudiant le sérum d'une de ses malades dont la propriété agglutinante avait disparu au 10" jour de la défervescence, M. Achard(4) ne trouve aucune différence, sous le rapport du pouvoir immunisant, entre ce sérum et celui des malades atteints de fièvre typhoïde à la période d'état.

Quelle que soit l'interprétation qu'on puisse donner à ces

(i) Taurelm Salimbeni, Annales de L'Institut Pasteur, 25 mars 1897.

(2) WiDAi. et Sicard. B. et M. de la Soc. méd. des hop., 9 oct. 1896.

(3) Widal et Sicard. Société méd. des hop., 9 octobre 1896 et Société de biologie, ig décembre 1896.

(4) AcHARD. Société méd. des hôp., 9 octobre i8g6.

faits, il n'en est pas moins probable que le phénomène de l'agglulination se rattache intimement à la résistance de l'organisme à l'infection. Aussi ne tarde-t-on pas à lui appliquer les deux grandes théories Immorale et cellulaire entre lesquelles se partagent les bactériologistes au sujet de l'immunité.

Les recherches de MM. Achard et Bensaude [Académie des Sciences (i) (28 septembre 1896) établissent que les substances agglutinantes existent dans le plasma du sang A^vant et que les leucocytes ne les possèdent pas en eux d'une façon exclusive ou même prédominante. Elles montrent aussi que le passage de la propriété agglutinante dans les divers liquides de l'organisme paraît être sans rapport avec la présence des leucocytes.

MM. Widal et Sicard (2) (^Académie de Médecine, 29 septembre 1896) arrivent en même temps à des résultats analogues : ils constatent de plus ce fait fort intéressant, que les substances albuminoïdes telles que le fébrinogène, la globuline ou la caséine, isolées des humeurs d'un typhique, enlèvent à la licjueur primitive la propriété agglutinante et la retiennent au moins en partie.

Dès ses premières recherches, M. Widal (3) constate qu'en fdtrant l'urine des typhiques à travers une bougie de porcelaine, on lui fait perdre son pouvoir agglutinatif si elle le

(i) A.C11ARD et Bensaude. Comptes rendus de lAcad. des sciences, CXXIII, p. 5o3 et ^/'cAiVes cZe méd. expérini. et d'anat. pat/iol., iv> 0 , novembre 1896, p. 748.

(2) Widal et Sicard. Bulletin de l'Acad. de médecine, 29 sept. 189G.

(3) Widal. B. et M. de la Société méd. des hâp., 24 juillet 1896, p. 655.

— /il —

possédait au pi'oalablc. MM. Acliard et Bcnsaude (i) rnon- Ireiit que le fait est applicable au lait. Si l'on iillre une humeur à pouvoir agglutinatif élevé, la réaction est simplement affaiblie (a). La substance agglutinante est en eflet très tenace : elle l'ésisle à la lumière solaire (3), à la puti'éfaction (4), à la dessiccation (5). Le séjour prolongé à Go" du lait typliique ne la modifie pas (6) .

M. Ilayem (7) fait voir qu'il en est de môme pour le sérum des typbiques. Ce fait était intéressant à signaler car, ainsi que M. Hayem l'a démontré le premier, cette température est en quelque sorte critique pour les propriétés physiologiques des sérums et des sérosités.

Malgré tous ces travaux, l'origine et le lieu de formation delà substance agglutinante restent obscurs. Quelques tentatives expérimentales faites par MM. Achard et par nous (8), puis par M. Arloing(9), en vue de préciser ce point, sont

(i) Ch. AciiAED et R. Be^îsaude. B. et M. de la Société méd. des hôp., 3i juillet 1896.

(2) WiDAL et SicARD. Académie de médecine, 29 septembre 1896.

(3) Achard. B. et M. de la Société méd. des hôpitaux, Si juillet 1896, p. 680.

(4) Ch. Achard et R. Bensaude. Presse médicale, 26 septembre 1896, p. 5o4-

(5) WiDAL. B. et M. de la Société méd. des hôpitaux. 3i juillet 1896, p. 681.

(6) Achard et Beissaude. B. et M. de la Société méd. des hôpitaux, 3i juillet 1896.

(7) G. Hayem. Sur la persistance de la propriété agglutinante du sérum dos tjphiques après chauffage à 57-69°. B. et M. de la Société méd. des hôp., 8 janvier 1897, p. 18.

(8) Ch. Achard et R. Bemsaude. Jrch. méd. exp.. novembre 1896, p. 759.

(9) Arloing. Soc. de BioL, 00 janvier 1897.

demeurées sans résultai. On sait seulement que tous les modes d'inoculation (Achard et Bensaude) peuvent lui donner naissance chez l'animal, tandis que l'ingestion de cultures en grande quantité reste en général sans effet à ce point de vue.

L'injection sous-cutanée de cultures de bacille d'Eberth stérilisées à la bougie de porcelaine (Widal) (i), l'inoculation dans les veines d'une petite quantité de toxine typhoïde soluble (Chantemesse) (2), font apparaître la propriété agglutinante de l'animal. Il en est de même des injections sous-cutanées de sérum ayant un pouvoir agglutinatif élevé (3). Chez l'homme sain, les inoculations sous-cutatanées de vibrions cholériques et de bacilles d'Eberth, morts ou vivants, confèrent également au sang des propriétés agglutinatives, ainsi que le prouvent les recherches de Pfeiffer et Kolle (/i), de Wright et Semple (5).

Dans certains cas exceptionnels, la substance agglutinante semble pouvoir persister dans le sang indéfiniment. Habituellement, elle disparaît au bout d'un temps variable chez les convalescents de fièvre typhoïde, au bout de quel-

(i) Widal. Bull, de la Société méd. des hâp., i6 octobre 1896, p. 703.

(2) Ghantemesse. Bull, de la Société méd. des hâp., 2 avril 1897. Les recherches de M. Widal et de M. Ghantemesse paraissent être ignorées de MM. Lcvy et Bruns (^loc. cit.^ qui pensent avoir été les premiers à constater la production du phénomène de l'agglutination par l'injection de toxines.

(3) WiD.^.L et SicARD. Annales de l'Institut Pasteur, 25 mai 1897, p. 392 et BoRDET, Annales de l'Institut Pasteur, avril 1896.

(4) Pfeiffer et Kolle. Experimentele Untersuchungen zur Frage der Schulzimpfung. des Menschen gcgen Typhus abdominalis. Deutsche med. Wochenschr., 1896, n" 46 et Centralblatt f. BahterioL, XX, i5 août 1896.

(5) Wright and Semple. Remarks on vaccination against tvphoïd fever. Brit. med. Journ.. 3o janvier 1897.

ques jour.schczlesaiiiiiiauxnouvcaii-iiés qui l'oulcu oiix (i ). Chez une nourrice alleinle de (lèvre lyplu/ide, elle a disparu plus vile dans le lail (jue dans le sang (2). Ce problème de la disparition des substances agglutinantes appelle de nouvelles invcsligations. On ne peut faire que des hypollièscspour le moment: d'après M. Arloing(3), la substance agglutinante serait plus ou moins détruite ou éliminée par les glandes et en particulier par la rate.

En môme temps, on étudie la répartition de la propriété agglutinante dans les diverses humeurs.

M. Widal (/i) la retrouve d'une façon inconstante dans l'urine. MM. Achard et Bensaude (5), puis MM. Thiercelin et Lenoble (G) montrent que la réaction existe dans le lait des nourrices atteintes de dothiénentérie, tandis quelle manque dans le sang de leurs nourrissons; une semblable constatation a été faite par les premiers auteurs sur le lait des lapines en lactation inoculées avec le bacille d'Eberlh ou le vibrion cholérique.

MM. Widal et Sicard (7) font ensuite porter leurs recher-

(i) Achard. Société de biol., 6 mars 1897, p. 255.

(2) Achard et Bensaude. Archives de méd. expérim., novembre 1S96, p. 760.

(3) Arloing. Société de biologie, 3o janvier 1897.

(4) Widal. B. et M. de la Société méd. des hop., 2^ juillet 1896, p. 655.

(5) Achard et Bensaude. Fièvre typhoïde chez nne nourrice. B. et M. de la Société méd. des hôp., 3i juillet 1896, p. 679.

(G) Thiercelin et Lenobi.e. Action agglutinante du lait d'une typhique sur les cultures du bacille d'Eberlh. Presse médicale, 5 août 1896, p. 374.

(7) Widal et Sicard. Recherches sur la nature de la substance agglutinante, etc. Bulletin de VAcad. de méd., 29 septembre 189G et Recherches sur la réaction agglutinante dans le sérum desséché des typhiques et dans la sérosité des vésicatoires. B. et M. de la Soc. méd. des hop., 01 juillet 189G.

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elles sur le liquide des vésicaloires, sur les sérosités (péricardique, pleurale, péritonéale), sur la bile, l'humeur aqueuse, les larmes, le liquide céphalo-rachidien, le liquide de l'œdème; MM. Achard et Bensaude (i) sur la salive, le suc gastrique, les selles diarrhéiques des typhiques et des cholériques, l'expectoration bronchique, le liquide des kystes hydaliques du lapin, le pus.

Ces derniers auteurs constatent que Furine typhique même albumineuse ne donne pas toujours la réaction. MM. Thiercelin et Lenoble (2) obtiennent un résultat négatif avec la sueur.

M. Ménétrier (3) rapporte l'observation d'une fièvre typhoïde compliquée de pleurésie, 011 le sérum sanguin donne la réaction agglutinante, tandis que l'épanchement pleural qui renferme des bacilles d'Eberth ne la donne pas. Cette question est reprise plus tard par M. Paul Courmont (/|); relatant des faits analogues obtenus par l'expérimentation, il tend à admettre que le pouvoir agglutinant diminue dans les humeurs ou les organes 011 se localise le

(i) Achard et Bensaude. Recherches sur la présence de la propriété agglutinante dans le plasma sanguin et les divers liquides de l'organisme. C. R. de l'Acad. des sciences, 28 septembre 1896, t. CXXIII, p. 5o3 et Archives de méd. expérim., novembre 1896, n'^ 6, p. 748.

(2) Thiercelin et Lenoble. Société de bioL, 5 décembre 1896.

(3) Ménétrier. Fièvre typhoïde compliquée de pleurésie droite. Réaction agglutinative du sérum sanguin, pas de réaction agglutinative du sérum de l'épanchement. B. et M. de la Société méd. des hôp., 4 décembre 1896, p. 85o.

(4) P- CouRMONT. Disparition in vitro du pouvoir agglutinant des humeurs des typhiques lorsqu'on y cultiA'e le bacille d'Eberth. Société de biologie, 37 mars 1897.

bacille d'Ebeiih. Mais ce fait ne saurait être généralisé, ainsi que le font observer MM. Widal et Sicard,

Mais, comme MM. Achard et Bensaude(i) et MM. Widal et Sicard le font remarquer pour la fièvre lypboïde, et comme M. P. Courmont(a) l'a précisé ensuite par des mensurations, c'est toujours dans le sang que la propriété ag2:lutinante paraît exister au maximum et c'est du sang qu'elle passe secondairement, en proportions très variables, dans les diverses liumeurs.

Le passage de la propriété agglutinante à travers le placenta suscite de nombreuses recliercbes.

MM. Etienne (3), Achard et Bensaude (/t), Charrier et Apert (5) rapportent des cas oii la transmission de la propriété agglutinante de la mère au fœtus a fait défaut. Mais à ces faits négatifs s'opposent des faits positifs de MM. Widal et Sicard (6), Chambrelent et R. Saint-Philippe (7) et Mossé (8). Cherchant à interpréter des résultats aussi dis-

(i) Achard et Bensaude. Archives de méd. expériin., novembre 1896, p. 760.

(2) P. CouRMOiNT. Répartition, formation et destruction de la substance agglutinante cbez les typbiques. C. R. Société de biologie, 20 et 27 mars 1897.

(3) Etienîne. Absence de la réaction agglutinante par le sang d'un fœtus issu d'une mère morte de fièvre typhoïde hypertoxiquc. Presse médicale , 12 septembre 1896.

(4) Achard et Bensaude. Académie des sciences, 28 septembre 1896.

(5) Charrier et Apert. Sérodiagnostic de la fièvre typhoïde chez le fœtus. Presse médicale, 11 novembre 1896.

(G) Widal et Sicard. Académie de méd., 29 septembre 1896.

(7) Chambrelent et R. Saint-Philippe. Société d'obstétri([iie et de gynécologie de Bordeaux, novembre 1896.

(8) MossÉ. Société de biologie, 27 février 1897 et Soc. méd. des hop., 5 mars 1897.

cordants, M. Achard (i) étudie la question méthodiquement dans des infections expérimentales produites par le Proteus et le vibrion cholérique, et il arrive à cette conclusion, que l'intensité de pouvoir agglutinant dans le sang maternel est la raison — ou du moins l'une des raisons — de sa transmission au fœtus.

(i) Ch. AciiARD. Sur le passage de la propriété agglutinante à travers le placenta. Société de biologie, 6 mars 1897, p. 255.

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