CHAPITRE II
La facnille Fox. — Le premier frappeur. — Lcs persecutions a Uochester. — Developpement considerable du phenomene, ses multiples aspects. — Les savauls etudicnt. — Le professeur Mapcs. — Lejuge Edmonds. — Robert Hare, ses experiences. — Robert Dale Owen. — Le spiritisme a I'heure actiielle — En Angleteurb. — Les rechcrches de Groakes. — La Societe Dialectique de Londres. — Les temoignages de Alfred AVallace, Varley, de Morgan, Oxon. D Seiitoi;, D'" Chambers, D*^ Gully. — Ln Fra.ncb. — Travaux du baron de Guldenstubbe. — L'ceuvre d'Allan Kardec. — Les adversaires du spiritisme. — Agenor dc Gasparin, Thury, Uesmousseaux, Ghevillard, etc. — Les adhesions d'hommos celebres. — Etat actuol. -^ En Allemagne. — Les recherches du D«" Kerner, les fails de Mottlingen, lcs experiences de ZocUner, Fechner, Ulrici. — Enumeration des spirites illustres dans le reste de TEuropc — Les principaux journaux qui traitentde la doctrine. — Importance du mouvement. — Resume.
. En Amerique
Eu 1847, hi maison d'uti nouiLiie John Fox, demeuant a Hydesville, petit village de I'Etat de New-York, fut troublee par des manifestations dtranges ; des bruits inexplicables se faisaient entendre avec une telle intensity que rapidement le repos de la famille en fut trouble.
Malgr6 les plus minutieuses recherches, on ne put trouver I'auteur de ce tapage insolite; mais bientot OH remarqua que la cause productrice semblait 6tre intelligente. La plus jeune des filles de M.-Fox, nominee Kate, familiaris^e avec I'invisible frappeur,
U) LK PHKNOMKNI-: SPIRITL
dil : « Fdis cuiiimc mui, » et elle frappa du sa petite main un certain nombre de coups que Tagent myst6rieux r^peta. M"' Fox lui dit : « Comptedix,* L'agent Irappa dix fois. « Quel age ont nos enfants ? » La rfiponse fut correcte. A cette question : « fites-vous un homme, vous qui frappez? » aucune r^ponse ne vint ; mais a celle-ci : » fttes-vous un Esprit? » il fut rtH>ondu par des coups nets et rapides.
Dos voisins appel6s furent t^moins de ces ph6nonn'^nes. Tons les mo\ens de surveillance furent pratiquL^s pour d(5couvrir ['invisible frappeur, mais Tenqu6te de la famille, et celle de tout le voisinage, fut inutile. On ne putd^couvrir de cause naturelle a ces singuli^res manifestations.
Les expt^riences se suivirent, nombreuses et precises. Les curieux, attires par ces ph6nomfenes nouvcaux, ne se contentferent plus de demandes et de responses. L'un d'eux, nomm6 Isaac Post, eul'id^e de reciter h haute voix les lettres de Talphabet, en priant I'Ksprit de vouloir bien frapper un coup sur celles qui composaient les mots qu'il voulaitfairecomprendro. De ce jour, la t616graphie spirituelle 6tait trouv6e : ce proc6d6 est celui que nous verrons appliqu6 aux tables tournantes.
Voil&, dans toute sa simplicity, le d^but du ph6nomfene qui devait r^volutionner le monde entier. Ni§ par les savants ofTiciels, raill6 par la presse des deux mondes, mis h Tindex par des religions craintives et jalouses, suspect h la justice, exploits par des charlatans sans vergogne, le spiritisme devait cependant faire son chemin et conqu^rir des adherents^ dont le
chiffre s'^l^vea plusieurs millions, carilpossede cette force plus puissante que toutau monde : la verity.
Les visiteurs remarquerent que les phtoom^nes ne se produisaient qu'en presence des demoiselles Pox ; on leur attribua un certain pouvoir qui fut appele mSdiumnite,
L'esprit qui se manifestait aux demoiselles Pox d^clara se nommer Joseph Ryan et avoir 6i6 colporteur pendant sa vie terrestre. II engagea lesjeunes fiUes a donner des stances publiques dans lesquelles il convaincrait les incr^dules de son existence. La famille Pox alia se fixer a Rochester et, suivant les conseils de leur ami de Tespace, ces jeunes missionnaires n'h^sit^rent pas ii braver le fanatisme protestant en proposant de se soumettre au plus rigoureux controle (1).
Accuses d'imposture et sommes par les ministres de leur confession de renoncer a ces pratiques, M. et , M"® Fox, se faisant un devoir supreme de propager la connaissance de ces ph^nomfenes, qu'ils consid6raient comme une grande et consolante v^rit6, utile pour tous^ refusferent de se soumettre et furent chassis de leur Eglise. Les adeptes qui se r6unissaient autour d*eux furent frapp6s de la m6me reprobation.
On sait que I'esprit clerical est le meme, quelle que soit la latitude sous laquelle il r^gne. Intolerance et fanatisme : telle est sa devise, et, si le bras s6culier
<1) Voir Eag^ne Nus : Choses de V autre monde. Nous citerons ]ibrem€nt cet auteur, qui a fort bien r^sum^ les travaux spirites, et noas engageons nos lecteurs h. consulter ce livre, aussi spirituel que bien 6crit.
n'est plus en son pouvoir, il lui reste encore mille moyen'Jjde poursuivre ceux qui ne veulent pas s'incliner sous son joug.
Les conservateurs fanatiques de la foi des aieux ameutferent contre la famille Pox le populaire. Les ap6tres de la foi nouvelle offrirent alors de faire la preuve publique de la r6alit6 des manifestations devant la population r6unie k Corynthial-Hall, la plus grande salle de la ville. On commen^a par une conference od furent exposes les progrfes du ph6nomfene depuis les premiers jours. Cette communication, accueillie par des hudes, aboutit pourtant k la nomination d'une commission charg^e d*oxaminer les faits ; contre I'attente g6n6rale, et contre sa conviction propre, la commission fut forc^e d'avouer qu'apr6s I'examen le plus minutieux, elle n'avait pu d6couvrir aucune trace de fraude.
On nomma une seconde commission qui eut recours i des proc6d6s d'investigation encore plus rigoureux ; on fit fouiller et mdme d^shabiller les mediums^ — par des dames^ bien entendu, — toujours on entenditdes rappings (coups frappds dans la table), des meubles en mouvement, des r^ponses a toutes les questions, mfime mentales ; pas de ventriloquie, pas de subterfuges, pas de doute possible. Second rapport plus favorable encore que le premier^ sur la parfaite bonne foi des spirites et la r6alit6 de I'incroyable ph6nom5ne. II est impossible — dit M°* Hardinge (1) — de d^crire Tindignation qui so manifesta k cette seconde deception.
(I) Emma Hardinge, History of American Spiritualism.
Une troisidme commission fut imm^diatement choisie parmi les plus incr6dules et les plus railleurs. Le r^sultat de ces investigations, encore plus outrageantes que les deux autres pour les pauvres jeunes filles, tourna plus que jamais a la confusion de leurs d^tracteurs.
Le bruit de I'insucc^s de ce supreme examen avait transpire dans la ville. La foule, exasp6r6e^ convaincue de la trahison des commissaires et de leur connivence avec les imposteur|, avait ddclar^ que, si le rapport 6tait favorable, elle lyncherait les mediums et leurs avocats. Les jeunes filles malgr6 leur terreur, escort^es de leur famille et de quelques amis, ne se pr^sentferent pas moins a la reunion et prirent place sur Testrade de la grande salle, tons decides a perir, s'il le fallait, martyrs d'une impopulaire mais indiscutable v6rit6.
La lecture du rapport fut faite par un membre de la commission qui avait jur6 de d6couvrir le true,
mais il dut avouer que la cause des coups frapp^s,
inalgr6 les plus minutieuses recherches, lui (§tait inconnue. Aussit6t eut lieu un tumulte eflroyable : la populace voulut lyncher les jeunes filles, et elles I'eussent 6t6 sans I'intervention d*un quaker, nomm6 Georges Villets, qui leur fit un rempart de son corps et ramena la foule a des sentiments plus humains.
On voit, par ce r6cit, q..e le Spiritisme fut 6tudi6 s6v6rement des son d^but. Ce ne sont pas sculement des voisins, plus ou moins ignorants, qui constatent un fait inexplicable, ce sonl des commissions r^gu- Uferementnomm^es qui,apr^.s onqudtes minutieuses
14 1J«: PHKNOMKXE SPIRITK
sont obligees de reconnaltre rauthenticit^ absolue du ph^nomfene.
La persecution a toujours pour r6sultat de faire des adeptes aux id6es qu'elle combat. G'est pourquoi,peu d'ann6es aprfes, en 1850, on comptait d6ja plusieurs milliers de spirites aux Etats-Unis. La presse,comme toujours, n'avait pas assez de sarcasmes contre la nouvelle doctrine. On riait des tables tournantes et des esprits frappeurs, et il n*6tait si mince 6crivassier, si morne plumltif, qui ne se tint pour autoris6 a dauber sur ces illumines, qui croyaient sincferement que Tftme de leur parent pouvait faire agir le pied d'un meuble.
II faut dire, ici, que le ph^nomene avait pris un autre aspect. Les coups, au lieu de se produire dans les murs ou sur les planchers, se faisaient entendre maintenant dans des tables autour desquelles (§taient r6unis les exp6rimentateurs. Cette mani^re de proc6der avait 6t6 indiqu^e par les esprits eux-m6mes. On remarqua aussi qu'en meltant les mains sur la table, cette dernifere 6tait anim^e de certains mouvements de bascule, et on trouva dans ce fait un second moyen de communication. II suffisait d'appeler les lettres de I'alptiabet, et le meuble frappait successivement sur chacune des lettres qui composait le mot que Tesprit voulait dieter.
La manie de faire tourner les tables se propagea rapidement. On pent difficilement se figurer aujourd*hui Tengouement dont ces experiences furent Tobjet, pendant les ann^es 1850 et 1851. Toutes ces recherches eurent pour r^sultat d'amener a la nouvelle
croyance des hommes d'\ine autorite morale et intellectuelle reconnue.
Des ^crivains, des orateurs, des magistrals, de r^v^rends ministres, prirentfait et cause pour la doctrine bafou^e ; des missionnaires 6loquents se mirent en voyage ; des Remains fondferent des journaux, des brochures^ des pamphlets r^pandus a profusion frapp^rent a coup redoubles sur I'opinion publique et 6branlferent les preventions.
Le moQvement s'acc^l^ra si bien qu'en 1854^ une petition revalue de 15,000 signatures, fut adress6e au congr^s siegeant a Washington-; elle avait pour but de faire nommer par le congres une commission charg6e d'etudier les phenomfenes nouveaux et d'en d^couvrir Jes lois. Gette petition fut mise de c6t6, rtiais Tessor du spiritisme n'en fut pas entrav^, car les faits devenaient plus nombreux et plus vari6s, a niesure que T^tudeen etait poursuivie avec perseverance.
Le phenomene des tables tournantes fut bientot connu dans toutes ses particularites. Ge mode de conversation, au moyen de coups frapp^s et de mouveraents de bascule de la table, etait long et incommode. Malgre I'habilete des assistants, il fallait beaucoup de temps, beaucoup de patience pour obtenir un message de quelque importance. La table enseigna elle-mftme un procede plus prompt. Sur ses indications, on adapta a une planchette triangulaire trois pieds munis de roulettes, et a Tun d'eux on attacha un crayon, puis on mit Tappareil sur une feuille de dapier, et le m6dium posa les mains sur le centre de
cette petite table. On vit alors le crayon tracer des lettres, puis des phrases, et bientdt cette planchette 6crivit avec rapidil6 et donna des messages.
Plus tard encore, on s'aper^ut que la planchette 6tait tout h fait inutile, et qu'il suffisait au medium de poser simplement sa main arm^e d'un crayon, sur le papier, et que Tesprit la faisait agir automatiquement. Ce genre de communication fut nomm6 6criture m6canique ou automatique^ car le sujet, dans ce cas, n'a nulle conscience de ce que sa main trace sur le papier.
D'autres mediums obtinrent de cette mani^re des dessins curieux, de la musique, des dict^es au-dessus de la port6e de leur intelligence, et parfois m6me des communications dans des langues 6trangferes qui leur ^tait notoirement inconnues.
L'6tude de plus en plus approfondie de ces manifestations nouvelles,amena les chercheurs a desconstatations encore plus'^tranges et plus inattendues des sceptiques.
Le raisonnement avail conduit les premiers observateurs a se dire que, puisque les esprits pouvaient agir sur les tables, sur les mediums, il ne devait pas leur 6tre impossible de faire mouvoir directement un crayon et d'6crire sans le secours des humains. C'est ce qui eut lieu. Des feuilles de papiers blanc, enfermees dans des boltes parfaitement scell^es, fureht trouv^es ensuite couvertes d'ecriture. Des ardoises, entre lesquelles se trouvait une petite touche de crayon, contenaient, aprfes Tapposition des mains du m6dium des communications intelligentes, des dessins, etc.
LES TEMPS MODERNES i7
Le ph6nomfene r^servail encore d'autres surprises. Des lumi^res, de forme et de couleurs varices et de divers degr^s d'intensitd, apparaissaient dans des chambres sombres, ou 11 n'existait aucune substance capable de d^velopper une action chimique ou une illumination phosphorescente, et ce, en Tabsence de tous les instruments par lesquels T^lectricit^ est eng-endr6e et la combustion produite.
Ceslueurs prenaient parfois Tapparence de mains humaines, de figures envelopp^es d'un brouillard lumineux. Petit a petit, a mesure que le medium se d6veloppait, les apparitions acquirent une consistence plus grande, et il fut possible, non seulement devoir, mais de toucher ces fantdmes qui se produisaient dans de si singuli6res circonstances. On fit mieux : on put les photographier par la suite, ainsi que nous le verrons plus tard.
Les r^cits de ces experiences ^taient accueillis par une incredulity universelle ; mais^ comme les fnits se reproduisaient en grand nombre, que les spirites ne reculaient devant aucun moyen de propager leur foi,rattention du public savant et lettr6 so porta sur cette etude et amena bientot Tadliesion publique d'hommes trfes haut places et tres comp^tents.
Nous n^gligeons, volontairement, de mentionner les innombrables declarations faites par des publicistes, des medecins, des avocats, afin de reserver toute Tattention du lecteur pour les temoignages aulhentiqucs des hommes de science renomm^s qui se sont occupes de cette^question.
18 LK PHKXOMENE SPIRITF.
Les Savants
En premiere ligne, nous pouvons citer une des personnalit6s les plus considerables de la magistrature, le juge Edmonds, chief justice de la supreme cour du district de New- York, ou il avait6t6 61u membre des deux branches de la legislature, et nommS president du Sdnat. Sa conversion au nouveau spiritualisme fit grand bruit dans TUnion, et lui attira force invectives des feuilles ^vangeiiques et des journaux profanes. Le juge Edmonds y r6pondit par un livre intitule : Spirit manifestation^ qui fit dans les fitats-Unis une sensation profonde, et, grdce au secours de quelques hommes'de science, dont les experiences vinrent con firmer ses affirmations, les quinze mille signataires de la petition adressee au Congres virent leur nombre s'eiever a plusieurs millions.
Voici comment la conviction naquit dans Tame du grand juriste americain :
« Le 23avril 1851, dit-ilje fis partie de neuf personnes qui s'assirent autour d'une table placee au milieu de la chambre, et sur laquelle etait une lampe allumee. Une autre lampe etait placee sur la cheminee. Bient6t, a la vue de tons, la table fut enlevee au moins a un pied du parquet, et secouee, en avant ou en arriere, aussi aisement que je pourrais secouer un goblet dans ma main. Quelques-uns de nous essaysrent de Tarrfiter en employant toutes leurs forces, mais en vain. Alors nous nous retirames tous loin de la table, et, h la lumiSre des deux lampes, nous
vimes ce lourd meuble d'acajou suspendu en Tair. Je r6solus de poursuivre ces investigations, ponsant que c'6tait une d6ceplion, et d6cid§ a ^clairer le public ; mais mes recherches m'amenferent a un resultat tout oppose. »
Ce qu'il faut obsBrver dans les t^moignages apport^s par les savants, c'est que tous ont entrepris des recherches sur le modern spiritualism (nom am6ricain du spiritisme), avec la ferme conviction que c'etait une imposture, et avec le diSsir de gu6rir leurscontemporains de cette folie contagieuse.
« J'avais d'abord repouss6 d^daigneusement ces choses, dit le professeur Mapes, qui enseignait la chimie a TAcad^mie nationale des fitats-Unis, mais, quand je vis que quelques-uns de mes amis 6taient complfetement immerg6s dans la magie moderne, je resolusd'appliquer mon esprit a cette mati^re, pour sauver des hommes qui, respectables et 6clair6s sur tous les autres points ^taient, sur celui-la^ en train de courir tout droit a Timb^cillit^. »
* Le resultat des investigations du professeur Mapes fut, comme pour le juge Edmonds, une immersion complete dans les eaux du spiritisme.
II en fut exactement de m6me pour Tun des savants les plus ^minents de rAm6rique, le c^lfebre Robert Hare> professeur h TUniversit^ de Pensylvanie. II commenga ses recherches en 1853, 6poque ou, selon ses propres paroles, « il se sentit appel6, comme par un devoir envers ses semblables, a employer ce qu'il poss6dait d'influence pour essayer d'arrfiter le flot montant de d^mence populaire qui, end6pit de la
science et de la raison, se pronongait si opiniStr^nient en faveur de cette grrossifere illusion appel^e spirilttalism ».
Robert Hare eut connaissance des travaux de Faraday sur les tables tournantes (recherches que nous signalons plus loin), et crut que le savant chimiste en avail trouv(5 la veritable explication ; mais, en rdp6tant ses experiences, il reconnut qu'elles 6taient insuffisantes et s*ing6nia, pour les completer, a inventer des appareils nouveaux.
II prit des billes de billard en cuivre, los plaga sur une plaque de zinc, fit poser les mains dU medium sur les billes, et, a son profond 6tonnoment, la table reinua. Alors, il fit plonger les mains du medium dans j'oau, de manifere a n'avoir aucune communication avec la planche sur laquelle 6tait plac6 le vase qui contenail le liquide, et, a sagrande stupefaction, une force de dix-huit livres fut exerc6e sur la planche. Non convaincu encore, il essaya d*un autre proc^dd : le long bout d'un levier fut place sur une balance en spirale, avec un indicateur mobile et le poids marque. La main du medium etait pos6e sur le petit bout du levier, de fagon qu'il luifut impossible de faire pression vers le bas, et; qu*au contraire, sa pression, s'il en exergait une, ne put produire que Teffet oppose, c'est-^-dire soulever le long bout. Quel ne fut pas I'abasourdissement du ceiebre professeur , lorsqu'il constata que le poids etait augmente de plusieurs livres sur la balance !
Nous verrons plus loin qu'en semblable occurrence, William Crookes, pour se mettre a Tabri d'une illusion
des sens, construisit un appareil qui enregistrait automatiquement toutes les variations de poids de la balance. Robert Hare, convaincu de Texistence d'une nouvelle force physique, s'exergant dans des conditions encore peuconnues, voulut s'assurer si une intelligence dirigeait cette manifestation. II adapta a une table un disque contenant les lettres de I'alphabet et dipos^ de telle sorte que le medium ne put voir les lettres, le cadran ou elles 6taient rang^es faisant face aax spectateurs^ places a quelque distance de la table, aTautre bord de laquelle se tenait le medium, qui ne voyait le disque que par derrifere.
Une aiguille mobile, flx^e au milieu du cadran, devait indiquer successivement les lettres des mots dict^s, complfetementa I'insu du medium.
Tous ces details se trouvent dans un livre public en i856, par le D"" Hare : Experimeiital Investigation of the Spirit Manifestation^ qui eut un succfes retentissant, et dont Teffet fut plus considerable encore que celui du juge Edmonds. C'est qu'on n'avait plus ici affaire a quelques jeunes fllles obscures ou a des charlatans essayant de surprendre la bonne foi publique; c'6tait la science ofTicielle qui se pronon- Qait par la bouche d'un de ses membres les plus autoris^s. D5s ce moment, la pol^mique s'engagea furieuse. II y eut des luttes passionn^es. Des savants prirent fait et cause contre la sorcellerie moderne, mais n*apport5rent aucune preuve que les experiences pr6cit6es eussent ete mal faites ; la victoire resta aux spiritualistes.
En somme, on le voit, les plus import antes recrues
22 l.E PHENOMENE SPIRITE
(lu spirilisme se flreiit parmi les homines qui avaient pris pour mission de le comballre. Nous ne saurions trop insister sur ce point, car la m6me chose eut lieu plus tard en Angleterre. Les hommes de science de ces pays, soucieux de leur dignit6, n'ont pas voulu reculer devant ce qu'ils consid6raient comme une superstition populaire. Us se mirent bravement a I'etade, et, lorsque, coatrairement a leur attente, ils furent forces de reconuallre la r(§alil6 des phenom6nes, ils proclamerent loyalement la v6rit6, sans crainte de la raillerie et du sarcasme, arme ordinaine de I'ignorance et du parti pris.
Un des derniers convertis, parmi les grands noms am6ricains, est Robert Dale Owen, qui jouit k la fois d'une reputation de savant et d'une renomm^e speciale d'6crivain dans la langue anglaise. Son dernier livre, imprim6 a Philadelphie en 1877, sous le titre original : Foot-Falls on the Boundat^y of Afiother World {idiux pas sur la limite d'un autre monde), est plein d*id6es 61ev6es, d'apergus ing^nieux et d'instruclives anecdotes.
Le mouvement spirite est en ce moment mftme plus vivace que jamais aux Etats-Unis. Dans presque tous les grandes villes existent des soci6t6s qui ont pour but retude et la demonstration du spiritisme. Vingtdeuxjournaux et revues tiennent le public au courant des travaux entrepris. Le Banner of Light, public h. Boston depuis vingt-deux ans, est en quelque sorte le moniteur du Modern Spiritualism.
Ce qui ddmonlre la vigueur et I'intensite du mouvement spirile, ce sont les camps-meetings^ c*est-a-
dire les reunions qui se tiennent tous les ans au lac de Gassadaga.
Les spirites ont construit en cet endroit des habitations pouvant contenir plus de dix milles personnes, et cependant I'allluence est telle, que des centaines de families sont obligees de car»per autour de la viile.
Ces faits prouvent Timportance du Spirilualisnie moderne (nom am^ricain du Spir itisme), puisque des campements similaires existent au bord de roc6an Atlantique et de Toc^an Pacifique, comme sur toules les rives des grands et superbes lacs am^ricains.
Ajoutons, en terminant, que toutes les grandes villesde TUnion ont des soci6t6sspirilesparfaitement organis^es. On comptait d^ja, en 1870, vingt associations d*6tat et cent cinq soci^t^s de spiritualistes, deux cent sept conf6renciers, et a peu pr^s vingtdeux mediums publics. Le nombre total des spirites est, d apres Russell Wallace, d'environ onze millions rien qu'aux Etats-Unis.
En Angleterre
C'est surtout en Angleterre que nous trouvous une pl6iade de grands esprits qui se sont adonnes a ces etudes. Nous voulons citer en premiere ligne un t^moignage Eminent, celui de William Grookes. Nous croyons inutile de rappeller au lecteur les litres dc ce grand homme a la reconnaissance publique. II nous sufflra de dire que c'est a lui qu'on doit la d^couverte du thalliiim et la demonstration exp^rimentale de Texistence de la matiere radianle, entrevue par Paraday. Cette voie nouvelle, ouverte aux investigations
scienliflques, a d6voil6 un horizon immense et grandiose k la spdculalion contemporaine, et Ton peut dire que c'est Tune des plus grandes d6couvertes du sifecle.
Un esprit aussi Eminent ne s'aventure pas sur un terrain inconnu sans prendre toutes les pr6cautions imaginables contre I'erreur ou ia fraude. ficoutons ce qu*il dit au sujet du spiritisme, dans un article public par le Quaterly Revieio en juillet 1870 :
« Le spiritualiste parle de corps pesant 50 ou 100 livres, qui sont enlev^s en Tair sans I'intervenlion de force connue ; mais le savant chimiste est accoutum^ a faire usage d*une balance sensible a un poids si petit, qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire un grain. II est done fond6 k demander que ce pouvoir, qui se dit guidd par une intelligence, qui 616ve jusqu'au plafond un corps pesant, fasse mouvoir, dans des conditions d6termin6es, sa balance si delicatement 6quilibr6e.
« Le spiritualiste parle de coups frapp6s dans les dilTerentes parlies d'une chambre, lorsque deux personnes, ou plus, sont tranquillement assises autour d'une table. L'exp6rimenlateur scientiflque a le droit de demander que ces coups se produisent sur la membrane tendue de son.phonographe.
« Le spiritualiste parle de chambres et de maisons secou6es, mfime jusqu'a en 6tre endommag6es, par un pouvoir surhumain.L'hommede science demande simplement qu*un pendule, plac§ sous une cloche de verre et reposant sur une solide ma^onnerie, soit mis en vibration.
M Le spiritualiste parle de lourds objets d'ameublement se mouvant d'une chambre a Tautre sans Taction de rhomme. Mais le savant a conslruit des instruments qui diviseraient un pouce en un million de parties, et il est fond6 a douter de Texactitude des observations effectu^es, si la m6me force est impuissante ifairfe mouvoir d'un simple degr6 Tindicateur de son instrument.
« Le spiritualiste parle de fleurs mouill^es de fralche ros6e, de fruits et m6me d'^tres vivants apport^s a travers de solides murailles en briques. L'investigateur scientiflque demande naturellement qu'un poids additionnel (ne fut-ce que la millifeme partie d*un grain) soil d(§pos6 dans un des plateaux de sa balance, quand le plateau est ferm^e & clef ; et le chimiste demande qu'on introduise la milli^me partie d'un grain d'arsenic a travers les parois d'un tube de verre, dans lequel de Teau pure est herm^tiquement scell^e.
« Le spiritualiste parle des manifestations d'une puissance 6quivalente h des milliers de Jivres, et qui se produisent sans cause connue. L'hommede science, qui croit fermement a la conservation de la force, et qui pense qu'elle ne se produit jamais sans un 6puisement de quelque chose pour la remplacer, demande que lesdites manifestations se produisent dans son laboratoire, ou il pourra les peser, les mesurer, les soumettre a ses propres essais (1). »
(1) Pour fitre juste k cet 6gardy je dois dire qu'en exposant ces vues k plusieurs spiritualistes ^minents et k des m^decins les plus dignes de confiance de TAngleterre, ils oni exprim6 leur parfaite
26 LE PHKNOMKNK SPIHITK
On voitavec quelle metiance^quolles precautions le savant chimiste avance dans son induction. II ne veut accorder sa confiance qu*a la condition expresse que le ph^nomene se produira dans son laboratoire, sous son aile en quelque sorte, afin d'dtre bien sdr que nulle supercherie, nulle illusion n'influencera les rt^sultats qui pourront se produlre : volli la vraie sagosse. Combien nos savants fran^ais, qui nient a priori, sont loin de suivre son exemple ! Les lignes quo nous citons plus haut ont 6t6 6crites en 1870, mais en 1870, aprfes quatre ans d'investigations lenaces, le grand physicien 6crit : « Je nedispasque
GKLA EST POSSIBLE, JE DIS QUE CELA EST. »> NoUS Ver-
rons tout k I'heure les experiences qui ont servi a asseoir Topinion du savant anglais.
La Soci6t6 Dialectique de Londres, fondle en 1867 sous la pr^sidence de sir John Lubbock, et comptant au nombre de ses vice-presidents Thomas-Henry Huxley, un des professeurs les plus savants de I'Angleterre, et M. Georges-Henry Lewes, physiologiste (Eminent, ddcida, dans sa stance du 6 Janvier 1869, qu'un comite serait nomm6 pour 6tudier les pr^lendus ph6nomfenes du spiritisme et en rendre compte a la Society. Le d^bat qui s'61eva au sujet de cette d(§cision montra que la plupart des membres ne cro-
confiance dans le gucc^s de TenquSte, si elle ^tait loyalement poursuivie dans I'esprit que j'ai indiqu^ ici. lis m'ont offert ed m'assister. de tout le pouvoir de leurs moyens, en mettant k ma disposition leurs facult^s particuli^res. Et, jusqu*au point ouje suis arriv4, je puis ajouter que les experiences pr^limin aires ont ii6 satisfaisantes.
(Note de William Crookes).
yaient pas au spiritualisme, et \es journaux anglais accueillirent avec des cris de joie cette nomination d'un comite qui, on le pensait, coulerait & fond le modern spiritualism,
A la profonde surprise du public anglais, la commission, aprfes dix-huit mois d'^tudes, conclut en faveur de la r6alit6 des manifestations. Nous donnerons le texte de son rapport au moment ou nous exposerons les experiences spirites.
Parmi les membres qui prirent part k cette enqudte, 6tait le grand naluraliste anglais Alfred Russel Wallace, 6mule et collaborateur de Darwin, et d6j&, lui, convaincu de la r6alit6 des ph6nom6nes. Gomme Mapes, commc Hare et tant d'autres, M. Wallace, vaincu par I'^vidence, a fait couregeusementsa profession de foi dans un livre : Miracles and moderii Spiritualism^ qui passionne encore les esprits en Angleterre.
Au nombre des temoins entendus par le comity de la Soci6t6. Dialectique, figuraient M. le professeur Auguste de Morgan, president de la Soci6t6 math6matique de Londres, secretaire de la Society royale astronomique, et M. Varley, ingenieur en chef des compagniesde telegraphic Internationale et transatlanlique, inventeur du condenseur eiectrique, qui a resolu definitivement le probl^me de la telegraphic sous-marine.
M.de Morgan s'est afQrtne haulement par un livre: From Master of spirit ; et nous verrons plus loin une lettre de M. Varley, dans laquelle il rend un public hommage aux esprits.
28 LE PHfexOMENE SPIRITE
Un semblable concours de grands noms pourrait paratlre suiTlsant pour gtablir solidement la th^orie spirite, mais dans des matiferes aussi controversies il ne faut pas craindre de multiplier les affirmations autoris6es. Voici encore d'autres t6moignages :
M. Oxon, professeurde rUniversit6d'Oxford,6tudia pendantcinq ans le ph^nomfene dit de T^criture directe, c*esl-i-dire de T^criture produite sans I'intervention d'aucune personne vivante. II publia un livre intitule Spirit Identity, qui aura son utility dans la discussion qui succ^dera k cet expos6.
Nous nous ferions un scrupule de passer sous silence le t^moignage d'un autre homme Eminent, Serjeant Cox, jurisconsulte, philosophe, 6crivain, qui, lui aussi, est arriv6 a la conviction par Texamen.
Rappelons de mftme que M. Barkas, membre de la Soci6t6 de g6ologie de Newcastle, raconta ses exp(§riences dans un livre fort int6ressant intitule Outliness of Investigatio?i into Modem Spiritualism^ et nous invitons les persounes qui voudront se convaincre a lire altentivement cet ouvrage.
La lutte ne fut ni moins vive ni moins ardente en Angleterre qu'aux fitats unis; les adversaires du spiritisme devaient, la aussi, faire tons leurs efforts pour d6truire la v6rit6 nouvelle, mais dans ce pays de libre discussion oil la crainte du ridicule est moins vive que chez nous, les convertis ne recul6rent pas devant rafli rmation nette et carr^e de leur changement de front.
Parmi les sceptiques les plus endurcis se trouvait le D' Georges Sexton, c^l^bre conf^rencier^ qui avait
LES TEMPS MODERNeS 29
fait une campagne des plus vives conlre la nouvelle doctrine. L'dHude attentive des faits I'amena apres quijize armies de recherches a^Ia conviction.
« J'ai obtenu, dit-il, dans ma propre maison, en Tabsence de tons mediums autre que des membres de mafamille et des amis particuliers et intimes, chez lesquelslepouvoir m6dianimique avait6t(5d6velopp6, la preuve irrefutable et de nature a frapper la froide raison,queles communications rcQuesvenaientd'amis et de parents d^ced^s (1).
Un autre savant, le D' Chambers, longtemps adversaire d6clar6 du spiritisme, fut oblige de se rendre a r^vidence et confessa loyalement son erreur passee dans le Spiritual Magazine,
Citons aussi, en terminant, parmi les spirites illustres, le D*" James Gully, auteur de Nivropathie et A^vroseet d^V Hygiene dans les maladies chroniqnes, qui fait autorit6 en Angleterre.
Comme on le voit, le spiritisme a surtout recrut6 ses adeptes parmi les jhommes de science. Le c6t6 phenomenal a ete etudle avec toute la rigueur qu'y apporlent les savants, et 11 est sorti triomphant des 6preuves multiples auxquelles il a ete soumis.
Depuis dix ans, une society intituiee : Society for Psychical Researches a ouvert une vaste enqufite sur les apparitions. Elle a public reft^uliferement le r^cit de ses travaux, dans les proceedings, elle a (§dite un livre ; Phantasms of the Living (fantomes de vivants) qui relate plusde deux cents cas d'apparitions bien cons-
(I) ^Wallace, les Miracles et le Mcdei ne spiritualume, page ?40
30 Lg PHfeNOMfeXE SPIRITE
tat^s. MM. Myers, Gurney et Podmore, les auteurs, attribuent ces ph6nom^nes k ce qu'ils nomraent la Telepathic^ c'est-i-dire a Taction, a distance, de I'esprit d'un humain sur un autre humain ; Tapparilion se nomme alors une hallucination v6ridique. C'estlaune tentative scientifique pour faire rentrerces ph6nomfenesdansle cadre desloisconnues. Cette investigation a eu pour resultat de donner au spiritisme un regain d'actualit6, et nousvoyonsdes savants comma Lodge, surnomm6 le Darwin de la physique, adjurer, a I'Association Britannique pour Tavancement des sciences, ses confreres de marcher de I'avant et d'aborder r^solumentcesdtudes sicaptivantes et encore si nouvelles. Nous mentionnerons parmi les nombreux journaux anglais The Light, 6dit6 sous la direction de M. Oxon, et The Medium and Daybreak. Voyons maintenant ce qui a eu lieu en France.
En France.
L'annonce des ph^nomfenes myst^rieux qui se produisaient en Am^rique suscita en Prance une curiosit6 des plus vivos, et bientot la vogue des tables tournanles atteignit un degr6 extraordinaire.
Dans les salons, la mode elait d'interroger les gu6ridons pour les questions les plus futiles. G'^iait un passe-temps d'un gout nouveau et qui fit fureur.
Pendant les ann6es 1851 et 1852, chacun ne vit dans ces pratiques qu'un agr6able divertissement ; on ne prenait pas le ph^nom^ne au s^rieux, et, comme on ignorait les remarquables travaux dont cette etude
6tait Tobjet de I'autre c6t6 de TOcdan, on ne tarda pas k d^Iaisser les tables tournantes, qui n'avaient eu^ pour la masse, que Tattrait de la nouveaut6 et I'^tranget^ des proced^s.
Gependant, des litterateurs comme Eugene Nus, des homines du monde comme le comte d'Ourche et le baron de Guldenstubb6, avaient 6t6 frapp6s par le caractfere intelligent que r6v6tait le mouvement de la table, et ce dernier publia, en 1857, un livre intitule : de la Realite des Esprits, On trouve relat^es, dans ce volume, les premieres experiences d'^criture directe qui aient 6te obtenues dans notre pays.
Cette publication ne fit pas grand bruit. La presse, suivant sa louable coutume, railla d61iber6ment les quelques fiddles qui avaient persevere dans ces int^ressantes 6tudes, et tout semblait oubli6 lorsque parut, en 1857, le Livy^e des Espriis, par Allan Kardec. Cette publication alluma la guerre. Le public apprit avec etonnement que ce qu'il avait consider^ jusquela comme une distraction, renfermait les plus profondesdeductionsphilosophiques,quedumouvementdes tables tournantes se d^duisait la preuve de Tiinmortalitederstreponsant, etqu'on se trouvaiten faced'une nouvelle th^orie sur Tavenir de Tame apres la mort.
Depareilles affirmations ne pouvaientfitro accept^es sans contestations. De toules parts, il s'eleva un toll6 contre le malencontreux auteur. Les journaux, les revues, les academies protosterent, mais, a Thonneur de notre pays, on ne vit pas se reproduire en France les scfenes de violence qui avnicnlaccutilli le spiritisme en Am^rique.
On reprit T^tude des tables tournantes, etdeux courants d'opinion se dessinferent nettement. Pour les uns, le ph6noin6ne n'avait aucune reality ; les coups frapp6s, les mouvements de la tabic etaient produits par la supercherie ou bien par des mouvements inconscients de la part des op6rateurs. Telle fut I'opinion de TAcademie et de MM. Babinet et Clievreul. Nous 6tudierons plus loin ce qu'il y a de fond6 dans cette mani^re de voir. Pour les autres, les d^placements de la table et ses r^ponses sout dus siraplement a une action magn^tique s'exercant d'une manifere encore ind6termin6e. On pent compter, parmi les partisans de cette th6orie, le comte Ag6nor de Gasparin qui fit de minutieuses recherches sur ce sujet, et publia un volume sous le titre : Des Tables tournantes, du surnaturel en general et des Esprits.
Cette interpretation fut adoptee par un certain nombre d'6crivains^ tels que M. Chevillard, et le professeur Thury, de Geneve, donnant pour cause au ph6nomene un agent special qu'il nomme psychode, fluide qui traverse les nerfs et toutes les substances organiques et inorganiques,-de la m6me mani^re que r6ther lumineux des savants. Un 6crivainam6ricain, M. Roggers, avait admis, d^s I'origine, les manifestations ; mais il les expliquait par Taction automatique des centres nerveux: le cerveau, la mati^re active de la moelle allong^e, le cordon spinal, et les nombreuses glandes des nerfs sympathiques r^pandues dans Tabdomen — ces centres divers agissant au moyen de ce fluide imponderable et universel d^couvert par Reichenbach, et nomme par lui od ou odyle.
Toutes ces reclierches, toutes ces controverses, ameatrent le plus grand nombre de ceux qui s'en occupferent a conclure que, dans les mouvements des tables, il y avait autre chose qu'une pure action physique. On admit Texistence de forces psychiques pouvantagir surlamati^re danscertaines conditions. Mais, ici encore, il yeut deux camps. Les philosophes « spirituallstes » conclurent en faveur des communications des S,mes de personnes d6c6dees, alors que les 6crivains religieuxs'efforc^rent de d^montrer que ces fails (§taient produits par Tesprit du mal, par Satan. On pent classer dans cette derni^re catdgorie le marquis Eudes de Mirville qui, dans son livre : des Esprits et de leurs manifestations fluidiquesy cite un grand nombre d'observations et les attribue au d6mon. Dans le mSme ordre d'id^es, M. le chevalier Gougenot des Mousseaux, intitule le spiritisme : la Magie moder?ie et, avec le pfere Ventura, s'^vertue, textes en main, a d6montrer que la manifestation des mauvais anges est signalee dans I'^vangile et par les peres de TEglise. Enfin, nous citerons encore les livres de M. rabb6 Poussin^ de Nice, et de I'abb^ Marousseau, qui concluent dans le m6me sens.
La diversity des opinions que nous venons de signaler n'a rien de singulier. En face d'un ph^nomene encore mal connu, il est permis de diff^rer dans son explication, suivant I'^cole a laquelle on appartient ; mais nous sommes siir quMl ne viendra a Tesprit de personne de trouver une cause aussi extraordinaire, aussi cocasse, du mouvement des tables, que celle deTAcad^mie, mise au jour par cet
34 UK PHfesOMENE SPIRITE
illustre corps en 1859^ dans la stance dlte : du lo?ig pironier.
L'Acad6mie de m6decine d^couvrit que les coups prodults dans les tables 6taient dus k un certain muscle craqueur de la jambe qui, de temps a autre, se livrait k des fac6ties que les bons spirites prenaient pour des manifestations d'Esprits.
C'est Jobert de « Lamballe », un certain jour, qui fut illuming par celte trouvaille gdniale, et I'Acad^mie s'empressa de louer le perspicace savant qui avait d6couvert dans les mollets humains des propri^t^s aussi inattendues.
Le public n'adopla pas aussi facilement que nos sommit^s m^dicales I'explication des mollets chantants, et nous pouvons citer bon nombre d'illustrations qui ont donn6 une adhesion pleine et enti^re au spiritisme.
Avec son style nerveux et po6tique, Auguste Vacquerie raconte, dans les Miettes de VHistoiref les experiences qu'il fit en compagniedeM"® de Girardin chez Victor Hugo, a Jersey ; nous lirons plus loin cette narration instructive. Le c616bre litterateur 6crit cette phrase typique : « Je crois aux esprits frappeursd*Am6riqueattestes par 15,000 signatures. »
Le plus grand de nos po5tes moderne, Victor Hugo, dit d'autre part :
(( La table tournante et parlante a ete fort raill6e : parlous net. Cette raillerie est sans port^e. -— Nous estimons que le devoir etroit de la science est de sonder tous les phenom^nes. Faire banqueroute au spiritisme de I'attention a laquelle il a droit, c'est faire banqu'^ — *^ " la v^rite. »
M. Victorien Sardou a fait du spiritisme, et il est devenu un excellent m6dium dessinateur. La Revve Spirite a public une s6rie de dessins obtenu? m^caniquement par lui, qui sont des chefs-d'oeuvro d'ex6culion delicate et d'une fantaisie vraiment spirituelle.
L'historien Eugene Bonnem^re a 6crit :
« J'ai ri comme tout le monde du spiritisme, mais ce que je prenais pour le rire de Voltaire n'^tait que le rire de I'idiot, beaucoup plus commun que le premier. »
L'iliustre astronome Flammarion a, lui aussi, 6tudi6 longtemps ces phenom^nes et popularise, dans son style merveilleux, les doctrines philosophiques chores aux spirites. Th^ophile Gautier, le pofete exquis, intitule Spirite une de ses nouvelles les plus captivantes, et on retrouve a chaque instant dans ses CBUvres les traces de ses croyances en la nouvelle doctrine.
Maurice Lachatre, Tauteur du dictionnaire, est aussi un partisan convairicu de ces id^es Le D" Gibier, laur6atde I'Academie de m^decine, charg6 a plusieurs reprises de missions scientifiques, a r6uni ses experiences sur le spiritisme en deux volumes : le Spiritisme ou Fakirisyne occidental Qi Analyse des Glioses, On trouve dans ces livres des faits bien observes et des confirmations de travaux antdrieurs sur le mfime sujet.
Nous ne pouvons donner ici une bibliographie complete des oeuvres spirites ; Tespace nous ferait defaut et, de plus, nous pref6rons ne citer que des savants notoirement connus, afin de laisser aux
36 LK PHENOMENK SPIRITE
documents que nous produisons toute leur autorit6. Mais il nous serait facile de citer une quantity de noms de m6decins, d'avocats, d'ing6nieurs, d'hommes de lettres qui 6tabliraient sans conteste que le spiritisme a p6n6tr6 principalement dans les classes instruites de la soei6t6,'oii il se trouve fortrSpandu aujourd*hui.
Le mouvementactuelest plus Qorissant que jamais. A rinstar de la Soci6t6 de recherches psychiques de Londres, il s'est form6 k Paris une Soci6t6 de psychologie physiologique, dont le but est d'6tudier les phenomeiies t616pathiques, c'est-a-dire d'apparitions. Cette soci6tt5 a nomm6 une commission dont le r61e est de contr61er les faits pr^sent^s. Voici les noms des commissaires : M. Sully Prudhomme (de I'Acad^mie frangaise); president; G. Ballet, professeur agr6g6 de TAcad^mie de m^decine; Beaunis, professeur a la faculty de- m6decine de Nancy ; Charles Richet, professeur i la faculty de m6decine; lieutenant colonel deRochas^administrateurde I'^colepolytechnique; et M. Mariller, maltre de conference a I'Ecole des Hautes Etudes, secretaire.
Un journal mensuel : les Annates Psychiques, sous la direction du D' Dariex, relate les travaux de la Societe.
G'est, en quclque sorle, un commencement de consecration officielle de ces eludes, mais les spirites n'ont pas attendu ces encouragements et, depuis longtemps^ ils ont des groupes d'etudes en nombre considerable dans toutes les parties de la France.
A Paris, il existe des quantit6s de petits centres ou ont lieu des Evocations. Deux socidtds ouvrent leurs portes au public ; c est la PEDfiRATION SPIRITE, 55, rue du Chateau d'Eau, et la SOClETfi DU SPIRITISME SGIENTIPIQUE, 183, rue Saint-Denis. Parmi les associations les plus importantes de la province, nous mentionnerons : LA PfiDERATION SPIRITE LYON- NAISE, laquelle a pour organe : la Paix iiniverselle ; ensuite rUNION SPIRITE DE REIMS et I'UNION SPIRITUALISTE DE ROUEN, dont les travaux paraissent tons les trois mois dans un journal intitule : la Pensee des morts.
LesvillesdeMarseille,Avignon,Toulouse,Bordeaux,
Nantes, Tours, Le Mans, Orleans, Lille, Bar-le-Duc, Nancy, Rennes, Besangon ont une organisation de propagande bien Etablie, aussi le nombr6 des adherents va sans cesse en augmentant. Les principaux journaux spirites sont : la Revue Spirite, la Revue Scientifique et morale du Spiritismey le Progres spirite^ la Lumiere, la Religion laique, la Revue des etudiants swedenborgiens et le Phare de Normandie.
La recrudescence du mouvement spiritualiste est due au Congr^s spirite qui s'estr6uni a Paris en 1889. Le compte rendu (1) des travaux Etablit que ce congr^s comptait 40,000 adherents. Les groupes spirites du monde entier s'y (§taient fait repr^senter.
Nous allons Voir, en effet, que le mouvement cr66 auxfitats-Uniss'estr^pandunonseulement en Europe, mais dans toutes les parlies du monde.
(1) Congr'es spirite et spiritualiste. Librairie Spirite, 1, rue de Chabanais.
38 l.E PHENOMESE SPIRITE
En Allemagne
Le docteur Kerner, une des c616brit6s de rAllemagne contemporaine, fut amene a constater des ph6nomtaes spirites, vers 1840, en donnant des soins a M™" HaulYe, plus conrrue sous le nom de voyante de Privorsty du nom d*un village de Wurtemberg oCi elle naquitau commencement de ce sifecle.
Le (iocteur raconte qu elle 6tait souvent tourmentee par des apparitions de fant6mes qu*il 6tait impossible de mettre sur le compte de Thallucinalion, car des personnes qui 6taiont pr^senles entendaient, aussi disiinctement qu'elle^ les coups frapp6s sur les cloisons, ou Yoyaient certains objets places dans la chambre, changer de place.
Son nom de voyante lui vient de ce qu'elle pressentait les dangers qui menagaient les siens ; elle pr6venait alors ces derniers, et I'ev^nement justifiait toujours ses pr6visions.
Vers 1840, il se produisit aussi des manifestations a Mottlingen (Wurtemberg) et, des cette dpoque, on constate des ph6nom5nes de vision, d'audition, de communication provenant incontestablement de Paction des Esprits. Ces faits, bien qjue significatifs, n'avaient pas eu de port^e, lorsque la nouvelle des 6v6nements d'Amdrique produisit en Allemagne le mfime bruit qu'en Prance et ddtermina un grand mouvement d'opinion. Nous ne pouvons dtudier en detail les faits; il nous suffira de signaler les hom-
mes de science qui furent convaincus et qui publicrent leurs recherches.
En premier lieu, nous citerons le c61Cbre astronome Zo6llner, professeur a I'universit^ de Leipzig. Ce savant raconte dans ses papiers scientifiques (Wissenschaftliche* abhandlitngen) les experiences qu'il fit en com.pagnie du, medium Slade. II ayoue que, fort m^fiant vis-a-vis de ces nouveaut6s, il n'avait pas une grande croyance en lour possibility, mais que TenquSte a laquelle il s'est livr6 Ta parfaitement convaincu. Nous verrons plus loin qu'il fiit temoin de ph^nomenes noaveaux : tels que la penetration d'une maliCre par une autre raaliCre, sans qu'il soit possible de distinguer de solution de continuity dans Tun ou Tautre corps, par exemple : un anneau plein encerclant la jambe d'une table, sans que Ton puisse constater de brisure de quelque nature que CO soi4.
11 admet Taction d'intelligences desincarnees dans lii production de ces fails, et, pour expliquer leur action, il imagij^ie une quatriCme dimension de la matiere. Son temoignage est confirm^ par ceux de Weber, reminent physiologisle, de Fechner, dont les re3herches sur les lois de la sensibilite sont classiques, et par le professeur Ulrici.
Voici done encore une reunion d'hommes illustres, de savants renommes, qui affirment, une fois de plus, la veracite des faits,
Une remarque bien digne d'attention, c'est que les phenomCnes spirites ont dte, des I'origine, soumis aux controles les plus s^vferes, les plus varies, et par
40 I.K PIIENOMKNE SPIRITE
des investigateurs aussi 6clair6s que perspicaces ; cependant ces observateurs, sceptiques h Torigine, ont 6t6 convaincus et sont devenus les d^fenseurs de ces doctrines. N'est-ce pas la meilleure preuve que Ton puisse fournir que le spiritisme est bien una v6rit6 nouvelle et que les fails sur lesquels il repose sont inattaquables ?
La presse allemande est representee par le journal le Sphinx et par la revue Psychische-Studieji,
Dans le reste de TEuPope
EN RUSSIE, nous devons citer, parmi les sommites spirites, le professeur Boutlerow qui, en compagnie de Home, reproduisit la plupart des experiences de Crookes. Le conseiller Alexandre Aksakof est un savant dont les recherches ont port6 sur les apparitions materialis6es. Nous aurons Toccasion de citer ses travaux,qui conflrment absolument ceux de Tillustre physicien anglais, quant a I'objectivite des apparitions.
Tout derni^rement, IITALIK a 6t6 le theatre d'une demonstration eclatante de la v^racite des experiences spirites. Le professeur Ercole Chiaia, de Naples, obtint avec un medium du nom d^Eusapia Paladino la repetition de tons les hauts phenomfenes du spiritisme : apports, materialisations, levitation, etc. II publia ses recherches qui furent Tobjetde critiques de la part du grand criminaliste Lombroso.
M. Chiaia se fit fort de reproduire ces experiences
devant son illustre contradicteur. Des stances eurent lieu a la fin de l'ann6e 1891. Le r^sultat, en Italic, fat le mdme qu'en Am^rique, qu'en Angleterre et qu'en France. Assists des professeurs Tamburini, Virgilio, Bianchi, Vizioli, il put constater, a differentes reprises, que les affirmations spirites 6taient absolument exactes. Quant a leur explication, il n'admet pas la presence des Esprits, mais nous verrons que la thdorie qu'il imagine, pour'rendre compie de ce qu'il a vu, est noloirement insuffisante.
Lorsque Lombroso aura 6tudi6 aussi longtemps que Wallace, Crookes ou M. Varley, il changera certainement d'opinion, car ses devanciers dans ces recherches avaient commence, comme lui, par croire a une action inconsciente du medium, mais un examen plus attentif des fails les a convaincus de Texistence des Esprits.
La presse spirite est repr^senic^e par Liix^ revue mensuelle qui mentionne Jes travaux de Tacad^mie spirite et magn^tique de Rome, par la Sfinge^ sous la direction de M. Ungher, et par le Vessillo Spiritista, directeur M. Volpi.
EN HOLLANDE, le journal qui d6fend ces id^es est intilul6 : Op de Gresen ; il se publie a La Haye.
EN BELGIQUE, le mouvement est aussi ardent et aussi bien organist qu'en France. Lifege et Bruxelles sont des centres actifs de propagande ; des federations r6gionales centralisent les travaux des groupes, et deux organes, le Messager et le Moniteitr Spirite enregistrent les r^sullats obtenus. Des conferences ont lieu fr6quemment, et des brochures, distributes
42 l^K PHLlNUMiiNE SIM KITE
graluitement, out port6 la connaissance du spiritisme dans les bassins houiliiers, ou les adeptes se comptent maintenanl par milliers.
LA SUfiDE el LA NORVfiGE out pour orgaue le journal MorgendcBmriugen, dont le s>i5ge de la redaction est a Christiania.
L'ESPAGNE est, sans contredit aujourd'hui , le pays ou la propagande est le plus active, et ou le nombre des spirites est proportionneliement le plus grand. Toutes les villes importantes ont des jour-r naux, organes de soci6t6s fortement organis^es. Citons parmi les publications les plus en vue : la Revue des Etudes Psychologiqiies de Barcelone, qui existe depuis vingt-trois ans ; elle est acluellement dirig6e par le vicomte de Torres-Solanot, investigateur savant et impartial. A Madrid, les spirites ont pour organe : El criteria Espiritista, a L6rida, la Luz del Provenir, Alicante a pour organe : la Revelacion, etc.
EN AUTRICHE, il y a quelques annees^ le spiritisme 6tait peu connu ; mais les experiences faites par Tarchiduc Rodolphe , en compagnie de Bastian , medium a materialisations, experiences dans lesquelles une supercherie aurait ete devoiiee, appelerent I'attention du public sur ces phenomfenes, et maintenant le nombre des partisans de la nouvelle doctrine s'est accru considerablement. Gitoiis parmi les journaux le Heformidende Blaetter qui se publie a Buda-Peslh.
LE PORTUGAL, est reprosente par O Pst/chismo, qui s'udite a LisbonnCt
Lt:s TEMPS MODERNES 43
Dans le monde entier
On peut dire, sans crainte d'etre dementi, que le spiritisme a des partisans convaincus dans toutes les parlies du globe. Afin de ne pas allonger d6mesur6meni cet historique, nous nous contenterons de citer simplemenl les pays dans lesquels des journaux ou des rovues s'(§ditent, II est clair que cetle publicity s'adresse spdcialement a des adeptes de la doctrine des Esprits. On pourra juger par le nombre des organes de I'importance de ce mouvement, cr66 depuis quarante ann^es (1),
LA RfiPUBLIQUE ARGENTINE compte deux organes a Buenos-Aires : la Constancia et la Fraterfiitad, A Mendoza un journal : la Perseverencia ; a Rosario, la Verite.
AU BRfiSIL s'^dite a Rio-de-Janero : le Reforrnador, Dans TElat de Parana, trois organes : A.luz, RegeneradoT et la Revista Espiritista^ enfin Verdad et Liiz a Saint-Paul de Loanda.
LE CHILI est repr6sent6 par El pan del Espiritu a Santiago.
LE PfiROU par : El sol a Lima.
LA RfiPUBLIQUE DE SAN SALVADOR par El Espiritismo, public a Chalchuapa.
LE VENEZUELA par La Revista Espirithta,
AU MEXIQUE, citMis ; La Illustration Espirita de
(1) Nous ne donnons que les principaux journaux de chaque pays, ne pouTant publiei- en entier cette liste qui deviendrait fastidieuse.
44 IK PHKNOMKNE SIMRITE
Mexico, et El Precursor de Cisiola, Etat de Mazatlan.
L'lle de CUBA possfede quatre organes : la Alborada de Cuba ; la Bucna Niieva a Porto-Rico ; la Revista Espiritista a la Havane, et La Niieva Allianza k Cienfuegos.
Dans les lies CANARIES, a Santa-Cruz-de-T6n6riffe, se public la Caridad,
EN AUSTRALIE s'ddite a Melbourne The Harbinger of Light.
Ajoutons, pour terminer, que le journal : La Revue Scientifiqiie et Morale du Spiritisme, dont nous sommes le direct cur, h, des correspondants, chefs de groupes spirites, au Canada, a Suez, au Caire, a Tile Maurice et a Borneo.
Resume
U est etabli par T^num^ration bien abr6g6e qui pr^cfede que. des millions d'hommes adoptent aujourd'hui les croyances spirites. Le mouvement, qui a pris naissance en Am^rique, s'est propag6 avec une rapidity inouie. Gent cinquante journauxou revues instruisent le public des theories nouvelles. Les travaux des savants que nous avons cites ont 6t6 traduits dans toutes les langues qui se parlent sur le globe, et ont sem6 aux qualre vents du ciel la bonne nouvelle de Timmortalit^ de Tfetre pensant.
En vain la science officielle et les academies ont fait autour de ces ph6nom5nes la conspiration du silence, la v6rit6 est plus puissante que toutes les coteries. Ces faits ont envahile raonde entier et ont
recrute^ et recrutent sans cesse, des adherents. Ni les railleries de la presse^ niles clameursdes pr6tres, ni les objurgations des mat^rialistes, n'auront la puissance d'entraver cet ^lan qui pousse I'homme a la d^couverte de notions cerlaines sur la vie future.
Malgr^ le mauvais vouloir des savants patent^s, des princes de la science, dont le spiritisme d^truit les theories n^antisles, il ne viendra a Tesprit de personne de songer que cos manifestations soient indignes d'attenlion ; le sujet qu'elles 6Iucident est si grave, quMl a fait le souci des penseurs a tous les ages de rhumanit^.
Bien des theories ont 616 6mises,bien des systemes 6chafaud6s, sans apporter plus de certitude sur Timraortalit^ de Tame, et voila qu'aujourd'hui, nous avons le moyen d'^tudier scientiflquement I'^tat de I' iime aprfes la mort. Ce r^suliat est du a I'intervenliondes Esprits dans le ixionde, et nous allons eonslater que les fails inddniables sur lesquels repose la th6orie spirite sontlapreuve la plus 6vidente, et la mieux 6tablie, de la survivance du moi conscient.
Disons en terminant qu'il est impossible que ces fails soient le r6sultat de la supercherie ou d'une grossi^re illusion :
!• Parce qu'ils ont 616 etudics par des savants cminents et que ces chimistes, ces physiciens, ces naturalistes sont les plus aptes a se prononcer, en connaissance de cause, sur la validity d'une preuve ;
2** Parce que les experiences ont 616 contr616es un Ires grand nomj^re de fois par des observateurs ind6pendants, sceptiques a Torigine, ne se connaissant
'*<) LK rHKNOMENIi SIMHITK
pas, et que le rdsultatdeces eiiquStes u^l^ identique duns lous les pays ;
3* Parce que ces ph6uom6nes offreut, sous toules les latitudes, les m^mes caractferes fondamentaux, dou i^ r^sulte qu'ils sotit dus a una mdme cause ;
4" Enfin, nous pensons que la masse des t^moignages, leur valeur, leur authenticity, sont telles, (ju'il est impossible de les r6cuser sans un examen approfondi.
G*estce que nous allons faire. Nous passerons soiyneusement en revue les ph6nomenes ; nous les scruterons sous toutes leurs faces, nous rapporlerons Addlement toutes les hypotheses faites pour en rendre compte, et nous esp6rons que le lecleur restera convaincu que, seule, la doctrine spirile upporteune lumiere complete sur tons ces faits en apparence 6tranges et surnaturels.