I.E niLNOMtNE SPIBITE
dans des condilions qui rendenL impossibles toulconlacL ou tout maniement dcs cicrs. Ce n'«Bt qq'aprfes avoir m frOquemment ti^moin de ces Toits et les avoir scruli^s avec toule la profondeur el la rigueur dont je Buis capable, que j'ai ^1^ convaincu de leur veritable r4alil(5. •■
M Crool LS conslruisiL une Cdge dont la liauteur fulcalcuUe de mauifereque cette cage futfllregliss^e sous la table de sa solle a manger. L'accord^on fut achel6 par le savant physicien, el M. Home ne le vit ui neleloucha avant les experiences. Poursuivons notre citalion (flg. n° 13) :
MEDIUMNITES DIVEBSES 127
« Les invesligaleurs presents a ToGcasion de cetle experience 6taient : un Eminent physicien,hautplac6 dans les raiig-s de fa SocietiS Royale, que j'appellerai docteur A. B.; un docteur en droit bien connu, que j'appellerai G. D. (1) ; mon fr6re et mon aide-chimisle.
« M. Home s'assit a cole de la table, sur une chaise longue ; en face de lui, sous la table, se trouvait la cage sus-mentionn6e, et une de ses jambes se trouvait de chaque c6t6. Je m'assis pvbs de lur, a sa gauche; un autre observaleur fut plac6 pr6s de lui, h sa droite; le reste des assistants s'assit autour de la table a la distance qui lui convinf...
« Apr^s avoir ouvert moi-m6me la. clef de basse, la cage fut tir6e de dessous la table, juste assez pour permeltre d'y introduire I'accord^on avec ses clefs fourn^es en bas. Elle fut ensuite repouss6e dessous, autant que le bras de M. Home put le permettre, mais sans cacher sa main a ceux qui elaient prfes de lui (flg. 14).
« Bienlot ceux qui 6taient de chaque c6t6 virent raccord6on se balancer d'une manifere curieuse, puis des sons en sortirent, et enfin plusieurs notes furent jou6es successivement. Pendant que ceci se passait> mon aide se glissa sous la table et nous dit que Taccord6on s'allongeait et se fermait ; on constatait en mfime temps que la main de M. Home, qui lenait raccord6on, ^tait tout a fait immobile et que I'autre reposait sur la table.
(!) Les docteurs A. B. et C. D. sont : MM. William Huggins et Sargent Coxj dont les le tires confirment le r^cit de Crookea.
« M. Home lint encore IMnstrument dans la cage comme pr6c6demment. Ses pieds tenus par ceux qui 6taient pr^s de lui, son autre main reposant sur la table, nous enlendlmes des notes dislinctes et s6par§es r6sonner succpssivement, et ensuite un air simple fut jou^. Comme un tel r^sultat ne pouvait s*6lre produit que par les diff6rentes clefs de Tinstrument mises en action d'une mani5re harmonieuse, tous ceux qui 6taient presents le consid^rferent comme une exp6rience decisive... »
Nous allons exposer maintenant un aspect encore inconnu du ph6nom5ne :
Incorporation ou Incarnation
La mddiumnil6 par la plume abrege et simplifie les communications avec les Esprits, mais un autre mode est encore plus exp6ditif : c'est celui au moyen duquel TEsprit s'empare des organes du medium et cause par sa bouche, comme il pourrait le faire s'il 6tait incarn^ lui-m6me. Les Anglais et lesAm^ricains disent dans ce cas que le sujet est en trame.
Comme bien Ton pense, ces manifestations sent des plus faciles h simuler, mais dans ce cas encore, il ne faut admettre le ph6nom6ne comme r6el, que si le m6dium donne des preuves certaines qu'un §tre d^sincarn^ se manifeste bien par son interm^diaire. Ces preuves peuvenl 6tre de diff6rente nature ; nous allons rapporter trois exemples de cette m6diumnit6> et Ton verra par ces r(§cits qu'ils portent en euxmSmes un irresistible caract^re d'^vidence.
MEDILMXITES Dl VERSES 121)
Voici ce que raconle M. Sargent Cox, lejuriscoiisulte Eminent, ^crivain tres distingu6, bon juge dit Wallace, en matifere de style :
Un Gargoii de comptoir
tf J'ai entendu un garQon de comptoir, sans Education^ soutenir, quand il 6tait en transe^ une conversation avec un parti de philosophes sur la raison et Ja prescience, la volontE et la fatality, et leur tenir tMe. Je lui ai pos6 les plus difflciles questions de psychologie, et j'ai regu des r^ponses toujours sens6es, toujours pleines de force, et invariablement expriin6es en langage choisi et 6l6gant. Gependant, un quart d*heureapr^s, quand il Etait dans son 6tat naturel, il 6tait incapable de r6pondre a la plus simple question surun sujet philosophique, et avait toujours peine a trouver un langage suffisant pour expliquer les id6es les plus communes. »
Dans cette experience, la disproportion entre Tetat normal et la transe est si manifeste, qu'il y a incontestablement une action fetrangfere agissant sur lesDJet. Voici un second exemple oii Tactiori des Esprits est encore mieux marqu6e; elle est mSme absolument ind6niable.
Wallace, en rapportant les travaux du juge Edmonds sur le spiritisme, Ecrit :
Uu) '
La Fille du Juge Edmonds
« Nous avons encore a ajouter.un compte rendu de ce qui sera peut-6tre, pour nombre de personnes, la preuve la plus convaincanle de toutes ies experiences de notre magistral. Sa propre fille devint un medium et se mit k parler des langues itrangeres qui lui etaient totalement inconnues, II s'exprime ainsi a ce sujet :
« EUe ne connatt pas d'aulre idiome que le sien, sauf une l^gfere teinture de frangaisappris a r^cole. Pourtant, elle a converse frequeoiment en neuf ou dix langues diffirentes^ souvent pendant une heure durant, avec Taisance et la facility d'une personne parlant sa propre langue. II n'est pas rare que Ies eirangers s'entretiennent avec leurs amis spirites par son entremise et dans leur propre idiome. » II nous faut dire ce qui s'est passe dans une de ces circonstances :
« Un soir, oil douze k quatorze personnes se trouvaient dans mon petit salon, M. E.-D. Green, un artiste de cette ville^ fut inlroduit en compagnie d'un monsieur qu'il presenta comme etant Evan Gelides, natif de Grece. Pen apr^s, un esprit lui parla par Tentremise de Laura, en langue anglaise, et lui dit tant de choses qu'il fut mis en rapport par lui avec un ami qui 6tait mort dans sa maison, quelques annees auparavant, mais dont personne n'avait en-
MEDIUMNITES DIVEllSKS IHl
« A roccasioii, par Tentreaiise dp Laura, Tespi-itdit quelques mots ou prononga quelques sentences de grec, jusqu'a ce qu'enfin M. E. demanda s'il pourrait 6tre compris en parlant en grec ? Le reste de la conversation fut, pendant plus d'une heure, de la part de M. E., enti^rement en langue hellene ; du cote de Laura, en grec et parfois en anglais. A certains moments, Laura ne comprenait pas Tid^e sur laquelle elle ouM. Gelides parlaient ; a d'autres moments, elle la comprenaient, bien qu'il parlat en grec et qu'elle-mSme se servlt de termes grecs.
« Plusieurs autres cas sont mentionn6s, et 11 est av6r6 que cette dame a parld espagnol, franQais,grec, italien, portugais, latin, hongrois, hindoustan(?)ainsi que d'autres langues qui 6taient inconnues de toutes les personnes pr^sentes.
« Ce n'est la, en aucunefa^on, un cas isol6 : celuici s'appuie cependant sur une autoritd et im temoignage absolument irrecusable. Un p^re doit savoir ou non si sa propre fille a appris, de maniere a les parler couramment, huit idiomes en outre de sa langue maternelle.
« Ceux qui prennent part a la conversation doivent savoir si la langue dont il s'agit est parl6e ou non; dans bien des cas, par exemple, quand il s'agissait de Tavis d'Espagnols ou d'Indiens, le j uge en question connaissait la langue qui etaitparl6e. Le ph6nomene produit se relie au spiritisme en ce sens qu'il etait parie, au nom et pour le compte, do personnes d6c^dees, et que le sujet traits 6tait diuis le caractfere de cette personne. Un semblable cas, auquel la pu-
blicitS a dlij donnt', il y u qciclf^ue suize aas, devrait faire Tobjct d'une discussion on d'lineexpDcslJon de la pari dti ccux qui font pruresston rI'Mleurer 1e public au sujel du spirili&rue. a
AnesUiesie pendant la transe
Vuici une observalino nn5ilicale due uii UucLhui' liil)ier(I), qui a soignij le c^liibre mC'tlium Slado;
Nous avons eu une opt^ralion a faire a Slade pour iin kystesSbac^ du cuir chcvfilu. Comme il est trfes sensibli) a la douleur, et au surplus tout k Tail pusil- Ijnime, il nc faJlait pas songer a pratiquer rop(5r,ilion par lebistouri. Nous eflmoa done recoare aux causliques sous forme de pflle h base d'oxyde de polassium. L'appitcition lin celle p&le ^tail, d&s le debul.trcs douloureuse pourSlride.el.aprfesqaelques minutes, lasoufTrance parut intolerable; le patient su.iU a grosses gouttes, tons ses mecubres 6laient agitfis de tremblements. Nous lui siigg^r&mes de taire uppel ft " Ovasso(3\ • qui ne se fit pas prier, c'es;a-dire que Slade loniba bientiil en i5tat d'exlase, de Iranse, el, avec la voix modifliSe dout nous avons parl(5, il s'enlrelint gaiement avec nous ct M. A. F., qui nssistait a l'op6]'ation dans moil cabinet de Iravfiil, La douleur ilevaitdeveu IP deplus en plus intense car la potiisse rQord;iit dans les couclies sensiblesdu deriue, mais Slade ne paraissait pus plus s'en oc-
(1> D'Gibier, Spiritismeoii FafiiiHsinevcciilenial, pp. ilSfj etsui*. (!) Cost un Esprit qui a'emp.ire purtoia des organes du m*<li"01.
MEDIUMNITES DIVERSES 133
cuper que s'il se fflt agi d'un autre. Au commencement de rop6ration, le pouls 6tait a quatre-vingtcinq pulsations a la minute ; trois minutes apr^s, il 6tait a soixanto ; la peau, qui 6ia.it chaude tout a riieure, etait devenuo froide presque subitement, et Slade-Ovasso riait et causait toujours avec nous.
w Nous lui avions pinc6 violemment la partie dorsale de la main, et le patient, qui sursaute au moindre contact, tant son hyp(5resth6sie estgrandea r6tat normal, ne parut pas, dans ce moment, s'apercevoir de la petite torture que nous lui faisions subir.
« Au bout d'un quart d'heure, le caustique fut enlev6 ; Slade eut une nouvelle convulsion et revint a r^tat normal apr^s nous avoir serv6 la main etdit good bye comme au moment d'un depart. La douleur se fit de nouveau sentir, mais tres supportable, et Slade se plaignit plulot de soufTrir ou nous Tavions pinc6.
« II faut avouer que tout cela est bien dtrange. Objectera-t-on que tout estsimule ? Comment expliquer alors les modifications de la temperature et des battements du copur. Cela ne se simule pas.
<c Encore une nouvelle observation sur ce point. Nous avons dit plus haut que Slade avait eu deux atlaques d'gmipl^gle dont il n*est pas gu6ri actuellement. Nous avons essaye comparativement sa force au dynamomfetre, sans lui direce que nous avions le dessin de faire dans la suite. Aprfes avoir constate que dans ses mains ledynamom^tre marquait :
27 kilos a droite, 35 — gauche,
nous avons profits d'un acces de transe qui survint iin peu aprfes les efTorts qu'il avail faits en serrant rinstrument, et nous avons constats une premiere fois que le dynamometre marquait :
k droite 55 kilos (au lieu de 27 kilos), a gauche 60 — (au lieu de 35 kilos), et une deuxieme fois :
a droite 63 kilos (au lieu de 27 kilos), a gauche 50 — (au lieu de 35 kilos).
« Aucune des trois personnes qui se trouvaient pr^sentes ne put porter a ce chiffre Taiguille dynamoscopique. »
Ainsl qu'il est facile de le constater, rincarnation ou incorporation est done bien un ph6nom6ne que Ton ne peut simuler, si les instigateurs savent prendre les pr6cautions voulues.
Et, dans les cas pr(§cit6s, I'intervention des Esprits est absolument manifeste.
Les Objections.
Apr5s avoir montrS que les Esprits donnent parfois des renseignements que nul des observatears ne connaissait, et que Ton constate ensuite 6tre scrupuleusement exacts, le lecteur croit peut-6tre qu'on ne peut rien objector contre ce phenom^ne? Eh bien I si. II s'est trouv6 des inorddules qui ont entrepris de d(5montrer que rScriture automatique Staitparfaitement explicable ; seulement, ils n'ont omis qu*une chose : c'est de citer les cas embarrassants ; ils les passent tranquillement sous silence et triomphent
MEDIUMNITES DIVERSES 135
aisement, en constatant qu'ils peuvenl obtenir, eux aussi, de T^criture automatique par des sujets hypnotises.
De plus, nos critiques se gardent bien de sorlir de ce domaine tr^s 6troit, qui est circonscrit k r^criture automatique; tout le reste n'existe pas.
Elcoutons M. Binet 6crire candidement :
« Quant aux tables tournantes, il a 616 d6montr6 depuis longtemps, par les recherches les plus precises, qu'elles tournent seulement sous Timpulsion des main!!! »
G'est justement le contraire que d^montrent les experiences les plus precises, et nous renverrons M. Binet au comite de la Societe dialectique et aux experiences citees plus haut. On ne pent cependant accuser Tauteur de mauvaise foi^ car il croit bien h r^criture automatique et a la sincerite des mediums :
« On a cru longtemps qu'il fallait attribuer simplement ces mouvements a la supercherie, et il est de fait que, dans bien des cas, rien ne serait plus facile a simuler : en pressant leg^rement sur une table, on en soulfeve le pied, et un medium pourrait fort bien 6crire en affirmant qu'il ne sail pas ce qu'il ecrit. Mais nous devonsabandonnercette explication grossifere, car il y aun nombre considerable de personnes dignes de foi qui affirment avoir ete les auteurs du phenomfene, avoir pose la main sur les tables qui tournaient, avoir tenu des plumes qui ecrivaient, sans la moindre volonte de faire mouvoir la table ou ecrire avec la plume. »
Retenons I'aveu suivant :
l."^) LE PHKNOMKNE SPIRITE
»' Ce sont la des preuves suffisantes, quand une (](3ctrine commele spiritismeaboutita bouleverserle mondeentier et fait des milliers de croyants. Ceux qui demandentdes preuves mat^rielles pour des ph6nomenes qui n*en comportent pas, courent le risque (rignorer ce que tout le monde sait et de soutenir des opinions contraires a Iav6rit6 la plus^vidente. »
Aquoi done, suivant M. Binet, est due cette ^mture singulifere? A la d6sagr6g:ation mentale. Qu'est- CG que cette d^sagr^gation ? Voici :
« L'etude soigneuse des ph^nomfenes indique que Tecriture automatique provient d*une pens^e autre que la pensde consciente du medium. II y a en lui, a un certain .moment, deux pens^es qui s'ignorent etqui ne communiqueni entre elles que par les mouvements automaliques de I'ecriture ; disons plus exactement : il y a deux personnalit^s coexistantes, car la pens^e qui dirige I'ecriture automatique n'est point une pens^e isol6e et d^cousue ; elle a un caractfere a elle, etmSme elle porte un nom, le nom de Tesprit dont on a invoqu6 la presence. »
Nous ne chicanerons pas M. Binet sur sa seconde personnalite coexistante avec la premifere, bien que sa r6alit6 ne soit rien moins que d^montr^e chez les mediums. Nous lui dirons simplement que cette deuxifeme personnalit^, si elle existe, se forme avec une certaine partie du fond psychique du medium, autrement dit, cette seconde personnalit^ ne peut avoir des connaissances autres ou sup^rieures a celles du medium ; des lors, comment se falt~i 1 que dans le cas Wheatcroft (v. p. 108), le mari de M"^" N.
MEDIUMNITES DIVERSES d37
ait ecritque le capitaine venait d'etre lu6 dans Tlnde, cette apr^s-midi, d'une blessure a la poitrine? Oii cette secbnde personnalitd aurait-elle acquis cette connaissance ?
Est-ce aussi cette seconde personnalit6 qui connaissaitle mot cach6 par le doigt de William Grookes (p. 99)? Si oui,t5omraent a-t-elle pu lirece mot?
L'explication de M. Binet ne serait acceptable que si le medium ne citait jamais de faits qui lui sont inconnus ; or, le contraire arrive journellement, done Thypothese d'une double personnalit^ , agissant a rinsu de la premiere, bien qu'elle puisse exister chez certains hyst^riques, est manifestement incapable de rendre compte des faits spirites.
Uri aulre observateur, M. Pierre Janet, professeur de philosophie et docteur 6s lettres, a bien voulu ?iussi s'occuper de nous et a tentd d'6tudier exp^rimentalement le probl^me, par une m^thode a lui.
Nous avons oubli6 de dire que M. Binet, ainsi que le faitM. Janet, etablitun parall^leentreles mediums et les hyst^riques. Suivant ces auteurs, il n*est pas rare de voir des mediums tomber en crise pendant les stances, comme le font les sujets hyst^riques soumis aux pratiques hypnotiques. Nous aurions el6 curieux de voir ces messieurs prodifire des preuves, car, depuis quinze ans que nous exp^rimentons, nous n'avons encore jamais constats ce cas. Peut-6tre ces observateurs appellent-ils crise les incarnations? Nous observerons que c'est un tout autre ph^nomfene etque les m6diums m6caniques ne sont pas, ordinairement, mediums a incorporation et r^ciproquement.
138 LE PHKNOMENE SPIRITE
Supposons, pour un iastaat, qu'un medium soit intrajise ; ce medium est g^n^ralement bien portant, il va et vient pendant la journ6e, vaque a ses occupations, en un mot n'a aucun caractfere qui denote chez lui une maladie quelconque : n'est-ce pas forcer I'analogie au dela des limites permises, que de Tassimileraun sujet d'hopital sur lequel op5rent les hypnotiseurs ?
Une autre affirmation, faite pour surprendre, est celle que les somnambules sont g6n6ralement de bons mediums et r^ciproquement ; la encore, les demonstrations fontddfaut. Mais, nn supposant m6me tons ces points bien deraontr6s, ils n'expliqueront pas la possibilile pour !e medium d'ecrire sur des sujets qui lui sont inconnus (IJ.
Les Experiences de M. Janet
Ce psychologue rappalle une 6tade de M. Gamille Chaigneau, public dans la Revue spirite (2) sur M"*« Hugo d'Alezi. Voici un r6sum6 succinct de cette njirration ;
^me d'Alezi est medium ecrivain mecanique, et par sa plume viennent se manifester differenles personnalit6s, qui se font connaltre sous les nomsde Philippe, Gustave, Eliane, etc. On reconnalt ces personnages, non seulement a leur signature, mais aussi a ce qu'ils ont toujours le m&me style. Pour peu que Ton endorme magnetiquement le medium, les mfimes
(1) Janet, VAutomatisme psychologique, pp. 397 et suiv,
( 2) Rev ue spirite^ 1879.
MEDIUMNITES DIVERSES 139
personnalit^s viennent se manifester, et Ton peut causer alors avec Philippe, Gustave, EUane^ etc., le caract^re est bien le m6me pour chaque raanifestant, soitqu'il derive, soit qu'il cause. Pour nous, c'est la preuve 6vidente que les Esprits se communiquent; M. Janet ne voit la qu'un pur phenomfene de suggestion, compliqu6 parun souvenir inconscientaur6veil.
Pour justifier sa th6orie, il rappelle que M. Richet a trfes bien d^crit les changemenls de personnalit^s ou objectivation des types (1). On dit h une femme endormie : « Vous 6tes g6n6ral. » Imm^dialement, elle se compose une attitude martiale, donne des ordres, passe une revue, etc. Lui dit-on, au eontraire, qu'elle est prfitre, instantanSment sa figure se transforme : elle prend une attitude recueillie, onctueuse, elle parle douceraent, donne de bons conseils, sourit bdatement,etc. ; demfime pour toute autre suggestion.
M. Janet croit que les personnages Philippe, Gustave, Eliane, etc., sont des suggestions, et, comme il a, siir certains de ses sujets, constats pendant la veille la persistance du simple somnambulisme, dhs lors il pretend, — et ceci nous ram&ne a M. Binet, — que lorsque M"' d'Alezi 6crit automatiquement, c'est simplement une des personnalitds produites pendant le somnambulisme quipersiste, inconseientn pendant l'6tat normal, et qui se manifesto par r6cri[ure automatique.
Pour bien montrer qu'il en est ainsi^ M. Janet imagine I'exp^rience suivante :
(1) Kichet. I' Homme etV Intel lujend .
\\i) l.E PHKNOMKNE SPIRITK
(( Pendant que Lucie est en somnambulisme, je lui suegere qu'elle n'est plus elle-mfime, mais qu'elle est un petit gar(;on de sept ans, nomm6 Joseph, scene de com^die qui est connue et sur laquelle je passe. Sans defaire Ihallucination, je la reveille brusquement, et la voici qui ne se souvientde rien et qui semble dans son 6tat normal; quelque temps apres, jo lui mets un crayon dans la main, et je la distrais en lui parlant d^autre chose. La main 6crit lentement et p^niblement sans que Lucie s'en apergoive, et quandje lui prends le papier, voici la lettre que je lis : « Cher grand-papa, a Toccasion du jour de Tan, « je te souhaite une sant6 parfaite, et jo te promets « d'etre bien sage. Ton petit enfant, Joseph. » Nous n'(5tions pas au jour de Tan, et je ne sais pas pourquoi elle a 6crit cela (peut-6tre par ce que, dans sa pens^e, une lettre d'un enfant de sept ans ^veillait I'id^e des souhaits de bonne ann^e) ; mais n'est-il pas manifeste que Thallucination s'est conserv^e dans la seconde personnalit^?
(c Un autre jour, je la mets encore en somnambulisme; pour voir des transformations de caractere et pour profiter de son 6rudition litteraire, je la transforme en Agn^s, de Moli^re, et lui fais jouer le role do la candeur naive ; je lui demande, cette fois, d'6crire une lettre sur un sujet que je lui indique ; mais, avant qu'elle ait commence, je la reveille. La lettre fut 6criteinconsciemment pendant la veille, manifesta le m^me caraot^re et fut sign(§e du nom d'Agnfes. Encore un exemple : Je la change cette fois en Napoleon avant de la r^veiller; la main ^crivit automatique-
MEDIUMNITES DI VERSES 141
merit un ordre a ua g^n^ral quelconque de rallier les troupes pour une grande batuille et signa avec un grand paraphe « Napol6on ». Je demande encore: En quoi rhistoire de M"' Hugo d'Alezi diff^re-t-elle de celle de Lucie? Jusqu'a preuve du contraire, je suis dispose a croire que les deux ph^nomenes sont absolument les m6mes et que, par consequent, ils doivent s'expliquer de la m6me manifere par la d6sagr^gation de la perception personneile et par la formation de plusieurs personnalit^s qui, tantot se succMentet tant6t se developpent simultanement. »
Pour r^pondre et Tinterrogalion de M. Janet, nous dirons :
Voire experience ne ressemble en rien a rexp^rience spirite cit^e par vous, voici pourquoi :
1® L'^critureautomatique de Lucie alien imm6diatement apres le r^veil, alors qu'elle est encore sous Tempire de la suggestion que vous lui avez impos6e, mais elle n'aura plus jamais, spontan^ment, d'^criture automalique de Joseph, Agnfesou Napoleon. Le phenoai5ne est simplement du a raccomplissement de votre volonte, qui se produit pendant rhemi-somnambulisme qui succ^de au sommeil. Au contraire, chez M"« Hugo d'Alezi, les communications s'obtiennent a des intervalles tr^s longs^ sans suggestion d'aucune sorte de la part d^etres humains, et sans sommeil pr6alable.
^ Pour que votre experience puisse se comparer a un phenom^ne spirite, il fautque votre sujet, de lui- MfewB, sans aucune intervention etrang^re, 6crive automatiquement des communications et que chacune
des personnalit6s, ainsi manifestoes, conserve son style, de manii^re a se bien difI6rencier des autres.
3<^ Peut-fitre direz-vous que le phenom^ne spirite est dth une auto-suggestion. Ce cas n'est dOja plus celui de Lucie, et il faudrait montrer (jomment le medium qui cause avecles assistants, jouit de toutes ses facultOs, est cependant en somnambulisme ; mais, dans cette hypoth^se tnSme, on ne comprend pas comment le ph6nom6ne peut avoir lieu, car, si la personnalitO seconde connait la personne normale, la r6ciproque n'est pas vraie. II n'existe aucun point de contact entre Tune etTautre. Comment s'opfererait done cette auto-suggestion?
4° Enfin, la supposition que le sujet est dans une phase somnambulique quelconque, n'explique nullement les conversations en langue Otrangfere, ou les communications obtenues dans un idiometotalement inconnu du medium.
II faut avoir un parti pris evident pour assimiler une 6criture automatique, Ocrite par un sujet hystOrique suggestionn6, avec une communication obtenue par un medium, car les spirites ne reconnaissentle caractere mOdianimique qu*aux personnes qui, en 6crivant, rOvelent des choses qui leur sent inconnues. G*est le critOrium par excellence, et tant que M. Janet n*aura pas fait dcrire ou parler son sujet dans une langue ignorOe de celui-ci,'tant qu'il n*aura pas montr6 que Thypnotisme d6veloppe des facult6snouvelleschez cem6me sujet, nous sommes en droit de rOcuser compl^tement ses experiences pour I'explication de la mOdiumnitO.
MtoIUMKlTAs DIVERSES 1*3
On autre savunt, M. Myers, un des fondaleurs de la Society for Psychical Researches, a 6tudie aussi I'toiture m^canique. U r6sulte de ses travaux, publics dans les Proceedings, sous les litres : Multiplex personnality et Automatic Writing, que ce genre d'6criture proviendrait d'une action de I'li^misphfere droit du cerveau. « L'^criture automatique semble, dil-il, une action obscure de Themisphfere le moins utilis6 ; dans le cas de Louis V, c'est I'alternance de Ih^misphfere droit et du gauche qui produit les variations motrices et sensorielles. »
Nous ne nous attarderons pas a r^futer cette th6orie, car, pas plus que les aulres, elle ne rend comple de tous les fails ; que ce soit I'h6misph6re droit ou gauche qui agisse dans cette experience, ceci ne nous apprend rien sur la nature de ces personnalit^s qui r6vfeientdes fails inconnus etqui parlent des langues
dtrangferes.
Les savants qui n'ont vu qu'une infime partie des ph^nomfenes spirites sont v6rilablement extraordinaires dans leurs critiques ; ils se figurent que leurs confreres n'ont probablement pas 3u les mftmes doutes, n'ont pas cherch6 toutes les causes possibles avant d'arriver k lacroyance aux esprits. C'est pourtant ce qui aeu lieu, notamment pour Varley, comme nous I'avons constats, pour Oxon, pour Hare et pour le juge Edmonds. Voici encore une citation de ce
dernier a ce sujet : ^
« Une question se posait encore : Tout ceci (il s agitdes dict6es et des ph^nom^nes inlelligents de la table) ne pouvait-il 6tre, par suite de quelque mys-
I'l4 I.K PHKNOMKNE SPrRITK
t6rieuse operation, un simple ettet r^flexe de Tintelligencede quelqu'une des personnes prdsentes? La r6ponse a 6t6 que nous avions eu un bon nombre de fails, alors inconnus, qui plus tard ont ete reconmis vrais, tels que celui-ci par exemple :
« Quand je partis Thiver dernier pour me rendre dans rAm($rique Centrale, mes amis de la villa re- Qurent des informations, a plusieurs reprises, concernant les endroils ou je s6journais et I'^tat de ma sant6; a mon retour, en comparant ces informations avec les observations consignees dans mes notes de voyage, les premieres furent reconnues invariabUment vraies. De m6me, il a 6te exprim^ des pens6es 8ur des sujets queje n'avais pas alors dans Tesprit et complfetement di(T6renls de mes id^es. Ceci a souvent eu lieu pour moi et pour d'autres, comme pour 6tablir pleinement ce fait, que notre intelligence n'influait pas sur les communications, et qu'elles ne provenaient point d'elle. »
Nous concluerons de cette6tudeimpartiale que les savants n'ont fait qu*effleurer les ph^nomnes spirites, qu'ils se sont content^s d'a peu pr^s en fait d'explications et que la preuve de Texistence de Tame, apr^s la mort, ressort avec certitude de Texamen approfondi des faits. Gette conclusion va en s'accentuant au fur et a mesure que Ton p6nMre plus avant dans le domaine spirite, ainsi que nous allons le constater.
MEDIUMNITKS DTVERSllS 145
Mediumnite voyante.
Dans toutes les manifestations que nous avons enregistr^es jusqu'alors, les Esprits m^ritent toujours le nom d'invisibles. On constate indirectement leur action, mais on n'a pas pu encore les voir. Voici des faits qui prouvent qu'on peut , dans certains cas, constater directement leur existence par le t6moignage des sens.
La Society for Psychical Researches a r^uni une masse considerable de documents bien certains, bien 6tudi6s, concernant les apparitions. Les spirites en ont aussi un grand nombre, mais, pour donner plus de poids a notre demonstration, nous citerons seulement des faits emprunt^s soit aux proceedings de la sdciete, soit au livre Phantasms of the Living , dans lesquels Taction des Esprits est manifeste.
MM. Myers, Gurney et Podmore, qui ont public ce volume, comprenant la narration de 700 cas, appellent ces visions des hallucinations telepathiqiies ou v6ridiques. Sans pr^juger si les apparitions sont r^elles, objectives, ou si elles sont internes, subjectives et produites par une action encore inconnue de Tesprit, agissant sans I'intermediaire des sens, ils 6tablissent la r6alit6 des faits avec une rigueur veritablement scientifique. Aprfes la lecture de ces r^cits, il reste cette conviction que tout ce qui est humainement possible a 6t6 fait pour 6tablir Tauthenticit^ de ces phenom6nes.
14(i LK PHKNOMENK SPIRITE
Citons un exemple de ces curieuses manifestations (1) :
Un M"" M. F. G. D. Boston, demeurant en ce moment a Saint-Louis, se trouvait dans son cabinet de travail, lorsqu'il vit le fantdme de sa scBur unique, mortedepuis neuf ans. C'6tait au milieu dujour, pendant qu'il 6crivait ; elle 6tait aupr^s de lui, avec une telle apparence de vie, qu*il crut que c*6tait r6ellement sa soeur et Tappela par son nom.
M. P. G. D. Boston avait pu scruter chaque detail de son habillement et de sa figure, et remarquer particuli^rement une ligne, ou 6gratignure, d'un rouge brillant, sur le c6t6 droit de la figure. Gette vision Tavait impressionn^e h ce point, qu'il prit le premier train pour aller chez son p5re et sa m^re et leur dire ce qu'il avait vu. Son pfere fut tent6 de tourner en ridicule sa croyance a quoi que ce soil de surnaturel, mais, en entendant mentionner I'^gratignure, la mere faillit s'^vanouir et lui dit les larmes aux yeux : ft C'est moi qui, apres sa mort, ait fait par maladresse cette ^gratignure au visage de ma irhs chfere Bile, 6gratignure que j'avais soigneusement cach^e avec de la poudre ; n'ayant confi6 C3 detail a lime qui viva, personne ne pouvait le savoir. »
Nous prions les n^gateurs des Esprits de nous expliquer cette apparition. Nous serious curieux de savoir quel r61e jouerait le cerveau droit ou la personnalit^ seconde?
Nous pourrions citer encore un certain nombre de
(I) Proceedings, partie XV, p. I7 et l8.
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cas ; nous renvoyons les lecteurs a la traduction franpaise des Phantasms of the Living, publics sous le titre : les Hallucinations tel^pathiques, par M. Marillier.
Medriumnite auditive
Nous allons remarquer maintenant que les esprits ne se contentent pas d'(^crire par Tinterm^diaire des mediums, de se faire voir ; parfois ils causent et se font entendre trfes distinctement. Voici un cas, toujours emprunt^ aux Phantasms of the Living^ ou toutes les attestations qui le certifient sont longuement exposdes.
Un jeune vicaire du Yorkshire, dg6 de dix-neuf ans, se trouvait a Invercaxde, dans la Nouvelle- Z61ande.Il avait rencontr^ sur le bateau qui Ty avait conduit un jeune homme qu'il avait connu comme matelot; il convint d'aller avec lui et quelques autres faire une excursion dans I'lle de Ruapuke et d'y rester un jour ou deux pour p^cher et pour chasser ; ils devaient se iever le lendemain matin k quatre heures pour proflter de la maree et franchir Tecueil ; il promit d'appeler a temps le vicaire, lequel alia se coucher de bonne heure avec I'intention bien arr§t6e de les accompagner, cela ne faisait aucun doute dans son esprit.
En montant Tescalier, le vicaire crut entendre une voix lui dire : « N'allez pas avec ces hommes » ; il n'y avait personne autoiir de lui, et n^anmoins il demanda : « Pourquoi » ? La voix, qui semblait partir
14S LK PHKNOMKNE SPIRM K
(le rinl6rieur de la chambre, lui r^pondit avec ferinet6 : « Vous ne devez pas y aller » ; ces mots lai furent r6p^t6s apr^s une seconde question. Alors, demanda-t-il, comment pourrai-je m'en dispenser, puisquUls viendront m'appeler? » Dislinctement et plus fortement encore, la voix r6pondit : « II faut fermer votre porte a clef. » En arrivant a sa chambre, il s'apergoit qu'il y a uno forte serrure qu'il ne se rappelait pas y avoir vue : quoique d6termin6 a faire son excursion (c'6tait son habitude de se conduire a tons hasards)^ d^s lors il se sentit 6branl6, eut lo sentiment d'un p6ril mysl6rieux et, aprfes beaucoup d'h^sitations, ferma sa porte a clef et se concha.
Le lendemain, vers trois heures, la porte fut violemment secou^e, frapp^e a coups de pieds ; niais, quoique 6veill6, il ne dit mot, et enfin les hommes s'en furent, en jurant et en criant. Vers neuf henres du matin, le vicaire, se levant pour d^jeilner, Thotelier lui demande s'il avait appris ce qui venait d'arriver. On lui raconta que le bateau parti pour Ruapuke avait chavir6 sur I'dcueil et que tous les passagers s'6taient noyes ; quelques-uns des cadavres furent rejet^s sur le rivage le jour mfime ; les autres, un jour ou deux plus tard. Le narrateur termine ainsi : « Si j'avais 6t6 avec eux, au m^pris de Tavertissement donn6, sans aucun douteje serais mort avec mes compagnonsde p6che et de chasse. »
Que Ton ne croie pas que cet exemple est isol6 ; nous pourrions en citer bien d'autres aussi remarquables, mais nous sommes contraints, par le cadre restreint de cet ouvrage, a renvoyer les lecteurs
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d^sireux de se convaiucre aux Phantasms of the Living^ aux Proceedings de la Society for Psychical Researches et aux ouvrages spirites, qui en contiennent un grand nombre (1).
Ecritupe directe ou Psychographie.
Si des spirites avaient eu le pouvoir d*in venter des d6monstrations a I'usage des incr^dules, ils n*auraient probablement pas imaging des preuves aussi concluantes que celles que les Esprits fournirent d'eux-mfimes. Voyez, en effet, comme le ph6nomfene riposte imm^diatement a la critique par des faits qui d^molissent les theories laborieusement 6chafaud6es par les savants.
Aux mouvemeots naissants et inconscients, la table oppose la 16vitation sans contact. La transmission de pensde se trouve annihil6e par la r6v61ation de faits inconnus detous les assistants et dont on constate ult6rieuroinentlav6racit6. A la personnalit6 seconde des hyst^riques, le ph^nomfene r^pond en langue etrangfere. Maintenant^ nous allons assister a une variante d'6criture automatique, mais cette fois elle sera faite directement par les Esprits ; de \k son nom. Cette absence d'intervention humaine fait rebondir fort loin, dans le champ des hypotheses mal venues, lecerveau droit et les multiplex perso?inality de M. Myers, aussi bien que les personnalites hyst6riquos des doctes MM. Janet et Binet.
(I) Voir aussi ; Dassier, Vllumanite posthumc.
15<) LE PHLNOMENE SPIRITE
Ainsi que nous I'avons dit, le baron de Guldenstubb6 est le premier qui ait obtenu en France de l'6criture directe. Voici comment il relate ce fait (1) ».
w Un beau jour, c*6tait le !•' aout 1856, Tid^e vint a Tauteur d'essayer si les esprits pouvaient ^crire directeinent^ sans rintermediaire d'lm medium, Connaissant r^criture directe myst^rieuse du Decalogue selon Moise et Tecriture 6galement directe et nayst(§rieuse durant le festin du roi Balthasar suivant Daniel, ayant en outre entendu parler des myst^res modernes de Straford en Am^rique, ou Ton avait trouv6 6ertains caracteres illisibles et 6tranges, traces sur des morceaux de papier, et qui ne paraissent pas provenir des mediums, Tauteur a voulu constaterla r6alit6 dun phdnomene dont la port6e serait immense s'il existait r^ellement.
a II mit done un papier blanc a lettres et un crayon taill6 dans une petite boite ferm^e a clef, en portant toujours cette clef sur lui-m6me et sans faire partde cette experience dpersoniie. II attendit durant douze jours en vain, sans remarquer la moindre trace d'un crayon sur 1q papier ; mais quel fut son ^tonnement lorsqu'il regarda, le 13 aout 1856, certains caractferes mysterieux traces sur le papier ; a peine les eutil remarqu^s, qu'il r6p(5ta rfte/oi^ pendant cette journ6e, ct jamais memorable, la m6me experience, en mettant toujours, au bout d'une demi-heure, une nouvelle f eui lie de papier blanc dans la m6mebolte. L'exp6rience fut couronnee d'un succ5s complet.
(1) Baron de Guldenstubb^, rfe la Hdalitt^ des Esprits, ipp. 66 et 67,
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c< Le lendemain, 14 aout,rauteur fit de nouveau une vingtaine d'exp6rierices, en laissant la bolte ouverte et en ne la perdant pas de vu(j ; c'est alors que Tauteur vit que des caractferes et des mots dans lalangue esthonienne se formferent ou furent graves sur le papier, sans que le crayon bougedL Depuis ce moment, Tauteur, voyant I'inutilit^ du crayon, a cess6 de le meitre sur le papier ; il place simplement une feuille de papier sur une table, chez lui, et il obtient ainsi des messages. (1) »
Le comte de Gul(jenstubb6 r6p6ta Texp^rience en presence du comte d'Ourches, et celui-ci obtint une communication de samfere, avecsa signature, T^criture nouvelle, compar^e aux autographes du comte, itait identique.
Ces premiers essais furent suivis de beaucoup d'autres, et I'auteur acquit la certitude que ce n*6tait pas lui-m6me qui 6crivait a I'^tat somnambulique, comme il en avait eu un instant la pens6e.
Wallace
En Angleterre, Wallace constate TScriture directe chez M°* Marshall, medium : (2)
« La table ayant dt6 examinee au pr^alable, une feuille de papier k lettre fut marqu6e en secret par moi et plac6e avec un crayon de plomb sous le pied
(1) On trouye k, la fin de Touvrage du baron les fac-simil^s de ces 4critare8.
(2) WaUace, les Miracles et le Moderns spiritualismCy pp. IHZ et 183.
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central du meuble, tous les assistants ayant leurs mains sur la table. Au bout de quelques minutes, des coups furent entendus, et en prenant le papier, j*y trouvai trac6, d'une dcriture I6g^re : William. Une autre fois, un ami de province, — totalement (Stranger pour le medium et dont le nom n'avait pas ^16 mentionn6, — m'accompagnait ; lorsqu'il eut regu ce qui 6tait donn^ pour dtre une communication de son fils, un papier fut mis sous la table, et, apres trfes peu de minutes, nous y trouvSmes 6crit Charley T. Dood, le nom exact. Dans de tels cas, 11 est certain qu'il n'y avait aucune machinerie sous le meuble, et il reste simplement a demander s'il ^taifc possible pour M"® Marschall de quitter ses bottines, saisir le crayon et le papier avec ses orteils, 6crire sur celuici, avec celui-la, im nom quelle avait a deviner^ et remettre ses chaussures, le tout sans 6ter ses mains de dessus la table, ni donner aucune indication de quoi que ce soit de ses efforts. »
Oxon
M. Oxona 6tudi6 ces manifestations pendant longtemps, ficoutons son t^moignage :
a II y a cinq ans que je suis familier avec le pli6nomfene de psychographie. Je Tai observe dans un grand nombre de cas, soit avec des psychiques connus du public, soit avec des dames ou des gentlemen qui poss^daient le pouvoir de produire ce r^suUat.
tt Dans le cours de mes observations, j'ai vu des
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psycliographies obtenuesdaiis des boiles ferm6es — 6criture directe — sur un papier scrupuleusement marqu6 et plac6 sous la table, dans rombre, sur un papier plac6 sous mon coude, ou . couvert de ma main ; sur un papier, enferm6 dans une enveloppe cachel6e et sur des ardoises attach^es ensembles. »
L'6minent professeur a la faculty d'Oxford conflrme lobservalion du baron de Guldenstubb6, en ce qui coiicerne Temploi du crayon, qui n'est pas fait loujours de la mfime mani^re par les Esprits que par nous.
« J'6tais dans la inaison d*un inlimeami, trois amis presents. Le papier, soigneusement marqu6 a mes initiales, fut plac6 sur le parquet avec un crayon noir ordinaire. L*ua de nous sentant le crayon con tre sa botte, mit le pied dessus et le garda jusqu'a ce que la stance futlev^e. Del'ecrilure cependant f at trouv^e sur le papier, etnous debatlimes la question de savoir comment celaavait pu se faire, sachant que le crayon n'^ivait pu 6tre utilise pour cot usage. Le papier portait nos marques et n'avait pas boug6. Nous recommeuQames la m6me semaine, et je pourvus secrfetement moi-m6me au moyen d'6claircif la chose. J'apportai un crayon d*un vert 6clatant, et je le substituai, a I'insu de tous, au crayon noir, tenant mon pied dessus pendant tout le temps. Quand on examina le papier, r^criture, un tros court griffonnage, fut trouvee 6tre en vert. Le crayon avait done 6i6 employee d'une fagon tout ci fait inconnue de moi. Je pense que ce doit 6tre fr6quemment le cas et que les ccritures sont produites par quelque autre m^thode que I'emploi ordinaire du crayon. »
154 LE PUiNOMENE SPIRITE
Zoellner.
Voici deux observations de Zoellner sur le mfime sujet :
c La soiree suivante (vendredi 16 novembre 1877), je plagai uiie table a jeu avec quatre chaises dans uae chambre ou Slade n'6tait pas encore entr6. Aprfes que Fechner, le professeurBraune, Slade (le medium) et moi, nous eumes placd nos mains entrelac6es sur la table, il y eut des coups frappes dans ce meuble. J*avais achet6 une ardoise que nous avions marquee; un fragment de crayon fut d6pos6 sur Tardoise, que Slade plaQa partiellemdut sous le bord de la table ; moil couteau fut subitement projet6 a la hauteur d'un pied, etretomba ensuite sur la table... En r6p6lant Texp^rience, on trouva que le fragment de ci'tiyon, dont la position fut assur6e par une marque, restait a la m6me place sur I'ardoise. La doijble ardoise, upres avoir 6t6 bien nettoy^e et munie int6ricurement d'un morceau de crayon, fut tenue alors par Slade sur la t&te du professeur Braune. Le grattement fut entendu, et, lorsque Tardoise fut ouverte, on y trouva plusieurs lignes d*6criture.
Nous avons vu que, chez ZoSUner, un fort 6crou en bois fut bris6 par les esprits. L'illustre astronome demanda a Slade ce que cela voulait dire :
« II r^pondit que ce ph^nomfene arrivait parfois en sa presence. Gomme il parlait en restant debout, il pla^a un morceau de touche sur la surface polie de la table, le couvrit avec une ardoise achet6e et jus-
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tement nettoyde par moi (c'est Zoellner qui parle) et en pressa la surface avec les cinq doigts ouverts de la main droite, pendant que sa main gauche restaitau centre de la table. L*6criture commenga sur la surface int^rieure et, lorsque Slade la retourna^ la sentence sui van te s*y trouvait ^crite en anglais :« Ce n'est point notre intention de faire lemal ;pardonnez ce qui est arrive. » La production de T^criture, dans ces conditions, se faisait pendant que les deux mains de Slade 6taient immobiles, »
Le Docteur Gibier
L'6tude de T^criture directe fut reprise en France par un savant, le D' Gibier (1), et nous retrouvons le m6me medium Slade, qui servifc d'inlerm^diaire aux Esprits. Voici le t^moignage de M. Gibier:
« Nous avons vu plus de cent fois des caractferes, des dessins,des lignes et mfimedes phrases entiferes se produire, a Taided'une petite touche, sur les ardoises que Slade tenait, et mfime entre deux ardoises avec lesquels il n' avail auctin cofitact et qui nous appartenaient, que nous avions achet^es nous-mfime dans une papeterie quelconque de Paris et que nous avions marquees de notre signature.
« Nous avons, dans toutes nos experiences d'^crid'6criture, examin6 attentivement les ardoises avani rop6ration ; du resie, dans la plupart des cas, elles nous appartenaient. Lorsque I'dcriture s'est produiie
(!) Gibier, Spiriiisme ou Fakirisme occidental, p. 393 et suiv.
loO LE phenomLne spirit e
sur une seule ardoise, c'(5tait, en g6n6ral, sous Tangle (\g la table aupr^s de laquelle nous nous trouvions; nous ne perdions de vue ni Tardoise ni les doigts de Slade, et nous placions parfois nous-m6me le crayon surTardoise, mais nous n'avons jamais pu voir ce dernier en mouvement. Nous voyions Tardoise onduler logerement comme sous la pression de I'^crivain invisible, mais (\bs lors que nous regardions dans Tespace s6parant Tardoise de la partie inf^rieurede la table, la petite louche tombait sur Tardoise, etle bruit d'(5criture cessait; I'ardoise s'appliquait bientot contre la table, etalors nous entendions denouveaii le grincement de la touche, ou crayon d'ardoise, tracant r^criture. »
Citons un des faits observes par le docteur : « Gette experience eut lieu dans mon appartemenl, dans ma salle a manger, oii Slade entraifc pour la premiere fois, le 27 mai 1886, a neuf heures du soir. fitaient pr^sentes cinq personnes au total : deux personnes de ma famille, un ami, Slade et moi... »
« Prenant une de mes ardoises, bien lav6es sur les deux faces, je demande a Slade s'il pourra obtenir un mot que j'^crirai sans qu*il en ait connaissance. Sur sa r6ponse affirmative, j'ecris sur mon ardoise, en me tena?it complete?nent a I'abn de la viie de Slade, qn'iy sanslaregarder, la glisse sous le bordde ma table de manifere a la laisser visible dans une petite portion de son §tendue; par consequent, nous voyions tous la main droite de Slade ; sa gauche 6tait avec les notres sur la table. Dix secondes ne s'6talent pas ^coulees que Tardoise m'etait rendue avec \i\
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mention : Louis is not here (Louis n'est pas ici), ce qui 6(ait vrai, 6crite du cote oppos6 ou j'avais moimSme irac6 le mot Louis. »
En Amerique.
Ge que le docteur Gtbier n'a pas vu, c'est-a-dire le crayon ^crire seul, le professeur Elliott Goues I'a constats, a son grand 6tonnement (1).
« II y a peu de temps encore, dit-il, j*aurais eu de la peine a me figurer que je serais I'auteur d'une telle histoire. Gependant, jene pourrais 6tre infidMea mes convictions sans d^truire mon int^gril6intellectuelle, et je ne puis me taire en face de pareils faits, sans qu'on puisse m'accuser de lS,chet6 morale. »
Le professeur raconte que, se trouvant a San F^ran- Cisco en oclobre 1891^ il serendit, accompagn^ de sa ferame, le vendredi 6octobre, chez un medium riomme M"® Mena Francis.
« Aussitot qu'elle eut finl avec un visiteur qui nous avait pr636d6s, elle nous fit entrer dans une chambre de derri^re, expos^e au midi, ou dans-laquelle tout au moins le soleilentrait en plein par une fen6tre unique, prfes de laquelle nous nous asslmes. M™« Francis prit un fauteuil bas et confortable; ma fomme s*assit en faced'elle, et moi tout prfes, entre les deux dames, h droite de M"' Francis, tandis qu'en face de nous se trouvait une petite table de jeu avec un tapis ordi-' naire en drap. Sur la table^ il y avait deux ardoises
(I) Annates psychiqiies, mai-juin 189?, pp. 152 et suiv.
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minces cn c silicate », sans cadre, d'environ 4 pouces de large sur 6, un verre d'eau et un chiffon pour effacer. M"' Francis nous invita a examiner a loisir la table et ses accessoires. Nous le flmes, et nous trouvftmes que les choses 6taient comnieje viensdele dire. Elle prit une des ardoises, posa dessus un morceau de crayon, long peut-6tre d'un tiers de pouce, et la fit passer doucement sous la table, hors de notre vue, la tenant par un coin avec une main, comme le ferait quelqu'un qui tiendrait ainsi une ardoiseou quelque objet semblable. Son autre main 6tait en vue sur la table. Elle se balan^a un peu sur son fauteuil, tandis que deux paires d'yeux 6taient fix6es sur elle, et elle dit d'une voix tranquille :
« Les chers Esprits voudront-ils bien 6crire?» ou quelque chose de semblable.
« Ma conscience scientifique fut d6sagr6ablement impressionn6e par ces paroles, car s'il y a une chose que je n'aimepas, c'est justementune chose pareille. Cependant, je ne bougeai point, ot bienl6l tic, tic, tic, on entendit quelque chose sous la table, comme si le crayon 6crivait.
« C'est, en effet, ce qui avait lieu, et Ton peut jugerde mon 6toniiement quand M"'' Francis, pendant que le bruit durait encore, retira lentement Tardoise de dessous la table et qi/alors, la, a d^couvert, en pleine vue, i'quelques pouces devant moi, je vis dislinctement le crayon 6crire de lui-mSme ei finir le dernier ou les deux derniers mots d'une phrase en plusieurs lignes couvrant presque toute Tardoise. Ma femme ne vit pas cela, simplement parce que la
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table inierceptait son regard. Mais que je I'aie vu, exactement comme je le d6cris, c'est la pure v6rit6. Pourabr^ger mon r(§cit^ je dirai que la mfime chose ser6p6ta pendant au moins une heure. A plusieurs reprises, des phrases furent Sorites , comme je Tai dit; une partie de Tdcriturede plusieurs d'enlre elles fnt faile sous les yeux de ma femme, aussi bien que sous les miens, personnetie toiichant au crayon, Plusieurs fois, M"' Francis fit varier I'exp^rience en tenant Tardoise 61ev6e en Tair, au-dessus de la table, el en plagant dessusun mouchoir ou un livre entr'ouvert, pour la proldger des rayons du soleil ; Tdcrilure continuait a se faire, et Ton entendait le bruit comme avant... »
« . . . Je peux coQstater, sans rien pr^juger en particulier, que les mots n'6taient certainement pas .Perils au hasard, car ils formaient des>r6ponses intelligibles et intelligentes aux diverses questions, et constituaient ainsi , jusqu'a un certain point, une conversation continue et rationnelle. Ces r^ponses se rapportaient aussi, en partie, a des personnes, des endroits, des choses, au sujet desquels M"' Francis devait 6tre, huinainement parlant, dans une ignorance complfete. D'ailleurs, ces r6ponses dtaient donndes comme des series de communications venant des esprits de personnos vivantes ou mortes ; elles Tetaient oslensiblement, et M"' Francis le croyait vraiment. De ces personnes^ M"*** Coues et moi, nous en reconnumes quelques-unes que nous avions connue vivantes, etc... »
Les faits, on le voit, se controlent les uns par les
If JO LE PHENOMKNE SPIRITE
autres ; ils out lieu partout et malgre les observations les plus minutieuses, on ne peut d^couvrirde supercheries ou de trues qui les expllquent.
Remapques.
Jusqu'alors, et nous verrons que Ton peut ajouter qu*il en est toujours ainsi, les intelligences qui se manifestent disent toujours qu'elles sont les ames de personnes ayant vecu sur la lerre. Que ce soit par la ' table, par I't^criture, par I'lncarnation ou la psychographie, invariablement rinlelligence qui se manifeste se donne pour un ex-habitant de notre monde ; pourquoi done les n^gateurs s'acharnent-ils a contester cette anirmation ?
En supposant que les spirites soient dans Terreur en altribuant ces manifestations aux Esprits, n*est-ce pas absolument remarquable que le phenomfene, qu'il ait lieu aux Etats-Unis, en Angieterre, en Allemagne, en France ou en Italie, se donrte partout la mSme cause, quels que soient les mMiums et les evocateurs ?
D'ou viendrait cette unanimity si les Esprits n'existaient pas? On admet generalement que des efTets semblables ont des causes semblables : done nous croyons 6tre dans le vrai en attribuant les ph^nom^>ues a ccux qui s'en reconnaissent les auteurs, plutot que de faire de laborieuses hypotheses, s'appuyant sur des faits non demontres, et qui n'ont m^mo pas le merite d'expliquer tons les cas.
Nous avons vu le comte d'Ourches obtenir, par
MEDIUMXITES DIVERSES f<>l
recrilure dire^te, une comm'^nicalion de sa merte : Tecriture elait sembldb-e aux aut-j^r^phes laisses par la comtesse. Qu'objeotera-l-on contre ce fait? Que dire, d'ailleurs, pour doanerune explication plausible quand on volt lecriture se produire sans se servir du crayon, suivant le mi3de habituel? El tonjours, partout, I'inlelligence se manifestant avec des caracteres indeniables. Ck)mbien d'invesligateurs donl « la conscience scienliOque »»esldesaereablemenl impressionnee par Tappel aux Esprils, sont ensuite emus« bouleverses, quand ces m^mes Esprils leur donnent des t6moignages de leur presence I
Poursuivons done noire expos6 par des ph^nom&nes encore plus accentues, plus d^monslralifs, aussi bien affirm6s el controles que les precedents, el nous sommes presque certain que si la croyance aux Esprits n'en r6suUe pas, c'est que jamais une conviction ne sera capable de s'etablir sur le l^nioignagre d'autrui.