LES APPORTS
Nous avons vu la sonnette de M. Crookes 6tre transport^e d'une chambre aTautre. Si cette sonnette ne lui avait pas appartenu, qu'elle fut venue d'une
170 LK ph^:nomene spirite
maison voisine, on aurait appel6 le phdnomfene un ap- PORT.En voici undent M. Wallace se portegarant(l):
« Le trait le plus remarquable de la m^diumnit6 de cette dame (miss NichoU, maintenant M"' Guppy) est la production (2) de Heurs et de fruits dans une chambre close ; la premiere fois que cela eut lieu, ce fut chez moi^mfime,. a Te^poque oh les facultSs de miss N. n*6taient encore que peu d6velopp6es. Tous les assistants ^taient de mes intimes. Le medium 6laient venu d'abord pour le th6, - Ton 6tait au milieu de I'hiver, — et, avantque les fleurs apparussent, elle 6tait rest6e avec nous quatre heuresdurant dans une chambre ivbs chaude et 6clair6e au gaz. Le fait essentiel est que, sur une table nue, dans une petite pitice close et obscure (la salle voisine et le passage dtant bien 6clair^s), une quantity de flours apparurent, qui ne s'y trouvaient pas quand nous avions baiss6 le gaz quelques minutes auparavant. G'6taient des anemones, des tulipes, des chrysanthfemes, des primeveres de Chine, et plusieurs espfeces de foug^res. Toutes etaient absolument fraiches, comme si elles venaient d'fetre cueillies dans une serre. Un fin givre les recouvrait. Pas un p6tale n'dtait bris6 ni froisse, pas une des plus d61icates pointes ou pinnules des foug^res n'6tait hors de place.
(( Je s6chai et conservai tout, en y attachant Tattestation que j'avais obtenue de tous les assistants,
(1) Wallace, Zoc.ciY.. p. 226.
{•2) Le mol production est impropre. C'est apport qu*il faut lire, ainsi que la suite nous Tindique.
SPIRITISM E TRANSCENDAXTAL 171
comme quoi ils n'avaient nullement contribu6^ autant qu'ils pouvaient le savoir, a apporter les fleurs dans la chambre. Je crus a I'j^poque, et je crois encore quMl dtail absblument impossible a miss N. do les avoir cach6es si longlemps, de les elvoir gard^es si parfaites, et, par-dessus tout, de les avoir recouverles tout k fait d'une trds jolie couche de ros6e, exactement semblable a celle qui s'amasse a I'ext^rieur d'un verre a boire lorsque, par une journ6e brulante, il est rempli d'eau glac6e. »
La competence particuli6re d'Alfred Wallace rend cette observation des plus pr^cieuses, car il est difficile qu'une jeune fiUe, dans les conditions indiqu6es, ait pu en imposer au sagace et illustre naturaliste. Poursuivons :
« Des ph^nomfenes similaires ont eu lieu des c€7itaines de fois depuis, en maintes maisons et dans les conditions varices. Parfois les fleurs orit 6t6 amoncel6es sur la table en amples quantit^s. Souvent des fleurs on des fruits demand6s sont apport^s. Un mien ami demanda un soleil, et une de ces fleurs, haute de 6 pieds, tomba sur la table, avec une solide masse deterre autourdesesracines.Unedes^preuves les plus frappantes eut lieu a Florence en presence deM. T. Adolphus Trollope, miss Blagden et le coloael Harvey.
<« La chambre fut fouilI6e par les gentlemen, iM** Guppy fut d^shabill^e et rhabill6e par M"'' Trollope, chaque pifece desa v6ture 6tant examinee. M. et M»« Guppy furent tons deux fermement 6treints pendant qu'on se.tint h. la table.
172 LE PHENOMKNE SPIRITE
« Aprfes dix minutes environ, toule la compagnie s'6crlaqu'on sentaitdes fleurs, et lorsqu'on alluma une bougie, on trouva jque les bras de M"* Guppuy et deM. Trollope 6taient converts de jonquilles, qui etnplissaient la chambre de leur parfum. M. Guppy et M. Trollope rapportent tons deux ce fait dans des termes qui sont, en substance, identiques. » Rapport de la Soci^te dialectique stir le spiritualisme V. pp. 277 et 372.)
Apparitions lumirieuses.
Ayant bien ^tabli que les Esprits peuvent manipuler la matifere vivante sans la d6truire,montrons ce qu'ils sont capables de faire sur eux mftmes.
Revenons a M. Crookes, qui resume ainsi ses observations;
« Ces manifestations, 6tant un pen faibles, exigent, en g6n6ral, que la chambre ne soit pas 6clair6e. J'ai h peine besoin de rappeler a mes lecteurs que, dans de pareilles conditions j'ai pris tons les precautions convenables pour 6viter que Ton m'en imposM par de rtiuile phosphoric ou par d'autre moyens. Bien plus, beaucoup de ces lumi^res 6taient d'une nature telle que jen*ai pu arriver a les imiter par des moyens artificiels. »
Encore un important t^moignage 6manant du physicien remarquable auquel nous devons la d6couver£e de la matiere radiante, car ils'est livr6 Ji de Idngues et savantes experiences sur tons les genres de lu-
SPIRITISME TRANSCEXDAXTAL 173
miferes dues aux effluves filectriques et h la phosphorescence.
« Sous les conditions du controle le plus rigoureux, j'ai vu.un corps solide, himineux par lui-m6me, a peu prfes de la grosseur et de la forme d'un oeuf de dinde, Hotter sans bruit a travers la chambre, s'dlever plus haut que n'aurait pu le faire aucun assistant en se tenant sur la pointe des pieds, et onsuite descendre doucement sur le parquet. Get objet fut visible pendant plus de dix minutes, et avantde s*6vanouir, il frappa trois fois la table avec un bruit semblable a celuid'un corps solide et dur.
« Pendant ce temps, le medium 6tait assis sur une chaise longue et paraissait tout a fait insensible.
« J'ai vu des points lumineux jaillir de c6t6s et d'aulres et se reposer sur la tftte de diff^rentes personnes ; j'ai eu r§ponse a des questions que j'avais faites. par des 6clats de lumifere brlllante qui se sont produits devant mon visage, et le nombre de fois que j'avais fix6. J'ai vu des ^tincelles s'61ancer de la table au plafond et ensuite retomber sur la table avec un bruit tr6s distinct. J'ai obtenu une conversation alphab^tique au moyen d'^clairs lumineux, se produisafit dans Tair, devant moi, et au milieu desquels je promenais ma main. J'ai vu un nuage lumineux flotter au-dessus d'un tableau. Toujoiirs sous les conditions du controle le plus rigoiireux, il m'est arriv6 plus d'une fois qu'un corps solide, phosphorescent, cristallin, a ^t6 mis dans ma main par une main qui n'appartenait k aucune des personnes pr^sentes. En pleine lumifere, j'ai vu un
nuage lumineux planer sur un heliotrope plac6 sur une table h cot^ de nous, en casser une branche et Tapporter a une dame ; et, dans quelques circonstances, j'ai vu un nuage semblable se condenser sous nos yeux en prenant la forme d'une main et transporter de petits objets. Mais cela appartient plutot k la classe des ph^nom^nes qui suivent :
Apparitions de mains lumineuses par ellesmemes ou visibles 8i la lumiere ordinaire.
« On sent souvent des attouchements de mains pendant les stances noires ou dans des conditions ou Ton ne pent les voir. Plus rarement j*ai vu ces mains. Je ne donnerai pas des exemples ou les ph^nomenes se sont produits dans Tobscurit^, mais je choisirai simplement quelques-uns des cas nombreux oh j*ai vu ces mains en pleine lumiere.
« Une petite main d'une forme tr^s belle s'eleva d'une table de salle a manger et me donna une fleur; elle apparut,puis disparut atrois reprises differentes, en me donnant toute facility de me convaincre que cette apparition 6tait aussi r6elle que ma propre main. Cela se passa a la lumiere, dans*ma propre chambre, les pieds et les mains du medium 6taient tenus par moi pendant ce moment
« Dans une autre circonstance, une petite main et un petit bras, semblables a ceux d'un enfant, apparurentse jouant sur une dame qui^tait assise prfes de moi. Puis Tapparition vint a moi, me frappa sur ^e bras et tira plusieurs fois mon habit.
« Une autre fois, un doigt et un pouce furent vus arrachant les p6tales d'une fleur qui (5tait a la boutonnifere de M. Home, et les ddposant devant plusieurs persotines qui 6taient pr5s de lui.
€ Nombre de fois, moi-ni6me et d'autres personnes avons vu une main pressant les touches d'un accordion pendant qn'au naSme moment nous voyions les deux mains du medium qui, quelquefois, 6taient tenues par ceux qui 6taient aupres de lui.
« Les mains et les doigts ne m'ont pas toujours parufitre solides et comme vivants. Quelquefois, il fautle dire,ilsbfrraient plutdtTapparenced'un nuage vaporeux cbndens6 en partie sous forme de main. Tous ceux qui 6taient presents ne les voyaient pas ^galement bien (1). Par exemple^ on voit se mouvoir une fleur ou quelque autre petit objet ; un des assistants verra une vapeur lumineuse planer au-dessus, un autre ddcouvrira une main d'apparence ndbuleuse, tandis qued'autres ne verront rien autre chose que la fleur en mouvement. J'ai vu plus d'une fois d'abord un objet se mouvoir,'puis un nuage lumineux qui semblait se former autour de lui, puis enfin le nuage se condenser, prendre une forme et se changer en une main parfaitement faiLe. A ce moment^ toutes les personnes pr^sentes pouvaient voir cette main. Cette main n'est pas toujours une simple forme ; quelquefois elle semble parfaitement animde et trcs gracieuse; les doigts se meuvent, et la chair sejiible etre
(1) Pour la discussion de ces faits, voir mon livre : le Fpiritisme decant la science ; Chamue], 6diteui% 4" Edition.
170 I.E PIIKXOMENE SPIRITF
atissi hiimaine que celle de toutes les personnes pr6sentes. Au poignet ou au bras, elledevient vaporeuse et se perd dans un nuage lumineux.
Au toucher, ces mains paraissent parfois froides comme de la glace et mortes ; d'aufcres fois elles m'ont sembl^ chaudes et vivantes, et ont serr^ la mimne avec la fevme ^Areinte d'un vieil ami..
« J'ai retenu une de ces mains dans la mienne, bien r6solu a ne pas la laisser 6chapper. Aucune tentative et aucun effort ne furent fails pour me faire lacher prise, mais peu a peu cette main sembla se rdsoudre en vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se d^gagea de mon ^treinte. »
Nous constaterons tout a I'heure quec'estdela meme manifere que des mains s'^vanouirent de monies en paraffine, qu'elles laissferent comme t6moignage de leur existence momentan6e.
Nous voici bien loin des hypotheses de Tautomatisme ou de la personnalit^ seconde : ici nul moyen de nier les Esprits. Bah ! les sceptiques ne sont pas embarras^s pour si peu. Ne pouvant contesterles faits ni les attribuer a la supercherie, ils ont trouv6 rhallucination. Eh quoi I M. Crookes et ses compagnons hallucin^s ? Parfaitement, r^pondent imperturbablement ceux qui n'ont rien vu, rien exp^riment^^ mais qui nient quand m^me^ envers et contra tout. Oui, ceux qui pr6tendent voir cela sont hallucin^s. Patience, nous allons leur montrer prochainementque le fait est positif, car il laisse des traces mat^rielles de sar^alit^. En attendant cette preuve decisive, voici quelques experiences qui prouvent
que les fantomes n'existent pas seulement dans Tesprit des bonnes femmes de la campagne, ou dans rimagination des gens cr^dules.
Formes et figures de fantomes.
« Ges ph6nomfenes sont les plus rares de tons ceux dont j*ai 6t6 t^moin. Les conditions n^ccssaires pour leur apparition semblent 6tre si d^licates, et il faut si peu de choses pour contrarier leur manifestation, que je n'ai eu que de tres rares occasions de les voir dans des conditions de controle satisfaisantes. Je mentionnerai deux de ces cas.
« Au d^clin du jour, pendant une stance de M. Home chez moi, je vis s'agiter les rideaux d*une fenfitre, qui 6tait environ a 8 pieds de distance de M. Home. Une forme sombre, obscure, demi-transparente , semblable a une forme humaine, fut apergue par tous les assistants, debout prfes de la crois6e, etcette forme agitait le rideaii avec la main.
Pendant que nous la regardions, elle s'evanouit, et les rideaux cess^rent de se mouvoir.
Le cas qui suit est encore plus frappant. Comme dansler^cit pr^c^dent, M. Home 6tait le medium. « Une forme de fantome s'avanga du fond de la chambre, alia prendre un accordion, et ensuite glissa de la chambre enjoiiant de cet instrument, Cette forme fut visible pourtoutes lespersonnespr^sentes et en m6me temps on voyait aussi M. Home. Le fant6me s'^pprocha dune dame qui 6tait assise a une certaine distance du reste des assistants; cette dame
poussa un petit cri, k la suite duquel Tombre disparut. »
Dans cos deux r6cits, tous les assistant voient I'Esprit, qui est assez materialist pour agiter des rideaux, se mouvoiret jouerde raccord6on. Si cesont la des hallucinations, il faut avouer qu'elles sent compliqudes. Si ces faits ne se passaient pas au XIX* si5cle, dans rappartement d'un sa\ant offlciel, on croirait lire une l^gende de chateau hant6.
Nos moBurs contemporaines sont peu amies du merveilleux, aussi nous allons voir les precautions prises pour s'assurer que les apparitions ne sont pas de valns mirages deTesprit, mais bien des realites objectives, authentiques et ind6niables.
Les materialisations
On appelle : materialisation y le ph6nomfene par lequel un esprit se montre avec un corps physique, ayant toutes les apparences de la vie normale. Le r^cit suivant, que nous r^sumons, a et6 public par M. Grookes dans differents journaux spirilualisles, en i874.
Si nous laissons constamment la parole au grand chimiste, ce n'est pas par penurie de documents, car les revues spirites contiennent un grand nombre de ces r6cits ; mais afm que le lecteur soit bien convaincu que les faits cit6s ont 6i& observes avec toute lam6thode etlarigueur que les savants apportent dans leurs recherches minutieuses et precises.
En reponse k des accusations de supercheries por-
SPIRITISME TRANSCEND ANTAL 179
t6es contre le medium, — une jeune fllle de quinze ans, nommSe Florence Cook, — M. Crookes fit connaltre ses travaux, qui mettent hors de doute la parfaite bonne foi de cetle jeune personne.
Donnons, tout d'abord, une id^e g6n6rale de ces sortes de stances. Les assistants, assis en cercle, forment g^n^ralement la chalrie, c*est-Ji-dire se donnent tons la main. La lumifere, trfes faible, ne permettrait pas de lire, mais elle est cependant suffisante pour que les exp6rimentateurs se voient les uns les autres. Le medium se trouve le plus souvent dans un cabinet, s6par6 de la salle de reunion par une tenture ou des rideaux. Parfois le cabinet est remplac6 par un angle de la chambre, devant lequel on tend un drap. Si c'est le cabinet que Ton adopte, il est bien entendu qu'il ne doit y avoir aucune autre issue que la salle dans laquelle se trouvent les assistants. Lorsque le medium est intranet, au bout d'un temps plus ou moins long^ on voit la draperie s'agiter et donner passage h une forme d'homme ou de femme, qui vient se promener dans le cercle, causer aux assistants, se faire parfois reconnaltre de Tun d'eux, puis retourner auprfes du medium, et flnalement disparaltre. II est bien certain que cette salle sp^ciale pour le medium, cette semi-obscurit6, sont des conditions qui pr6tentfortement a une suspicion legitime, 6tant donn6e I'^tranget^ des faits produits, mais nous allons voir comment un homme froid et m6thodique arrrive a satisfaire aux conditions de rexp(§rience, tout en s'assurant contre toute fraude. lilcoutons M. Crookes.
18<) IE PHEXOMEXE SPIRITE
Le local. — Les experiences onl lieu chez le savant: « Ma bibliothfeque servil de cabinet noir; elle avail una porte a deux battants, qui s'ouvrait sur le laboratoire ; un des battants fut enlev6 de ses gonds, et un rideau fut suspendu a sa place, pour permeltre a Katie (I'esprit mat6rialis6J d'entrer et de sorlir facilement... J'ai pr6par6 et dispos6 ma blibliotli(^que, ainsi que men cabinet noir, et d'habitude apres que M^'" Cook avaitdln^et caus6 avec nous, elle se dirigeait droit au cabinet, et, k sa demands, je fermais a clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la dur6e de la s6ance : alors on baissait le gaz, et on laissaitM"* Cook dans TobcuritS.
En entrant dans le cabinet, M"' Cook s'6tendait sur Je plancher, la t^te sur un coussin, et bientot elle etait en l^thargie.
Le Medium. — « Durant ces six derniers mois, M'^* Cook a fait chez moi de nombreuses visiles, et y est demeur^»e parfois une semaine enti^re. Elle n'apportait avec elle qu'un petit sac de nuit; ne fermant pas a clef ; pendant le jour, elle 6tait constamment en compagnie de M""' Crookes, de moi-m6me ou de quelque autre membre de ma famille, et ne dormant pas seule, il y a eu manque absolu d'occasion de rien preparer, m6me d'un caract^re moins achev6, qui fut apte a jour le role de Katie King. »
La conviction de M. Crookes sur la sinc6rit6 du medium et sur rimpossibilit^ pour lui de rien simuler de semblable a ce qu'il a constats, delate aussi dans les lignes suivantes :
- Ouelque 6preuve que j'ai propos6e,elle a accepts
SPIRITISME TRANSCEND ANTAL 181
de s'y soumettre avec la plus grande bonne volont6 ; sa parole est franche et va droit au but, et je n'ai jamais rien vu qui pM en rien ressembler a ia plus 16gfere apparence du d^sir detromper. Vraioient je ne crois pas qu'elle put mener une fraude a bonne fin, si elle venait a Tessayer ; et, si elle le tentait, elle serait tres promptement d^couverte, car une telle mani^re de faire est tout a fait 6trang^re a sa nature. Et, quant a imaginer qu'une innocente ^coli^re de quinze ans ait 6t6 capable de concevoir et de mener pendant ^ro«5 «n5 une aussi gigantesque imposture que celle-ci,et que pendant ce temps elle soit soumisek toutes les conditions qu'on a exig^es d'elle, qu'elle ait supports les recherchesles^ plus minutieuses, qu'elle ait voulu 6tre inspect^e a n'importe quel moment, soit avant, soit apr^s les stances, et ait obtenu encore plus de succ^s dans ma propre maison que chez ses parents , sachant qu'elle y venait express^ment pour se soumettre a de rigoureux essais scientifiques, quant a imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernieres annees est le r^sultat d'une imposture^ cela fait plus de violence a la rai-son et au bon sens, que de croire qu'elle est ce qu'elle affirme elle-meme. »
Comment done etait cet Esprit qui, pendant frois ann6es, se montra dans d'innombrables circonstances ?
Katie. — « La photographic est aussi Impuissante h d6peindre labeautd parfaite du visage de Katie que les mots le sont eux-mSmes ci ddcrire le charme de ses maniferes. La photographie pent, il est vrai, donner
un dessin de sa pose ; mais comment pom^rait-elle reproduire la puret6 brillante de son teiut ou Texpression sans cesse changeanle de ses traits si mo* biles, tant6t voiles de tristesse quand elle racontait quelque amer 6v6nement de sa vie passee, tantot souriant avectoutel'innocence d'une jeuneflUe, lorsqu'elle avaitrduni mes enfants autourd'elle el qu* elle les amusait en leur racontant des Episodes de ses aventures dans llnde. (1) »
Mais cette Katie 6tait-elle une apparence, une ombre anim6e, un reflet vivant et pensant? Voici ce qu'ficrit M. Crookes, le lendemain d'une stance k Hackney :
« Jamais Katie n'estapparue avec uneaussigrande perfection; gendant pr5s de deux heures, elle s'est promen6 dans la chambre, en causant famili^rement avec ceux qui 6taient presents. Plusieurs fois, elle prit mon bras en marchant, et Timpression ressentie par mon esprit que c'^tait uno femme vivante qui se trouvait a mon c6t6, et non pas un visiteur do I'autre monde, cette impression, dis-je, fut si forte, que la tentation de r(5p6ter une r6cente et curieuse experience devint presque irrdsistible.
« Pensant done que si je n'avais pas un esprit aupr6s de moi, il y avait tout au moins une dame, je lui demandai la permission de la prendre dans mes bras, afln de me permettre de verifier les int6ressantes observations qu'an exp6rimenlateur hardi avait fait r^cemment connaltre, d'une manifere lant soit peu
(1) La reproduction de la photographie de Katie King est en t^te de ce volume.
prolixe/^Gelte permission me fut gracieusement donn6e,et en consequence, j'en usai, convenablement, comme tout homme bien 6lew6 Tetit fait dans ces circonslances.. M. Volckman sera charm^ de savoip que je puis corroborer^son assertion que le « fantome (qui, du reste, ne fit aucune rt§sistance) 6tait un 6tre aussi materiel que M"« Cook elle-m6me. »
Mais cette Katie 6tait peut-§tre, malgrd tout, M"' Cook d6guis6e admirablement. Non, voici pourquoi.
a Katie dit cette fois (toujours dans la stance de Hackney) qu*elle se croyait capable de se montrer en nci^me temps que M^'* Cook. Je baissai le gaz, et ensuite avec ma lampe a phosphore, je p6n6trai dans la chambre^qui servait de cabinet. Mais, pr^alablement, j'avais pri6]un de mes] amis, qui est habile st6nographe, de noter toute observation que je pourrais faire pendant que je serais dans ce cabinet, car j6 connais Timportance qui s'attache aux premieres impressions, et jejne voulais pas me confier a ma m6moire plus qu'il n'^tait n^cessaire. Ses notes sont en ce moment devant moi.
« J'entrai dans la chambre avec precaution ; il y faisait noir, et ce fut a tcltons que je cherchai M*** Cook. Je la trouvai accroupie sur le plancher.
« M'agenouillant, je laissai I'air entrer dans ma lampe et, a saTlueur, je vis cette jeune dame v6tue de velours noir, comme elle retait au d^but de la stance, et ayant toute I'apparence d'etre compl^tement insensible. Elle ne bougea pas lorsque je pris sa main ettins lalampe tout a fait pr6s de^son visage ; mais elle continua a^espirer paisiblement.
« Elevantla lampe, je regardai autour de moi et je vis Katie qui se tenait debout, tout prfes deM"* Cook, etderrit'ireello. Elle 6taitv6tued'unedraperie blanche et flotlante, comme nous I'avions d6'}h vue pendant la stance. Tenant une des mains de M"' Cook dans la mienne et m'agenouillant encore, j'^levai et j'abaissai la lampe, tant pour 6clairer la figure enti6re de Katie que pour pleinement me convaincre que je voyais bien rdellement la vraie Katie que j'avais pressdedans mesbras quelqueslminutes auparavant, et non pas le fan tome d'un cerveau malade. Elle ne paria pas, mais elle remua la 16te en signe de reconnaissance. Par trois fois diff^rentes, j'examinai soigneusement M*^* Cook accroupie devant moi, pour m'assurer que la main que je tenais 6tait bien celle d*une femme vivante et, a trois reprises difif^rentes, je tournai ma lampe vers Katie pour Texaminer avec une attention soutenue, jusqu'a ce que je n'eusse pins le moindre doute qu'elle 6tait bien Ih devant moi. A la Vm, M'^' Cook fit un 16ger mouvement et aussitot Katie me fit signe de m^en aller. Je meretirai dans une autre partie du cabinet et cessai alors de voir Katie, mais je ne quittai pas la chambre jusqu'i ce que M'^' Cook se fut 6veill6e et que deux des assistants eussent p^n(§tr6 avec de la lumifere. »
Eh bien I diront les incr(§dules achev^s, c'est une hallucination detous les sens, 6prouv6e parM. Crookes. Pour d^truire ce dernier argument, il fautarriver a la photographic de Tapparition, car personne ne supposera, nous Timaginons, qu'une plaque sensible puisse 6lre hallucin^e. C'est un t^moin inin-
telligent, mais irrecusable. Celte preuve absolue fut obtenue, non pas une fois, mais a un trfes grand nombre de reprises diff6rentes. Gitons toujours :
« Ayant pris une part tr6s active aux derni5res stances de M"* Cook, et ayant tr^s Men reiissi a prendre de nomdreuses photographies de Katie King, a I'aide de la lumi^re 61eclrique, j*aipens§ que la publication de quelques details serait int6ressante pour les spiritualistes.
« Durant la semaine qui a pr^c^deje depart de Katie (fesprit avait annonc6 que sa mission 6tait termin6e), elle a donn6 des stances chez moi presque tous les soirs, ailn de me permettre de la photographier a la lumifere artificielle. Cinq appareilscomplets de photographie furent done pr6par6s a ceteflfet. lis consistaient en cinq chambres noires, une de grandeur de plaque enti5re, une de demi-plaque, une de quart et de deux chambres st6r6oscopiques binoculaires, qui devaient toutes 6tre dirigdes sur Katie en mfime temps, chaque fois qu'elle poserait pour obteuir son portrait. Cinq bains sensibilisateurs et fixateurs furent employes, et nombre de glaces furent nettoy^es k Tavance, prfites ci servir, afin qu'il n'y eut ni hesitation ni retard pendant les operations photographiques que j'ex^cutai moi-m6me, assists d'un aide.
, Ceux de nos amis qui etaient presents etaient assis dans le laboratoire en face du rideau,etles chambres noires etaient plac^es un peu derri^re eux, pretes a photographier Katie quand elle sortirait et ci prendre egalement I'interieur du cabinet, chaque fois que le
18() LK IMIKNOMKNK SPIRITE
iidettu berait souleve dana ce but. Chaque soir, il y avail qualre ou cinq expositions de glaces dans les cinq chambresnoires, ce quidonnaitau moinsquinze 6preuves par seance. Quelques-unes se gslt^rentau d6veloppement, d'autres en reglant la lumiere. Malgr6 tout, j'ai qiiarantequatre n^galifs, queiques-uns mediocres, queiques-uns ni bons ni mauvais, d'autres excellents...
« Fr^quemment, j'ai soulev6 un coin du rideau lorsque Katie ^tait debout tout aupres; les sept ou huit personnes qui 6taient dans ie laboratoire pouvaient voir en m6me temps M'^* Cook et Katie fl), sous le plein (^clat de la lumiere (^lectrique. Nous ne pouvions pas^ alors, voir le visage du medium a cause du clitlle que Katie avait mis dessus pour emp6cher que la lumiere ne tombat sur la figure, mais nous apercevions ses mains et ses pieds ; nous la voyions se remuer p^niblement sous les rayons de cette lumiere intense, et par moment nous entendions ses plaintes. J'ai une epreuve de Katie et de son medium
(1) M. Benjamin Coleman Esq 6tait pr68ent &. une stance au gujet de laquelle il ecrit : « M. Crookes souleva le rideau, et lui et moi et quaire autres assistants qui ^taient aupres de moi, vimes ensemble et en m^me temps, la forme de Katie vfitue de sa robe blanche, et k c6t6 la forme du medium couch^, dont la robe 6tait bleue et un chale rouge sur la tete. » M"« FlorencerMarryat, Ross Churchy qui 6tait pr^sente aux trois stances, 9, 14, 21 mai 1874, atteste qu'elle a vu Katie etle mMium ensemble, et qu*elle a senti son corps nu sous son vetement, ainsi que son coeur battre rapidemeni et qu'elle peut certifier que « si c'est une force psychique, la force psychique est vraiment une femme. » Voir aussi d'autres attestations que nous citons dans notre ouvrage ; le Spiritisme , devant la science, pp. 314, 315, 316.
SPIRITISM K TRANSCEND ANTAL 187
photographies ouseuible, iiidis Katie est plac^e devant la tfite de M'*« Cook. »
Nous croyons maintenant que le douts n'est plus possible : Katie et miss Cook sont positivement deux personnalit^s distinctes, et I'objection d'une supercherie ou d*une hallucination collective, atteignant M. Crookes et les assistants, doit 6tre 6cart6e ; il existe bien un Esprit qui apparait et disparalt, mats rien ne prouve encore, disent toujours les sceptiques, que c'est un habitant de I'autre monde. En effet, nous savons maintenant, d'une mani^re a pen pr^s cerlaine, que rindividu humain pent se d6doubler, et pendant que son corps est dans un endroit d6termin6> on peut constater la presence de son double ^ un. autre endroit, souvent fort 6loign6 du premier. Les procfesverbaux de la Sociiti des recherches psychiqiies mentioonent un tres grand nombre de cas, dans lesquels ces doubles de personnes vivantes parlent, d6placent des objets mat6riels; nous pouvons done admettre qu'ils ont une existence objective. AppUquons ces remarques h M"* Cook^ qui nous dit que Katie King n'est pas un-simple d6doublement de Miss Cook?
Laissons encore la parole aux faits, ils vont d6- Iruire cette derniere objection, suprfime ressource dela negation.
a Une des photographies les plus int6ressantes est celle oti je suis deboutii c6t6 de Katie ; elle a son pied nu sur un point particulier du plancher. J'habillai ensuile M"* Cook comme Katie ; elle et moi nous nous pla^ames exactement dans la m6me position, etnous fiimes photographies par les mSmes objectifs, places
188 Lb: PIlKNOMliNE SPIRITE
abijulumeut coinme dans I'aulre experience et ^clair^s par la mfimo luraiere. Lorsque ces deux dessins sont placi^s Tun sur I'autre, les deux photographies de moi coincident exactement quant a la taille, etc., mais Katie est plus graiide d'une demi-tfite que M"* Cook, et aupres d'elle, ellesemble une grosse femme. Dans beaucoup d'^preuves, la largeur de son visage et la grosseur de son corps different essentiellement de sun m6dium, et les photographies font voir plusieurs autres points de dissemblance...
'< J'ai si bien vu Katie r6cemment, lorsqu'elle 6tait 6clairee par la lumiere 6lectrique,qu'il m'est possible d'ajouter quelqaes trails aux differences quedans un precedent article j'ai etablies entre elle et son medium. J'ai lacertitude la plus absolue que M"® Cook et Katie sont deux individualit6s distinctes,du moins en ce qui concerne leurs corps. Plusieurs petites marques qui se trouvent sur le visage de M"* Cook font defaut sur celui de Katie. La chevelure de M''® Cook est d'un brun si fonc6 qu'elle paraitpresque noire; une boucle de celle de Katie, qui est la sous MKS YEUX (i) et qu'elle m'avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes,apr6sravoirsuivie de mes propres doigts j usque sur le haut de la t6te, et m'6tre assure qu'elle y avait bien pouss6, est d'un riche chatain dor6.
« Un soir, je comptai les pulsations de Katie. Son pouls battait r^gulierement 75, tandis que celui de M''® Cook, pen d'instants apr^s, atteignit 90, son
(1) SoulignA par nous.
SPIRITISME TRAXSCENDANTAL 189
chiffre habituel. Eu^appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre un ccBur battre a rint6rieur, et ses pulsations ^talent encore plus r^guliferes que celles du coeur de M^^« Gook^ lorsque aprfes la stance, elle me permettait la mftme experience. Eprouv6s de la mfime maniere, les poumons de Katie se naontrerent plus sains que ceux de son medium, car au moment oii je fis mon experience, M"« Cook suivait un traitement medical pourun gros rhume. »
On a constate, dans tons les cas de teiepathie, que I'apparition reproduit absolument la forme du corps, et les traits du visage de celui qui produit ce phenomfene ; c*est la une caracteristique jamais dementie de ces faits. Or, nous voyons que Katie dififfere notablement de M^** Cook, aussi bien par la taille que par le visage et par les caracteres physiologiques ; done Katie et miss Cook sont deux personnalit6s differentes, aussi bien physiquement que psychiquement. Une dernifere citation va etablir, sur ce point, une conviction absolue :
« Ayanttermine ses instructions, Katie m'engagea a entrer dans le cabinet avec elle et me permit d*y demeurer jusqu'a la fin.
« Apr&s avoir ferme le rideau, elle causa avec moi pendant quelque temps, puis elle traversa la chambre pour aller h M"' Cook, qui gisait inanimee sur le plancher. Se penchant sur elle, Katie la toucha et lui dit: « Eveillez-vous, Florence, 6veillez-vousI il faut que je vous quitte maintenant. »
« M"" Cook s'eveilla tout en larmes ; elle supplia Katie de rester quelque temps encore : « Ma chfere,
je ne puis pas, ma mission «st accomplie, que Dieu vous b6nisse ! » r6pondit Katie, at elle continua de parler a M"' Cook. Pendant quelques minutes, elles causferent ensemble, jusqu'a ce qu'enfia les larmes de M^*' Cook I'empfichferent de parler. Suivant les instructions de Katie, je m'^langai pour soulenir M"* Cook, qui allait lomber sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardais autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. D6s que M"' Cook fut assez calm6e, on apporta une iumi5re, et je la conduisis hors du cabinet. »
Plus de doute possible maintenant. M*^« Cookcause, 6veill6e, avec Katie et M. Crookes. Ce sont bien trois personnalit^s distinctes, dans trois corps diff6reats. ^existence des Esprits est 6tablie irr^futablement. Ceci est si vrai que les savants qui ont entrepris d'expliquer le ph^nomfene spirite, en dehors d'une intervention des d6sincarn6s, n*ont jamais os6 aborder ces remarquables travaux. La, impossibility de nier I'incomparable competence de I'observateur, sa logique rigoureuse, son esprit froid et impartial. On sent dans ces experiences si detaill^es, si bien conduites, un homme qui va a la recherche de Tinconuu, sans hesitations, mais en s'entourant de toutes les precautions possibles. C'est le mfime chercheur qu'au debut, ni plus enthousiaste du merveilleux ph6nom6ne, ni moins determine k en faire connaltre toutes les phases , quelque invraisemblables qu'elles puissent paraltre k ses doctes confreres. Aussi est-ce pour nous, Spirites, un appui inebranlable, ua sir refuge contre tous lessophismes de ceux qui, n'ayant
pas experiments eux-m6mes et n'ayant connaissance que d'un petit nombre de fails, prononcent ex cathedra que le spiritisme n'est qu'une dnerie du monde naissant.
Laissons ces attard6s dans leur ornifere et poursuivons notre expos6.
Un autre cas.
Nous avons dSji dit qu'il existe nombre d'autres experiences trfes bien faites et que nous les passions sous silence, pour r6server la parole au maltre en ces matiferes. Nous ferons cependant une exception en faveur d'un r6cit paru dans le Light, dont nous empruntons la traduction a M. Gardy (1). On verra dans cette experience des details curieux sur la mani^re dont Tapparition se forme. Ce recit est conflrme dans le m6me numero par M. Oxon, qui a vu des seances absolument semblables; nous avons dope un bon garant scientifique de I'exactitude de cette description.
M. J. H. Mitchinerdepeint, d'une manifere trfes circonstanciee, une materialisation creee sous ses yeux. Voici comment il s'exprime :
« En faisant unerevision de mes vieux documents, j'ai relrouve le pompte rendu suivant d*une seance, tenue le 11 f6vrier 1885, qui pourrait interesser nos lecteurs. Je saisque ce phenomfene, auquel j'ai donne le nom d'enfantement astral, a 6te constate dans plus
(I) Gardy, Cherchons, pp. 133, 134, 135.
11)2 LE PHKNOMENE SPIRITE
d'une occasion avec le m6me sensitif. Le cercle se composait de huit personnes, non compris le medium, qualre dames et quatre messieurs.
« La salle resta (§clair6e durant toute la stance par un bee de gaz dormant suffisamment de lumifere pour permettre de voir chacun des assistants et tous les objels saillants de la chambre. Mais il ne m'aurait pas (5t6 possible de lire dans un livre ni de distinguer I'heure h ma montre.
« Apres I'apparition et* la disparition de quatre formes diflerentes et des deux sexes, venues de Tantichambre dans le cercle, M. Eglington, le sensitif, tomba dans T^tat de trance et se mit k se promener en avant et en arriere devant Vassista7ice. Je remarquai alors un objet ressemblant a un mouchoir de poche blanc, qui pendaita sahanchedroite. Get objet^ d'une longueur d'un pied environ, resta pendant quelques secondes balance par les mouvements du medium qui se promenait dans la chambre en chancelanf. Comme j'^tais plac6 a Tune des extr^mitds de la chalne, ma main gauche ^tait libre. S'arr6tant devant moi, M. Eglington me saisit tout k coup la main d'une fagon convulsive et assez violemment pour que son ^treinte fut douloureuse. La substance suspendueason c6t6 commenga alors k descendre versle parquet et a s'accumuler jusqu'a ses pieds, enveloppant ses jambes d'une esp^ce de vapeur blanche, dont je comparai Tapparence a celle du coton card^,
a Pendant ce temps, le medium faisait entendre des g^missements lamentables, et ses contorsions pouvaient faire croire qu'il 6tait en proie h une v6ri-
table agonie. Lorsque la vapeur, si on peut la designer ainsi,eut cess6 des'6coulerdesonflanc, elle se forma en colonne et prit I'aspect d'un corps humain. On la vit alors se condenser, et, avant que les assistants aient pu se rendre compte de ce qui se passait, une forme complete en chair et en os, un grand et bel homme, v6tu de blanc, se trouvait devant eux.
« Le personnage portait toute la barbe, de couleur fonc6e ; il avait quelques pouces de plus que le medium, ce qui^tait facile a constater, vu qu'ils 6taient a c6t6 Tun de I'autre. Esprit et M6dium restferent ainsi en face de nous pendant un moment, le dernier paraissant supporte par le bras de TEsprit, qui le tenait par la taiile. M. Eglington idcha alors ma main et s'61oignant un peu de moi, d'un pas mal assur6, on put distinguer une sorte de ruban blanc, d'environ 4 pouces de largeur, par lequel le flanc du medium 6tait lie a celui de I'Esprit. Je vis alors ce cordon d'enfantement astral se detacher subitement et, aussit6t qu'il fut r6int6gr6 dans le corps de M. Eglington, celui-ci rentra dans le cabinet, ou il se laissa tomber dans son fauteuil^ tandis que I'Esprit restait seul au milieu du cercle, s*y promenait et nous serrait la main, tant a moi-m6me qu'a une ou deux autres personnes. Noustrouvclmes, aprfes son dt§part, ie sensitif dans un tel 6tat d'dpuisement, que las6ance dut 6tre imm6diatement levee. »
194 l.E PH^NOMENE SPIRITE
La Photographic spirite.
La photographie d'une forme spirituelle est sans conlredit une des meilleures preuves de Texistence des Esprits ; nulle th^orie ne peut rendre compte de CO ph6nomfene, en dehors de la science spirile. Nous venons de voir un savant Eminent constater par ce moyen la r6alil6 objective de Tapparition de Katie; nous citerons un certain nombre d'autres t6moi-. gnagnes 6manani aussi d'observateurs instruits, exp6riment(§s etde bonne foi, car on ne saurait trop relever ce ph6nomfene du discredit dans lequel il est tomb6, depuis le proces fait au photographe Buguet, en 1875.
Get industriel, qui n'etait nullement.spirite, aprfes avoir obtenu, par hasard,des photographies d'Esprits rigoureusement authentiques (1)^ ainsi qu*il est facile de s'en convaincre par les t^moignages de quantit6s d'hommes honorablement connus, imagina de f rauder afm d'augmenter ses b6n6fices. II fut condamn6, et une immense d^faveur rejaillit sur les spirites, qui furent englob^s injustement dans cette reprobation.
Afin de bien dtablir comment les spirites s^rieux doivent proc^der, non sealement pour ne pas 6tre dup6s, mais aussi pour acqu6rir la certitude que ce ph^nomtne est bien r6el, voici les conseils donnas par Al. Wallace a ce sujet :
!• — Si une personne connaissant la photographie prend ses propres plaques de verre', examine la
(I) M. Leymarie, Proems des spirites, 1875.
chambre employSe et tous ses accessoires, surveille I'ensemble du proc6d6 pour prendre T^preuve, et si une forme d^finie apparalt sur I'^preuve negative, en outre de la personne qui a pos6, c'est une preuve qu'il y avail la un objetexistant, susceptible de r6fl^chirou d^^mettre des rayons actiniques, bien qu'invisible pour les personnes pr^sentes.
2'* — S'il apparait une ressemblance incontestable avec une personne d6c6d6e, totalement inconnue du photographe.
3° — S'il se produit sur I'^preuve negative des images en relations d6flnies avec la figure de celui qui pose et qui choisit sa propre position, son attitude, ses accessoires, c'est 1&, une preuve que des formes invisibles se trouvaientr^ellement dans le champ de Tobjectif.
4° — S'il apparalt une forme drap6e en blanc, et en partie derri^re le corps opaque du poseur, sans s'6tendre sur lui le moins du monde, c'est la preuve que la figure blanche y 6tait en m6me temps, parce que les parties sombres de Tdpreuve negative sont transparentes, et que toute image blanche superpos6e, de quelque manifere que ce soit^ apparaitrait au travers.
5o Lors mfime que Ton nepourrail employer aucune de ces 6preuves, si un medium, tout a fait distinct et ind^pendant du photographe, voit et d^crit une forme pendant la pose, et qu'une image exactement correspondante apparaisse sur la plaque, c'est une preuve que cette forme se trouvait bien ja^ et dans le champ deTobjectif. »
1»M> LE PHKNOMKNE SPIRITE
Cliacunde cescril^riums asuccessivementet6 employ6 par lous ceux qui out fait ces experiences; ciloiis quelques cas.
Photographies d'Esppits reconnues par
les parents.
tt Le docteur Thomson, de Clifton, a obtenu une photograftliie de sa propre personne dans laquelleil s'est trouve joint a une personne qu il ne connaissait pas. 11 envoya cetle photographic en Ecosse, a son oncle, en lui demandant simplement s'il constatait la ressemblance de celte dame avec quelque personne decedee de la famille. La r^ponse fut que c'6tait la propre m6re du D' Thomson, laquelle 6tait semblable a sa forme lorsqu'elle Tavait mis au monde ; comme il iiexistait pas de portrait d'elle, le docteur n'avait pas eu I'idue de qui ce pouvait 6tre. Uoncle marqua tr5s naturellement qu'il « ne pouvait pas comprendre comment cela s'etait fait, u [Spiritual Magazine^ oct. 1873.)
Voici rallirmation de Wallace au sujet d'une photographic spirite repr^sentant sa mfere, morte depuis longtemps : « Le 14 mars 1874, je suis alle chez M. Hadson, ayant 6Le invil6 a le faire pour la premiere et la seule fois, accompagne de M""® Gnppy comme medium. Je m'atlendais a ce que, si j*obtenais quelque portrait spirite, ce serait celui de mon fr6re diiie, au nom duquel des messages avaient et6 fr6quemment regus par M™® Guppy ; avant d*aller chez Hadson, j'eus une seance avec M"'^ Guppy et j'obtins une communication par coups frapp6s me faisant
SPIRITISM E TRANSCENDANTAL 197
connaitre que ma mbre apparaltrait sur la plaque, si elle le pouvait. Je posai trois fois, choisissant toujours ma propre position. Ghaque fois, sur T^preuve negative,, une seconde figure apparut conjointement avec la mienne. La premifere repr^sentait une personne male tenant une courte 6p6e ; la seconde une personne en pied, se tenant apparemment k quelques pieds de c6t6 et un peu derrifere moi, regardant en bas vers moi et tenant un bouquet de fleurs, A la troisi^me stance, apres nl'fttre plac6 et aprfes que la plaque pr^par^e fut mise dans la chambre noire, je demandai que Tapparition vint prfes de moi, et la troisifeme plaque montra une figure dp femme, se tenant tout centre moi et devant moi, de telle sorte que la draperie dont elle est v6tue couvre la partie inf6rieure de mon corps. J'ai vu toutes les plaques d6velopp6es et, dans chacun des cas, la figure suppl6mentaire se monlra au moment ou le liquide du d6veloppement fut ^tendu, tandis que mon portrait ne devint visible que peut-6tre 20 secondes plus tard. Je ne reconnus aucunede ces figures sur les n^gatifs, mais, au moment ou j'obtins les ^preuves, le premier coup d'cBil me montra que la troisifeme plaque contenait un portrait incontestable de ma mere et ressemblant quant aux traits et a Texpression. Ce n'6tait pas une ressemblance comme celle existant dans un portrait pris durant la vie, mais une ressemblance quelque peu id6alis6e ; pourtant toujours pour moi, une ressemblance a laquelle je ne pouvais me m^prendre. (1) »
(I) Wallace, loc, cit.y pages 225 et suiv.
VM LE PHKNoMF.NK SFIHITK
M. Wallace raconte que M"* Guppyje medium, vi.t a chaque pose une apparition avec des fleurs, ce qui se Iroiivp exact, puisque ces fleiirs apparaissent sur la pliotoprraphie. L'apparKion sur la photographie fut reconnue par le frcre de M. Wallace, habitant la Californie, commc dtant bien sa m^re ; ce cas est done tout a fait probanl et la nulle explication n'est possible, en dehors de la manifestation des Esprits. Cette cause estd'autant moins niable que parfois le medium d6crit exactement j'apparition qui va 6tre photographi(^e. Voici un exemple de ce cas.
• M6diumnite voyante et photographies
d'Esprits.
M. Beattie, pholographe retire, homme des plus honorables, fit des experiences en compagnie du docteur Thomson, dont nous avons d6ja parl6. Parrai les nombreuses 6preuves qu'ils obtinrent, deux sont particuliferement a signaler, en raison des conditions sp6ciales dans lesquelles elles ont 6te produites.
a II y adeuxautres 6preuves prises, comme toules les pr6c6dentes, en 1872, et dont le mddium d^crivit toutes les phases pendant Texposition de la plaque.
« La premiere apparition, dit-il, 6tait un 6pais brouillard blanc , T^preuve sortit lout ombr6e de blanc^ sans trace d'aucun des modules. L'autre photographie fut d^crite a I'avance, comme devant 6tre un brouillard nuageux, avec une personne au milieu, on np voit, dans I'dpreuve, qu'une figure humaine
blanc|ie au milieu d'une surface presque uniform6ment nuageuse.
« Durant las experiences faites en 1873, le m6dium dans chaquecas, d^crivit minutieusementet correctementles apparences qui devaient ensuite se montrer sur la plaque. Dans Tune de celles-ci, il y a une 6toile lumineuse qui rayonne, de grande dimension, portantau centre un visage humain assez visible. Elle est la derniere des trois, sur laquelie une 6toile s'est manifest^e, et le tout avait 616 soigneusement annonc^ par le medium. »
Ces experiences sont une preuve de la mediumnit^ voyante et de la r^alite objective des apparitions. Toutes les d6n6gations du monde ne pr6vaudront pascontre ces faitsauthentiques. Nous allons assister maintenant a une manifestation encore plus caract^ristique du pouvoir de I'Esprit sur la mati^re tangible.
Experiences de M. Aksakof.
Voici le recit resume des recherches du savant russe ; elles furent suscitees par une discussion avec von Hartmann, au sujet de Tobjectivit^ des apparitions. Ces etudes n'ayant pas encore 6i6 imprim6es en France, (1) nous croyons devoir les reproduire un peu longuement, car, non seulement elles confirment les experiences pr^cedemment cities, mais encore elles r6v61entun phenomfene completement inconnu : celui de la photographic dans I'obscurite la plus absolue.
(1^ Depuis r^poquA ou ces lignea furent Sorites (Janvier 1893), le travail de M. Aksakof a para sous le titre: Animisme et Spiritisme*
2<H) KE PHKNOMKNK SPlHITIi
Avaiil d'exposer \vs fails, rappelons bri^veinent I'objection faite par von Hartmann contre la r6alite des photographies spirites.
Cephilosophe nenie pas que Ton ait obtenu des 6preuves photographiques, mais il croit que ce que nous appelons I'Esprit, n'est que le di^doublement du medium; ildit: « C'est-une question du plus haul interest th6orique que de savoir si un medium peut, non seulement exciter chez un autre rhallucination d'une figure^ mais aussi produire en quelque sorte une image reelle, d'une manifere att^nuee dans I'espace r^el, objeclif, de la chambre commune a tous les exp^rimenlaleurs, en projelant en dehors (^ son propre organisme la maliere n(§cessaire a cette formation et en construisant ensuile la forme. Si la sphfere d'action d'un medium 6tait comme une limite invincible, lapreuve de la reality objective du ph6nomene de la materialisation pourrait §tre fournie par des productions mal^rielles durables et au dela de la sphere d*aclion du medium.
« Geci n'6tant pas le cas, et le ph6nomfene dela mal6rialisation semblant en outre se produire au delide la sphere d'action physique, il ne reste apparamment que la preuve photographique pour elablir que le ph^nom^ne de la materialisation a une surface r6fl6chissant la lumifere dans Tespace objectif. Puisqu'un materiel apporte par un medium ne presente aucune securite, une photographic simultanee du medium et du fantome devrait 6tre produite, avant que Tobjectivite put 6tre concedee aux apparitions pergues simplement par la vue des spectateurs. »
Autrement dit, pour qu'une photographie d'esprit soit probante, il faut plusieurs conditions :
1" Queni un photographe de profession ni un medium ne soientadmis aux manipulations ni au maniement de I'appareil ou des plaques, de manifere que toute preparation du chassis ou des plaques (avant qu'elles ne reijoivent le collodion), et aussi toutes manipulations subs6quentes soient exclues.
2® Pour que Tapparition soit bien celle d'un 6tre r^el, et non un d6doublement du medium, il faut que Timage photographique diff^re de celle du medium.
On voit combien les critiques attachent d'importance a la preuve photographique ; c'est qu'elle 6tablit, en effet, irr6sistiblement, la certitude que Ton a bien assists k un ph6nomfene objectif et que Thallucination n'est pour rien dans la vision de Tesprit materialist.
Les experiences de Grookes satisfont h toutes ces conditions ; c'est pourquoi les savants se gardent bien de hasarderune critique de ces travaux ; ils gardent a leur 6gard un silence prudent, mais, comme nous avons d'excellentes raisons pour ne pas les imiter, nous allons citer les remarquables recherches d'Aksakof, et nous constaterons qu'elles confirment absolument celles de I'illustre physicien anglais.
Photographie transcendante en pleine
obscurite.
Les experiences suivantes eurent lieu a Londres, pendant Tannee 1886, dans un milieu absolumenti Tabri de tout soupQon. Les assistants se composaient
de ThOte, personnage noble et tr^s riche, dont M. Aksakof, ne juge pas apropos ded^voiler lenom, de sa dame, dun ami de la maison, du medium Eglinton, et enfin du savant russe.
Les stances eurent lieu deux fois par semaine, dans
una petite pifece situ6e au troisifeme 6tage, de 10 pieds 1/2 de long sur 9 pieds 1/2 de large, n'ayant qu'une fenfitre donnant sur une ruelle, et une porte ouvrant sur un corridor. Les volets furent ferm6s et tendus de deux morceaux d*6toffe de laine, clou6s slir les murs ; de plus, deux 6pais rideaux furent suspendus devant cette fenfitre bouch6e.
Une premifere exp6rience eut lieu le 21 juin, mais ne donna pas de r^sultats. Une seconde stance se tint le 23 juin, et, bien que Ton vitplusieurs point lumineux dans robscurit6, le medium intrans6 annonga que Ton n'aurait pas de pholographie ce jour, mais que la prochaine fois il faudrait placer I'objectif k 2 pieds de distance du medium. Afln de bien pr6ciser son d6sir et d'6viter tons malentendus, M. Aksakof d6clara que son bat 6tait de prouver d'une manifere objective la materialisation des Esprits, et, pour cela, il d6siraitque I'Esprit se fit voir en s'6clairant lui-m6me par une demi-luminosit6 et qu'ii piit ensuite, ayant cess6 d'fitre visible, 6lre photographic. II fut rCpondu par le medium que c*6tait exactement ceque ses guides se proposaient d'accomplir.
La troisi^me s6ance, tenue le 28 juin, ne donna pas encore de r6sultal dCcisif . Les op6rateurs virent devant le m6dium une lumifere continue, mais qui n'avait aucun contour determine; deux expositions
de la chambre noire furent faites avec des plaques achet^es par M. Aksakof. Sur Tune on ne trouva rien, sur I'autre plaque on pouvait discerner une forme sombre, coiff^e d'un turban : malheureusement I'hote, dans son inexperience, se h4tatrop de prendre une empreinte : la gelatine, n*ayant pas eu le temps de s^cher, s'attacha au papier, et le n6gatif fut perdu.
Un insucc^s absolu caract^risa la quatrifeme stance, le 30 juin. Nous reproduisons intentionnellement le r6cit de ces experiences nulles, afin de montrer combien il est necessaire de s'armer de patience dans ces recherches, car, ignorant les conditions n^cessaires a lar^ussite, 11 ne faut se laisser d^courager par des tehees r6it6res, mais pers6v6rer avec patience jusqu'ace qa'on soil parvenu au but. Cependant cette seance ne fut pas tout a fait inutile, car elle donna a M. Aksakof la preuve de la clairvoyance des Esprits. S'etant senti un peu fatigu6, le savant russe s'appuyait centre une armoire en fermant les yeux; aussit6t Joey, Tesprit guide du medium intrans6, dit par son interm^diaire : « M. Aksakof, il me semble que vous dormez. » Or Tobscurite 6tait absolue, et il etait impossible a qui que ce filt de voir son attitude.
Voici le r^cit complet de la cinquifeme stance, qui fut marquee cette fois par un succfes. Nous laissons la parole a M. Aksakof.
a Le 5 juilleteut lieu notre cinquieme stance. A quatre heures de I'apr^s-midi, nous primes nos places dans la chambre dispos^e pour cela, dans laquelle,
Lb PHENOMEXE SPIRITE
durant le jour, nous avions une obscurity complete. L'appareil photographique fat arrang6 Ma lumiere du gaz. Nous l*61oignaines et allumames la lanterne rouge. Je tirai de ma serviette deux plaques, achetdes par moi, et les marquai. Notre h6te les poussa dans le chassis, et celui-ci dans la chambre noire. Eglintoii s'assit devant la fen6tre en se couvrant des rideuux. Nous primes nos places comme pr6c6demment (voir le schema ci-contre), 6teignlmes ialampe, et la chambre setrouva dans une obscurity complete.
Porte sur le corridor
Fenetrc
Ei^linton
o M. Aksakof
L'hote.
M. N., rami.
L'hotesse.
Chambre noire
. « Eglinton tomba promptement en extase et commenga a respirer difficilement, signe pr6curseur da ph6nom^ne. A sa droite, entre Ini et moi, une lumifere strange comnienga a ^merger le long de la fenStre, qui 6tait cependant enti^rement couverte de draps clouds au bois, en dessous des rideaux. La lumiere, qui semblait venir des rideaux, avait environ 1 pied de largeur et 6tait situ^e a 5 ou 6 pieds du sol ; elle n*6tait pas brisee et rayonnait a travers les plis des rideaux. Geux qui 6taient assis devant le medium voyaient non seulement cette simple lumi^re^ mais
une autre semblable a la gauche du medium, et les deux colonnes lumineuses semblaient s'unir audessus d'Eglinton en formant une sorte de berceau. « Au bout de quelques secondes ces lumi^res disparurent, et Eglinton, intrans6 par un de ces guides, nous demanda de joindre nos mains afin de renforcer le ph^nomfene. La chalne ne devait pas 6tre rompue jusqu'au moment de Touverture et du recouvrement des lentilles. Aussit6t que nos mains furent jointes, une grande lumiere parut devant le medium. En regardant attentivement, on put distinguer un corps oval, lumineux, aussi gros qu'un oeuf de cinq pouces de long, qui brillait d'une faible lumiere jaune, et 6clairait quelque chose ressemblant a un amas de voiles, brillant comme de la neige ou de Targent. II semblaitque, bienque cet ceuf fut devant le medium, on ne vlt pas de main.
« La lumifere disparut^ quatre coups furent frapp6s pour Touverture des lentilles, et de nouveau quatre coups apr^s Texposition de dix secondes. Toujours dans Fobscurit^, Thote apporta im nouveau chassis et exposa Tautre plaque. Une lumiere vive parut au mfime endroit que pr^c^demment : c'^tait une masse blanche, lumineuse, de 1 pied de long sur 10 de large, et sur ce fond lumineux, nous vlmes la silhouette sombre d*une main ayant ses doigts en mouvement, puis tout disparut. Une seconde exposition eut lieu et les coups se r6p6l^rent.
« Nous supposions que c'6tait fini ; au lieu de cela, on nous dit par le medium en extase qu'il fallait preparer des plaques aussitot que possible, car il y avait
206 LE PHfeNOMtXE SPIRITE
toujours beaucoup de puissance, el les conducteurs invisibles de Texp^rience ne savaient pas si Texposifion avail eu uneduri^e suffisanle. Pendant celemps, le medium devait rester derriere les rideaux. Nous allumdmes encore la Janlerne rou^e. Je sortis deux antres plaques el les marqnai. En ce cas, non seulement le medium ne put toucher les plaques, mais il ne pouvait m^me les voir. Quand elles furent ins^rdes, nous 6teigntmes la lanterne. D'abord appariit pendant quelques secondes cetle etrange lumiere se produisant au milieu, entre et a Iravers les^rideaux, a droite el a gauche d'Eglinton, qui disparul de nouveau. Nous vlmes alors une masse lumineuse semblable a des voiles formanl de grands plis, et, au milieu, la silhouette noire d'une main dont les doigls se mouvaient qh et la. Tout disparul dans une profonde obscurity, les coups se firent entendre. II y eut une nouvelle exposition, deuxfois aussi longue que la premiere Cetle exposition finie , de nouveau le ph^nom^ne lumineux se produisit, puis Tobscurit^ redevint parfaite; des coups furent frapp^s pour la qualri^me exposition, tout aussi longue que la derniere, enfin d'autres coups annonc^rent la fln de Texp^rience.
« Quand le medium revint a lui, nous allumS.mes la lanterne rouge et proc^dames au d(§veloppement des plaques. Nous commencames par les deux premieres qui avaient 6i6 retirees du chassis el laiss^es de c6t6. Sur la premiere nous ne trouvames rien, sar la seconde rien ; sur la troisieme, rien, sur la' quatrifeme, un r^sultat. Nous vlmes d'abord une tache
noire au milieu, puis bientotcommenga h apparaltre. autour, un dessin qui devint de plus en plus d6fini ; c'6tait celui d'une main avec un voile. Satisfaction g^n^rale k laquelle le conducteur invisible prit part en frappant de violents coups sur le plancher. La stance finita dix heures.
« Quelques jours aprfes, notre hdte tira une 6preuvB et y r6ussit parfaitement. Elle repr^sentait une main nue ; sur son bras, un voile est pli6, couvrant le bras des deux c6t6s et pendant sur le plancher. Sur ce bras et sur cette main, on voif Tombre form6e par les plis provenant probablement d'une lumi^re arrivant d'un seul c6t6. Mais cette clart6 n'avait touch6 que la main et le voile, car, sur le fond obscur de la photographic, on ne pent rien voir, ni le m6dium, ni les rideaux, ni aucun des objets qui 6taient dans la pifece aupr6s du m6dium. Sur le coin droit, nous vlmes ma marque. »
Nous voici done encore en face d'une nouvelle phase du ph6nom6ne spirite. La photographie d*objets invisibles, obtenue dans I'obscurit^ la plus abso* lue. Que d'6tudes interessantes ces experiences remarquables sugg6reront aux savants de I'avenir I Des modes nouveaux de la matiSre se r6v61ent d'une mauifere tangible h Tobservation, et, au lieu de scruter les ph6nom6nes qui ouvrent un champ si vaste et si merveilleux, les savants pr^fferent nous trailer de dupes ou d'hallucin^s. Mais la v6rit6 ne saurait 6tre 6touff6e longtemps, malgr6 T^teignoir offlciel, les recherches continuent : nous connaissons k Bordeaux et k Rouen des groupes oh ces etudes sont
208 LE PHEXOMENE SPIRITE
poursuivies; et bientot, nous Tesp^rons, nous pourrons reproduire ces ph6nomenes et les souinettre au public.
Revenons a M. Aksakof.
Light, 23 avril 1897.
Photographic transcendante d'un esprit dans
robscizpite.
M. Aksakof continue :
Ce rdsultat 6tant obtenu, j^annon^ai au cercle que je consid^rais le fait de la photographie dans robscurit6 comme prouv6^ que je desirais que Ton passSit maintenant a d'autres experiences. En m6me temps, j'exprimai le desir d'instituer une exp6rience de photographie transcendante du genre de celle qiii avait 6i6 produite dans le cercle de notre bote (1). Pendant une pr(5c(§dente visite a Londres, il y a longtenaps, j'^tais ali^chezun photographe spiriteprofessionnel, ■pourobtenir une photographie semblable.
Neconnaissantrien en photographie, je ne pouvais naturellement pas m^assurer par moi-m6me de la r(5alit6 du ph^nomene; cependant je fus oblige de conclure a la fraude; car, apr^s avoir exacfiin6 la plaque qui m'avait 6i6 presentee avant par le photographe^ pour que je puisse m'assurer qu*elle 6tait parfaitement nette, je ne reconnus pas cette plaque
1 Photographie du mMium et d'uft esprit invisible, en plein jour.
dans la negative qu'il me pr6senta comme unr^suUat de m6diumnit6. Elle avait 6t6 pouss^e derri^re une autre plaque. J'avais maintenant I'occasion de faire une experience dans des conditions qui, en cas de succ^s, auraient garanti la nature du ph^nom^ne. La-dessus il me fut dit^ au nom des conducteurs invisibles^ qu'ils voulaient d'abord completer rexp6rience dans Tobscurit^ en photographiant une forme enti^re, et qu'ensuite ils tacheraient de me donner une photographic trascendante de la mfime forme avec le medium par la lumifere du magnesium, et que je ne devais pas quitter Londres sans avoir oblenu des series enti^res de photographies. Je ne d^sirais rien de mieux, et la stance suivante, la sixifeme pour la photographic dans Tobscurit^, fut fix^e au 7 juillet ; mais cette stance n^eut aucun r6sulta1, il n'y cut mfime pas d'exposition. On me dit a cette occasion qu*a la premiere stance je pouvais apporter avec moi de nouvelles plaques. Leur sensibility 6tant si d6\\cate qu*aucune precaution pour garantir le succfes n'etait superfine.
La septieme stance futfixee aul2 juillet. Le temps avait 6t6 pluvieux et donnait pen d'esp^rance de succ^s.
Heureusement la stance etait pour le soir, et, a 7 heures, apr^s avoir dln^ avec notre hole, le temps commenga k s'^claircir et la lune brilla. Un incident tr^s interessant survint. Je dois remarquer d'abord, par rapport a rexp6rience avec la lumifere du magnesium, que je desirais pratiquer d'abord avec le procede entier, de sorte qu'en cas dlnsuccfes nous ne
puissions pas blamer noire manque d'exp6rience.
Me souvenant <le nos preprirations a Saint-P^tersbourfi-, j'avais apporte avec moi tout ce qui ^tait ne- C(*ssaire, et nous nous proposions, apres la cloture de la stance, de photographier un de nous par la lamieredu magnesium. Ala fin de notre diner, peadant une conversation a laquelle Eglinton prit une piirt lr5s active, il fit soudainement un mouvement, se remit et dit : « Quelle chose 6trange, je me sens en ce moment une tres forte influence. » La conversation continua, mais lut interrompue par de lagers coups sur la table, par lesquels nous apprlmes que les couducteurs invisibles des experiences avaient queUiue chose a nous communiquer. La conversation fut de nouveau reprise, mais bientot Eglinton se recula pour se frotter les yeux et les fermer, puis entra en extase, et, se tournani vers moi, me dit a voix basse :
« Victor (le nom du conducteur special de la photograpbie exp^rimentale) dit qu'a cause de la condition d6favorable du temps, qui s'am^liore un peu actuellement, il faut que la stance ait lieu aussi tard que possible, chaque minute de d61ai 6tait en faveur de Texp^rience, car la condition atmosph^rique est pour beaucoup. Occupez-vous done de la photographie pratique, el ayez la seance le plus tard possible. »
Nous aglmes ainsi. Jusqu'a dlx heures, nous flmes de la photographic a la lumiere du magnesium, ce n*6tait pas le premier essai. Sur ces entrefaites, le temps s'^tait tout a fait ^clairci, et la pleine lune 6clairait cette nuit tranquille. A deux heures, nous
noas adonn3,mes k notre stance. Nous arrange3,mes le foyer, eclairames la lanterne rouge et ^teigntmes le gaz. De mon portefeuille (que j'ai toujours port6 et remport^ avec moi) je retirai une nouvelle bolte de plaques, comme on I'avait d^sir6 la dernifere fois, je Touvris et en retirai deux plaques que je marquai en y ^crivant un de mes noms en russe ; sur Tautre, 30 juiu 1886 (vieux style), Notre hdteles mit Iui-m6me dans le chassis ; ERlinton prit place derrifere les rideaux baiss^s de la crois6e. Nous 6teignlmes la lumifere et formames la chalno avec nos mains, Eglinton commenga presque imm^diatement cifitre en extase ; il respirait difflcilement, se mouvant sur sa chaise avec malaise ; mais il se remit h la fin.
Au milieu de la chambre apparut une lumifere i trois ou quatre pieds du parquet, et, k la mfime distance de moi. Elle s'approcha demoi;en la regardant attentivement, je distinguai les lineaments d*une figure pleine entour6e d'un voile, illumin6e par une lumifered'en bas, semblant provenir de la mainde cette forme, qui 6tait appuy^e k sa poitrine et 6tait aussi comme voil6e. Je distinguai parfaitement une grande barbe noire. Comme si elle flottait dans Tair, cette forme s'approchait de chacun de nous et disparut dans i'obscurit^. Quelque temps aprfes apparut une nouvelle lumifere, bleuatre, douce, provenant d'un point dans lequel la lumifere semblait 6tre concentric, et je vis plusieurs fois la m&me forme, mais cette fois tout ci fait pr5s, la se mouvait quelque chose de blanc, vivement illuming.
Je crus d'abord que c*6tait un doigt ; mai* d'aulres
212 LE PHfexOMENE SPIRITE
crurent que c'dtuit une fleur qui, tourn^e de diff6rents c6t6s, se tenait au-dessus du point lumineux qui semblait 6tre le creux de la main droile ; mais je ne pouvais distinguer ni cette main ni I'objet duquel la lumiere proc6dait. La lumifere disparut en deux minutes, et les coups se firent entendre.
L'exposilion dura longtemps, je comptai jusqu'i quarante. Aprfes que la lentille eiit 6t6 ferm6e, notre bote renversa le chassis (toujours dans I'obscuritfi) et exposa I'autre plaque. Nous esp6rions voir reparaltre I'ancienne forme, mais cela n'arriva pas ; une seconde exposition de la mfime dur6e eut lieu, puis Eglinton revint h lui, et a cette fois nous allumames le gaz , ouvrtmes la porte pour laisser entrer I'air librement, et lui donnames quelque chose k boire. Nous nous retranchames et proc6dames au d^veloppement des plaques par la lumifere de la lanterne rouge. Sur la dernifere plaque il n'y avait rien, mais sur la premiere une tache sombre commenga imm6diatement a apparaltre, et le contour de la forme que nous avions vue, avec la fleur k la main, devint graduellenient d6fmie (1).
La stance finit k dix heures et demie. Quant k la fleur, je dois ajouter qu'aprfes la premiere exposition, lorsque nous 6tions encore dans I'obscurit^, notre hdtesse nous dit qu'elle venait de recevoir dans sa main une fleur qui fut trouv^e apr^s parfaitement fralche, c'6tait un lis blanc ; probablement il fut appopt6 par les merveilleux op6rateurs, de la ebambre
(1) Voir la reproduction de cette photographie i la fin du volume, flg. no 1.
SPIRITISMK TRANSCENDANTAL 213
voisine, dans laquelle il y avait une botte de ces fleurs. II ne sera pas non plus inuile d*ajouter que, pendant ces grandes manifestations de lumifere, pas la moindre odeur de phosphore ne se fit sentir.
Sur la premiere plaque pr6par6e par notre h6te, on voyait distinctement une figure pleine, avec de forts sourcils, un grand nez droil, une grande barbe ; le front et la tfite converts d'un voile pendant de chaque c6t^ de la t6te. De la main gauche, dont les doigts sent parfaitement visibles. la forme tient devant elle un lis blanc, dont la blancheur sort avec vigueur du fond sombre de la photographie ; la main droite, dont on ne voit que le pouce, tient les plis d*une enveloppe dans laquelle se trouve un petit corps ovale comme un oeuf. Ge corps semble Stre le point d'6manation de la lumifere avec laquelle cette figure s'illuminait quand nous la vlmes. Sur le fond de cette photographie, comme sur la premiere, on ne voit rien d'autre que la figure. En haut sur le coin droit ma marque en russe, ce 30 juin 1886.
(Ces deux remarquables photographies sont en la possession de VEdictorial Secretary, aLiepsig.)
Ayant ainsi obtenu une conclusion satisfaibante pour mes experiences photographiques dans une obscurity enti^re, je dois n^anmoins remarquer que le but particulier que j'avais entrepris n'avait pas 6t6 atteint. Les photographies obtenues par moi servent de preuve pour un fait physique fort int6ressant : la possibility d'obtenir des r^sultats photographiques dans une obscurity complete, mais, quant au fait de materialisation, il n*est pas prouve par mes deux
214 LE PHiNOM^NE SPIRTTE
photographies, car je ne puis denier la ressemblance entre le m(Sdium et la forme apparaissant sur les photographies, ressemblance confirmee par ceux qui connaissent particuli^rement le medium. Quant a la main, il est difficile de decider si c'est une main d'homme ou une main de femme. Mais c'est justement celte ressemblance qui, a mon point de vue, est la garantie de la v6v'M du ph6nomene de la photographic dans Tobscurit^ (car certainement rien n'aurait 6i6 plus facile que d'6viter cette ressemblance) mais en m6me temps, le D' Von Hartmann a aussi le droit de dire que la photographic repr6sente le medium lui-m6me, agissant en 6tat de somnambulismc, que renveloppement, la barbe, la fleursont des apports, et m^me la photogra phie dans I'obscurit^, le r^suUat d'une force du medium, laquelle selon Herr Von Hartmann est convertible en une autre force physique, et que, par consequent, il n'y a pas de materialisation. » Quand j'expliquai aux guides du medium rinsullisance de nos experiences photographiques a cet egard, et qu'une photographic de cette sorte pouvait seulement prouvcr la matMalisation, si elle repr^sentait une forme n'ayantabsolument aucune ressemblance soit avec le medium, soit avec quelqu'un du cercle, on ma repliqua que dans le cas de non succfes de la photographic d'une forme materialisee avec le medium par la lumiere du magnesium, nous devious de nouveau essayer dans I'obscurite, et qu'on essaierait de developper une forme feminine ; mais, comme I'experience avec la lumiere du magnesium reussit parfaitement, la n6-
cessit6 d'exp6riences ult6rieures dans Tobscurit^ ne se fit pas sentir, et nous n'avions pas de temps pour eiles.
La possibilit6 de photographier dans Tobscurit^, non seulement une forme vivante, soil le medium lui-m6me, son double, ou une forme mat6rialis6e, mais aussi un objet inanime, comme un lis^ je pensai que cette manifere de photographier dans Tobscurit^ serait la plus facile pour obtenir la photographic du medium lui-m6me, et en mfime temps avec la forme mat6rlalis6e, et ainsi serait absolumenfc prouv6 lefait de la materialisation, car la lumi^re du magnesium offreautant de difficult^s, aussi bien pourle medium que pour le ph^nomene. On r^pondit que Ton pourrait essayer plus tard, mais que, pour le moment, il y avaitun programme d'experiences que Ton devait suivre.
Mais, si mes photographies dans Tobscurit^ n'ont pas tout a fait obtenu la fin que je visais, elles offrent n(§anmoins un nouvel objectif et une preuve permanente de la r(5alit6 et de I'ind^pendance des forces dem^diumnit^. Je n'ai moi-m6me aucun savoir professionnel en photographie, mais je comprends, d'apr^s les sp(§cialistes, que la photographie dans Tobscurit6 est une impossibility pratique, quoiqu'ellepuisse 6tre expliqu^e par Taction des rayons ultraviolets du spectre, qui nous sont invisibles, mais qui peuvent influencer la plaque sensible comme les dutres rayons; cependant, pour les recueillir et les appliquer, uos physiciens sont incompetents, et en celaseul consistel'impossibilit^des faits en question.
Nos diffamateurs voudront les attribuer, comme d'autres faits de m6diumnit6,a une fraude certaine; sans nous Iroubler pour expliquer comment ce pourrait (Hre, si quelqu'un, en adraettant que je ne suis pas frauduleux, voulait m'indiquer en quoi le fallacieux des precautions prises par moi consiste, et ou el comment, sous les conditions donn^.es, la fraude cut pu 6tre commise, j'accepteraices indications avec une sincere gratitude, de sorte qu'une autre foisje serai capable de poursuivre les mSmes experiences avec des precautions encore plus grandes.
Photographie transcendante en plein jour,
Dans une seance tenue le 14 juillet, il fut impossible d'obtenir de r^sultats, les conditions atmospheriques s'y opposant. Mais, dans une stance tenue le 19 juillet, on arriva enfm, non sans mal, a constater sur le cliche, en meme temps que la forme d'Eglinton, celle d'un Esprit. Voici le detail de cette experience.
N'ayant plus besoin d'une chambre plongee dans I'obscurite, puisque la photographie devail6tre prise dans les conditions ordinaires, I'hbte avait choisi pour lieu de reunion la salle a manger bien edairee, et, dans un cabinet separe de cette salle par un corridor, il avait instalieun cabinet noir pourle developpement des epreuves.
Le temps, d'abord pluvieux, s'etait eclairci ; chacun prit place dans la salle, et le medium, qui etait dans sa condition normale, s'assit en faoe de Tobjectif. Des coups faibles, a peine distincts, furent frapp6s par
les Esprits, Thdte d^couvrit la lentille, et Texposition dura environ 40 secondes. Aprfes ce temps, de nouveaux coups indiquerent que l'exp6rience 6tait termin^e. Le medium d^clara avoir ressenti une forte influence et qu*il 6tait sur qu'un r^sultat s'6tait produit. Quel fut le d^sappointement des op6rateurs quand,au d6veloppement, rien n*apparut sur la plaque, pas m6me le portrait d'Eglinton ! II 6tait clair que les plaques 6taient d6fectueuses.
Port heureusement toutes les plaques n*6taient pas d'aussi mauvaise quality et, en ayant replace deux dans Tappareil, on obtint sur chacune d'elle le portrait d'Eglinton ; ce r6sultat encouragea les exp6rimentateurs a continuer Texp^rience, apr&s un intervalle pass6 k prendre le th6.
« Nous retournames bientdt, dit M. Aksakof, a la chambre obscure, et nous reprimes nos travaux. Je tirai une quatri^me paire de plaque et les marquai, quand tout a coup Eglinton commen^a a parler en extase, et, au nom de son guide, exprima le regret de notre insuccfes dont la faute ne lui 6tait pas imputable, car-c'§tait sur les premieres plaques quUl devait y avoir un r^suUat tout different. <* Gelles que vous tenez en main, » dit TEsprit, « sont tout aussi mauvaises que les premieres ; il faut en prendre d'autres« » Cons6quemment, j'en pris une cinqui6me paire, d6pliai le papier, et les coups nous avertirent que cette fois les plaques 6taient bonnes. Je les marquai, et nous proc6da,mes a I'exp^rience.
« L'exposition dura longtemps : chaque fois je comptai jusqu'a trente. Quelques moments avant la
premifere, Eglinton s'6cria : « Oh! celte fois, il y a quelque chose, je le sens bion. » Quand nous allames pour d^velopper, il (5tait tout h fait tranquille. Nous conimenQ^mes par la premiere plaque. II y avait sans nul doute un r^sultat, car loute la plaque 6tait couverte de laches ; mais ce qu'il y avait n'6tait . pas ce qu'on pouvait esperer. Sur la seconde apparut seulement d'abord la forme d'Eglinton; quand flnalemont nous portames la plaque au grand jour, nous aperQumes, juste au milieu de la poitrine du medium, une figure entiere repr^sentant un buste voil6f seulement ce buste etait tourne sens dessus dessous, la t6to en bas. II y eut une surprise g^nerale h un r6sullat si inesp6r6 k tous les points de vue. Dans un coin de la plaque etait ma marque ^crite en russe : « A.N. N. Aksakof, 7 juillet 1886. » G'§tait le 7juillet (vieux style).
M. Aksakof de^clare que ce paquet de plaques mauraises, achet6 par lui, ne provenait pas de la maison Marion, dans laquelleil avait Thabitude deles prendre, car il se servait toujours de plaques achet^es et apport^es par lui. Ce detail a son importance, car, si une supercherie avait 6te possible, elle n'aurait pu avoir lieu qu'en supposant qu'un des membres du cercle, r^solu a duper le savant russe, s'entendlt avec la maison Marion pour donner des plaques pr6parses d'avance.
Or, ce jour-la, M. Aksakof dtant all6 chez Marion pour acheter des plaques, on lui r6pondit qu*il n'en restait plus de ce module. II en acheta done ailleurs, et pour ne pas troubler les membres du cercle, il ne
leur avail pas parl6 de cet incident. La preuve 6tait done complete, absolue, et nul soupQon de fraude ne pouvait entacher ces experiences.
Photogpaphie du medium et d'une forme matepialisee k la lumiere du magnesium.
R6solu h poursnivre ses investigations en controlant tons les genres possibles de photographie transcendante, M. Aksakof, connaissant les travaux de Crookeset ses experiences en conapagniedeM'^* Cook, tenta d'obtenirdes photographies dans lesquelles on verrait en mSme temps TEsprit materialise et le medium.
Le savant russe continue :
Nous nous reunlmes pour notre premifere experience h 7 heures du soir, le 22 juillet, et, apres avoir dine avec notre hote, nous commengames nos preparatifs. Pour cette sorte de seance, on avaitrequis une salle dans laquelle on avait m6nag6 un cabinet noir derrifere un rideau. Le salon etait la seule pifece convenable, Tentree etant separee parun large rideau de peluche releve a Touverture par une forte cordeliere de soie. Cette partie de la pi^ce, dont je me decidai h me servir pour un cabinet noir, avait 10 pieds de large sur 14 de long. II y avait une porte et une fenetre ; la premiere, la seule dans le salon, s'ouvrait sur un corridor et pouvait se fermer. La fenfitre donnait sur un passage entre la maison et celle du voisin. Pour obtenir Tobscurite, les volets de la fenetre etaient fermes et couvert d'une peau
220 LE PIIENOMENE SPIRITE
huili^e et d'line serviette de laineassujetties par de petits clous. II y avail quelqnes chaises, une ^tagfere et un piano. Le salon 6tait comme les autres pieces oil nous tenions nos stances, au 3* 6tage.
Avantque notre hote eut dispose son appareil, Kglinton s'assit pres de la fente du rideau,et le foyer dtait a une distance telle que la forme entiere pouvait 6tre prise sur la plaque. A quatre ou cinq pas du rideau, vis-a-vis de la fente qui n'etait pas tout a fait au milieu, mais plutot a droite, on plaga une petite table ronde, a gauche de laquelle 6tait Tappareil ; et, pour retirer la lampe de Taction directe de la lunii^re du magnesium, je mis sur la table un portefeuille comme 6cran, et dans la courbure de cet ^crati j'arrangeai un ri^flecteur concave m^tallique de 7 pouces de diamfetre.
Nous nous consultames plus d'une fois poursavoir comment nous (5clairerions notre salle, suffisamment pour voir ce qui se produirait et serait a la port^e et assez fort pour nous permettre d'att^nuer le magnesium. Nous nous ddcidames pour une petite lampe a esprit de vin, avec une forte m^che de coton ; nous trouvames cette lumiere suffisante apr^s experience. Gette lampe fut placee sur la petite table pr^s da r6flecteur. Pr^sde la, je mis quelques m&ches tissues et 3 bandes k la*magn6sie, chacune de7 ou 8 pouces de long, que je pr6parai moi-m^me. Elles 6taient li^es avec un fil de m6tal a des vaisseaux de verre (glasstachen), et I'ami de la famile, M. N., eut la charge de mettre le feu au cordon de magnesium avec la lampe, a un signal donn^, et de tenir ce cordon
brtilant devant le r^flecteur, ayant soin que les objets a photographier fussent en dedans du champ de lumi6re. Dans des experiences ant^rieures, que j'ai d6ja mentionn^es, nous nous 6tions assures par nous-m6mes qu'au moyen du r^flecteur, un cordon de 3 bandes au magnesium donnait assez de lurni^re pour un r6sullat photographique sufflsant.
« Quand touf fut pr6t, je me retirai avec le maltre de la maison dans la chapibre noire, ou nous avions photographic dans TobscuritC. La, a la clart6 de la lanterne rouge, je tirai deux plaques et les marquai ; Thote les mit dans le chassis, et nous revlnmes au salon, fermant la porte d'entree derrifere nous. Uhote me donna la clef, que je mis dans ma poche.
Nous primes nos places en demi-cercle devant le rideau, ci cinq ou six pas de distance, comme on pent le voir par Tesquisse suivante.
Nous 6claira,mes la lampe a esprit de vin et 6teignlmes le gaz. II 6tait dix heures du soir. Eglinton prit sa place d'abord sur un fauteuil devant le rideau, puis se retira derriere le rideau, oil ii y avait un autre fauteuil pour lui. II y resta plus d'une demi-heure. Rien ne se produisit^ et a la fin il sorlit et commenga a parler en extase, sous le contrdle d'un de ses guides^ qui exprima le regret de la non-r6ussite, ajoutant qu*il faudrait une douzaine de stances pour obtenir le rCsultat d6sir6 et qu'ils doutaient r6ellement sHls avaient le droit d'imposer au medium un pareil 6puisement. N6anmoins la premiere fois ils feraient les plus grands efforts, et,
LE PH^NOBd^KE SPIRITB
si quelqu'un apparaissait, ce serait Ernest lui-mdmey le principal guide du medium. Gela fut dit, parce que, en conversant avant la stance, j'avais exprim6 una opinion que probablement, pour cette sorte d'exp6rience, quelque autre forme apparaltraiL Eglinton, quelques instants apr6s, revint k lui-m^nae et la stance finit.
Porte
Fenetre
Eglinton
Kideau
Eglinton
Table
Aksakof
Luraiere
\ Porte
Jh6te\
lotesse
La 2' s6ance de la serie, et la derni^rede toutes, futfix^eau 26juillet 1886. Le resultat n^gatif des pr6c(§dentes confirma mes apprehensions, et je fus tout^ fait convaincu que rien ne se reproduirait a cette nouvelle occasion. Nous nous r^unlmes a la mfime heure^ et, aprfes tous les preparatifs, j'allai avecThdte dans la chambre obscure, tirai de oaa serviette deux nouvelles plaques, les marquai enrusse : A. Aksakof, 14 juillet 1886 (vieux stylej, et l*h6te
les mit dans le chassis. En retournant au salon, Dous ferma,mes la porte, et nous nous asslmes dans le mfime ordre. Nous allumames la petite lampe a esprit de vin et 6teignlmes le gaz. Eglinton s'assit dans le fauteuil devant le rideau, et bientdt tomba en extase et commeuQa a parler. Nos pr6paratifs 6taient achev^s, etfon nous avait promis que tous les efforts seraient fails pour amener le succ^s, sans qu'il fut assure. Quand il serait temps d'allumer le magnesium, on devait le signifl^r par suggestion de M. N., sur quoi il devait dire: maintenant. Si la premiere experience manquait, nous devious allor dans la chambre obscure pour la photographie ; alors ils s'efforceraient d^^voquer une ombre feminine. D6sinant uiiliser cette derni^re occasion, je me tournai vers le medium avec cette question : Pourquoi, k la derni^re occasion, avons-nous obtenu la presentation d'une tfite dans une altitude si strange ? Mais il me fut r^pondu que ce n'^tait pas le moment d'y r6pondre etque nous Tapprendrions plus tard.
A dix heures moins cinq minutes environ, Eglinton se retira derrifere le rideau; je pouvais lire le temps aumoyen de la petite lampe. Bientdt Eglinton sortit et comment a a recueillir ses forces en se rapprochantde nous, et faisant des passes de nos tfites 6 lui-m6me. II se retira de nouveau derri^re le rideau et s'assit sur le fauteuil devant la fente du rideau, sa figure et son corps tourn6s en entier de notre c6t6. II se mouvait beaucoup, levant et abaissant ses mains. On voyait quelque chose deblanc sur sa tdte. Des coups furent entendus, nous etions dans
rincertitude, les coups furent frapp6sde nouveau.. . faut-il 6clairer ?... Oui, repondirent les coups. Le magnesium futallum(5, I'hote d^couvrit les lentilles,* et je vis par une lumiere 6blouissante la forme d'Eglinton semblant dormir tranquillement, ses mains crois^es devant lui. Sur son 6paule gauche 6lait une troisifeme main avec un morceau de voile blanc, et sur sa t^te, tout pres du front, nous vimes une quatrieme main, qui paraissait completement vivante. L'exposition finie, ces mains ne disparurent pas, mais tir^rent Eglinton en arri^re, et il disparut derrifere le rideau. L'hote changea le chassis et d6couvrit Tautre plaque.
J'avais suppose que la stance 6tait finie, que tout ce qui 6tait possible avait 6te fait : mais, i peine rhote s'6tait-il assis que de derriere le rideau 6mergea et s'avanQa de trois ou quatre pas, une graiide forme masculine, habillee en blanc, la figure avec une barbe noire et un turban blanc sur la t6te. C'est Abdulhah, remarquai-je. Non, r^pliqua Thote, car cette forme a deux mains. La forme d'Abdulhah qui apparut aux stances d'Eglinton et que nous vlmes k Saint-P6tersbourg n'avait que la moiti6 du bras gauche. En consequence, la forme masculine fit un signe d'assentiment en mouvant ses deux bras, les croisa sur sa poitrine, fit un salut de remerciement et disparut derri5re le rideau. Quelques secondes apres Eglinton parut. II s'arrfita en dehors du rideau, et, derriere lui, apparut une autre forme en blanc, la mdme que nous avions d^ja vue. Tons les deux se plac^rent juste devant le rideau, et une voix dit : De
la lumi^re ! Pour la deuxi^me fois, le magnesium flamba,etj*aperQus avec 6tonnement la grande forme embrassant et soutenant Eglinton de son bras gauche. Eglinton 6tait dans une profonde extase et se tenait apeinesurses pieds. J'6tais assis k cinq pas, et, avec r^blouissante lumi6re du magnesium, je pus regarder parfaitement I'^trange visiteur. G'6tait un homme plein de vie. Je vis exactement la peau vivante de sa ilgure, sa barbe noire naturelle,ses 6pais sourcils, et ses yeux brillants, avec lesquels il regardait ardemment et fixement la flamme, qui brula pendant quinze secondes. La forme entifere 6tait habill^e de blanc depuis les pieds, et sa t6te portait une esp5ce de turban. De son bras gauche, il embrassait Eglinton, et de sa droite il tenait son voile. Quand M. N. cria : Main tenant, pour fermer les lentiiles, la forme disparut derri6re le rideau, mais elle n'eut pas le temps d'entralner Eglinton avec elle, et il tomba comme un mort devant le rideau. La situation 6tait critique, mais nous ne bougions pas, sachant que les mc^diums sont sous un pouvoir sur lequel nous n'avions pas de contrdle. Bienl6t le rideau s'ouvrit de nouveau, et la m6me forme apparut pour la troisi6me fois. Elle s'approcha d'Eglinton et se tint debout, puis, se penchant un pen sur lui , commenga a faire des passes sur ce corps immobile. Nous regardions en silence et avec 6tonnement cet strange spectacle. Eglinton commenga a se lever lentement et se mit enfln sur pieds. La forme mit son bras autour de lui et le conduisit derri^re le rideau. Bientdt apr^s
nous entendlmes une voix trfes faiblo, celle de Joey, un des contr6les du medium, qui nous conseillait de mettreicnm^diatement le medium au grand air et de lui donner de l*eau-de-vie et de I'eau. II 6tait dix heures vingt-cinq minutes quand la stance finit ; elle avail dur6, tout compris, trente-cinq minutes. Lh dame de la maison se h&ta vers la porte pour allerchercher de I'eau, mais la porte 6tait ferm6e, et alops je I'ouvris. Eglinton demeurait 6tendu dans son fauteuil, dans une profonde extase. 11 6tait absolument impossible de le tenir debout. Nous le portftmes dans la salle a manger ou nous le mimes dans un fauteuil, pres d'une porte ouverte, mais il roula imm^diatementsur le parquet et fut saisi de convulsions. II y avait du sang sur ses levres ; nous le frottames vigoureusement, lui donnfi.mes des sels a respirer, etc. En un quart d'heure, lui qui 6tait si mal, revient h lui, respira profonddment et ouvrit les yeux.
Je le conflai dans cet 6tat aux bons soins de I'hdte et de Thotesse et allai avec M. N., a la chambre obscure pour d^velopper les plaques. Aussitot que sur une d'elles le contour des deux formes commen^a a paraltre. je me dirigeai en hftte vers la salle k manger pour dire la bonne nouvelle a Eglinton, qui n'6tait pas capable de venir vers nous, mais qui attendaitimpatiemmentdes nouvelles dur6sultat. Lorsqu'il comprit qu'il 6tait parfait, ses premieres paroles furent : Bien, cela sera-il suffisant pour Herr Von Hartmann ? Je r^pliquai : G'est fini maintenant des hallucinations. — Mais Eglinton paya
SPIRITISMS TRANSCENDANTAL 227
Cher son Iriomphe. 11 se passa une heure avant qu'il fut assez remis pour se trainer a la station du chemin de fer souterraii\^.
Les photographies pr6par6es k la h4te sortirent parfaitement le jour suivant, surtoat celle ou se voyaient les quatre mains. Eglinton avait fait ici ce qu*il n'avait pas fait a Saint-P^tersbourg ; supports r^blouissante lumi^re du magnesium avec la plus grande tranquillity^, et les mains poshes sur lui sont parfaitement dicti notes dans la photographie. La main reposant sur son 6paule nous monlre une particularity strange.
II semble que la moiti^ du devant et les doigts du miiieu manquent. Le m^me d6faut arriva k la materialisation.
La seconde photographie est, malheureusement, moins dictincte(voyez fig. 2 de la plancho des gravures). Les deux formes debout dominent un peu, quoiqu'elles ne soient pas tout k fait perceptibles a roBil. — Mais, pour la fin propos6e, le r6sultat est tout a fait satisfaisant.
Remarque de M. Aksakof.
M. Aksakof continue :
Ainsi mes efforts a Londres furent couronn^s de succfes ; j'obtins les series entiferes de photographies promises; j'^tais tout ifait redevable de ce succ^s au Cercle qui avait eu la bont6 de m'admettre pour le projel de mes experiences; Je savais que la premiere condition pour obtenir de bons phenom^nes m^dia-
nimiquos est le Cercle, que tout en depend, mais je n'avais jamais eu Toccasion do me convaincre de cette v6rit6 d*une manifere si frappante. La facility, la ponctualit^, la force et Texaotitude avec lesquelles les ph6nom6nes arrivferent surpassaient beaucoup tout ce que nousavions vu k Saint-P6tersbourg. D'un autre c6t6, la disposition harmonieuse du cercle dans lequel j'6lais admis, la circonstance est certainement tr6s importante que, dans ce cercle, le ph6nom&ne de la photographie transcendante eut 616 d6']h produit, et cons^quemment r6l6ment m^dianimique n6cessaire pour le succfes des exp6riences que j'avais d6sign6es, 61ait d6']h present. Je ne dois pas m*6tendre sur rimportance et Ta vantage d'une maison particuli^reofferte pour poursuivre ces experiences. II n*est pas facile k un stranger de trouver pour cela une place convenable. S'il s'6tait arrange dans une maison particulifere a cat efTet, elles auraient perdu la moitie de leur imporlance De sorte que les bons services qui me furent offerts si volonfcairement par notre bote hospitaller 6taient pour moi d'une valeur importante, et je me trouve oblig6 a lui exprimer ici ma profondo et sincere gratitude, et cela, non seulement en mon nom, mais en celui de tons ceux auxquels le progrfes du spiritisme est cher.
II est necessaire d'ajouter ici que personne a Londres,St Texception des int^ress^s imm6diatement, ne sut rien de ces photographies, qui furent produite au cercle de M. X, notre bote. Ces stances sont tout k fait privies, et aucun r^cit ne fut public dans la presse spiritualiste anglaise. Lors de mon admission
dans ce cercle, il 6tait bien entendu que je ne devais pas publier les noms de ses membres. Quand nos stances furent pass^es, M. X. me dit que si, en presence des r^suUats magnifiques obtenus, je pensais qu'il fut n^cessaire de mentionner son nom, il n'en demaiidait pas plus longtemps la suppression. Je r6pondis que certainement Tadresse du maltre de la maison oil nos experiences avaient lieu serait bien desirable pour en completer le r(§cit, et je le remerciai sincerement de son demi-sacrifice, car c*en est un, dans retat actuel de la question; mais, aprfes avoir examine et c6Mchi sur les experiences que nous avions eues et sur les cas de Grookes et de Wallace, qui n'avaient pu obtenir le credit public a ce sujet, j'exprimai a M. X. ma profonde conviction que la publication de son nom et de son adresse ne serait pas utile, car, dans ce cas aussi, personne ne croirait, excepte ceux qui croyaient deja ou qui le connaissaient personnellement, et que, d'un autre c6te, il aurait a endurer encore les ennuis des railleurs et des curieux de toutes sortes. Je sugg^rai toutefois qu'il serait peut-6tre mieux que je puisse dire, sans publier son nom, que j'avais Tautorisation de lecommuniquer en particulier aux personnes sp^cialement interessees dans le sujet, et que je croirais digne de confiance. Nous tombS.mes d'accord.
Quant aux incr^dules, c'est leur habitude de soup^onner les mediums professionnels de fraude, comma y etant materiellementintereses. II est clair que, dans mes experiences, Eglinton ne pouvait pas seul accomplir les choses que la fraude implique
230 LB nksouksE tpmiTx
On peut supposer son euleute avec les membres du cercle, et mdme avec la boutique ou Ton achate les preparations pour la photographic : M.X, Thdte^est un homme tr^s riche et ind^pendant, de mfeme position que moi : la possibility donnSe d'une fraude de sa part dans Tex^cution aurait et6 tr^s difficile et aurait entrain^ bien des complications, ce qui est un motif sufflsant pour la faire d^couvrir. D'un int^r^t mat6riel> il ne pouvait dtre question. De quel genre toutefois pouvait 6tre Tint^rdt qu'il aurait eu k me tromper ? II eiit ^t^ difficile de le comprendre. Et pourquoi serait-il plutdt le trompeurque moi-mdme? II est bien plus ais6 et plus logique de supposer et d'expliquer la fraude de mon cdt6. Le motif ici est Evident : m*6tant adonn6 au spiritisme^ je devrais le d^fendre k tout prix. J'^tais all6 k Londres moi-m6me, j'avais arrange toutes ces photographies avec Eglinton, et maintenant je faisais une publication.
Mais rincr6dulit6 ne me surprend ni me confond. Elle est tout a fait nalurelle et excusable. Les con-victions ne sont pas dues au hasard, elles sont le r^sultat du cours de la vie, d'une dpoque enti^re, et lacroyance aux ph^nomfenesde la nature ne b*acquiert pas avec la raison et la logique, mais par la force de Thabitude ; et la force de cette habitude fait que le merveilleux cesse d'fitre une merveille.
Je dois dire, surtout, que inon objet immddiat en entreprenant les experiences ici d^crites, 6tait de r^pondre a un homme qui respecte le t^moignage humain, qui en reconnalt la valeur et qui incite ceux qui sont z6Ua pour les phenom^nes mfidianimlques
a rinstitution d'exp^riences semblables. Je rappellerai les mots suivants du D' Von Hartmann, dans Psychische Studie?i, num6ro de 1885, page 50
« Gertainement, c*est une question du plus haut int^rfit th^orique qu'un medium soil capable ou non d^exciter chez un autre I'haUucination d'une figure, mais aussi de representor, a quelque prixque ce soit une materiality att^nu^e d'une mani5re objective dans Tespace r6el d*une reunion, commune a tous les assistants^ en projetant la mati^re pour cette formation de son propre organisme, et ensuite la construction de sa forme, si la sphere maxima de Taction d'un medium etait comme une limite insurmontable la preuve de la realite objective des phenom^nes de Id materialisation, pourrait 6tre fournie par les productions mecaniques de la duree d'un effet, et au dela de la sphere d'action du medium. Comme d'abord ce n'est pas le cas, et en second lieu, que Ton ne voit jamais les phenomfenes de la materialisation se produire au deia de lasphfere physique de Taction, il ne reste d'opposante que lapreuve photographique pour etablir le fait que le phenomene de la materialisation a une surface reflechissant la lumifere dans un espace objectif.
Puisque le materiel restreint du raed^m n'offre aucune sepurite, on devrait voir une prise simultanee du medium et du fantome, avant que Tobjectivite put 6tre concedee aux apparitions apergues seulement par la vue des spectateurs (Spiritisma p. 93, traduction). G'est le but que je vise,et qui a ete enfin obtenu sous les monies conditions que le
D' Von Hartmann nous a impos6es. Et je me permets de croire que le D' Von Hartmann lui-m^me, sur les deux appreciations des conditions physiques et morales que la preuve photographique reclame, et qui ont 6t6 fournies , les trouvera suffisantes pour reconnattre la r6alit6 objective de la materialisation.
Pour 6viter tout malentendu, jeciterai les paroles de Herr Von Hartmann.
« Pour cette 6preuve photographique, je consid^re qu'elle n'appartientni i un photographe de profession ni k un medium admis a Tappareil, aux plaques et au chassis, de sorte que tout soupQon d'une preparation pr^alable, sur le chassis, ou sur la plaque de verre, avant qu'elle ne soit ^tendue de collodion et de tout autre manipulation, soit absolument 6cart6e. Ges precautions n'ont pas, aussi loin que je le sache, encore 6t6 observ^e; en tout cas, elles n'ont pas 616 mentionn^es dans les rapports, et leur importance, toutefois, n'a 6t& reconnue par les reporters.
« Mais, sans elles, une plaque negative sur laquelle le medium et I'apparition sontvisibles simultan§ment n'a pas la moindre force. Les copies positives en papiers de telle plaques ou de quelque multiplication des copies positives ne pcuvent naturellement passer pour de T^vidence. »
Ges conditions cependant, comme on le voit, se
rapportent k la photographie transcendante,qui est la
photographic de la materialisation invisible pour les
assistants. Elles sont superflues pour la photo-
' '> ordinaire d'une materialisation visible pour
tous les spectateurs de la stance. Les r^cits relatifs aux photographies transcendantes, sur lesquelles le medium et les apparitions sont visibles simultan^ment, sont nombreux ; mais, pour les photographies du second ordre, mon rapport paralt ^tre le plus complet jusqu'a ce jour. »
Ces experiences, si bien conduites, si honn6ies et si demonstratives, etablissent avec la dernifere evidence le fait de la photographic spirite,
Non seulement les travaux d^Aksakof confirment toutes les recherches anterieures surce sujet, mais elles nous offrent la preuve absolue de la possibility de photographier en pleine obscurity. Eh bien I ces remarquables travaux out ete passes sous silence, pas une voix ne s'est eievde dans le monde savant pour discuter ces fails ou en fournir une explication plausible, tous les pontifes du savoir ont recuie devant ces phenomfene.s impr^vus qui venaient detruire leurs theories materialistes, et ils esperaient sans doute que Topinion publique n'aurait jamais a juger leurs agissements.
Le jour est venu cependantou il faudras'expliquer : Ou bien tous les recits precedents sont mensongers, et tous les grands hommes cites ne sont que de pauvres dupes, trompees par des charlatants, ou bien ces hommes de science ont bien vu, et il est temps de secouer la torpeur de tous les satisfaits de la science, il est temps de renverser leurs theories surannees pour les remplacer par desenseignements plus vrais, plus justes, plus en harmonic avec les decouvertes contemporaines.
234 LB PH&NOMiCNB SPIRITS
Voici, d*ailleurs, encore un ordre de phSnombnes qui appuient et conflrmeni Louies la sSrie des ma'nifestations spirites expos^es jasqu^alors.
Empreintes et Moulages de formes
inaterialis6es
Aprfes les nombreuses photographies d'Esprits obtenues dans tous les pays, il n'est gu^re possible de mettre en doute I'existence objective de ces esprits, et il r6sulte de ces ph^nom^nes la certitude que r&me, apr^s la mort, n'est pas cette entity que les religions et les philosophies nous avaient habituds a consid6rer.
Le spiritisme enseigne depuis longtemps que le moi conscient ou ftme est entour6 d*une enveloppe subtile appel6e pfiaispaiT (1).
Ce p6risprit est le moule fluidique dans lequel s'incorpore la matifere pendant la vie, c'est lui qui, sous Timpulsion de la force vitale, maintient le type sp6ciflque et individuel, car il est invariable au milieu du flux incessant de la matifere organique. Ge p6risprit ne se d6truit pas k la mort, il se conserve intact au milieu de la disorganisation de la matifere, et c'est en lui que se trouve graves les acquis de rftme, qui peut ainsi se rappeler le pass6.
L'esprit est capable, dans certaines conditions, d'accumuler dans son p6risprit assez de force vitale
(I) Voir mon livre: le Spiritisme devant la science. Chamuel, 6diteur.
■* hi pi
SPIRITISME TRAN8CENDANTAL 235
pour donner une vie momentan^e k Torganisme fluidique ; celui-ci, avec la matifere emprunt6e au mddium, prend la tangibility d'un corps ordinaire; c'ost une creation veritable, mais qui n'a qu'ane dur6e 6ph6mfere, car elle est accomplie en dehors des proc6d6s habituels de la nature (1).
Ce p6risprit, en se concr^tant, pent laisser des empreintes dans des monies de parafflne,sur de la terre glaise ou des feuilles de papier noirci ; nous allons cilerdes exemples de ces diverses manifestations :
Avant d'obtenir des moules de formes materialisdes, on constata que les Esprits pouvaient laisser des empreintes prouvant leur tangibility. Void tout d'abord le temoignage de Zo^llner (2).
« Dans un vase plein de fleur de farine, Timpression d'une main fut trouv6e, avec toutes les sinuosit6s de T^piderme distinctement visibles ; en m6me temps, une portion de la farine portant les traces d'une grande et puissante main, fut laiss6e sur le pantalon de M. ZoSllner au genou, oCi il s*6tait sentit erapoign6 une minute auparavant. Les mains deSlade 6taient constamment sur la table, et en les examinant, on n'y trouva aucune trace de farine. L'impression 6laifc celle d'une main plus grande que la main de Slade.
« On obtint une empreinte plus durable, avec du papier noirci h lalumi^re d'une lampe de p6trole,attach6sur uneplanchette,etsurlequelapparutlamarque
(1) Aksokof. —Voir. — Un cas de d^maUrialisation partielle du corps d^un m/dium,
(2) Eugene Nui. toe. gU., pp. 840, 341, 342.
230 1 LK HHENOMENE SPIRITE
d'un'pied iiu ; a la demande des professeurs^ Slade se leva, ota ses souliers, montra ses pieds, mais aucune trace de noir de fum^e no fut constat^e. Son pied, qui ful mesur6, avail quatre centimetres de moins que rempreinle. Slade etZoellner r6p6tferent rexp6rience en employanl uneardoise au lieu d'une planchetle; Tempreinte, rcQue fut photographi^e et reproduite. Leprofesseurappelie I'attention surce fait que Timpression est 4videmment celle d*un pied qui a- et6 comprim6 par des bottes, uij^doigt 6tant si compl^-, tement convert par I'autre qu'il^n^^st pas visible. Cette empreinte ne pent 6tre produite par--le pied de Slade... » ,•"
« Un essai pour avoir des marques de pied r^ussit sans le toucher de Slade, quoique l,e medium eiit d§clar6 que la chose lui semblait impossible: M. ZoSl- Iner mit des feuilles pr6par§es avec du noir de lampe aTint^rieur d'une ardoise -pliante et pla^a Tardoise sur ses genoux, afin de la tenir sous sa vue, Cinq minutes apr^s^dans une chambre bien 6clair6e,toutes les mains 6tant sur la table, M. ZoSllner remarqua qu'il avait sentl, a deux reprises, une pression sur Tardoise d^pos^e sur ses genoux. .Trois coups dans la table ayant annonc^ que tout etait fini, on ouvrit Tardoise el deux empreintes, Tune d'un pied droit, I'autre d'un pied gauche, furent trouv6es sur le papier dispose de chaque c6t6 de I'ardoise. »
A Naples
Voici maintenant desempreintes laiss6esdansdela farine et de ia terre glaise (1).
Le professeur Chiaia, de Naples, eut aussi des mat6rialisations d'esprit au moyen de son medium Eusapia Paladino ; non content de photographier I'Esprit, il voulut conserver encore un souvenir plus probant, en quelque sorte la forme mftme de Tapparition et, pour cela, il imagina le d^positif suivant : Prenant un plateau plein de farine, il demanda que TEsprit y imprimdt sa figure, sa main, et.le r6sullat fut obtenu, mais un pen confus, a cause de la friabilit6 de la substance employee.
II eut alors I'id^e de se munir de fargile des sculpteurs, et demanda a Tesprit s'il pourrail y creuser le moule d'une t6te. Sur une reponse affirmative, Targilefutmise sur une table et recouverte d'un voile. La salle 6tait dans une obscurity presque complete: mais les cinq personnes qui assistaient a I'expfirience se tenaient toutes par les mains et avaient, par surcroU de prudence, les pieds sur ou sous ceux de leursvoisins. L'Espril ayant signal^ sa presence, on le pria de produire Teffet voulu, ce a quoi il consenlit, et, dL^vhs trois minutes^ il d^clara que c*6lait fini.
Onouvrit les fenSlres, et Ton vit alors la masse d'argile creus^e, ou mieux, comprim^e et prfite i recevoir le pldtre. Le moulage fit venir une belle tSte
(1) Voir Revue spiritef ann^e 1887.
dMiomme sans barbe, d'une grande m^lancolie. Un sculptcur auquel on le moiitra d6clara qu'il lui faudrait une journee de travail pour reproduire en bosseun pareilouvrage. Lafigure 6tait couverted*un voile dont les maillos se voyaient distinctemenksur le piatre etavaient une grande analogic avec un tissu de fll. II ne correspondait a aucun des linges qui se trouvaient alors dans la cliambre, ou que les personnes porlaient sur elles.
Ces experiences se reproduisirenlplusieurs fois, et le moulage amena toujours un r^sultat analogue a la demande faite, avec un plus ou moins grand degrc d'exactitude ou de finesse. Tantot on a d6sir6 une vue de face, tantot un visage de profil, une main d'homme, une main d'enfant, et la demande a 6t6 le plus souvent accueiliie (1).
En Amerique
Nous allons fournir des preuves que le p6risprit est bien le moule fluidique du corps, et nous consla. terons que, dans Tespace, il n'a perdu aucune de ses propri§t6s plastiques : il suffit de lui fournir de la force vilale et de la matiere pour que le corps materiel se reproduise.tolalement ou en parlie (2).
Nous allons encore avoir recours a M. Aksakof,
( t) Depuls cette 6poque^ des experiences nouveUes eurentlieu avec le mdme medium ; on les trou vera consignees dans le livre de M. de ^ochaainiiiMlA: L'extdriorisation de lamotricU€{Chd^maQl,6diieu.r).
(2) Voir mon liyre ; le Spiritisme deoant la science (Chamuel, Aditeur), dans leguel le p6risprit est longuement 6tudi6. Les preuves de son existence pendant la vie et apr^s la mort y sont
TRA.NSCENDAMTAL 2f)d
qui se porte garant de I'authenticit^ des ph^nomfenea ^iuivants, en mSme temps que de la parfaite honorabilit^ et dela capacit6 scientifiquedes observateurs. Nous verrons. une fois de plus, que, de in6me que les autres fails spiriles, ceux-ci se sonl reproduits dans tous les pays.
Voici la mani&re d'opSrer commandment employee dans ces circonslances :
Deux vases renfermanl. Tun de I eau froide, I'aulre de I'eau chaude, sontapport^s dans la salle ou I'exp^rience a lieu ; k la surface de I'eau cliaude flotle une couche de parafflne fondue. Si I'onveut obtenir. pap exemple, le moule d'une main roal6rialis66, on prie I'Esprit de plonger sa main dans la parafflne fluide et imm^diatement apr&s dans I'eau froide, et de r6p6ter plusieurs fois cette operation. De celts mani&re il se forme, k la surface de la main un gant de parafflne d'une certaine ^paisseur, et, quand la main de I'Esprit se d^mat^rialise, elle laisse un moule parfait qu'on remplit avec du pl&tre. II suffit ensuile de plonger le tout dans de I'eau bouillanle, et, la parafdne fondant, il reste une empreinte exacte et fldMe du membre materialist. Une telle experience, faile avec les precautions voulues, nous donnera, d'une fa^on absolument demonstrative, ta copie durable et minutieuse du phenomSne temporaire d'une apparition tangible.
L'idee de I'obtenlion de ces moules est due h M. Denton, professeur de geologie, bien connu en Am6rique. C'esten 1875 quecet experimentateur obtint, pour la premifere fois, le moulage d'un doigt. Voici
240 LE PH^NOMilKE SPIRITE
comment il d^crit le ph6nomfene dans une lettre adressde au Banjier of Light, et reproduite par the Medium en 1875, page 17.
J*appris, il y a quelque temps, que, quand le doigt a 6t6 plong6 dans la parafflne fondue et que celle-ci a ot^ refroidie, on pent la detacher et, dans le moule ainsi formt^, couler du plStre et obtenir, de cette maniere, une tr^s parfaite reproduction du doigt. J'adressai a M. J. Hardy une lettre par laquelle je rinformai que j'avais une bonne maniere d'obtenir des moulages, et lui demandai Tautorisation d'assister aux stances de M""* Hardy et d'essayer d*obtenir le moulage des mains d'Esprit qu'on y voyait si fr^quemment. Conform6ment a Tinvitation que je regus, je me rendis isa residence, muni de parafflne et de platre, et nous commengames nos experiences, aussitotque nos disposions furent prises.
Ignorant le genre d'exp6rience auquel devait se livrer le professeur Denton, on ne peut accuser le mc^dium de s'y 6tre prepare a I'avance.
L'on plaga au centre de la chambre une grande table que Ton recouvrit d'une couverture piqu^e et d'une couverture de piano, de fagon a exclure la lumi^re autant que possible. Sous la table avail 6i6 plac6 un baquet d'eau chaude a la surface de laquelle flottaitla parafflne en fusion. M. Hardy, M"'* Hardy et moi-mfime, 6tions assis autour de la table, nos mains 6tant au-dessus de celle-ci, en pleine lumiere; il n'y avait pas d'autres personne dans la chambre.
Au bout de peu de temps, nous entendlmes un mouvement dans I'eau, et, conformdment a un
message obtenu par coups frapp6s, M""* Hardy pla^a ses mains k quelques pouces sur la table, entre la couvertare piqu^e et la couverture de piano, et regut i des intervalles varies, des monies de quinze a vingt doigts dont la dimension variait depuis celle d'un baby, jusqa'a celle d'un g6ant; la moiti6 de ces doigts sont plus grands que ceux du medium,
lis reproduisent toutes les lignes de la peau, les sillons des phalanges, d*une manifere fort distincte. L'on nous dit que le plus grand 6tait celui du pouce de Big Dick ; il est juste le double du mien i la naissance de Tongle, tandis que le plus petit, avec Tongle parfaitement ddfmi, un petit doigt potel6, ne pouvait avoir 6t6 produit apparemment par personn6 autre qu'un enfant d'un an environ.
Je suls parfaitement sur que, pendant Tobtention de ces monies, la main du medium se trouvait k environ 2 pieds de la paraffme. Beaucoup de monies 6taient encore chauds au moment ou M°® Hardy les retirait des mains qui lui 6taient pr6sent6es ; souvent mSme la paraffine avait encore si pen de consistance que le moule 6tait d6t6rior6.
Je souhaite d*attirer I'attention des Eddys, des Allan Boy, et d'dutres mediums k manifestations physiques, sur cette m^thode par laquelle on pent convaincre les sceptiques de la r6alit4 des formes presentees, etleur d^montrer qu'elles sont distinctes de celles des mediums. Si des moulages de mains plus grandes que celles de n'importe quel homme peuventfitre obtenus — et j*en suis persuade — ils
242 LE PH^NOMiNE SPIRITE
peuvent 6treenvoy6s h distance et produire une Evidence irresistible.
Wellkslay Mass: William Dbnton ».
En operant de la mani^re d^crite ci-dessus, on a obtenu des monies de mains entiferes on de pieds, de la plus grande varl6t6 de conformation,dans une multitude de stances.
Les conditions observ^es dans les experiences et les r6suUals obtenus, furent complfetement satisfaisants; la critique n6anmoins s'en empara et s'effor^a de d^couvrir la fraude, car il devait y avoir fratide.
En premier lieu, Ton sugg^ra que le medium pouvait avoir pr6par6 les monies ant6rieurement, les avoir apport6s aux stances, et les faire passer comme obtenus sur place. Pour ^carter cette supposition, le professeur Denton eut recours a Y6preuve suivante : il pesa la masse de paraffine avant la stance et a Tissue de celle-ci, ce dernier poids fut trouv6 6gal h celui de la masse de parafflne originale. Cette experience fut rep6t6e par trois fois publiquement, devant de grandes assemblies, par le comite choisi par le public lui-m6me, a Boston, a Charlestown, Portland, Baltimore, Washington, etc., et chaque fois avec unsuccfescomplet.
Mais alors surgit une autre objection ; le medium pouvait avoir soustrait la quantite deparaffme voulue avec lespieds ou les mains etla cacher quelque part, et Ton requit que le medium fut enferme dans un sac ; ceai" f"t <'*»u..Dansenvironvingt seances publiqueSjle
medium fut enferm6 dans un sac fortement serr6 autour du cou ; chaque fois le mfime r^su Itat fut obtenu, et toujours sous les yeux da comit6 choisi par le public.
Bienf6tcette6preuvefuttrouv6eencoreinsufflsante; Ton insinua que le medium pouvait avoir d6fait une parlie de la couture du sac et Tavoir recousue aprfes s'6[re servi de ses mains, quoique le comity choisi n'eut observ(§ rien do semblable. Pour ^cartercette objeclion, Ton inventa une condition nouvelle qui devait fournirla preuve la plus absolue de la sinc6rit6 du ph6nomene: le moule devait 6tre produit dansune bolte ferm6e. En r6alit6, comme une telle preuve doitfitre consid^r^e comme la plus 61ev6e et la plus concluante, nous donnerons ici la description de la bolte qui fut pr^par^e pour les experiences, d'aprfes les indications du D^ Gardner.
Voici le r6cit du professeur Denton :
Cette bolte, de forme rectangulaire, mesure 30 pouces de profondeur et 24 ppuccs de largeur. Les quatre montants de la charpenle sent en bois, de m6me que le fond et le couvercle k charni^res: la partie comprise entre le couvercle et le treillage m6tallique est en bois et mesure 8 pouces 1/2 de hauteur.
Cette partie est perc^ede trous 6carl6s d'un pouce environ Tun de Taulre etauxquels Ton donna primitivement un diamfetre de 3/4 de pouce, mais on r6duisit subsdquemment ce diamfetre de 1/4 de pouce k Taide d'une doublure int^rieure.Le fll mdtallique entourant la caisse estd'une seule pi^ce ; les deux extr6mit6s
6lant r6unies dans un mfime coin, celle-ci est couverteen cetemlroit paranebande de bois solidement clou6e. Le couvercle est a deux battants : Tun peut- 6tre flx6 pardeux boulons traversant la charpente de chaque c6t(5, Tautre fut primitivement fix6 par une simple serrure a levier.
Le treillis est fortet mesure 3/8 de pouce de grandeur de maille. Apr6s plusieurs experiences couronn^es de succ^s, on attira Tattention sur certaines d6fectuosit(5s de la bolte, qae Ton perfectionna et r6para de mani^re a (^viter les objections. Les couvercles furent munis de deux serrures, assurant une fermeture parfaite et sure. Les trous du bois furent r6duits com me il est dit plus haut,et aucun d6faut ne fut laiss6 sans correction.
Nous avons 6t6 minutieux dans la description de la bolte, parce que nous la regardons comme Tinstrument d'une preuve tout a fait inattaquable de la bonne foi du medium.
Suiventles details de lexp^rience :
Le lundi 1" mai 1876, se r^unirent dans la maison de M. Hardy, Concord square, n" 4, le colonel Frederick A. Pope, Boston, John Wetherbee, J. S. Drapper , Epes Sargent , M°" Dora Brigham et M°' Hardy. La bolte fut soigneusement examinee. Le colonel Pope, expert en menuiserie, renversa la bolte et v^rifia de tous les c6t6s, en dedans et en dehors, les autres messieurs regardant et examinant aprfes lui par eux-memes. On prit un soin particulier de s'assurer jusqu'a quel point, en employant un instrument de fer, il (§tait possible d'61argir la maille
de la toile m^tallique et de la rapprocher ensuite de maniere a permettre rintroduction d'un objet de plus de un demi-pouce de diamfetre ; dans les conditions donn6, ceci fut trouv6 impossible. L*61argissement de la maille pour rintroduction d'une main ne pouvait se faire sans s^parer puissamment et sans d^filer les fils d'une maniere apparente.
La construction de la boite 6tant satisfaisante pour tous, M. Wetherbee emplit un seau d'eau froide et claire, qui fut plact^ dans la caisse, aprfes avoir 6te examine de tous c6t6s et par-dessous. Le colonel Pope leva le seau contenant Teau chaude sur laquelle nageait une couche de parafTine et le plaga, aprfes examen, dans la caisse ; nous avions 6galement v^rifi6 la parafflne par le toucher ; nous Tagitames, et nous la trouvames 6tre en fusion et bien chaude. Les deux battants du couvercle furent alors abattus, boulonn6s, les serrures ferm6es ; pour comble de s6curit6, quoique la precaution fut inutile, puisque le medium fut en vue tout le temps, on apposa des cachets aux trous des serrures, sur le joint de separation des battants du couvercle et aussi sur les joints de separation des deux cotes. La chambre 6tant eclairee, nous pouvions tous voir et vlmes en realite, a travers le treillis m6tallique, qu'excepte les sceaux et leur contenu, il n*y avait rien d'autre dans la caisse. Dans le but de produire une chambre noire pour la force op6rante, on jeta un voile sur la bolte, tandis que la lumifere eclairant la chambre fut moderee, mais seulement k un point tel qu'il nous etait possible de distinguer
246 lj: ph&nomene spirite
rheure k nosmontres, devoir nos figures etnos mouvemenls, y compris ceux du medium. M""' Hardy prit une chaise et se plagaen front du cercle, juste derrifere la caisse. a Tun des c6t6s 6troits. M. Hardy se tint 61oign6 et se plaga au dernier rang des per-^ sonnes pr6sentes ; Ton n'apporta aucune restriction k la liberty d'action de celles-ci. II n'y eut ni chants ni bruit, quoique Ton tint conversation a voix basse la plupart du temps. M°*' Hardy etait dans son 6tat normal, ais^e etnon pr^occup6e ; Tharmonie du cercle 6tait parfaite, et tous les yeux observaient le medium. A Toccasion , s'il eut fallu poser une question a la force op^rante, la r^ponse eut 6t6 obtenue au moyen de raps (Ij.
A la fin, aprfes une attente d'environ quarante minutes, une suite rapide de joyeux coups annonga Tobtention d'un r6sultat. Tout le monde se leva de sa chaise; nous enleva.mes ledrap, regardames atravers le treillis m6tallique et apergumes, flottant dans le seau d'eau, un moule parfait d'une grande main. Nous v6rifiames alors les sceaux ; ils etaient intacts. Nous ^prouvames a nouveau les c6t6s de la bolte ; bois et fils m^talliques etaient en parfait etat. Nous enlevames alors les sceaux des serrures, ouvrlmes celles-ci, deboulonnames les battants du couvercle, soulevames le seau et nous prtmes le moule. Nous vlmes ainsi, et croyons encore, qu'il n'y a pas moyen d'6chapper a la conviction que le moule ait 6te form6 sur place par une force capable de mat6rialiser les
(1) Coups irapp^s.
SPIRITISME TRANSCEND ANTAL 247
membres d'un organisme, tout k fat distinct du corps physique du medium (1),
En Angleterre.
M. le D' Nichols avec Eglintoa comme medium, fit une experience dans des conditions identiques. Dans ce cas^non seulement les mains at les pieds du ni6dium furent visibles, mais Ton obtint un r6sultat dont I'iniporlance git dans le fait que les moulages, fails d'apr^s les moules oblenus k la stance, consistaient en mains qui fureiit reconmies,
Voici Tarticle du D' Nicliols dans le S^jiritual record de d6cembre 1883 :
Pendant le s6jour de M. Eglinton chcz moi, h, South Kensington, nous essaydmes Texp^rience pour obtenir des moules de mains d'Esprits. Ma flUe « Willie », dont j'ai dejJi donn6 des dessins ou de r^criture, promit de tenter I'essai et de nous pr6senter jin moule de sa main ; nous flmes en consequence les pr^paratifs voulus. Nous achetdmes 2 litres de la meilleure parafflne telle qu'elle est employee pour r^clairage, substance blanche, cireuse, mais un peu plus cassante que la cire : je la fondis dans mon 6tude, et jela jetai dans un seau i moiti6 plein d*eau chauJe pour la tenir 11 aide. Je remplisalors un autre seau d'eau froide.
(1) La fabrication d*un semblable moule est tout h. fait impof« sible, car la main gantde de paraffine ne pourrait sonir du moule Sana le briser, le poignet etant plus 6tioit que la m.In. Si on coupait le moule, les joints se verriientsur le pl&tre.
248 LE PHfeNOMENE SPIRITE
Nous avions invito un cercle choisi d'environ douze personnes ; le seul stranger 6tant un m^decin allemand le D" Fri<ise, que les investigations spirilualistes intdressaient. Un rideau s6parait un coin de notre salle de seances. M. Eglinton 6tait assis derrifere, au milieu, au point oii se joignaient les rideaux, et en face de lui se tenait assis le D*" Friese qui lui tenait les mains. Le gaz brillait brillamment, de telles sorte que Ton se voyait distinctement. Quand lout fut pr^t, j'apportai les deux seaux de mon 6tude, et je les pla^ai dans le coin de la chambre, derrifere le rideau, a environ 6 pieds de M. Egliuton, dont les mains, comme il est dit ci-dessus, 6taient saisies par le D' Friese ; les personnes et objets se trouvaient done places dans Tordre suivant : .
Les deux seaux M. Eglinton Rideaux.
D. Friese.
Les assistants 6taient assis autour de la place, aussi loin que possible du rideau ; chacun 6tait distinctement visible ; personne n^etait proche des seaux ou ne pouvait les approcher, Au bout de quelques secondes, nous entendlmes des voix dans le coin, pres des seaux, et des clapotemenls dans I'eau. Puis, apr^s les signaux fails au moyen de coups frapp^s, j'accourus et apportai les deux seaux de derriere le rideau. Dans I'eau froide nageaient deux mains de parafTme solidifi^e. L*une d'entre elles ressemblait a un gant blanc 6pais d'alb^re, Tautre 6tait semblable, mais plus petit. Quand je pris la plus grande masse, je la trouvai
creuse et vis qu'elle pr^sentait la forme d*une main humaine. La plus petite 6tait le moule d'une main d'enfant. Une dame pr6sente reconnut une particularity : une 16g5re deformation qui 6tait propre a sa fiUe, qui se noya dans I'Afrique australe h. rage de cinq ans. Je portai les deux seaux dans monde 6tude, laissant nager les moules dans Teau, fermai la porte et mis la clef en poche.
Le lendemain matin, nous nous procurames du fin pl§,tre de Paris, que nous trempames et introduislmes dans le grand moule. Pour obt enir le moulage, le moule lui-m6me devaitfitre sacrifi^.Le moule d'une main humaine avec tous ses doigts s6par6s, n6cessiterait 20 pieces, dorit chaque joint serait visible dans le moulage obtenu. Ge que je fis consistait uniquement k introduire le plMre fluide dans le moule, a le laisser durcir et sacrifier ensuite le moule, en le faisant fondre dans I'eau chaude. La belle main de ma fille Willie avec ses doigts sveltes, artistiques, et leur pose gracieuse, juste comme elle les tenaiten les plongeant dans la parafTme chaude — presque bouillante — se trouve maintenant sous verre sur ma chemin6e. Quand je place ma main dans la m6me position, la ressemblancedu moulage, quoique celuici soif plus petit d'un tiers, frappe tous ceux qui le voient ; cela ne ressemble pas. aux mains de convention que font les sculpteurs. G'est une main pure, naturelle, anatomique, avec chaque os et chaque tendon et dont les plus fines lignes de la peau sont clairement marqu6es. G'6tait la main que je connaissais si bien durant sa vie mortelle et que j'ai si sou-
250 LE ph£nom£:ne spirite
vent vue et sentie quand elle 6tait mat6rialis6e. » Nous ferons remarquer que le Spiritisme n'a invents aucune th6orie pour expliquer les faits : ou biencesont lesEsprits eux-mSmes qui ontd^crit leur 6lat dans I'espace, ou bien les experiences auxquelles ils out pr6L6 leur concours ont 6tabU les conditions danslesquelles ils vivent lorsqu'ilsontquitl61a terre. Nous avons conslat^ avec Kalie King que TEsprit mat(5rialis6 est v^ritablement une femme, qu'elle respire, que son coBur bat, en un mot qu'elle a tons les caract6res physiologiques d'un 6lre vivant. Voici maintenant que les moules en paraffine reproduisent des membres du corps avec les os, les tendons et jusqu'aux plus petites lignes de la peau ; la mftnie observation est applicable aux empreintes laiss^es par le pied nu, dans Texperience deZo6llner,en compagnie de Slade.
Que conclure de ces faits, sinon que le perisprit, c'est-a-dire I'enveloppe. fluidique de I ame, est bien le moule dans lequel s'incorpore la matiere terrestre pendant rincarnalion? A la mort, les elements qui formaient le corps humain relournent a la nature, mais I'enveloppe indefectible de I Esprit subsiste et conserve tons les acquis, toiiles les propriet6s qu'elle avait sur la terre. Vient-on a lui fournir de la matiere et de la force vitale, aussiLot cet organisme entre en fonction et reproduit Tindividu; mais celle vie est momentan^e, temporaire, car elle est anormale, aussi n'a-t-ellequ'uneduree Ires reduite, et rarement le ph^nom^ne atteint rintensit6 qCie nous lui avons vue Chez William Grookes.
LE SPIRITISME ET LA P5YCE1IATR1G 251
Dans un autre ouvrage intital6 : L'Evolution ani~ miqtie*, nous ^tudions en detail tous ces phSnom&nes, en montrant le rflle du p^risprit pendant la vie. Nou3 voyons commentce p^risprit a pu acqu^rir ses proprieties fdnctionnelles el en mSme temps nous 6tablissons ses rapports avec I'Esprit, dontil coistitue ce que Ton a nomm6 I'inconscient.
En regard de I'explication spirite, i\ n'est pas inutile de montrer comment des savants incr^dules, obligiSs de se rendre a I'^vidence des fuits, essayent deforgerdestli^oriespourexpliquerces ph6nomfenes, si en dehors de leurs idi5es sur la force et la mati&re. Voici le r^cit des experiences du professeur Lombroso, racont6es par lui-mSme :
Le Spipitisme et la Psychiatrie.
EXPLICATION PSYCHIATRIQUE DE OKRTAINS FAITS SPIRITII8
Par le professeur C. Lombhoso.
Peu de savanls ont 616, plus que moi, incr^dules au spiriLisme. Pour s'eu convaiiicre, il sufftt do consuUer mon ouvrage Pazzi ed aitomali (les Fous et les Anormaux) comme aussl mes Stiidi sid I/motismo (Kludes sur I'Hypaotisme) dans lesquels je me suis iaiss6 aller presque jusqu'a insulter les spirites. Je trouvais et je tcouve encore aujourd'hui plusieurs assertions des spiriles compl&tement inadmissibles : ainsi, par example, la possifaililo de faire causer et agir les morts. Les morts n'^taot qu'un amas de
< Get oQTrage est en lenU chez Cbamael, dJiteur.
252 LE PHfeNOMfeXE SPIRITE
substances inorganiques, il vaudraitautant pr6tendre que les pierres pensent, que les pierres parlent.
Une autre raison de mon incredulity, c'etait Tobscurlti^ ou se passent presque toujours les experiences, carun physiologiste n'admetque les faits qu'il peut bien voir en pleine lumi^re.
Mais, apres avoir entendu quelques savants nier des faits d'hypnotisme, comme la transmission de la pens6e, la transposition des sens qui, pourfitre rares, n'en sont pas moins positifs et que j'avais constat6s de visu, je fus amen6 a me demander si mon scepticisme a regard des ph^nomenes spirites n'6tait pas de m^me nature que celui des autres savants pour les phenomfenes hypnotiques.
L'ofTre m'ayant 6t6 faite d'examiner les faits produits en presence d*un medium vraiment extraordinaire, — M*"" Eusapia, — j'acceptai avec d'autant plus d^empressement que je pouvais les 6tudier avec le concours d'ali^nistes distingu6s(Tamburini, Virgilio, Bianchi, Vizioli), qui ^taient presque aussisceptiques que moi sur la question, et qui purent m'assister dans le controle des ph^nom^nes.
Nous primes les plus grandes precautions. Ayant examine la personne d'apr^s la methode de la psychiatric moderne, nous avons constate une remarquable obtusite du tact (3, 6), des troubles hysteriques, peut-6tre meme epileptiques, et des traces d'une blessure profonde au parietal'gauche.
Les pieds et les mains de M""* Eusapia furent immobilises par le docteur Tamburini et moi, a Taide de nos pieds et de nos mains.
Nous avons commence et termini nos experiences avec la lampe allum^e et, de temps en temps, un de nous faisait craquer a Timproviste une allumette pour 6viterloute supercherie.
Les faits observes furent assez singuliers : nous piiines constater en pleine lumifere le soul^vement d'une table et de nos chaises, et nous avons trouv6 que Teffort fait pour les abaisser 6quivalait a ufi poids de 5 a 6 kilos. Sur la demande d'un des assistants, — M. Giolfi, — qui connaissait le medium depuis longtemps, des coups se firent entendre a Tint^rieur de la table. Des coups (dans un langage conventionnel, soi-disant spirite) r^pondaient tout a fait a propos aux demandes faites sur I'Sge des personnes pr4sentes et sur ce. qui devait arriver et arriva en effet au moyen d'un soi-disant Esprit.
L'obscurit6 faite, nous commenQ^mes a entendre plus forts les coups donnas au milieu de la table, et, peu aprfes, une sonnette, plac^e sur un gu6ridon a plus de 1 mfetre d'Eusapia, se mit a sonner dans Tair et au-dessus de la tSte des personnes assises, puis descendit sur notre table. Quelques moments apr^s, elle alia se placer sur un lit 6\o\gn6 de 2 metres du medium. Pendant que, sur la demande des assistants, nous entendions le son de cette sonnette, le D' Ascenti, sur I'invitation de Tun de nous, alia se placer debout derri^re M™® Eusapia, et il fit craquer une allumette, de sortequ'il put voir la sonnette suspendue en Tair et allant tomber sur le litderri^re le medium.
Ensuite, et toujours dans Tobscurit^, nous entendlmes une table remuer et, pendant que les mains du
lOi
medium 6taient toujours bien serr^es par le D'Tamburini et moi, le professeur Vizioli se sentaitou tirer la moustache, ou picoter les genoux, par des contacts paraissant venir d'lino main petite e froide.
Kn m6me temps, je sentis ma ohaise enlev6e sous moi, puis bientot remise a sa place.
Une lourdo tenture de i'alcove, plac^e k plus de 1 mfetre du medium, se transporta tout a coup comme poussee par le vent vers moi et m'enveloppa complytement. J'essayaide m'ea d^barrasser, mais jen'y rdussis qu'avec beaucoup de peine.
Les autres assistants apergurent, k 10 centimetres environ de ma tdte et de celle du professeur Tam-r burini, des pelites flammes jaun^tres. Mais, ce qui m'(§tonna le plus, co fut le transport d'une assiette pleine de farine, qui eut lieu de fagon quo celle-ci resta coagult^e ainsi que de la gelatine. Gette assiette avait <He plac^e dans I'alcove, a plus de I mfetre 1/2 de nous; le medium avait pens6 a la faire bouger, mais autrement, c'est-a-dire en nous saupoudrant la figure evec le contenu.
M™" Eusapia avait dit, au milieu de ses convulsions : « Prenez garde, je vous saupoudrerai le visage a vous tous avec la farine qui se trouve ici. »
Lalampeayant 6t6 aussitot rallumde, nous romplmes la chatne que nous faisions autour de la table, et nous trouvames Tassiette et la farine transportdes.
Pen aprfes, nous viraes un gros meuble plac6 plus loin que I'alcove, a 2 metres de nous, s'approcher lentement vers nous comme s'il dtait portd par quelqu'un. On auraitdit un gigantesque pachyderme s'a-
Derniferement je r6p6tais ces experiences avec les professeurs de Amicis, Chiaia, Verdinois ; j'ai vu un siege sauter d'en bas sur la table et retourner en bas ; j*avais fait tenir deux dynamom^tres a M°'« Eusapia. lis marquerent 37 et 36 kilos. Pendant la stance, et tandis que nous serrions les mains du medium, elle nous dit : « Mainlenant on force les machines. » Nous faisons la lumi^re, et les deux dynamomfetres, qui 6taient loin d'elle (1/2 mfetre), marquaient 42 kilos.
Des experiences analogues ont 6te ex^cutees par les D" Barth et Defiosa, qui m'ecrivent avoir vu et entendu plusieurs fois une sonnette tinter dans Tair, sans 6tre agit^e par personne. Le banquier Hirsch, qui se trouvait avec eux, ayant demands a causer avec une personne qui lui etait chfere, il vit son image et Tentendit parler en frangais (elle 6tait frangaise et morte depuis vingt ans).
De mfeme le D'^Barth vit son pere mort et se sentit i deux reprises embrasser par lui. Tousvir.MiL d.^s petites flammes sur la tSte de M"® Eusapia.
UExplication.
Aucun de ces faits (qu'il faut pourtant admettre, parce qu'on ne peut nier des faits qu'on a vus) n'est de nature a faire supposer, pour les expliquer, un monde different de celui admis par les neuro-palhologistes.
Avant tout, il ne faut pas perdre de vue que M™® Eusapia est n^vropathe, qu'elle reQut dans son enfance un coup au parietal gauche, ayant produit un trou
assez profond pour qu'on puisse y onfoncer uu doigt, qu'elle resta ensuite sujette k des accfes d*6pilepsie, de catalepsie, d'hyst6rie, qui se produisent surtout pendant les pli(5nomfenes m6dianimiques, qu'elle pr6sente enfln une remarquable obtusit^ du tact.
C'(5taient des n^vropathes aussi, ces mSdiums admirables tels que Home, Slade, etc.
Ell bien ! je ne vols rien d'inadmissible k ce que, chez les hyst6riques et les hypnotiques, Texcitation de certains centres, qui devient puissante par suite de la paralysie de tous les autres, et provoque alors une transposition et une transmission des forces psychiques, puisse aussi amener une transformation en force lumineuse ou en force motrice. On comprend ainsi comment la force que j'appellerai corticale ou c^r^brale, d'un medium, pent, par exemple, soulever une table, tirer la barbe de quelqu'un, le battre, le caresser, ph^nomfenes assez frequents dans ces cas.
Pendant la transposition des sens due h rhyst6risme, quand, par exemple, le nez et le menton voient (et c'est un fait que j*ai vu de mes yeux), alors que pendant quelques instants tous les autres sens sont paralyses, le centre cortical de la vision, qui a son sibge dans le cerveau,acquiert une. telle ^nergie qu'il se substitue a I'oeil. C'est ce que nous avonspu constater, Ottolenghi et moi , chez trois hypnotis6s, en nous servant de la loupe et du prisme.
Lorsque le sujet suggestionn^ voit un objet sugg^r^, et surtout lorsqu'il ne voit pas une chose existante qu'on lui sugg^re de ne pas voir (suggestion negative), malgr6 qu'il I'ait sous les yeux, le centre
visuel cortical rem place alors ToBil : il voit quand Toeil, lui, ne voit pas ce qu*il devrait voir.
Les images provenant d'excitations int6rieures, telles que les hallucinations sugg^r6es (comme par exemple lorsqu'on fait voir au sujetune moucheimaginaire sur du papier blanc) Sg comportent chez quelques hypnotises comme 6tant r^elles. II faut done admettre qu'elles procfedent du cerveau h la peripheries c'est-a-dire en sens contraire des images vraies, qui se portent de la peripheric au centre. En effet, elles subissent les modifications qui peuvent provenir des moyens interposes.
Ainsi nous avons essaye de faire voir une mouche imaginaire k un sujet hypnotique; nous flmes avancer et retrograder cette image dans I'espace, et la prunelle variait comme si Timage etait reelle; bien plus, a Taide de la loupe la mouche imaginaire etait grossie ou diminuait suivant les mouvements de la loupe. Nous reusslmes mSme a obtenir du suggestionne I'emploi d'un prisme imaginaire comme s'il existditreellement. Mais, pour que cela arrive, il faut que le centre cerebral de la vision soit substitue h. Torgane de la vision mSme,c'est-Ji-dire que le cerveau voie comme voit ToBil.
Examinons maintenant ce qui arrive quand il y a transmission de pensee. Dans certaines conditions, trfes rares, le mouvement cerebral que nous appelons pensee se transmet a une distance petite ou considerable. Or, de la m6me maniere que cette force se transmet, elle pent aussi se transformer et la force psychique devient force motrice : il y a dans recorce
c6r6brale des amas de substance uerveuse (centres nioteurs)(iui president pr6cis(5mentaaxmouvements, et qui, 6lant irritt^s, comme chez les 6pileptiques, provoquent des mouvements tr^s violents dans les organes moleurs.
On m'objeclera que ces mouvements spiritiques n'ont pas comme interm6diaire le muscle, qui est le moyen le plus commun de transmission des mouvements ; mais lapensee non plus, danslescasde transmission, ne se sert plus de ses voles ordinaires de communication, qui sont la main et le larynx. Dans ces cas, pourtant, le moyen de communication est celui qui sert k toutes les Energies et qu'on pent nommer, en se servant d'une hypotli^se constamment admise, Tether, par lequel setransmettentlalumiere, r61ectricit6 , etc.
Ne voyons-nous pas Taimant faire mouvoir le fer sans aucun intermediaire visible?
Dans les faits spiriLes, le* mouvement prend une forme, so rapproclianL davantage de la volitive, parce qu'il part d'un moteur qui est en m6me temps un centre psycliique : I'ecorce cdrebrale.
La grande difYicuU6 consiste a admettre que le cerveau est I'organe de la pensee et que la pens^e est un mouvement ; car, du resLe, en physique, il n'y a pas de difficulty a admettre que les (Energies se tran s forment et que telle Anergic motrice devient lumineuse ou calorifique.
Apr5s I'ouvrage de M. Janet sur I'automatisme inconscient, il n'y a plus a chercher, a expliquer le cas des mediums ^crivains.
Ce m6diuLii qui croit 6crire sous la dict^e du Tasse ou de I'Arioste et qui <5crit des vers indignes d'un lyc6en agil dans uii 6tal a demi somnambulique, oil, grace a Taction pr^ponderante de Th^misphfere droit pendant linactivil^ de Th^misphfere gauche, il n'a pas conscience de ce qu'ii fait et croit 6crire sous la dict^e d'un autre.
Get 6tat d'activit6 inconsciente explique les mouvements et les gestes que pent faire une main sans que le reste du corps et Tindividu y participent, et qui paraissent 6tre Teffet d'uno intervention 6trangfere.
Beaucoup de faits spiritiques ne sont que Teffet de la transmission de la pens^e des assistants plac6s prfes du medium, autour de la soi-disant table spiritique qui, jusqu'^ un certain point, favorise cette transmission, parce que, comme je Tai observ6 autrefois, les transmissions arrivent plus facilement a petite distance de I'hypnotis^ et mieux avec ceux qui se trouvent en contact avec lui. Lat table autour de laquelle on forme la chalne est une cause facile de contact et une cause certaine de rapprochement. Aussi, j'ai toujours vu les faits spiritiques (avoir la barbe tir6e, les mains touch^e) arriver plus souvent aux personnes qui sont le plus pres du medium.
Lorsque la table donne une r^ponse exacte (par exemple, quXnd elle dit Tage d'une personne que celle-ci est seule a connaltre), lorsqu'elle cite un vers dans une langue inconnue au medium, ce qui 6tonne 6trangement les profanes, cela arrive parce qu*un des assistants connalt cet ago, ce nom, ce vers et y fixe sa pens6e vivement concenirde a i'occasion de la
s6ance, et qu'il transmet ensuite sa pens^e au medium, qui Texprime par ses actes et la r6fl^te quelquefois chcz un des assistants.
Justement parce que la pens^e est un mouvement, non seulement elle se transmet, mais encore elle se r^fl^te. J'ai observ6 des cas d'hypnotisme oii la pensee non seulement se transmettait, mais se r6fl(§tait en bondissant chez une troisi5me personne qui n'^tait ni I'agent ni le sujet et n'avait pas 6te hypnotis6e. C'est ce qui arrive pour la lumifere et Tonde sonore.
Si, dans la reunion assembl^e autour de la table myst^rieuse, il n'y a personne qui sache le latin, la table ne parle plus latin. Mais le gros public, qui ne fait pas cette reraarque, croit tout de suite que le m6dium parle le latin par Tinspiration des Esprits et croit aussi qu'il pent converser avec les morts.
Ainsi s'expliquaient les cas de MM. Hirsch et Barth, qui virent leurs parents morts et entendirent leurs voix. La pens^e de la femme ayant 616 transmise au medium , rebondit sur eux, et comme la pens^e prend chez tous les hommes la forme d'image fugitive, a cause de la rapidity avec laquelle s*associent les id^es, ils virent Timage de leurs parents, dont ils avaient la pens^e et le souvenir tout a fait vivants.
Quant aux photographies spirites, j'en ai vu plusieurs, mais pas une dont je sois sur. Tantqueje n'en aurai pas obtenu une moi-mfime, je ne pourrai 6mettre aucun jugement.
L*objection faite par la plupart des gens est celleci : Pourquoi le medium, M""® Eusapia, per exemple, a-t-il un pouvoir qui manque aux autres ?
De cette difiT^rence avec tout le monde surgit le soupgon d'une duperie, soupgon naturel, surtout chez les ames vulgaires , et qui est rexplication plus simple, plus dans le gout de la multitude, qui 6vite de r6fl6chir, d'6tudier.
Mais ce soupgon disparall dans Tesprit du psychologue vieilli dans I'examen des hyst6riques et des simulateurs.
11 s'agit d'ailleurs de faits tres simples et assez vulgaires (tirer la barbe, soulever la table) a peu pr6s toujours les mSmes et qui se r^pfetent avec une invariable monotonie, tandis qu'un simulateur saurait les changer^ en inventer de plus amusants et plus merveilleux.
En outre, les charlatans sont trfes nombreux, et les m6diumstrfes rares. En Italie, j*en ai connu seulementdeux, tandis que j'y ai trouv6 et soign6 plus d'une centaine d'hyst6riques simulatrices.
Si les fait spiritiques 6taient toujours simul6s, ils devraient 6tre tr6s nombreux et non des exceptions.
Je le r6pfete, on doit chercher la cause des ph6nomenes dans les conditions pathologiques du medium mfime, pr6cis§ment comme je Tai d6montr6 pour les ph6nomfenes hypnotiques.
Et la grande erreur de la majority des observateurs est d'6tudier le ph^nomfene hypnotique et non pas le terrain ou il nalt. Or le medium, M"« Eusapia, pr6sente des anomalies c6r6brales trfes graves, d'ou vient sans doute I'interruption des fonctions de quelques centres, c6r6braux, tandis que s'accrolt TactivitS d'autres centres, notamment des centres moteurs.
VoiI& la cause des singuliers ph^nom^nes m^dianimiqu^s. Quelquefois ies ph^nomenes sp^ciaux aux hypnotises et aux m6diums arrivent, il est vrai, chez des individus normaux, mais au moment d'une profonde Amotion, chez \i*s mourants, par exemple, qui pensent k la personne ch^rie avec toute T^nergie de la p6riode pr6agonique.
La pens^e se transmet alors sous forme d'image, et nous avons le fantome qu'on appelle aujourd'hui hallucination v6ridique ou t616pathique.
Et justement parce que le ph6nom6ne est pathologique et extraordinaire, on le rencontre ^seulement dans des circonstances graves et chez des individus qui ne pr^sentent pas une grande intelligence, du moins iTinstant de I'acces medianimique.
11 est probable que, dans Ies temps lr5s recuI6s, quand le langage 6tait a I'^tat embryonnaire, la transmission de la pens6e 6tait beaucoup plus fr6quente, et que beaucoup plus frequents aussi 6taient Ies ph6nomfenes m^dianimiques, qu'onappelait alors magie, proph^tie, etc. Mais avec le progr^s, avec le perfectionnement de I'Scriture et du langage, le moyen de la transmission directe de pens6e fut destine a disparaltre complfetement, 6tant devenu inutile et m6me nuisible et peu commode, parce qu'il trahissait Ies secrets et communiquait Ies id6es avec une exactitude insufflsante.
Quand Ton eut enfin compris que ces formes n6vropathiques n'avaient pas Timportance qu*on leur attribuait etqu'elles 6taient palhologiques et non divines, on vit diminuer et disparaltre Ies magies, Ies
fantfimes, les soi-disantmiracles, qui gtaient presque tous des ph^nomfenes r^els mats ra6dianimiques.
Chez les peoples civilises, oq ne rencontra plus toutes ces manifestations qu'en des cas raros, landis qu'elles continuent sur une vaste i5c!iellQ chez les peuples sauvages et les individus nSvropathiques.
Etudions, observons done, comme dans la nfivrose, es couvulsions, I'hypnotisme, le sujet plus que le ph^nomfene, etnous Irouveronsl'ex plication do celuici plus complfete et moins merveilleuse qu'elle ne semblaittoutd'abord. Pour le mouient, d6flons-nous de cette prStendue finesse d 'esprit qui consistea voir parlout des simulaleurs et a nous crnire senls les savants, tandis que pr6cis6men( cotte pretention pourrait nous plonger dans I'erreur.
Turin, 12 mars 1892. Lombroso.
Observations sur la theorie du professeup Lombroso
Les savants, en g^n^ral, sont I'ort circonspects lorsqu'ils se trouvent en face d'un phdnomfene pen connu ou encore insufflsamment 6tudifi. En physiologie, ils se garderaient bien de faire une hypoliifese pour expliquer un fait, avant d'avoir longuement experiments et r6uni un nombre considerable de faits pour appuyer leur manifere do voir, S'agit-il de spirilisme, veils que toute cette prudence diaparall et que 'e savant se met a batir des syst&mes, tous plus invraisemblables les uns que les autres.
Nous avons vu pr6c6demment les thi^ories de Babi-
264 LL PH^NOMfeNE SPIRITE
net, de Faraday, de Chevreul, sur les tables tournantes. Nous savons ce qu'il en reste maintenant, depuisles experiences de Crookes et de la Society Dialectique deLondres. Voici le professeur Lombroso qui tombe aujourd'hui dans le m6me travers et qui, imm^diatement, apr^s deux stances seulement, a trouv6 une explication en dehors de la doctrine spirite. A-t-il vu tons les ph6nom5nes produits par les Esprits ? L'^criture directe, la photographie des Esprits materialises et les moulages ? Non. II n*a constate la realite que d'une toute petite parlie du domaine spirite, et, malgre ce maigre bagage d'observations, il ne craint pas de proclamer urbi et orbi qu'il connalt la cause de ces phenom^nes. Nous le voyons dans son expose faire un mea culpa au sujet de la realite des fails, qu'en bon materialiste il a nie longtemps. Nous sommes certains que, si le professeur Lombroso veut poursuivre ces etudes, il en fera bientot une autre, a Texemple de ses savants confreres : Wallace, Mapes, Robert Hare, Varley, Fechner, etc. Eux aussi avaient cru tout d'abord a une action inconsciente du medium, mais une etude plus attentive les a convaincus que cette hypothfese n'etait pas recevable, et ils n'ont adopte les affirmations spirites que lorsqu^il ne leur a plus ete possible d'en trouver d'autres plus rationnelles.
Examinons la theorie Psychiatrique du ceifebre criminaliste; nous allons voir qu'elle n*est ni probante ni nouvelle. Nous retrouverons reunies ces vieilles connaissances des spirites appeiees : Transmission de la pensee, inconscient ou personnalite seconde ;
mais le ppofesseur les allies ensemble par la t!i6orie de la transformation de la force, de sorte qu'en y joignant rhaliucJnation, qu'il ne pouvait d^cemment oublier, nous avons la collecUon presque complfcte de ces objections sans fondement conire notre doctrine, qui tralnent un pen partout depuis vingt ana.
Cette resurrection, moins merveilleuse que celle de Lazare, 6tait-elle bien n^cessaire? Il^las 1 non, car toutes ces hypotheses n'ont pas acquis une vertu nouvelle en vieillissant, et ies fails, toujours plus nombreux et mieux Studies, leur ont donn6 des d(5mentis tellement flagrants qu'il nous paralt presque inutile de pourauivre cette discussion. II sufflt de renvoyerpurementet simplementle professeur Lombrosofi I'^tude ; cependant, ce serait peut-fitre peu r6v6rencieux de notre part. Voyons done rapidement les pi^cesdu proc&s.
La Eusapiaest n^vropathe, hyst^rique, c'estenteodu; nous supposons qu'elle ait mfime toutes les anomalies imaginables du systfeme nerveux. Gela explique-t-il :
1* Que- la sonnette se promfene dans I'espace '?
2* Quele gros meuble sed6 place com me un paehyderme?
3" Que Tun des honorables professeurs ait la barbe lir^e a plusieurs reprises ?
4° Que I'assiettede farinesoit transporlfie?
Evidemment non, car la force qui cmane du medium n'a pas, que nous sachions, de mains. Or, comment une force agit-elle sans aucun interm^diaire? Que cette force soit capable de produiro des iueurs.
c*est d6j& difficile iicomprendre, mais cela pourrait h la rigueur s'expliquer par une transformation de celte 6nergie qui s'^chappe du medium; mais que cette force agisse de manifere a caresser quelqu*un, voiI& quelque chose d'absolument incompr6hen6ible.
Que rather soit le v6hicule de la force, nous en tombons d'accord, mais cette force n'a pas d'organe; la volont6 du sujet (autre difficult^, carilfaut admettre que c'est une volont6 inconsciente, deux mots qui jurent d*6tre accoupl6s) ne pent pasremplacer des mains. Supposons que nous ayons un souffle assez puissant pour d6placer un meuble, ce souffle sera, si Ton veut, Timage de la force qui 6mane du m6dium, le souffle qui peut h la rigueur soulever une table ou faire mouvoir sur le plancher un buffet, pourra-t-i! promener en I'air une sonnette, ou tirer labarbe d'un assistant?
Certainement non, et Texplication du professeur laisse prodigieusement a d6sirer, tellement m6me, qu'elle est inadmissible.
Le professeur Vizioli sentait le contact d*une main petite et froide : comment la force du medium s'6taitelle transform6e en main ?
Le professeur Lombroso reconnalt que le cerveiau voit sans le secours de Toeil.
Nous lui demanderons respectueusement qui voit ?
Sont-ce les couches corticales, les centres optiques ?
Mais ce sontde simples amasde mati&re phosphor6e«
et jamais de la vie ils n'ont 6t6 dou6s de la propri6ti de voir !
Tl n'y a que cette chambre noire qui s'appelle Tceil
LE SPIHITISME ET LA PSTCHIATRIE 267
qui soit capable d'emmagasiner les rayons lumineux et de nous donner ta sensation de ia lumi^re.
Gependantvousreconnaissez, savant docteur, que la vues'exerce par lecerveou sans appareiloptiquB; done rame existe : c'est elle qui voit, comme cela lui arrive apr^s la mort, quand elle n'a plus de corps materiel.
Elte existe done pendant la vie, et la preuvo nous eo est fournie par vous-m3me.
Nous avons vu ce qu'il faut penser de I'explication de M. Janet, au sujet de I'^crilure automatique des hysl^riques; nous nous contenterons de rappeler qu'il n'y a rien de commun entre ces expfiriijnces et les ph6non3fenes spirites.
Le professeur Lombroso n'insiste pas sur les photographies, qui sont cependantune preuve di^cisive, ilsecontenlededire qu'il n'ena pas oblenului-mSme.
II est plus que regrettable que I'^minent physiologiste neglige pr6cis6ment les faits qui d6truisent entiferement la th^orie de I'hallucination, car les visions du D' Berth et de M. Hirsch, qui seraiuiil des rebondissements de leur pens6e, auraient pu Stre photographi6es, puisqu'elles parlent. Les paroios prononcfies par ces apparitions ne sont pas des reflets de la pens6e, puisque les op6rateurs i^noraient ce que I'esprit allaitdire; elles ont 6t6 entenduus par tons les assistants, elles n'existaient done pas dans ie cerveau de MM. Hirsch et Barth, done la thiiorie de Lombroso est manifestement insufflsanle et de plus tout k fait inexacte pour rendre compta de ciis phSnombnes.
Le c6l^bre physiologiste precede par affirmations
268 LE PHiNOMENE SPIRITE
au sujet de la transmission de la pens^e : cela est ainsi et ne pourrait se passer autrement, la pens^e rebondit, se reflete dans le cerveau du medium. Mais, lorsque la table donne des noms tout a faitinconnus des assistants, elle est le reflet de qui, daquoi? Des Esprits qui la font mouvoir.
Autre chose : Lorsque la table parle une langue 6trangfere, c'est, dit le critique, que Tun des assistants connalt cette langue. Nous admettons le fait qu*un des exp^rimentateurs sache cette langue, car sans cela on ne pourrait pas constater qu'une langue dlrangfere est employee, mais comment celte connaissance a-t-elle assez d'influence pour agir sur le cerveau du medium et lui dieter des discours? J'ai beau savoir le latin, cela ne fera pas ^crire un medium dans cette langue, moi surtout ignorant ce que le medium 6crit et n'ayant nuUeaaent la volenti de rinfluencer.
Que reste-t-il done de cette fameuse th^orie ? Absolumentrien. Non seulement elle n'explique pas rationnellementles faits pour lesquels elle est imagin6e, mais elle en laisse de c6t6 un tr6s grand nombre d*autres. Dans ces conditions, nous n'avons qu'a nous r^jouir de voir que les plus savants en sont r^duits h. imaginer des hypotheses invraisemblables, lorsqu'ils nient Texistence des Esprits^ et qu*ils veulent expliquer les ph^nom^nes produits par eux.
Que M. le professeur Lombroso 6tudie davantage, et, peut-6tre, mieux instruit, trouvera-t-il enfln une explication moins banale, et plus adequate aux faits ; c*est la grdce que nous lui souhaitons.
LE SPIRITtSME ET LA PSYCHIATRIE
Resume.
Nous venons de voir rapidement se d^rouler devant nous renchalnement des faits,depuis ies lables tournantes jusqu'aux apparitions mat^rialis^es. Nous avons constats que chacune des phases du phi5nom&ne a 4t€ ^tudi^e dans le monde entier par Ies savants Ies plus coiiip6tents. Nous avons vu a I'ceuvre !es incr^dules niant opinifl.tr6ment Ies faits jusqu'a ce qu'ils fussent arctiidSmontr^s, puis forces d'en admettre la v^racit6, se canton ner dans des theories qu'ilsjugeaient inattaquables. Mais bientot ces theories devinrent insuffisantea devant ie d^veloppemant de plus en plus caractSristique des experiences. A !a table tournante, & I'^criture automatique SHCctdent Ies hauts pti4nomfenes du spirilisme transcendantal, et nous voyons le scepticisme tenter ses efforts avec Ies hypottifeses de Von Harlemann et do Lombroso, qui sont si pitoyables et si mal venues. Le dernier motresteau Spirilisme qui, plus fort, plus vivace, plus convaincant que jamais, march e i'l la conqufito du monde.
Se pourrait-il qu'il en fiit autrement ?
Sans parti pris, sans esprit de systf'rae, cps merveilleuses manifestations ne portent-elles pasenelles la certitude 1 Que pourrait-on objecterconlre leur authenticity ou leur valeur 1 ,
Dans le monde entier, des ph6nom6nes, depuis Ies plus simples jusqu'aux plus complexes, se sont reproduits k sati6t6 devant des observe teurs incrSdules
270 LE PHfeNOMfexE SPIRITE
d'abord et qui les 6tudiaient avec une defiance presqueinjurieuse, jusqu'au moment ou ils furent convaincus de leur r6alit(5.
Parmi cette innombrable quantity de t6moignages, nous avons choisi avec premeditation ceux dont Tautorite (5tait la plus grande, tant par la valeur scientiflquo des observateurs que par Thonorabilite de leurs auteurs Nous avons discutfilmpartialement les theories oppos6es par les n^gateurs ; nous avons vu que les faits dementent d'eux-m6mes ces hypothfeses, et ce n'est pas par des arguments logiques, par des artifices de raisonnement, que leur faussete a 616 demontree, mais simplement par d'autres faits, que ces pretendues explications ont 616 detruites.
Tous ceux qui ont un nom dans le domaine des sciences ont 616 appeies a se prononcer, et les maltres les plusincontestes, lorsquMlseurentapporteun temps suffisant h ces investigations, proclamferent Tincontestable realite des manifestations spirites. Les esprits, non contents de parler par la table, par recriture, de se faire voir ou entendre aux mediums, ecrivent directement, apparaissent aux yeux de toute une assembiee, se laissent photographier, et, comme souvenir de leur passage, on trouve des reproductions de leurs membres materialises. Ce sont Ik les preuves les plus certaines et les moins contestables de Texistence de T^meapr^s lamort, et nulle den6gation, nul anathfeme ne sera capable dederaciner dans nos ccBurs la sublime et inebranlable certitude de Timm ortalitede retre pensant.
Les theories materialistes ne sont que d'orgueil-
leases declamations ne s'appuyant sur rien de r6el, les religions sentenl crouler leur ^chafaudage de dogmes et de myslferes et sur ces ruines amonceldes plane la haute et sereine doctrine de Tim mo r Lai i 1 6, perp^tuant la vie intarissable a travers I'inOni des ftges et de I'^tendue.
G'est par I'^tude du monde d'outre-tombej comme nous Is verrons plus loin, que s'expliquent les difficult6s de la vie terrestre. G'est dans I'erraticit^ que Ton constate rex6culion de cette justice si souvent d^faillante ici-bas, que Ton trouve enfln co bonheur dans la recherche duquel la vie s'est 6coulee sans I'atteindre et que I'esprit, d^gag^ des soucis malSriels, peut enlrevoir autrement qu'i travers une vaine phras^ologie, la veritable fraternitt5 : I'amour sans borne de chaoun pour tous et de lous pour chacun.
R^pandons k profusion ces id^es, eievous Iq co3ur vers ces hauleurs sereines d'oCi r^goisme est bsnni, etnousaurons fait oeuvre de bons citoyens et prepare I'avfenement du ^^gn8 de la v6rit6, c'est-S-dire celui de la concorde et de la fraternity.