IT. — PUBLICATION DE DAMASCIUS
Nous venons de faire passer sous les yeux du lecteur un tableau réduit, mais aussi complet que possible, des manuscrits quirenferment les œuvres de Damascius. On pourrait nous demander maintenant quel usage la philologie ἃ fait jusqu’à nos jours de ces précieux matériaux, quelle attention elle a donnée aux textes de Damascius, quelles parties en ont été publiées, enfin quelle idée on peut se faire d’une bonne édition du Traité des premiers principes, le seul ouvrage de Damascius qui nous soit parvenu dans un état voisin de l'intégrité. Nous examinerons brièvement ces questions.
Le seul texte encore inédit (sauf les fragments dont nous avons parlé) est celui des Doutes et solutions sur les premiers principes.
Un autre texte pourrrait être également considéré comme presque entièrement inédit, puisque l’on a perdu la trace du livre imprimé (voir plus haut p. 63); c’est le texte des Extraits divers ou Commentaire abrégé sur le traité aristotélique du Ciel.
Plusieurs écrivains on! fait entrer, à titre de témoignage, des citations de Damascius dans leurs ouvrages de critique philosophique ou religieuse. Fabricius et Harles, Morelli, Kopp, d’autres encore, et nos propres recherches nous permettront de faire connaître les principales mentions dont notre auteur ἃ été l'objet.
La plus ancienne citation de Darmnascius que nous ayons rencontrée a élé faite presque sous 505 yeux. Elle figure dans le Commentaire de Simplicius, son disciple et ami, sur la physique d’Aristote. Nous avons parlé précédemment (page 70) d'un passage de ce commentaire où l’auteur, traitant la question du Lieu, citait Damascius (Liv. IV, texte 49; f. 146 et suiv.). — Plus loin (texte 134) Simplicius rapporte encore textuellement deux ou trois courtes citations de son maître sur le Temps.
Philoponus, dans son Commentaire sur le premier livre des Météores d’Aristote (fol. 86 et 104), rapporte l'opinion de notre philosophe sur la cause de la couleur dans l’air, sur la nature de la voie lactée, etc. : M. Kopp parle de cette citation qui montre, dit-il, en Damascius un physicien des plus médiocres (admodum hebetem et commentis deditum). Sans nous exagérer la valeur scientifique de la doctrine damascienne, nous croyons qu'il ne faut pas se hâter, comme le fait M. Kopp, de juger notre auteur sur la foi d’un seul critique et d’un adversaire.
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Dans les temps modernes, le premier écrivain qui ait cité Damascius est, à notre connaissance, « Augustus Steuchus Eugubinus », dont le livre De perenni philosopha, publié à Leyde en 1540, est mentionné par Cudworth dans son Systema intellectuale (1. 111, c. 5, p. 138; — 1. vin, c. 18, p. 442, etc.) comme renfermant quelques extraits des Premiers principes.
Les passages de ce dernier livre qui sont relatifs aux oracles chaldaïques ont été insérés par Fr. Patrizzi dans son Zoroastre (Hambourg, 1593, iu-8°). Ces oracles, empruntés pour la plupart à Damascius, furent publiés de nouveau par Stanley dans son Histoire de la philosophie (p. 1178-1191) et, d’une manière plus développée, par Taylor dans le Classical Journal de 1817, part. xxx11 et suiv. A la fin du dix-septième siècle, Jean Le Clerc revint sur l'ouvrage de Stanley, ou du moins sur la partie qui traite de la philosophie orientale, et publia, de cette parlie, une nouvelle traduction latine qu'il enrichis d'éclaircissements sur les oracles chaldaïques (Amstelod. 1690, p. in-8°). Il cite notre auteur à plusieurs reprises, bien que la lecture de son livre ne donne pas à croire qu'il ait étudié les textes, entièrement inédits alors, de notre philosophe. Mais son édition partielle de Stanley jette une grande lumière sur tout le langage théologique de Damascius, emprunté le plus souvent à la doctrine chaldaïque. Il explique (lib. I, sect. 11) — autant qu'il est possible de le faire. — presque tous les mots singuliers qui se lisent dans nos Morceaux inédits. C’est assez dire combien la connaissance de son ouvrage peut être ulile aux lecteurs de ces Morceaux.
Lorsque, en 1678, 1h. Gale publia le livre De Mysteriis, allribué à Jamblique, il avait sous les yeux le beau manuscrit oxonien du collège Corpus-Christi (Cf. Fabric., ed. Harl., t. IE, p. 484; — Wolf, Anecd., t. III, præf.). Gale dut consulter aussi le codex de Munich (Fabric., ed. Harl., t. X, p. 729). Dans les emprunts, courts mais nombreux, qu'il ἃ fait au livre des Premiers principes, il rapproche les textes de Damascius et le traité De Mysteriis, en ce qui touche particulièrement la philosophie ou plutôt la théologie chaldéenne. Wolf (tbid.) a relevé toutes les mentions que Gale fait du Περὶ ἀρχῶν; elles sont au nombre de 21. ΠῚ convient de signaler en passant l'ouvrage de Gale aux futurs éditeurs des Premiers principes. On trouvera dans les Adnotationes du philologue anglais une foule de notions précieuses, et quelquefois même une heureuse correction du texte de Damascius (39).
(39) Th. Gale, page 298 de son édition des Mystères, cite quelques lignes des Pre-
On rencontre aussi quelques passages de notre auteur dans une lettre de R. Bentley qui accompagne son édition de l'historien Malala (p. 2 et suiv.), et qui fait partie de ses Opuscula philologica.
Les Notes d'Alexandre Morus sur les épîtres de saint Paul aux Corinthiens (I, 18, p. 179) contiennent également des citations empruntées au livre des Premiers principes.
L'orientaliste anglais Thomas Hyde, qui fut quarante ans de sa vie bibliothécaire de la Bodléienne, a cité, d’après le manuscrit de cette bibliothèque, un court passage de Damascius dans son livre intitulé Veterum Persarum et Magorum religionis historia (1700, in-4°, p- 291). C’est un passage relatifaux Mages qui se retrouve à la page 384 de l'édition Kopp.
miers principes, touchant la théologie égyptienne, qui se retrouvent page 385 de l'édition Kopp. Nous remarquons dans la citation de Gale plusieurs variantes, par rapport au texte de cette édition, plusieurs points de ressemblance avec les Jeçons de Munich, et une de ces corrections heureuses dont nous venons de parler. Le lecteur en jugeralui-même par la comparaison des deux textes :