‹ Le philosophe sans le savoir;Chapitre 33 sur 105 · ACTE IIL SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IIL SCÈNE V

M. Vanderk fils. Non pas absolument.

M. Vanderk père. Non, mon fils, vous avez quelque dessein.

M. Vanderk fils. Quel dessein voudriez-vous que j'eusse? 5 y M. Vanderk père. Je vous le demande. "0 M. Vanderk fils. Croyez, mon père... / M. Vanderk père. Mon fils, jusqu'à cet instant je ^ n'ai connu en vous ni dgtour ni mensonge : si ce que vous me dites est vrai, répétez-le-moi, et je vous croirai... Si ce lo sont quelques raisons, quelques folies de votre âge, de ces niaiseries qu'un père peut soupçonner, mais ne doit jamais i savoir, quelque peine que cela me fasse, je n'exige pas une y:onfidence dont nous rougirions l'un et l'autre : voici les ^'clefs, sortez... (Z^ fils tend la main^ et les prend.) Mais, mon 15 ' fils, si cela pouvait intéresser votre repos, et le mien, et celui de votre mère...?

M. Vanderk fils. Ah, mon père !

M. Vanderk père. Il n'est pas possible qu'il y ait rien de déshonorant dans ce que vous allez faire. 20 M. Vanderk fils. Ah ! bien plutôt...

M. Vanderk père. Achevez.

M. Vanderk fils. Que me demandez-vous? Ah, mon père ! vous me l'avez dit hier : vous avez été insulté ; vous étiez jeune; vous vous êtes battu; vous le feriez encore. 25 Ah, que je suis malheureux ! je sens que je vais faire le malheur de votre vie. Non... jamais... Quelle leçon... ! vous pouvez m'en croire : si la fatalité...

M. Vanderk père. Insulté... battu... le malheur de ma vie ! Mon fils, causons ensemble, et ne voyez en moi qu'un 30 ami.

M, Vanderk fils. S'il était possible que j'exigeasse de vous un serment... Promettez-moi que, quelque chose

que je vous dise, votre bonté ne me détournera pas de ce que je dois faire.

M. Vanderk père. Si cela est juste.

M. Vanderk fils. Juste ou non.

5 M. Vanderk père. Ou non ?

M. Vanderk fils. Ne vous alarmez pas. Hier au soir j'ai eu quelque altercation, une querelle avec un officier de cavalerie: nous sommes sortis; on nous a séparés... Parole aujourd'hui, lo M. Vanderk père, en s' appuyant sur le dos d'une chaise. Ah, mon fils !

M. Vanderk fils. Mon père, voilà ce que je craignais. M. Vanderk père. Puis-je savoir de vous un détail plus étendu de votre querelle, et de ce qui l'a causée, enfin 15 de tout ce qui s'est passé?

M. Vanderk fils. Ah ! comme j'ai fait ce que j'ai pu pour éviter votre présence !

M. Vanderk père. Vous fait-elle du chagrin ? M. Vanderk fils. Ah ! jamais, jamais je n'ai eu tant 20 besoin d'un ami, et surtout de vous.

^; M. Vanderk père. Enfin vous avez eu dispute.

M. Vanderk fils. Voici le fait. La pluie qui est " ^ survenue hier m'a forcé d'entrer dans un café; je jouais une ^ partie d'échecs : j'entends à quelques pas de moi quelqu'un 25 qui parlait avec chaleur : il racontait je ne sais quoi de son père, d'un marchand, d'un escompte, de billets; mais je suis certain d'avoir entendu très-distinctement: "Oui... tous ces négociants, tous ces commerçants, sont des fripons, sont des misérables ! " Je me suis retourné, je l'ai regardé : lui, 30 sans nul égard, sans nulle attention, a répété le même discours. Je me suis levé, je lui ai dit à l'oreille qu'il n'y avait qu'un malhonnête homme qui pût tenir de pareils propos : nous sommes sortis ; on nous a séparés.

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