‹ Le philosophe sans le savoir;Chapitre 34 sur 105 · ACTE III. SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE V

M. Vanderk père. Vous me permettrez de vous dire...

M. Vanderk fils. Ah ! je sais, mon père, tous les reproches que vous pouvez me faire : cet officier pouvait être dans un instant d'humeur ; ce qu'il disait pouvait ne pas me 5 regarder : lorsqu'on dit tout le monde, on ne dit personne ; peut-être même ne faisait-il que raconter ce qu'on lui avait dit : et voilà mon chagrin, voilà mon tourment. Mon retour sur moi-même a fait mon supplice : il faut que je cherche à égorger un homme qui peut n'avoir pas tort. J[£j^is^io cependant qu'il l'a dit parce que j'étais présent.

M. Vanderk père. Vous le désirez. Vous connaît-il ?

M. Vanderk fils. Je ne le connais pas.

M. Vanderk père. Et vous cherchez querelle ! Ah, mon fils ! pourquoi n'avez-vous pas pensé que vous aviez un 15 père? je pense si souvent que j'ai un fils !

M. Vanderk fij^s. Mon père, c'est parce que j'y pensais.

M. Vanderk père. Eh ! dans quelle incertitude, dans quelle peine jetiez-vous aujourd'hui votre mère et moi ! 20 M. Vanderk fils. J'y avais pourvu.

M. Vanderk père. Comment ?

M. Vanderk fils. J'avais laissé sur ma table une lettre adressée à vous ; Victorine vous l'aurait donnée.

M. Vanderk père. Est-ce que vous vous êtes confié à 25 Victorine ?

M. Vanderk fils. Non, m.on père; mais elle devait rapporter quelque chose sur ma table, et elle l'aurait vue.

M. Vanderk père. Et quelles précautions aviez-vous prises contre la juste rigueur des lois ? 30

M. Vanderk fils. La juste rigueur !

M. Vanderk père. Oui: elles sont justes ces lois... Jadis un peuple. ..je ne sais lequel. ..les Romains, je crois,

accordaient des récompenses à qui conservait la vie d'un I citoyen. Quelle punition ne mérite pas un Français qui médite d'en égorger un autre, qui projette un assassinat? M. Vanderk fils. Un assassinat !

5 M. Vanderk père. Oui, mon fils, un assassinat : la confiance que l'agresseur a dans ses propres forces fait presque toujours sa témérité.

M. Vanderk fils. Mais vous-même, mon père, lorsqu'autrefois...

10 M. Vanderk père. Le ciel est juste : il m'en punit en vous. Enfin, quelles précautions aviez-vous prises contre la juste rigueur des lois ?

M. Vanderk fils. La fuite.

M. Vanderk père. Et quelle était votre marche, le 15 lieu, l'instant?

M. Vanderk fils. Sur les trois heures après midi, derrière les petits remparts.

M. Vanderk père. Et pourquoi donc sortez-vous si tôt?

M. Vanderk fils. Pour ne pas manquer à ma parole ; 20 j'ai redouté l'embarras de cette noce, de ma tante, et de me trouver engagé de façon à ne pouvoir m' échapper. Ah ! comme j'aurais voulu retarder d'un jour !

M. Vanderk père. Et d'ici à trois heures ne pourriezvous rester?

25 M. Vanderk fils. Ah, mon père! imaginez...

M. Vanderk père. Vous aviez raison; mais cette raison ne subsiste plus. Faites rentrer vos chevaux : re-j montez chez vous. Je vais réfléchir aux moyens qui peuvent vous sauver et l'honneur et la vie. 30 M. Vanderk fils, â part. Me sauver l'honneur...! {Haut.) Mon père, mon malheur mérite plus de pitié que d'indignation.

M. Vanderk père. Je n'en ai aucune.

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