II AVANT-PROPOS
Il ne veut pas seulement amener les philosophes à sortir de leurs écoles pour entrer en contact avec la foule, il rêve d'une association définitive et féconde entre la philosophie et "le pouvoir. Lui-môme donne l'exemple de cette double activité, en faisant en public des conférences et en acceptant des charges publiques.
Cette attitude était chose assez nouvelle. Thémistios se posait en réformateur, et l'hostilité que soulevèrent contre lui ses velléités de réformes nous montrent combien elles parurent audacieuses. Mécontents de se voir reprocher leur isolement volontaire^ leur dédain sysléuiatique de Taction, les philosophes accusèrent Thémislios de se conduire en sophihte. D'un autre côié, sa participation aux affaires publiques fit l'effet d\iu vulgaire calcul d'ambition. Dans les deux cas il parut manquer à sa dignité de philosophe.
De ces tentatives de réformes et de ces mécontentements sortirent deux polémiques, auxquelles se rapportent quelques-uns des discours de Thémislios. Ce sont ces polémiques que nous nous sommes proposé d'étudier. Cette enquête n'a pas encore été faite, et si nous l'avons entreprise, c'est d'abord parce qu'il nous a semblé qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de faire revivre Thémistios que de le replacer dans l'agitation de ces luttes, de le montrer attaquant ses adversaires, parant leurs coups, et affirmant sa doctrine. Ensuite, cette étude nous a paru avoir un autre avantage que celui de préciser la figure de Thémistios. Ces luttes éclairent d'un jour curieux l'histoire de la philosophie au quatrième siècle ; elles nous font saisir sur le vif l'orientation exclusive que la philosophie avait prise à celle époque et s'obstinait à conserver. Voilà des constatations générales dont la portée dépasse de beaucoup l'intérêt d'une étude spéciale sur la vie de Thémistios.