‹ Le phoque; comédie en un acteChapitre 11 sur 13 · M A UT HE · texte numérisé non relu

M A UT HE

C'est son droit.

D li R N A R D .

Il en abuse. — De plus, il a la prétention de vouloir garder sa femmd pour lui tout seul.

Mais, laonsiour, tous les maris ont i-elte prOlent'on.

Tous?

MARTHE

Tous.

BiiRNAUD, très surpris.

Vous croyez ?

MARTHE

J'en suis certaine.

BERNARD

C'est possible, mais celui-ci est encore plus intransigeant que les autres sur ce chapitre-là, car il a été jusqu'à me menacer de me casser les reins si je continuais à venir voir sa femme.

MARTHE

Alors ?

BERNARD

Alors... je venais la voir en cachette.

C'est très mal.

LE PUOQUE 31

BERNARD

C'était surtout très imprudent car, tout à l'heure nous avons failli nous trouver nez à nez dans l'escalier.

Dans l'escalier ?... Je comprends tout: le phoque, assis sur une marche...

BERNARD

C'était lui!... Il m'avait reconnu, et il m'attendait sur sa marche pour me brûler la cervelle... Si je l'avais laissé faire, cette marche serait devenue une marche funèbre.

MARTHE

Et vous vous êtes réfugié chez moi pour échapper à sa colère?

BERNARD

Surtout aux balles de son revolver.

MARTHE

Pourquoi ne m'avoir pas dit tout de suite la vérité?

BERNARD

Parce ([ue... parce qu'il est des choses qu'on ne raconte pas à une jeune fille... qui est demoiselle... Je n'en ai peut-être pas l'air, mais je suis bien élevé.

Voilà, monsieur, qui plaide en votre faveur plus que tout le reste, et, à cause de cela, je vous pardonne.

BERNARD, se levant.

Vrai ?

De tout mon cœur. — Maintenent, partez.

BERNAUD, s'asseyant.

Je pars.

MARTHE, à part.

Encore installé !

RERNARD.

Excusez-moi, mais je me trouve si Lien ici... Et puis, je ne sais pas, mais depuis que je vous ai vue, il me semble que jamais je ne pourrai me résoudre à ne plus vous voir.

MARTHE, iroiiifiuement.

En vérité ?

BERNARD

C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.

MARTHE

Vous ne pouvez cependant pas vous incruster ici.

BERNARD

Non, ce ne serait pas convenable... A moins de trouver un moyen... (i^oussant ua cri et se levant.) Ah! M ARTHK, sautant.

Vous m'avez fait peur !

BERNARD

Je crois que j'ai une idée.

MARTHE, raillant.

Une, seulement?

B E a N A li D .

Oui, mais vous allez peut-être la trouver mauvaise...

Pourquoi ?

1! ERNARD.

Parce qu'elle n'est peut-être pas bonne !

MARTHE

Dites toujours, nous verrons bien.

BERNARD

Voilà, c'est une idée qui m'est venue en vous regardant.

MARTHE, effrayéri.

Vous voulez recommencer mon portrait?

BERNARD, vivemeul.

Non! Non I... Oh ! je vous jure que non.

MARTHE

Quoi alors?

Voilà, je voudrais... Vous ne trouvez pas qu'il fait chaud ici ?

MARTHE

Voulez-vous que je donne de l'air f

BERNARD

Non, merci, j'aurais froid. (Après ua temps.) Je voudrais

MARTHE

Vous voudriez ?

BERNARD

Savez-vous que vous êtes très jolie?

MARTHE

Tant que cela ?

BERNARD

Epatante! (se reprenant.) C'est-à-dire...

Plus jolie que la dame du dessous ?

BERNARD

Oh ! cent millions de fois plus !

MARTHE, souriant.

Pourtant, si je m'en rapporte au portrait que vous avez fjit de moi...

BERNARD, vivement.

Vous êtes beaucoup mieux!

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