‹ Le photographisteChapitre 26 sur 92 · PROFILS · texte numérisé non relu

PROFILS

d’ESCARGOTS'‘'m

'entêtement de l’àne est proverbial; celui de l’escargot mériterait de l’être. On a tout écrit sur le premier, rien sur le second. Je veux réparer cette lacune et contribuer, par quelques lignes, à la monographie d’un animal qui, à tant de qualités, joint ce grave défaut. Il faut avoir essayé de tenir quelques-uns de ces mollusques sous l’objectif pour voir combien leur éducation a été jusqu’ici négligée.

Dresser un sujet à quatre pattes obéissant à la voix et au geste, ainsi qu’un artiste orgueilleux en présente dans les cirques, est peu de chose; mais dresser en liberté un sujet à quatre cornes, voilà qui est méritant! Et, quand, au lieu d’un seul, vous voulez en montrer deux, trois ou plus, opérant ensemble, le problème se hérisse de difficultés; beaucoup de gens y ont, pour le moins, perdu la tête.

jugez-en plutôt. Après avoir disposé votre fond et fixé sur le support une feuille de papier blanc, vous faites une exacte mise au point sur deux coquilles placées de telle sorte, qu’elles vous donnent en même temps les limites que ne devront pas dépasser les sujets à photographier. Vous diaphragmez au degré désiré, vous fermez l’obturateur, placez le châssis, rideau tiré, et vous armez l’obturateur. Hélas! que ne vous armez-vous plutôt de patience!

Vous fiant à la lenteur de ces gastéropodes, vous les disposez à votre fantaisie, suivant l’alignement des deux coquilles, et courez à votre appareil. Confiance trompeuse! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils ont pris la tangente; l’un file à toute vapeur vers le premier plan, l’autre court ventre à terre vers le fond.

Vous voulez que, comme deux athlètes qui vont se mesurer, deux gros escargots marchent a la rencontre l’un de l’autre. A peine les avez-vous placés que l’un d’eux se détourne et s’enfuit comme s’il était poursuivi par un gendarme voulant lui dresser contravention pour excès de vitesse.

Ayant composé en votre esprit une scène de famille, vous posez délicatement un jeune escargot sur la coquille paternelle en lui recommandant d’être bien sage. C’est peine perdue ; monté sur le faîte, il aspire à clescendre. Mais si, respectueux de son obstination, vous le posez à terre, sur ce plancher des escargots qu’il semble préférer, il s’élance comme s’il allait boucler la boucle et vous le voyez, atteint de la folie des grandeurs, gravir la coquille d’un vieillard avec l’ardeur d’un alpiniste escaladant une cime vierge.

Avec ceux qui marchent, encore, il y a de l’espoir et, avec beaucoup de patience, on peut avoir la chance d’un moment favorable; les plus terribles sont ceux qui ne marchent pas. En hiver, surtout, il est difficile d’obtenir quelque activité de ces gaillards-là. Entêtement, obstination, mauvaise volonté évidente, vous dis-je! Enfouis au fond de leur coquille, séparés du monde par

(i) Voir le n' 4 du Photographis!^

LE PTiOTOGTiJl'P'HJSTE

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