‹ Le photographisteChapitre 32 sur 92 · RENE CARLES · texte numérisé non relu

RENE CARLES

" ' Situé a quelques kilomètres de Tours, Langeais est la plus belle perle de l écrin des châteaux de la Loire. H a été le théâtre d'une des phases les plus considérables de l unité française. C'est là que la duchesse Anne apporta la Bretagne en dota Charles Ylll. M. Jacques Siegfried, après l avoir restauré et somptueusement meublé, selon le style de l'époque, vient d'en faire don à l'Jnstitut avec dotation pour son entretien perpétuel. C'est un cadeau princier que la "France reçoit. - - - © « o o

avec une froideur qui touche à l’indifférence. En tous cas, aucun chimiste ne se préoccupa de résoudre le problème si clairement posé, à savoir : d’empêcher la coloration des parties non ombrées du dessin, ce qui revenait au fixage de l’image.

Il est vrai que la publication en question paraissait irrégulièrement et disparut promptement. Sans doute, lecture ne fut même pas faite de ce mémoire devant la Société; et Davy n’y attacha qu’une importance très secondaire, car il ne fit ou ne publia aucune des expériences promises. Le travail de Wedgwood fut donc en quelque sorte perdu, et il est certain que Niepce n’en eut point connaissance lors de ses premiers essais.

Une légende fut mise en circulation par une certaine Miss Meteyard, dans un livre publié en 1872. Elle affirmait que deux photographies sur papier, dont elle donnait des reproductions gravées, avaient été faites par Josiah Wedgwood, en 1791-1793, l’une représentant Une Scène de déjeuner et l’autre Un Tlûteur savoyard. Rien dans la publication de Davy ne donne l’idée d’une pareille production; presque toutes les peintures de Wedgwood s’effaçaient après une courte exposition à la lumière, et qu’aussi, selon lui, les images de la chambre obscure étaient trop faibles pour produire un effet sur le nitrate d’argent. D’après Miss Meteyard la Scène de déjeuner aurait été nécessairement prise à la chambre obscure, et, de plus, elle aurait pu être reproduite et gravée soixante-dix ans après sa production! Cette affirmation — dont la fausseté fut prouvée depuis — procédait de ce pseudo-patriotisme qui consiste à revendiquer quand même, pour son pays, la priorité de toute invention; on était allé jusqu’à dire que l’on avait trouvé dans une maison de Soho, près de Birmingham, deux vues sur métal, représentant cette maison, et qu’elles avaient été faites avant 1791. On aurait aussi découvert nombre de reproductions de peintures connues et datant de la même époque. Or, il fut établi que ces vues n’étaient point photographiques. Le fameux déjeuner qui était indiqué comme servi dans la salle à manger d’Etruria Hall, Fox Talbot, le grand photographe, auquel on doit de si précieux progrès, déclara, par une lettre très précise, que cette photographie était son œuvre et avait été prise par lui dans sa propre demeure à Lacock Abbey. Quant au Tlûteur savoyard, czvx qui l’attribuent à Wedgwood n’apportent aucune preuve à l’appui de leurs affirmations.

Comme il s’agit avant tout d’enlever à Niepce et à Daguerre le bénéfice moral de leur invention, on imagina encore cette fable : Dominique Daguerre, négociant français, aurait été le représentant

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NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE

de la manufacture Wedgwood et aurait naturellement rendu visite à la maison mère; et, dans ces pérégrinations, il se serait fait accompagner de son fils Louis, qui aurait surpris les secrets de Tom Wedgwood. Cette visite aurait eu lieu de 1791 à 1793. 11 n’est, à ce conte, qu’une réponse : d’abord le père de Daguerre était, non pas un négociant de Paris, mais un huissier du bailliage de Cormeilles. En second lieu, Daguerre, l’inventeur, est né en 1787. Donc, en cette prétendue excursion à Étruria Hall, il aurait eu de quatre à six ans. Quelle précocité, même pour un photographe!

La réalité est toujours plus intéressante que la fiction : à la lecture du mémoire de Tom Wedgwood, il n’est pas un homme de bonne foi qui hésite à reconnaître que, le premier, le pauvre malade a conçu la pensée entière et pratique de l’art photographique. Evidemment, il ne devinait pas toutes les conséquences possibles de ce qui n’était en lui qu’une sorte de vision intuitive; il bornait l’effort photographique à la reproduction de peintures sur verre ou de silhouettes. Mais le simple fait d’avoir compris toute l’importance du fixage, constitue une indication décisive, que d’ailleurs H umphrey Davy ne manqua pas de relever. Si le rapport de 1802 avait reçu une publicité suffisante, si Tom Wedgwood n’avait pas été mourant, si, enfin, les occupations de Davy ne l’eussent pas absorbé tout entier, la photographie aurait sans doute pris son essor trente ans plus tôt.

JULES LERMINA

LES TRAVERSES DE LA PHOTOGRAPHIE

Images doubles sur la positive

E me suis longtemps demandé, en songeant aux Traverses de la photographie, s’il y avait vraiment à craindre les images doubles sur la positive. Evidemment, cette traverse n’apparaît pas, de prime coup, aussi fréquente, ni aussi simple que celle des images doubles sur le négatif que nous avons déjà vue ensemble (i). J’avoue même, que les réponses à mon interrogation mentale sont restées négatives. Cette traverse me semblait plutôt consciente et voulue. Donc, ce n’était plus une traverse, mais une farce. 11 a fallu que le hasard, ce grand maître qui fait souvent beaucoup mieux les choses qu’on ne veut le constater, m’ait fait assister à l’une de ces traverses-là pour que j’y crusse.

Donc, elle peut exister réellement.

Donc, elle existe, puisque, comme il est dit dans Tartufe, je l’ai vue, de mes yeux vue, ce qui s’appelle vue.

Voici d’ailleurs, par le menu, la petite scène à laquelle j’ai assisté.

Elle indiquera comment a eu lieu la traverse que je donne en exemple. Il se pourrait, d’ailleurs, que ce fût le moyen unique d’en être affligé.

Je passais l’après-midi chez des amis. La jeune fille de la maison profitait de la belle lumière — peut-être aussi un peu de ma présence — pour tirer à outrance un stock considérable d’épreuves, provenant d’un voyage aux

' Tontaraoie émergeant du lac de (daube

(1) Voir le n“ i du Pholographiste .

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