‹ Le photographisteChapitre 4 sur 92 · UN PRÉCURSEUR INCONNU : HERMANN SCHULTZE · texte numérisé non relu

UN PRÉCURSEUR INCONNU : HERMANN SCHULTZE

E premier nom qui apparaisse dans l’histoire de la photographie, ou plutôt dans la période des tâtonnements encore inconscients dont cette admirable découverte est sortie, est celui de l’alchimiste Fabricius, qui, dans son traité De T^ebus metaîlicis observaHones, signala, vers la moitié du xvi' siècle, la propriété du chlorure d'argent — alors désigné sous le nom d’argent corné ou de lune cornée, — de brunir à la lumière.

Puis on passe brusquement au chimiste suédois Scheele qui observa la diflFérence d’action exercée par les différents rayons du spectre (i 777).

Or, un document a été découvert récemment qui fait entrer en scène un personnage nouveau, tout à fait oublié et qui cependant paraît mériter à tous égards le titre de précurseur, bien antérieur, en tous cas, à Thom Wedgwood dont on a mentionné le mémoire publié en 1802.

Cet inconnu se nomme John Hermann Schultze, qui fut professeur dans une université allemande et n’a guère laissé d’autre trace de son existence que le mémoire qu’on va lire et qui porte la date de 1 727. Ce mémoire prouve, non que Schultze ait réalisé précisément ce que nous entendons aujourd’hui

par photographie — fixée — mais qu’il observa, et fut peut-être le premier à observer, un fait qui, un siècle plus tard, devait servir de base aux procédés photographiques.

C’est Schultze lui-même qui, dans ce mémoire, expose l’incident, ce qui lui donne un caractère personnel des plus intéressants.

On en admire l’original dans les mémoires de l’Académie Césarienne, dei 727.

Voici le plein titre de la publication :

— Actes physico-médicaux de V Jlcadémie Césarienne Léopoldino- Caroline, Ephémérides des curiosités naturelles, ou observations

La tour "Fenes f relies, qui se découpe sur le ciel, est le reste de la Cathédrale romane de Sainf- Théodorit. C'est le seul clocher de France qui rappelle les campaniles italiens des premiers siècles du Moyen Jtge avec sa forme cylindrique élancée et ses plusieurs étages de fenêtres, ooooooooo

(ïg-TsS. ] 3

LE PHOTOGJ{JlPHJSTE

NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE

et expériences faites et communiquées par les hommes les plus célèbres de Germanie ou des pays étrangers. JM uremberg. Jïnnée JtfDCCXXV^JJ .

John H ermann Schultze, né en Saxe, à Kolditz, en 1687, jouissait, à son époque, d’une notoriété considérable, comme linguiste, philologue et historien de la médecine chez les anciens. Il était professeur d’anatomie, et aussi de grec et d’arabe, à l’université d’Altdorf en Franconie, puis à Halle, où il occupa la chaire d’éloquence et d’archéologie. Il est mort en 1744.

Voici la traduction exacte de ce mémoire.

Une observation — par maître Docteur John Henry Schultze. Le Scotophore (1) découvert au lieu du Phosphore, ou curieuse expérience sur T effet des rayons du soleil. (Observation CCXXXlll).

Nous découvrons souvent par accident ce que nous aurions difficilement trouvé par attention ou dessein. En effet, tandis que je visais et travaillais une chose, j’ai découvert ce que certainement je n’espérais pas. Si, en communiquant toute l’histoire à d’autres chercheurs et en la livrant à leurs ultérieures discussions, je fais acte qui en vaille la peine, le bienveillant lecteur en jugera lui-même. D’aimaoles juges me pardonneront la liberté de'mon titre. Ma seule raison pour appeler

mon expérience Scotophorique est pour indiquer l’effet de noircissement qu’elle m’a révélé.

Tandis que la pierre de Bologne (2) reçoit de la lumière des rayons du soleil, ma mixture, à moi, est noircie par le soleil et prend une couleur sombre. Mais je crois que la véritable cause de ce noircissement ne mérite pas moins d'investigations de la part d’un philosophe de la nature que ne l’est celle de la lumière qui émane de toute la classe des phosphorescents.

11 y a environ deux ans que, lisantdiverses choses à propos des phosphorescents, je pensais moi même à examiner le Procédé de Baldwin i3).

11 m'arriva d’avoir à ma disposition de Y Jlqua forlis contenant une très petite quantité de particules d’argent, environ ce qu’il en faut pour faire la préparation à séparer l'or de

l argent. Je me servais de cette Jlqua fortis pour en saturer la craie, comme on doit le faire dans l’expérience de Baldwin. Je faisais cela à une fenêtre ouverte, par laquelle le soleil pénétrait très fort et très brillant. Je fus très surpris de voir que la couleur de la surface tournait au rouge foncé, inclinant sur le violet ; mais je fus plus surpris encore de voir que la partie du plat qui n’avait pas été touchée par les rayons du soleil n avait pas changé de couleur.

Voyant cela et estimant que cela méritait considération, je mis de côté l’expérience de Baldwin et m’appliquai à cette expérience de brunissement, afin d’avoir une explication de ce changement de couleur. Hésitant sur le plan à suivre, je divisai la craie saturée en deux parties : je mis l une dans un de ces verres ronds et oblongs, dont nous nous servons pour les liquides médicinaux ; et afin de verser plus commodément la mixture dans la bouteille, je commençai à verser dedans plus d eau-forte. Mais comme l’eau-forte faisait trop d’ébullition et commençait à dissoudre la craie, j’ajoutai un peu d’eau pour faire obstacle à cette action. Puis je plaçai le verre dans un endroit exposé au soleil. A peine quelques minutes s étaient écoulées que je vis que le verre (4), du côté touché par le soleil, montrait une couleur spéciale, rouge brun tirant vers le bleu. Le reste de la mixture, je le laissai dans le plat exposé aux rayons du soleil et à la lumière jusqu’à ce qu’elle séchât.

^ T{econstruit (18^4-1884) sur l’emplacement et avec les mêmes dimensions que l'ancien, l’hôtel de ville de Paris présente assez fidèlement, dans la partie centrale de sa façade, la partie correspondante du monument détruit et qui était due, non au Boccador, mais à un architecte bien français : Pierre Chambiges.

(1) Scotophore : — qui porte l’ombre. — Phosphore : — qui porte la lumière.

(2) Après avoir été passée au feu, cette pierre luit dans l’obscurité.

(3) Baldwin est l'inventeur, vers 1677, d'une sorte de phosphore qui a pris son nom et diffère de la pierre de Bologne. Il le produisit en dissolvant de la craie dans de l'eau-forte.

(4) Naturellement la craie était tombée au fond et formait une sorte de pâte.

LE PnOTOGT^JlP'HlSTE

LES TRAVERSES DE LA PHOTOGRAPHIE

et je remarquai que la surface colorée restait la même, pendant plusieurs jours, jusqu à ce que je m en fusse servi en diverses expériences.

Je montrai ma découverte aux amis qui me visitèrent, afin d'avoir leur opinion. Quelques-uns semblèrent croire que le noircissement était dû à la chaleur. Pour vérifier si l’effet venait de la chaleur, nous finies des épreuves variées. D'abord nous mimes le verre près d’un feu brillant pour l’échauffer, mais en ayant soin que la partie qui n’avait pas été touchée par les rayons du soleil et n’était pas colorée fît face au feu. Cela n’amena aucun changement de couleur quoique le verre fût devenu assez chaud pour que la main pût difficilement le toucher.

Ceci prouvant suffisamment que le changement n’était pas dû à la chaleur, je passe donc sur les autres expériences instituées dans le même sens.

(Jl suivre) JULES LET^MIjNA

LES TRAVERSES DE LA PHOTOGRAPHIE

Images doubles sur le négatif

dé

RAVERSES, c’est-à-dire obstacles, afflictions, revers, et Dieu sait — les débutants, au moins, ne me démentiront pas — combien il y en a de traverses dans la photographie! Evidemment elles sont toutes explicables. Beaucoup néanmoins restent inexpliquées. Souvent par paresse de rechercher le pourquoi et le comment. Quelquefois par manque d’observation dans l’apparition du phénomène. C’est qu’il faut, en effet, bien connaître toutes les circonstances de prise de la vue, toutes les conditions dans lesquelles les diverses manipulations photographiques ont été exécutées. Or, il arrive maintes fois que ceux qui subissent les traverses sont gens pressés, un peu étourdis, par cela même, et qu’ils n’ont nullement pris garde aux circonstances ni aux conditions auxquelles je fais allusion.

Pour tâcher d’y remédier, dans la mesure du possible, nous ouvrons et laissons accessible à tous, sous cette rubrique : « Les Traverses de la photographie », une colonne dans laquelle nous relaterons certains genres d’insuccès pouvant affliger aussi bien les forts que les faibles, les débutants que les expérimentés.

Parmi ces traverses, une des plus fréquentes comme aussi une des plus simples, une de celles qui, surtout par ces temps d’appareils à main, affecte le plus grand nombre de photographes, pour ne pas dire tous, à un moment donné de leur carrière, est, sans contredit, l’apparition d’une image double sur le négatif. Point n’est besoin d’avoir des diplômes de grand clerc pour l’expliquer.

Cette traverse-là possède au moins l’avan- ? z' • • . , .

^ Le Cure écoutant sa propre conversation

LE PJ10T0G7{JlPmSTE

LES TRAVERSES DE LA PHOTOGRAPHIE

tage, si avantage il y a, de s’expliquer d’elle-méme. S’il existe deux images, c’est que la plaque a reçu deux expositions. Pascal lui-même ne saurait formuler une meilleure déduction. Or, si elle a subi deux expositions, on a omis d’escamoter la plaque, si l’on a utilisé un châssis à magasin; ou l’on n’a pas changé le châssis, si l’on a fait emploi d’un châssis simple à volet: ou bien, enfin, on n’a pas replacé le châssis dans son bon sens, si l’on s’est servi d’un châssis double à rideau. Les châssis à magasin et les châssis doubles à rideau se montrent particulièrement propices à l’obtention de la traverse sus-indiquée.

Quel que soit le cas de la cause, le phénomène final demeure le même. On y remarque toutefois des différences dans la valeur respective de chaque image. L’une peut primer l’autre. Toutes les deux peuvent se montrer à valeur égale.

Dans le cas de primauté, il faut admettre une plus longue exposition du sujet dont l’image présente la plus grande valeur. Le développateur l’a, de ce chef, plus accentuée.

Dans le cas d’égalité, les deux sujets ont reçu la même exposition. Ou, si les expositions ont éré dissemblables, vu la nature dissemblable des sujets, elles n’ont eu, finalement, que la même valeur actinique.

Quand on développe en bain lent, ou relativement lent, quand, en un mot, l’attaque du développateur s’opère simultanément dans toute la couche, les différences ou les parités que je viens d’indiquer se laissent toujours voir très nettement, parce que les deux images, attaquées en même temps, s’intensifient également en même temps. Aussi lorsqu’une plaque est affectée de la double image, la reconnaît-on immédiatement dés le début du développement, surtout si l’on est certain que la plaque qui se développe n’est pas surexposée. C’est, en effet, par l’aspect du phénomène de surexposition qu’elle apparaît, bien que la somme des deux expositions puisse parfaitement ne pas constituer une surexposition réelle. Seulement, les blancs du premier négatif, se trouvant forcément aveuglés, en totalité ou en partie, par les noirs du second, la couche sensible, vue par réflexion, prend, dés le début du développement, une tonalité grise générale. Quand le développateur est très dilué, on voit se silhouetter une image sur ce gris, généralement celle provenant de la seconde exposition. Mais cette image garde cela de particulier qu’elle disparaît instantanément, presque brusquement, dès qu’elle a été silhouettée. En la regardant par transparence on la voit encore, mais brouillée, indécise, floue. La vision devient soupçon. C’est la seconde image qui se hâte d’enchevêtrer dans la première ses ombres, ses lumières, ses détails.

Plus de doute sur la traverse. Au cas où l’on développera plusieurs plaques à la fois, il y aura grande chance d’en apercevoir une gardant immuablement sa surface blanche. Ce sera le contrôle... avant la lettre, c’est-à-dire avant le fixage.

Les négatifs doublés, poussés suffisamment pour être tirés, comme on doit les pousser si l’on croit seulement à une surexposition — on répugne toujours à se croire maladroit — donnent souvent au tirage des photocopies amusantes, comme le sont, dans les reproductions accompagnant cette note, ce Curé prêtant l'oreille à sa propre conversation avec une dame, ou cette jeune fille apparaissant en pleine aux Tées, aux yeux ébahis d’un jeune homme probablement

assez sceptique sur l’existence des fées dans ce siècle scientifico-réaliste. F. D.

'La Tée de la Mare aux Tées

L’Éditeur-Gérant: J. Tallandier.

Hameau de jadis, sur remplacement actuel de notre quartier de la Chausse'e d’Antin, les Percherons groupaient leurs guinguettes autour d'un château, sur la porte duquel on lisait : Hôtel du Coq, i 3 20. 7/ fut lieu de plaisir de la folle canaille parisienne. Au xviii' siècle, la haute socie'tè se piquait d’y fréquenter. 7/ était de bon ton de se familiariser aux joyeusetés des manières et du style poissards. o o o

DTAPWi^GME imiE

Page 1