LE CALVAIRE DE PONTCHATEAU
Sur ce rapport la destruction du monument fut décidée en Conseil royal, et notification de cette décision faite à l’Evêque de Nantes.
Montfort, malgré toute sa diligence, n’a pu reparaître au Calvaire que le 1 5 au matin et y retrouve une foule nombreuse.
Montfort annonce alors qu’il va donner la mission de Saint-Molf, paroisse distante de quelques lieues du Calvaire, mais les ennemis de Monfort n’ont pas désarmé et c’est une sentence d’interdit qu’on réclame contre lui. Et cette sentence est libellée et signée et on l’oblige de faire une retraite dans une maison religieuse de Nantes à son choix. Ce qu’il s’empresse de faire.
Il n’est pas permis à Montfort de sortir de la ville de Nantes et, pendant ce temps, c’est toute une troupe qu’on a mise sous les armes pour assurer l’exécution de l’ordre donné de détruire le Calvaire. La sainte montagne est cernée par les soldats. On réquisitionne tous les hommes valides des environs et ils se rendent sur la lande, sans savoir quel travail on va exiger d’eux. Sans échanger une parole, tous se sont compris. Détruire de leurs mains ce qu’ils ont édifié eux-mêmes avec tant d’élan et tant de joie ! Ils n’y consentiront jamais!
Ce n’est qu’au bout de trois jours de résistance et le commandant donnant l’ordre aux soldats de scier eux-mêmes le pied de la principale croix, que les pieux paysans, ne voulant pas laisser se briser le Christ de Montfort, s’offrent à le descendre de leurs mains.
L’officier lui-même, ne peut maîtriser son émotion. On leur permit de descendre les autres statues et toutes furent déposées dans la maison d'un saint prêtre, M. La Carrière, habitant Pontchâteau, où elles furent religieusement conservées.
Ce n’est que quarante ans après les événements que nous venons de décrire que les fils de Montfort, ayant à leur tête le R. P. Mulot, firent reprendre les travaux de reconstruction sur la lande de la Madeleine.
Cette fois il semblait que rien ne viendrait entraver la grande entreprise, mais les faits sont là pour l’attester, line lettre ministérielle désavoue tout ce qu’a fait et permis le gouverneur général de Bretagne, duc de Penthièvre, et ordonne de nouveau la destruction du Calvaire.
Sous la même pression, le gouverneur de Nantes, seigneur de Pontchâteau, M. de Menou, retire l’autorisation d’établir une résidence au pied même du Calvaire.
L’heure de la glorification n’était point encore venue, car un jour, une terreur indicible se répand dans toutes les chaumières. Tout est pillé, saccagé. On voit s’élever une épaisse fumée. Les croix, la chapelle, les statues du premier Calvaire de Montfort qui y étaient conservées, deviennent la proie des flammes. (Le Christ seul, emporté par les Pères en 1J48 comme une précieuse relique à leur maison-mère de Saint-Laurent-sur-Sèvres, est conservé).
Puis, la tempête apaisée, dès i 8o3, des mains pieuses y dressent trois modestes croix, en attendant que puisse être tentée une restauration nouvelle. Cette attente se prolonge jusqu’en 1821.
A cette époque, M. Gouray, jeune encore, est curé de Pontchâteau. C’est un enfant de la contrée, né à Sainte-Reine, en 1785, il est l’un des petits-fils de ceux qui se rendirent les premiers sur la lande de la Madeleine à l’appel de Montfort. Nul plus que lui n’a été élevé dans le culte des souvenirs qui se rattachent à Montfort et à son Calvaire. 11 voit que dans toute la contrée on n’attend qu’un mot, qu’un appel. La bonne volonté est la même qu’autrefois.
Sous la direction de l’excellent curé, dont la dépouille mortelle repose aujourd’hui au pied du monument qu’il a relevé, d’immenses travaux sont exécutés en peu de temps. Ces travaux commencés le 5 janvier 1821, le 23 septembre de la même année. Monseigneur l’évêque de Nantes fait la bénédiction solennelle du nouveau Calvaire, en présence de plus de dix mille personnes, venues de tous côtés à cette touchante et grave cérémonie.
Depuis cette époque, les croix seules ont été remplacées. Le monument est resté le même et attire les visiteurs de l’Europe entière, par sa magnificence, son chemin de croix sculpté en pierre, grandeur nature, et, échelonné sur une route conduisant au calvaire, il est du plus grandiose effet.
Si les fidèles vont faire un pèlerinage au Calvaire de Pontchâteau, pour la plus grande édification de leur âme, nous engageons vivement nos confrères qui passeront par Savenay, à ne pas manquer d’en faire un audit calvaire, pour le plus grand honneur de leur collection photographique. Les vues d’ensemble et les vues séparées des stations constitueront pour eux autant de motifs que peuvent varier et embellir de beaux ciels et un joli éclairage.