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LES SALONS D’ART PHOTOGRAPHIQUE ET LEUR RAISON D ETRE

habitué par les vitrines des photographes professionnels. Pour lui — et pour combien d’autres aussi! — toute la photographie est là. Or, le deuxième Salon de Marseille offrait tout autre chose dans son ensemble. L’œil du notaire était dérouté, ses connaissances étaient déconcertées, et son savoir, insuffisamment documenté sur le mouvement de la photographie moderniste, il se sentait tout disposé à quitter la salle ne comprenant rien aux images qui en ornaient les murs.

Cependant, comme mon aimable notaire n’est pas de ceux qui se refusent à apprendre et veulent, quoi qu’il advienne, ne juger toujours les choses que dans le parti pris de leur ignorance, il me demanda, tout simplement, pourquoi je trouvais ceci bien ou mal, et comment cela était de la photographie. Ma foi! la question me plut. Pouvait-on faire comprendre le mouvement moderniste à des gens qui ne connaissaient de la photographie que les koàakeries touristiques? Tel fut, à sa demande, le point d’interrogation que j’opposai. Puis, n’en faisant ni une ni deux, je le menai, lui et ses hôtes, à une extrémité du Salon, et je promenai lentement mon petit auditoire devant chacune des œuvres exposées, lui dévoilant les secrets de la gomme bichromatée ou des charbons sous toutes leurs formes, mêlant toutes les questions de techniques et de métier aux diverses considérations esthétiques desquelles tout art graphique ne doit pas se départir. Au bout d’un quart d’heure, mes compagnons étaient attentifs et conquis. Leurs questions se faisaient plus nombreuses et plus sûres.

Ils prenaient un goût extrême à cet examen. Ce Salon, qui ne leur disait rien qui vaille à leur entrée, revêtait toutes les attirances de l’inattendu et du nouveau : « J’y reviendrai, me dit finalement, mon notaire de Marseille et j’y amènerai des amis. C’est très intéressant, en effet, et cela vaut la peine d’être vu. »

Il ressort de ce petit fait-divers, fort banal en soi, qu’il est bon, nécessaire même, de multiplier les Salons d’art photographique en province. On y ignore le mouvement moderne. Tout ce que nos livres et nos publications peuvent dire, sur la photographie artistique, arrive à servir d’indication mais n’atteint pas à la révélation. Une poignée d’échantillons fait plus. C’est cette poignée qu’envoie toujours si judicieusement en appoint le Photo-Club de Paris. Elle sert à faire comprendre le mouvement à ceux qui travaillent, parce qu’ils connaissent la technique et se rendent compte de ce qu’il faut faire en voyant ce qui est fait. La poignée finit par se grossir d’œuvres locales et constitue un ensemble plus ou moins imposant suivant les aptitudes de ceux qui tentent ces œuvres. C’est déjà quelque chose, beaucoup même. Toutefois, si l’on veut que le mouvement se propage, soit admis, goûté, jugé, il ne faut pas que la révélation s’en tienne à un groupe de travailleurs. 11 faut que le gros public, devant l’ensemble formé, comprenne quelque chose et y prenne intérêt. Je voudrais donc voir les organisateurs des Salons photographiques de province essayer de former l’éducation du public, soit par de petites brochures claires et rapides, répandues à profusion à l’entrée du Salon, soit par de petites causeries publiques parlées à certaines heures dans le Salon même, soit par tout autre moyen.

Vous me direz que le public finira par s’éduquer tout seul et qu’il suffit de lui montrer fréquemment des œuvres pour l’habituer à les voir. C’est juste. Mais combien long est ce mode d’éducation !

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