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HERMANN SCHULTZE

aïs pour démontrer que le changement de couleur était dû non pas à la chaleur, mais aux rayons du soleil, je secouai le verre, mêlant ainsi le sédiment de craie et le liquide supérieur, assez complètement pour faire disparaître toute différence de couleur. Divisant alors la liqueur — si je puis appeler ainsi la mixture — je décidai d en mettre une pleine bouteille dans un endroit sombre non exposé à la lumière du soleil, et j en gardai une autre pour de nouvelles expériences. Je repris celle-ci et disposai un fil qui, allant du goulot au fond, divisât environ en deux le côté qu’ensuite j’exposai en plein soleil ; et 1 ayant enlevé ensuite, nous fûmes charmés de remarquer que la ligne qui avait été couverte était de même couleur que le derrière de la bouteille qui n’avait pas été exposé au soleil.

Nous renouvelâmes l’expérience avec un crin de cheval, un cheveu d homme et avec un fil d’argent exactement fin : donc il n’y avait aucun doute que le changement de couleur dépendît uniquement de la lumière du soleil et que la chaleur — celle du soleil — n avait ici rien à faire.

J’instituai des expériences en sens contraire, c’est-à-dire, qu’ayant mêlé le liquide de façon à rendre sa couleur uniforme, je couvris la plus grande partie du verre avec des corps opaques, laissant seulement une petite place accessible à la lumière.

Je découpai mêrne soigneusement, avec une pointe de canif, des lettres, préalablement écrites à l encre, et collai le papier, ainsi perforé, sur le verre au moyen de cire. Et avant un long temps, les rayons du soleil, sur le côté où ils avaient touché à travers les ouvertures du papier, écrivirent les mots ou les phrases si soigneusement et si distinctement sur le sédiment de craie que des gens, curieux de ces matières, mais ignorant la nature de l’expérience, étaient portés à en attribuer le résultat à toutes sortes d'artifices.

J’ai dit que j'avais gardé la portion séchée dé la craie saturée. Celle-là aussi je la trouvai vivement changée de couleur dès qu’elle était exposée au soleil et en telles conditions qu’on ne pouvait l’attribuer à la chaleur, mais bien uniquement à la lumière.

J’ai dit aussi que j’avais placé une bouteille en pleine obscurité. Celle-là, toutes les fois que je l’examinai, me présenta la même couleur blanchâtre, ne montrant, en nulle de ses parties, trace d’un changement de couleur. Justement de même que souvent j’ai trouvé qu’une solution d’argent, faite avec de l’eau-forte, ne noircit pas dans un endroit sombre, et au contraire, exposée au soleil, prend une teinte rouge sombre, tirant vers le bleu.

Je vis qu’il ne restait plus qu’à rechercher la cause de ces effets, mais j’étais sous l’empire de cette idée que tous ces résultats tenaient à la mixtion de la craie et de l’eau-forte, et je commençai à théoriser sur l’effet de la lumière sur ces substances, car il m’avait tout à fait échappé que l’eau-forte, dont je m’étais servi, était déjà altérée ou — comme nous disons communément — précipitée par quelques petites particules d’argent. Ce fut une véritable chance que j’eus répété l’expérience avec des éléments frais. J’avais scus la main de l’esprit de nitre fumant, dont on se sert pour p-éparer l’huile de vitriol. Afin qu’il ne dissolvît pas tout à fait la craie, je le diluai avec pas mal d’eau et commençai à saturer la craie.

Or, quoique je fisse cette opération en pleine lumière du soleil, je ne vis pas le moindre changement de couleur. Alors j’essayai avec de l’eau-forte comme on la vend chez les droguistes. Et encore une fois, je n’obtins aucun résultat. Et c’est alors qu’il me vint à l’esprit que l’eau-forte dont je m’étais précédemment servi avait produit le phénomène parce qu’elle contenait quelques parcelles d’argent.

Alors, suivant plus étroitement la marche, je fis dissoudre une portion d’argent dans l’eau-forte, j’affaiblis la solution avec de l’eau, en saturant la craie comme auparavant. Les phénomènes firent leur apparition, mais la couleur changea de plus en plus, distinctement, selon qu’une plus grande quantité de parcelles d’argent furent immergées dans le liquide saturateur.

Je me souviens que quand je répétai l’expérience avec de l’eau-forte, chargée d’assez d’argent pour former une solution

(i) Voir le n° j du Photographiste.

LE PTiOTOGTiAP JUSTE

NOTES POUR SERVIR A L’HISTOIRE DE LA PHOTOGRAPHIE

complète, le résultat fut que même les parties non exposées au soleil prirent, rien que par les rayons réfléchis, une teinte distinctement brune. J’exposai la même solution, diluée d’eau, mais sans mélange de craie, à une fenêtre ouverte aux rayons du soleil, et je trouvai que la couleur brune s’était également produite dans le liquide.

Pour vérifier encore davantage l’attribution de l’effet produit aux rayons du soleil, je mis une bouteille de la mixture dans une situation telle qu’elle recevait les rayons renvoyés par un miroir plan, et je découvris bientôt que le résultat fut obtenu dans ces conditions, juste aussi bien que si les rayons solaires avaient été directement perçus, je me rappelle que je mis un verre de la mixture, le soir, devant une fenêtre qui ne recevait le soleil que dans l’après-midi. Mais il y avait en face une maison dont la muraille, qui avait été récemment recrépie, renvoyait vivement, dès le matin, la lumière dans ma chambre.

Je regardai le verre dès le matin, et reconnus la couleur ordinaire. Après quoi, je le plaçai souvent en face d’un mur baigné de soleil ; quoique pas une partie n’en fût touchée immédiatement par des rayons directs, je constatai la même coloration, mais plus lentement que lorsque la lumière venait d’un miroir.

L’emploi de craie pulvérisée était pour moi tout accidentel, puisque, comme je l'ai dit, mon intention était de préparer du phosphore de Baldwin. Mais je crois qu’il n’y aurait aucune différence, si on préférait se servir de corne-de-cerf, de magnésie blanche, etc.

J’ai employé moi-même la céruse de plomb dans cette même expérience avec presque le même succès. Mais cette dernière parait mal convenir, parce que la céruse adhère plus fortement aux côtés de la bouteille et est plus lente à tomber au fond, et met beaucoup plus de temps à se mêler au liquide — ce qui est très nécessaire pour faire disparaitre la couleur et faire de nouvelles expériences.

Si quelqu’un désire voir l’effet produit en quelques instants, il devra concentrer les rayons du soleil sur une bouteille pleine de la mixture, au moyen d’une lentille, en prenant soin, toutefois, de ne pas placer la bouteille exactement au foyer, mais un peu de côté. Ainsi il verra que même, en un instant, la couleur de la mixture brunira très distinctement.

Tel est le récit sommaire d’expériences souvent renouvelées. J’ajouterais volontiers des indications sur la cause du phénomène, si j’en trouvais quelqu’une qui me satisfît moi-même.

Nous pouvons en tout cas considérer comme démontré, que l’effet de la lumière solaire et de la chaleur est différent de ce que nous pouvons voir à un feu de cuisine. J’ai supposé que cette expérience pourrait aider à la vérification de minerais ou métaux, au cas où on voudrait savoir s’ils contiennent ou non de l’argent. Car le phénomène n’a été remarqué avec aucun autre métal, traité de même façon. Je ne désespère pas qu’il soit possible que cette expérience conduise les curieux investigateurs de la nature, à d’autres résultats utiles. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à le soumettre à l’examen de gens plus savants que je ne le suis moi-mème.

D après nature ^ général Mathieu

-- ^ ir Savoir s'asseoir! u c'est-à-Jire choisir son point Je vue, y planter son chevalet, reproduire aussi fidèlement que possible le motif vise, tout est là pour le peintre du tout sur nature. H en est Je même pour le photographe, travaillant toifours sur nature, et pour qui le savoir s'asseoir signifie : savoir placer son appareil. oooocooc .-oooo .- - :oooccoc

LE PH0T0GJ{71PHJSTE

NOTES POUR SERVIR A LHISTOIRE ÜE LA PHOTOGRAPHIE

Schultze n’a pas inventé la photographie : il n’eut pas cette prétention et on serait mal venu à lui attribuer une gloire qu’il ne réclame point; mais ce mémoire n’en est pas moins intéressant et honorable pour celui qui l’a composé; il révèle un esprit très prudent, très observateur, très scientifique et une prescience des progrès réalisables qui ressemble fort à une prophétie.

Le D' Eder, dans son Tiishire de la Photochimie, publiée à Halle en i 89 i , a été frappé de cette circonstance curieuse que Schultze s’était servi de l’action de la lumière pour reproduire des caractères d’écriture et n’hésite pas à lui décerner le titre d’inventeur.

Peut-être y a-t-il là quelque exagération d’amour-propre national et un secret désir de faire échec à la gloire de Nièpce.

Mais, en vérité, il semble que Schultze ait fait de la découpure des lettres un jeu, plutôt qu’une expérience sérieuse; en effet, le point important c’était d’avoir eu l’idée de disposer un fil sur le flacon et d’obtenir ainsi la preuve du non noircissement de la partie couverte, si fin que fût le fil interposé.

Quant aux lettres découpées, il eut certainement cette idée uniquement pour intéresser les curieux aux yeux de qui l’opération prenait un caractère presque magique et, sans doute, provoquer quelque observation intéressante.

Dans le procédé de Schultze, il y a de la photochimie et non de la photographie. Priestley, qui mentionna le mémoire de Schultze en 1772, n’en parle que comme d’une démonstration de ce fait que la présence de l’argent, dans la mixture, provoque un changement de couleur.

Du reste, l’expérience de Schultze n’est plus mentionnée que dans un manuel de Magie Blanche, publié par W. Hooper en 1774 et où se trouve ce passage : — Moyen d’écrire sur le verre au moyen des rayons du soleil — ce qui, en vérité, donne l’idée de la photographie.

Mais, à ce compte, le véritable inventeur de la photographie serait celui, qui, quelques siècles auparavant, inventa la chambre noire; pourtant il ne saurait être nié que déjà le procédé de Schultze comporte une certaine et passagère fixité de l’image, conduion qui n’existe pas dans la découverte de la chambre noire, dont nous parlerons plus tard.

Schultze n’a pas songé d’ailleurs, un seul instant, à conserver ni à reproduire les images obtenues : pas un mot de son mémoire ne suggère l’idée de fixage. L’image se trouvait produite sur la surface d’une substance liquide ou semi-liquide, dont la moindre agitation dissipait la coloration.

C’est donc à tort que M. Schiendl, dans son Histoire de la Photographie, attribue à Schultze la priorité de l’invention.

Laissons à Schultze le mérite qui lui appartient. Il a découvert l’effet noircissant de la lumière sur les sels d’argent, et cela un demi-siècle avant Scheele, qui jusqu’ici a passé pour le premier observateur du fait. Mais il n’a rien fait de plus, et soixante-dix ans devaient passer encore avant que Tom Wedgwood, dont nous parlerons prochainement, eût essayé de réaliser l’image par la lumière, c’est-à-dire la photographie réelle.

JULES LERMINA

Le Haut du San Salvalore, à Lugano

PAUL PETTRÉ

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