CHANGEMENT DANS LE MODE DE CULTURE
Bien que la manière de conduire la vigne dans notre région du Languedoc soit probablement, dans l’ensemble,la meilleure qui puisse être adoptée pour nos cépages, on conçoit néanmoins que la connaissance exacte des moeurs du Phylloxéra amène un jour telle modification jugée utile pour la guérison des vignes malades, ou pour la préservation des vignes encore saines. Partant, par exemple, de l’idée que les treilles échappent à l’invasion (fait inexact, au moins dans le sens absolu), on a proposé de cultiver nos vignes en hautains, à la manière des anciens
1 Voir, à cet égard, Riley, First annual Report, etc.; ann. 1869,p 121-123.
Romains, de diverses régions de l’Italie et d’Èvian en Savoie. Mais en supposant, chose douteuse, que les vignes ainsi traitées échappent ou résistent plus que les vignes à taille courte aux atteintes du Phylloxéra, a-t-on réfléchi aux inconvénients qui s’attachent à ce mode de culture : détérioration de la qualité des vins, difficulté de soustraire les raisins à l’oïdium, exagération des frais de récolte ? On a songé également à greffer nos vignes cultivées sur la lambrusque, ou vigne sauvage, si commune dans nos taillis. Mais les observations de M. Camille Saintpierre ont démontré que le lambrusque elle-même n’échappe pas au Phylloxéra et qu’elle souffre de ses atteintes. Et croit-on, d’ailleurs, que l’arbuste sauvage, employé comme porte-greffe, nourrirait suffisamment nos cépages très-fertiles? Rien n’empêche de faire en petit ces divers essais, mais à titré de tentatives seulement et sans trop compter sur le succès. Quant à l’idée de laisser les vignes incultes, sous prétexte que leur sol plus compacte offrirait un obstacle mécanique à l’introduction de l’insecte,’ d’abord l’ameublissement du sol est plutôt un moyen d’en fermer les interstices que de les laisser ouverts, et, d’autre part, l’expérience démontre combien vite les vignes abandonnées ou simplement négligées passent à l’état de rabougrissement et de stérilité complète.
Les bonnes récoltes, les engrais puissants, la taille courte faite en vue de ménager les forces productives de la vigne, les arrosements d’été, sont au moins des palliatifs, sans préjudice des autres procédés, plus directs qui doivent tendre à débarrasser la vigne de ses innombrables suceurs, ou du moins de les mettre en mesure de lutter contre leur action. Cè problème, si difficile pour les vignobles en plein air, a été victorieusement résolu dans les serres à vigne par un jardinier anglais, qui, déterrant ses pieds de vigne phylloxérés, en nettoyant les racines,' enlevant la terre infectée et la remplaçant par de la terre saine, a vu les pieds ainsi traités reprendre leur vigueur première : preuve évidente que c'est vers la destruction de l’irisecte que doivent tendre tous nos efforts.
NOTES ENTOMOLOGIQUÉS