CHAPITRE NEUVIÈME
»B vBBft, de M. X.
Voici, mes enfants, deux pièces de vers dont Tauteur a gardé Tincogniio; lisons-les. J'aurai soin de souligner les mots et les passages qui choqueront mon oreille. Je vous les lis un peu par curiosité ; si elles ne valent pas la lecture, consoléz-vous du temps perdu, par la pensée qu'il faut remuer bien du fumier pour trouver la perle qui y est cachée.
PBCMIÈRE PifeCE.
Quand je te vob d'un pied léger Parcourir le riant verger Et folâtrer sur la verte pelouse.
Ah ! tu rends mon âme jalouse Quand je te vois.
Heureux qui subira tes lois ! Aux accents de ta douce voix , >otrs le charme de ton sourire.
Mon cœur ëmu tremble et soupire Quand je le vois.
Près de toi que le temps s'enfuit!
Phébus parait, bientôt la nuit Étend au loin son voile sombre ; Le jour s*évanouit comme une ambre Quand je te vois.
Ton âme a cette pureté Que n'affaiblit point la fierté, Et je veux, dans la modestie.
Chercher Tomement de ma vie Quand je te vois.
De ton front Taimable rox^^r Est un symbole de pudeur,
Et de tes yeax les traits de flamme Vont porter le tronble en mon àme Quand je te vois.
Charge-toi d'or ou de rubis.
Couvre-toi des plus beaux habits; Pour moi, téclat de ta parure N'ajoute rien à la nature Quand je te vois.
Ici la feuille est déchirée, et Dieu soit loué, car vraiment je me repens déjà de Tavoir ramassée ; mais passons à la seconde pièce : si elle ressemble à la précédente, nous les jetterons toutes deux au panier des vieux papiers.
Lisons :
Vogue, ma légère nacelle.
A Phélms l'aurore Adèle Parait déjà sur l'horizon, Et tandis que sa tête bionde Rayonne au-dessus de Tonde, Entends ma joyeuse chanson Qu*au rivage l'écho répète:
C'est le cantique du poêle,
Aux aocenis de ma voU, Docile aMJc célestes lois.
Déjà la mose qai m'inspire, QuiHani la demeure des dieax.
Par des accords harmonieux Vieni m*accompagner sur sa lyre.
Je chante les rù, les amours.
Et do printemps les plus beaux jours ;
Quand Tombre d'un frais bocage Vieni drssiner sur la face de Teao
Une gracieuse» image ; Quand le murmure d'un ruisseau.
Messager de la poésie.
Nous invite à la rêverie ;
Quand du sein de chaque fleur S'exhale une suave odeur.
Que Zéphir, de sa douce haleine, Épand ces parfums dans la plaine; Quand les feux de l'astre du jour Font scintiller dans la feuillée
Les perles que la rosée
Y dépose iaur à iovr; Quand sur son pied mollement se balance La rose, de Zéphir subissant l'influence, A la main qui veut l'attirer Semblant ainsi se dérober;
Penché du côié de la rive, Et dirigeant mon aviron ,
Je marque d'un long sillon Noire course Tugitive
Dans ce séjour enchanteur, Et je m'endors en rêvant au bonheur.
Quand, quand, quand, quand finirez-vous, monsieur le poète? Avouez, mes enfants, quil faut être atteint bien cruellement de la maladie d'écrire pour assassiner ainsi les gens de vers ridiculement enchevêtrés les uns dans les autres, où la pensée court sans cesse après une rime qu'elle ne doit pas être bien fière d'avoir pu joindre.
Qui donc s'est rendu coupable de ce méfait rimé? Ce doit être le même anonyme que précédemment ; pourtant je lis au bas de la feuille ces mots significatifs : faits à quinze ans. Que sera devenu le jeune poëte en question ? Peutêtre a-t-il renoncé à écrire des vers. Dieu le veuille !