‹ Le pie bas-bleuChapitre 26 sur 33 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

LB coBJBicoLO, pw M. Alexandre Dumas; S vol., chez Michel Léry

frères, rue Vivienne, S. — 1854.

La pie Bas-Bleu ayant changé de domicile, comme nous l'avons raconté dans la première partie de cet ouvrage, notre intention était de ne parler au public que des conférences qui eurent lieu dans la cave de la mère Gros-Lard; mais quelques personnes nous ayant demandé de leur communiquer les réflexions de la pic*Bas-Bleu sur des livres nouveaux qui ont attiré l'attention

des gens amis des lettres, nous avons cru devoir continuer nos commentaires, malgré la démolition de la maison n* 5 du quai d*Orsay. Toutefois nos lecteurs nous permettront de supprimer les détails relatifs à la nouvelle installation de la pie Bas-Bleu. Notre silence ne sera pas pris en mauvaise part, je Tespère ; mais entre nous, la pie Bas-Bleu est en pension chez M. Ledoyen, libraire-éditeur, demeurant au Palais-Royal, galerie d'Orléans, n° 31 , et nous tenons de bonne source que M. Ledoyen n'aime pas qu'on le mette en scène. Sur ce point, il ne partage pas les idées de ces éditeurs qui n'ont guère de mérite que par la position avantageuse de leur librairie ou par la multiplicité des affiches qu'ils savent mettre à propos dans les journaux les plus en vogue. Respectons la sage réserve de M. Ledoyen, qui préfère devoir la réputation dont il jouit à la manière consciencieuse dont il accomplit les devoirs de son état plutôt qu'aux hasards souvent incertains, et toujours peu satisfaisants pour la conscience, qu'on attend de cette fée moderne appelée a réclame. Nous

nous contenterons donc de présenter les notes critiques qui suivent omme si elles venaient de nous, et nous ne rappellerons au public le nom de la pie Bas-Bleu et sa nouvelle demeure que dans le cas où notre responsabilité se trouverait trop engagée par les idées que nous aurons à faire connaître.

Voici, pour commencer, une critique du livre d'Alexandre Dumas père, connu sous le nom de Corricolo. Malgré ses nombreux défauta, cet ouvrage aura pour nous quelque intérêt, si nous songeons qu'il fut l'occasion de l'importante capture que fit le père Grinc-fer^ lorsqu'il s'empara de notre pie Bas-Bleu. Laissons donc la parole à qui de droit, et transcrivons la critique de ce Corricolo^ dont la seule valeur, à nos yeux, est d'avoir été écrit par une plume que le public traite avec une bienveillance peutêtre trop exceptionnelle.

Le Corrirolo (titre donné par M. Dumas au livre renfermant ses impressions de voyage à

Naples) n'est pas, à proprement parler, le récit d'un voyage ; on peut même ajouter, sans craindre de tomber dans d'injustes exagérations, qu'il est question dans cet ouvrage de beaucoup de choses fort intéressantes assurément et racontées d'une façon charmante, mais qui auraient fort bien pu se passer en tout autre li?u que Naples et ne perdraient aucunement à être changées de climat.

Le Corricolo se compose d'une série d'anecdotes parsemées de quelques détails fort incomplets sur le côté artistique et historique de la ville de Naples.

Le lecteur qui voudra chercher dans ce livre des réflexions philosophiques sur la situation politique et sociale du peuple napolitain, le fermera sans avoir rien appris sur cette matière. I e spirituel conteur l'aura fait rire plus d'une fois sans doute, mais ne lui aura pas épargné, par ses récits, la peine de passer la mer pour aller voir de près la nation qu'il désire connaître.

Pour prouver ce que nous avançons, ouvrons le premier volume du Corricolo, et nous y trouverons douze chapitres au moins, sur vingt-quatre, consacrés à des anecdotes qui, pour assurer des lecteurs au livre, par la manière spirituelle dont elles sont racontées, n'en sont pas moins d'une grande inutilité au milieu d'un récit de voyage.

Ainsi donc, déjà le Corricolo est défectueux quant au plan général de l'ouvrage. C'est une sorte de chapelet d'historiettes plus ou moins bien imaginées, mais nullement destinées à nous éclairer sur les hommes et sur les choses de l'Italie méridionale. A ce premier défaut, que je considère comme capital, s'ajoute un défaut de détail, celui de ne pas avoir assez relié les unes aux autres toutes ces anecdotes, qui d'ailleurs sont écrites chacune dans un style trop différent du style des autres. C'est à tel point, qu'en les comparant entre elles, on serait tenté de ne pas les supposer écrites par la même plume. Dieu •nous garde d'avoirune pareille pensée 1 Pourtant,

— Mile procès que M. Dumas vient de gagner contre son fécond collaborateur M. Maquet a dû dessiller les yeux de bien des gens sur le compte du grand' fabricatcur de romans.

Nous n'avons pas la prétention d'examiner une à une toutes les pages du Corricolo; nous dirons seulement ce que nous pensons de l'ensemble du livre, et ensuite nous citerons quelques passages qui nous ont paru très-défectueux sous le rapport du style.

Pour toHTiiner d'abord la question de fond, avant d'aborder la question de forme, !e Corricolo ne peut pas être considéré comme un journal de voyageur; c'est uniquement un livre déclassé comme tant d'autres, et dont le but moral n'est pas facile à saisir, à moins que ce ne soit une étude de mœurs napolitaines. Dans ce cas, nous dirons que les chapitres intitulés 08711171 et Zaida^ OlellOf le CoTnbat^ etc., ne sont pas faits pour concourir à un but aussi raisonnable. Que si, d'ailleurs, l'on veut considérer le Corrici lo comme un roman, on y

trouvera sans doute une foule d'épisodes pleins d'intérêt, mais un désordre des plus grands dans la disposition de ces épisodes.

Un livre de voyage ne doit pas être un récit d'aventures arrivées à des personnages la plupart du temps imaginaires, mais une série de réflexions morales et philosophiques ayant pour objet de dépeindre au public, sous foutes ses faces, la nation et le pays visités par le touriste qui, après avoir été observateur consciencieux, a pris la plume pour devenir fidMe et sincère historien.

Qu'on ne m'objecte pas que M"" de Staël a imaginé de cacher sous la gracieuse fiction intitulée Corint,e ses impressions personnelles rapportées d'Italie, car je répondrais que le cas de M"' de Staël diffère;, beaucoup de celui qui nous occupe. 11 n'est pas défendu, pour donner plus d'attrait à un récit, de le présenter au public sous la forme si attachante du roman ; mais ce qui est complètement blâmable, à notre avis, c'est de n'adopter fran-

chement ni la forme du roman, ni la forme du journal de touriste; et, que M. Dumas nous pardonne notre franchise, le Corricolo n'est ni un roman, ni un livre de voyages; c'e.^t un ouvrage appartenant au style familier que son titre oblige à ranger parmi les livres des voyageurs, et son contenu parmi les livres de nouvelles. Par conséquent, ou la logique littéraire est un vain mot, ou le Corricolo est on ne peut plus défectueux quant à la question du fond de l'ouvrage. Passons à la question de détail. Nous verrons une confusion et une inégalité de style si grande dans ce livre, qu'il aura peine à trouver grâce devant notre critique, tant pour la forme que pour le fond.

Mais avant de commencer notre travail d'analyse, disons quelques mots à propos du style de cet écrivain si connu que nous nous permettons de critiquer. Nous le déclarons tout d'abord : notre intention n'est pas d'attaquer la personne de M. Dumas, bien que nous ayons dit .tout à l'heure notre opinion sur la question soulevée

par le procès Maquet. Que M. Dumas ait ou non des collaborateurs, peu nous importe, c'est son affaire ; qu'il fasse ou ne fasse pas' lui-même ses ouvrages, nous n'avons point à décider la question. S'il n'est pas seul auteur des œuvres littéraires publiées sous son nom , comme c'est à lui que nous en demandons compte , au nom d'une critique loyale et indépendante, c'est lui seul que nous considérerons comnie responsable pour ceux qui auront participé à ses travaux. D'ailleurs, qu'on ne croie pas que ce soit la collaboration de tel ou tel qui fasse jamais parvenir à la postérité les œuvres de M. Dumas. S'il lui était donné de collaborer avec des Molière ou des Boileau, on aurait le droit de crier au monopole en lui voyant placer son nom au haut de pages écrites par d'autres; mais les Molière et les Boileau sont rares par le temps qui court, même à l'Académie.

Laissons donc au bon sens public le soin de flétrir le nrtercantilisme littéraire qui trouve en soi-même le châtiment du mal qu'il fait à la

société. Ces œuvres, produites à grande vapeur et écrites dans la seule pensée d*enrichir leurs auteurs, ne les mèneront jamais à Timmortalité. Quant à nous, adressons-nous à M. Dumas le romancier, à M. Dumas, qui sera pour nous, sinon le clief, du moins le drapeau de cette école romantique qui se meurt, après avoir jeté son venin sur Tesprit public qu'elle a halluciné par ses phrases mensongères et ses folles images. Attaquons. le romantisme, cette littérature sensualistc et matérielle, qui ne parle qu'à Timagination des hommes et jamais à lear cœur. Le romantisme a énervé les hommes de la dernière génération; il les a éloignés de la vérité; il a atrophié leur pensée, cette pensée créatrice, cette pensée inquiète de connaître la vérité ; sa voix pleine de séduction est venue leur dire : Laisse là cette pensée qui tue le bonheur, et viens rêver avec moi ; cesse de te recueillir et de méditer, je te convie à partager mes ineffables plaisirs. Le romantisme a substitué aux solides principes de foi, de vertu et d'honneur, les fragiles principes de la mode, du caprice et de la vanité.

Montrez-moi quelque qualité littéraire dans cette école bâtarde ! Lorsqu'il en existe, elles ne sont que des qualités de détail, et si quelques plumes d'élite que nous admirons avaient combattu, au lieu de Tencourager, cette fatale ten dance imprimée à la littérature moderne il y a quelques années à peine, elles auraient transmis à la postérité des noms glorieux et immortels, au lieu de ces noms, aujourd'hui fort célèbres, qui disparaîtront dans un avenir prochain, au milieu de rindiflérence de nos descendants désabusés de toutes ces folies littéraires qui nous ont tant séduits.

Le romantisme a-t il quelque valeur par le fond ou par la forme ?

Quant au fond, ses productions sont toujours des aventures assez peu vraisemblables, racontées plus ou moins bien et destinées la plupart du temps à faire passer agréablement quelques quarts d'heure à celui qui les lit. Voilà tout le but moral des romans. Je défie au plus habile de m'en montrer un autre, à moins qu'il n^aille

le chercher dans quelques romans ultra -démocratiques dans le genre de Daniella; et là encore, je répondrais que l'exemple serait assez mal choisi. Tout le monde se rappelle, en effet, que ce roman avait si peu rempli les espérances des partisans de la doctrine quMl était appelé à dé^ fendre, que Fauteur s'est vu dans Tobligation d'y ajouter une dernière lettre fort peu vraisemblable où étaient entassées les phrases les plus blessantes pour le gouvernement pontifical ; cette petite correction littéraire valut un avertissement au journal la Presse ^ et si elle dut contenter les gens qui l'avaient réclamée, elle n'en fut pas moins une preuve évidente que les romans ne servent à rien, puisque les gens qui savent le mieux les écrire n'y parviennent point à expliquer ce qu'ils veulent que le public comprenne.

Valent-ils mieux par les détails ?

A part quelques pensées isolées au milieu d'un grand nombre de pages; à part quelques descriptions assez fidèlement tracées ou

quelques tableaux de sensualisme fort bien présentés h ce public qu'ils ont mission de corrompre, le style des romans est un style de remplissage; on y voit trop clairement que chaque ligne est payée une somme déterminée, et que moins elle contiendra de mots, et plus le bénéfice sera net pour le romancier spéculateur.

Cette préoccupation, indigne de tout homme de lettres, a pourtant produit des répétitions dans le genre des suivantes, qui n'exigent pas, de la part de l'auteur, de grands efforts d'imagination :

« — Eh bien, Paul, vous partez ?

— Je pars pour Naples,

— Ah ! vous partez pour Naples.

— Oui.

— Qu'allez-vous faire à Naples ?

— Ce que je vais faire à Naples ?

— Oui.

— J'y rejoins ma femme.

— Vous y rejoignez votre femme ?

— Oui.

— Pourquoi n'êtes- vous pas parti avec elle? — Pourquoi je ne suis pas parti avec elle ? -Oui.

— Il y a ime raison à cela.

— Et quelle raison, s*il vous plait, y a-t-il à cela?

— Devinez.

— Vous voulez que je la devine ?

— Oui.

— Parbleu, j'y suis !

— Quoi?

— Vous êtes jaloux.

— Moi?

— Oui, vous.

— Eh bien ?

— Eh bien, vous voulez la surprendre par votre arrivée inattendue.

— Non, vous dis-je, ce n'est pas cela; cherchez.

— Alors vous êtes amoureux.

— Je suis amoureux?

— Oui.

— Eh bien ?

— Eh bien, vous êtes resté près de celle que vous aimez.

— Non, vous n'y êtes pas

— Expliquez-vous. Je renonce à chercher votre raison.

— Vous y renoncez?

— J*y renonce.

— Sachez donc que je ne suis pas parti avec ma femme, parce que. . . .

— Parce que. . . .

— Parce que je déteste les voyages en famille.

— Farceur, que ne le disiez-vous plus tôt ? »

Ce qui fait un total de trente-neuf lignes ; er supposant la ligne du feuilleton cotée ai fr. , c'est une somme de 39 fr. que le romancier ira toucher à la caisse du journal sans s'être donné, avouons-le, beaucoup de mal pour la gagner.

Par le passage qui précède on aura une idée assez nette du style des romanciers modernes de récole de M. Dumas. Molière se permettait souvent , il est vrai, de ces phrases composées de peu de mots, qui donnent au dis-

cours une grande animation ; mais nos romanciers n'ont pas puisé leurs abréviations à la même source que Tillustre comédien.

Pour terminer, disons qu'en parlant quelquefois avec sévérité des œuvres de M. Dumas, nous avons voulu blâmer en lui Técole du romantisme que nous croyons funeste à la littérature moderne. Au surplus, cet adversaire n'est pas aujourd'hui aussi à craindre qu'il y a trente ans. Cette école est arrivée à son époque de décadence, et elle disparaîtra bientôt au milieu des sarcasmes de ce public qu'elle a trompé si longtemps. On la traitera comme on traite les masques après un souper de carnaval, lorsque l'amphitryon découvre sous le velours un visage de vieille femme. Le vide laissé par le romantisme sera facilement rempli, et nous aurons comme dédommagement de ce règne humiliant pour l'esprit humain, celui de la foi et de la vérité; nous retournerons non pas vers l'école du réalisme^ qui n'est qu'un genre de romantisme plus cynique et plus grossier que les autres, mais vers

récole du beau et du vrai. Celle-là est dslous les âges et de toutes les époques; elle est toujours jeune, toujours nouvelle, et son influence créatrice régénérera les esprits qu'elle reposera des orgies littéraires de la dernière génération.

J'en dirais bien long sur ce chapitre, si je voulais expliquer les causes des succès obtenus par le romantisme. 11 me faudrait dépeindre les préoccupations pécuniaires des esprits contemporains, rappeler les désordres sociaux dont nous avons été spectateurs, parler de la soif d'or qui caractérise notre siècle, du prodigieux accroissement de ces trois classes de parasites sociaux qu'on nomme les boursiers, les boutiquiers et les loretles, qui n'ont pu apprendre le secret de la vie morale et qui savent si bien jusqu'aux derniers raflinements de la vie matérielle !

iMais ce sujet m'entraînerait trop loin. Revenons à l'examen de détail du Corricolo.

Ce livre commence par une description du véhicule napolitain appelé corricolo^ faite avec

assez de grâce et d'esprit M. Dumas excelle dans les récits de choses futiles; c'est peut--être pour cette raison que ses livres ont tant de lecteurs.

Puis vient l'histoire d'Osmin et de Zaïda, qui comprend le premier chapitre du livre. Cette anecdote n'est autre chose que ce qu'on appelle en style familier une bonne charge destinée à faire rire des gens qui, s'ils ont quelque esprit, ne croiront pas un mot de ce qu'on leur aura dit d'une manière aussi plaisante.

J'aime assez, au surplus, l'entrée en matière de l'auteur. Le chapitre en question commence ainsi :

• Nous étions descendus à C hôtel de la Victoire. M. Martin Zir est le type du parfait h6~ tclicr italien : homme de goût, homme d'esprit, antiquaire distingué, amateur de tableaux, convoiteur de chinoiseries, collectionneur d'autographes, M. Martin Zir ^st tout ^ excepté aubergiste.

» Cela n*empéche pas T hôtel de la Victoire » d*être le meilleur hôtel de Naples. Comment • cela se fait-il? Je n'en sais rien. Dieu est 1 parce quil esL •

Si vous comprenez quelque chose à cet imbroglio, lecteur, dites- nous dans quel sens il faut l'entendre ; la pie Bas-Bleu ne lui en trouve aucun. Mais passons au second chapitre, intitulé les Chevaux specira ; peut-être y sera-t-il question de Naples ou tout au moins de quelque chose de plus sérieux que l'histoire du grand couteau de cuisine qu'Osmin envoie chercher par son nègre pour tuer la sultane Zaîda.

Dans le second chapitre, composé de huit pages et demie, l'auteur nous apprend qu'il s'est procuré un corricolo et des chevaux moris pour le traîner dans Naples. Pour être critique impartial , ajoutons cependant qu'on nous dit , page i& :

t Or Naples, à part ses environs, se com- » pose de trois rues où l'on va toujours et > de cinq cents rues où l'on ne va jamais, i

Et que, pages 20 et 21, on consacre vingthuit lignes à la description de la villa RealCj le jardin des Tuileries de Naples.

Après avoir donné, dans le chapitre III, quelques détails assez curieux sur Taristocratie napolitaine, l'auteur, fatigué d'en avoir dit si long sur le pays qu'il visite, se hâte d'amener, dans son chapitre IV, la singulière anecdote de Barbaja et de Rossini, qui, du même genre que celle du Turc et de la sultane, nous conduira au milieu des facéties les mieux imaginées, sinon les plus vraisemblables, jusqu'au chapitre VI.

Ce chapitre, par son titre : Forcella, semble promettre quelques détails nouveaux sur la ville du Vésuve; mais l'histoire de don Philippe Villani est trop intéressante; pouvait-on la laisser de côté pour des réflexions philosophiques que les lecteurs habituels du grand romancier auraient trouvées moins amusantes que ses anecdotes de bon plaisant quand même?

Que M. Dumas nous fasse rire en nous con-

tant, avec son esprit habituel, les farces qui ont rendu le lazzarone aussi illustre que le gamin de Paris dans les annales des touristes, rien n'est mieux fait. Mais il faudrait pourtant mêler à toutes ces anecdotes drolatiques quelques aperçus d'où le livre tirât une portée morale quelconque !

Les chapitres X, XI, XII et XIII sont employés à raconter au lecteur l'histoire du roi Nasone, autrement dit Ferdinand IV; quelques anecdotes plus ou moins vraies empruntées à la vie privée de ce souverain; certains faits bien connus de l'histoire moderne, qu'on aimerait mieux aller chercher dans M. Thiers que dans un livre d'impressions de voyage; et enfin les naïvetés de monsignor Perelli , bouffon qui doit faire dans ce livre le pendant du marquis de Sovai, nonuné la béte noire du roi Nasone.

Tout en mentionnant une assez longue histoire de brigands appelés les Vardarellù histoire qui occupe tout le chapitre XIY du livre, citons

une phrase placée à la fin du chapitre XIII , page 157; on lit :

« Et puis nous avons une malheureuse langue • moderne si bégueule, qu'elle rougit de tout, > et même de sa bonne aïeule la langue de ■ Molière et de Saint-Simon, à laquelle je lui » souhaiterais cependant de ressembler. •

Voilà une pensée qui mérite l'approbation du critique impartial ; mais l'auteur devrait la compléter en l'accompagnant d'un vieâ cvlpâ bien légitime et fort de circonstance. En effet, il serait absurde de croire que les langues se transforment par le seul caprice du vulgaire ignorant et illettré qui les parle ; tout au contraire , elles subissent l'influence des littérateurs de chaque époque, et ce sont eux qui, par leurs nombreux écrits, popularisent et font passer en usage leur style, leurs tournures de phrase, leurs images et leurs expressions. Ne croyez pas qu'un grand écrivain accepte sans commentaires telles ou telles manières de dire, parce qu'elles auront été employées de son temps dans

les lieux publics ou dans la rue, voire même dans les salons ; les gens qui agissent ainsi sont les vendeurs de prose, qui flattent les défauts du public pour trouver meilleur accueil auprès de lui ; au contraire, les auteurs intelligents et consciencieux, après avoir mûrement réfléchi aux besoins nouveaux de la société où ils vivent, cherchent à y mettre en vigueur ce qui reste de bon du vieux langage national, et à en chasser les mots intrus qui le déparent sans utilité.

Nous avons donc le droit de nous étonner qu'un écrivain aussi connu que Test M. Dumas ait exprimé la pensée citée précédemment; car la lecture de ses ouvrages nous montre clairement qu'il n'a pas cherché à combattre les mauvaises tendances de l'école moderne, mais plutôt à les encourager par sa complicité.

Aujourd'hui le mal est fait, d'autres y porteront remède; mais qu'au moins ceux qui sont les premiers coupables gardent un silence prudent, car la postérité leur demandera ce qu'ils ont fait de leur influence littéraire et en quoi

ils ont servi la grande cause du progrès de l'esprit humain. Ils répondront alors que leur intention n'était pas de diriger le mouvement des idées de leur siècle, mais plutôt de le distraire, par leurs écrits frivoles, des graves préoccupations politiques qui l'ont accompagné depuis son commencement jusqu'à nos jours. .

Nous sommes des conteurs spirituels et légers, diront-ils ; nos livides sont destinés à celte masse si compacte aujourd'hui de gens d'affaires, de voyageurs, de boursiers, d'industriels et de commerçants. Tous ces gens-là veulent passer un bon moment après les heures pénibles du travail prosaïque de la journée. Si nous les fatiguons de maximes plus ou moins morales, d'histoires plus ou moins sérieuses, ils nous mettront vite de côté, et nous voulons être lus, mais surtout être lus par beaucoup de gens : c'est là toute notre ambition. A d'autres nous laissons le soin de tenter des réformes littéraires où ils perdront leur peine et leur lalin. Nous savons que le goût du siècle

est corrompu, nous flattons ces mauvais penchants que nous ne pouvons détruire. Les contemporains aiment qu'on leur parle de chevaliers d'industrie, de bâtards, de lorettes; nous leur jetons la pâture qu'ils demandent : Joseph Bal-^ samoy Monte-Cristo, Antony, la Dame aux caméliaSy le Demi-Monde. On nous applaudit à outrance, on se dispute nos ouvrages; notre nom passe de bouche en bouche jusque par delà les frontières ; quand nous allons en Espagne, les ayuntamientos envoient des députations pour nous recevoir à l'entrée des villes ; à Marseille on nous offre des couronnes de lauriers. Il est vrai qu'en nous applaudissant, les gens sérieux nous critiquent ; il est vrai qu'après nous avoir fêtés en pays étranger comme des demi-dieux, on nous y traite, après mûr examen, d'auteurs légers et frivoles; mais que nous importe tout cela ? Pour un livre oublié, nous produirons dix livres nouveaux ; pour une pièce siillée, nous avons vingt manuscrits tout prêts. Le succès de nos œuvres est assuré d'avance par la façon adroite dont nous savons

enlever les suffrages du public. Si ce public dont nous flattons ainsi les défauts se dégoûte un instant de nous, aussitôt nous réveillons sa sympathie qui s'endort par une surprise nouvelle; nous ne lui donnons jamais le temps de nous examiner de près, cet examen serait notre perte. Nous le fascinons, nous Tcblouissons; notre fécondité, dont on connaît les sources, est là pour répondre de tout ; en un mot, dans un siècle où l'homme ne vaut que par le bruit qu'il fait autour de son nom, nous savons toujours faire parler de nous, et nous fuyons tout plutôt que l'oubli ou Tnidiflerence. Peu nous importe qu'on nous accuse d'être frivoles, légers, sans conscience littéraire ; nous sommes sûrs en tout cas de passer pour des gens d'esprit, et, dussions-nous dire ou faire des extravagances, une œuvre nouvelle est toujours prête à sortir de notre cerveau pour que notre nom circule de nouveau dans la foule. Voilà notre but, voilà notre morale, voilà notre vie, voilà notre horizon. Nous laissons aux philosophes le loisir de penser d'une autre manière, tout en leur souhaitant

d'assurer à leurs écrits la vogue que nous avons su conserver aux nôtres.

Tel est le système de ces romanciers qui regrettent la vieille langue des Molière et des Saint-Simon. De pareils arguments ont leur logique sans nul doute, si Ton borne la vie des auteurs au jour qui a vu naître leurs ouvrages, leur rôle dans la société, au rôle du bouffon qui divertit ou du jouet que Tenfant brise lorsqu'à disparu le charme de T amusement nouveau.

Mais que dire de cette pensée de l'immortalité qui fut le rêve constant des grands génies de tous les siècles? Que dire de cette conscience littéraire qui oblige à travailler quand même et toujours au grand but du perfectionnement de l'esprit humain?

Faudra-t-il donc sacrifier au désir de plaire à la masse ignorante et stupide le devoir de s'être mis fidèlement au service de la cause du progrès littéraire de l'époque? Ne craindrezvous pas, en flattant les passions et les vices

de vos lecteurs, qu'un jour leurs descendants ne vous rendent responsables des désordres sociaux que vous auriez pu empêcher? Vous redoutez peut-être d'encourir ce reproche que l'on fit à Voltaire et à Rousseau, d'avoir été les premiers instigateurs de la grande révolution du siècle dernier? Et pourtant, ils ont créé quelque chose, ces écrivains! Ce reproche, qui est pour eux un éloge, si l'on se place au seul point de vue littéraire, prouve en tout cas qu'ils savaient, en écrivant, ce qu'ils faisaient et où ils allaient, et que leur unique désir n'était pas d'avoir de nombreux lecteurs ou.de toucher de gros revenus d'auteurs !

Voudrez-vous donc qu'on dise de vous dans la postérité, qu'au lieu d'éclairer ce public, aux yeux duquel vous aimez tant à figurer comme gens d'esprit et hctomcs extraordinaires, vous l'avez conduit à une décadence littéraire dont il aura grand'peine à se relever? Voudrez-vous qu'on vous accuse d'avoir fondé une école 6dtarde qui n'aura plus tard d'autre mérite que

de servir à caractériser l'époque que vous aurez traversée ; comme cette école des écrivains de la basse latinité dont on ne prononce aujourd'hui les noms qu'avec dédain, et qui soht les tristes restes de cette dernière phase de la littérature romaine ?

Voulez-vous donc abdiquer toute autorité sur ces hommes qui, moins instruits ou moins habiles que vous, cherchent dans les écrits contemporains à ressaisir la pensée commune dont ils ont en eux, comme chacun de nous, une parcelle ?

Vos bouffonneries, vos gasconnades vous ôtent tout crédit même auprès des gens que vous amusez le plus. On rira beaucoup des traits charmants de votre esprit ; mais qu'il vous prenne un jour la fantaisie d'être sérieux, d'avoir une pensée pratique que vous voudrez populariser, personne n'aura confiance dans vos paroles, et si vous produisez quelque effet, vous ferez rire comme par le passé, comme toujours; cette fois pourtant oh rira à vos dépens.

Sans doate, vous êtes nés à une époque de désordre, et votre littérature a dû se ressentir du milieu d'où vous êtes sortis ; mais ne pourriez-vous donner à vos écrits une direction à la fois plus morale et plus saç^e , et, vous recueillant en vous-mêmes, étudier le mal social, afin de le guérir au lieu d'en subir la funeste contagion?

Mais laissons là cette discussion. Quand la langue française, si bégueule en 1850, au dire de M. Dumas, tombera entre les mains de gens qui, comme les grands écrivains du siècle de Louis XIV, se proposeront avant tout de travailler pour l'immortalité, l'art et la gloire, cette bégueule de langue pourra encore devenir la langue favorite de l'Europe" du xix* siècle, qui, après avoir vu disparaître les barrières politiques de ses diflerents peuples, sentira le besoin de réaliser le beau rêve d'un langage universel indispensable après le nivellement démocratique des idées et des institutions.

Alors la langue française, enrichie de mois

nouveaux empruntés à ses voisines, dépouillée des formes surannées du vieux langage, deviendra sans peine la langue de tous, tant par la clarté de sa construction que par la simplicité de ses tournures. Mais, pour arriver à un aussi beau résultat, il faudra que les auteurs français s'appliquent à la réformer au lieu de la corrompre par l'introduction de ces mots nombreux d'argot que l'on emprunte sans cesse, tantôt au monde des femmes galantes, tantôt à celui des ânes de la finance ou du commerce.

Les chapitres XV, XVI, XVII et XVIII du

Corricolo sont employés à faire une longue dissertation sur cette ridicule superstition italienne qu'on nomme IdLJcUaiura. M. Dumas, se sentant là sur son terrain, a exploité avec son esprit et sa fécondité ordinaire ce sujet si important : aussi nous donne-t-il l'histoire complète des aventures du prince de ***, jettalore célèbre, destinée à faire rire beaucoup le lecteur, mais qui vient Jui ôter tout espoir d'apprendre quelque chose des us et coutumes napolitains dont

on a si peu parlé jusque-là dans le livre que nous avons sous les yeux.

Les derniers chapitres du tome I" sont consacrés successivement h saint Janvier, à saint Antoine et à saint Joseph, siïr le compte desquels Fauteur met une série d'anecdotes où le trivial est tellement mêlé au sérieux, qu'on se demande si l'on a voulu ridiculiser les saints en question, ou si Ton a craint d'effrayer le scepticisme du lecteur par le récit des miracles qu'on leur prête.

En tout cas, s'il est permis parfois de plaisanter, il ne Test jamais de le faire aux dépens des choses de la religion, surtout lorsqu'on proclame (comme le fait M. Dumas dans plusieurs passages de son livre) qu'on accepte des croyances traitées ensuite d'une façon si légère.

Le second volume du Corricolo contient quelques descriptions archéologiques et quelques considérations sérieuses qui donneraient un certain crédit à cet ouvrage, en tant que livre écrit par un voyageur, si l'on n'y trouvait,

comme dans le premier volume, des chapitrés de remplissage, tels que celui du Mariage sur féchafaud (chapitre Vil), ou celui de la bête noire du roi Ferdinand (chapitre XVI II), et une foule d'autres où Fauteur nous fait un cours d'histoire romaine à sa façon, auquel on préférera toujours les pages de Tite-Live, voire même celles du bon et classique RoUin. Enfin, à part les chapitres XII et XIII, ce tome est à peu prfîs formé des mêmes éléments que son voisin, et si nous étions aussi charitable que M. Léon de Wailly (nous n'entendons point parler ici du célèbre grammairien, mais tout simplement d'un auteur peu connu qui écrit dans le journal V Illustration) j nous conseillerions à M. Dumas d'acheter pour quelques francs le livre du président de Brosses, qui lui en apprendrait peutêtre plus en quelques heures que ne lui en a appris tout ce quil a semé de temps et d^argent sur sa route.

Mais notre charité ne pouvant en aucune façon nous faire manquer aux règles essen-

tielles de la politesse, que doit connattre aussi bien le littérateur et le journaliste que l'homme du monde, nous laisserons M. Dumas voyager à sa manière, dépenser son argent selon son bon plaisir, et nous conter ses voyages à sa guise.

Toutefois, comme la pie Bas-Bleu, contrairement à l'usage de ces folliculaires à tant la ligne ^ qui ne lisent que la préface ou les dix premières pages des livres sérieux dont ils font la critique, s'est donné la peine de feuilleter page par page, et avec un examen consciencieux, les deux volumes de l'ouvrage en question , M. Dumas ne nous en voudra pas trop de lui montrer quelques passages qui pourraient lui nuire pour son entrée à l'Académie, et qu'afm de ne pas l'obliger à relire son ouvrage tout entier, nous emprunterons à son second volume. Nous serons d'ailleurs très sobres de citations. Commençons donc :

Page 2. On lit, au commencement de la délicieuse histoire du comte Odoardo Giordani et de Lia sa jeune épouse (histoire qui serait mieux placée dans un roman que dans un voyage à

Naples), les lignes suivantes, que nous recommandons aux admirateurs de M. Dumas.

« A Tun des angles de cette coquette habitation s* élevait un bouquet de palmiers dont les cimes, dépassant le toit, retombaient dessus comme un panache^ et donnaient à tout Tcnscmble du bâtiment un petit air oriental qui faisait plaisir à voir. Toute la journée, comme c'est Vhahitude à Naples, la villa mw'tte semblait solitaire et restait fermée ; mais lorsque le soir arrivait, et avec le soir la brise de la mer, les jalousies s'ouvraient doucement pour respirer^ et alors ceux qui passaient au pied de cette demeure enchan-

Il paraît que l'image des jalousies qui respirent plaît fort à M. Dumas, car il la répète page 24, ligne 22, en disant :

t Par un étrange phénomène atmosphérique, » à mesure que l'obscurité descendait du ciel, > la chaleur augmentait. En vain les fenêtres de

■ la villa sélaienl ouvertes, comme (Thabiiude, » pour aspirer le souffle du soir^ etc., etc.,, •

Plus loin, page 69, il s'agit des révoltes de Naples contre Alphonse d* Aragon ; on lit :

• Or, un des boulets envoyés par lui (Alphonse) à ses anciens sujets, se trompant probablement de route, se dirigea vers l'église del Carmen, fracassa la coupole, renversa le tabernacle, et allait écraser la tête du crucifix, de grandeur naturellej qui, déjà à cette époque, était reconnu comme très-miraculeux ; le crucifix baissa sa tête sur sa poitrine, et le boulet, passant au-dessus de son front, alla faire son trou dans la porte, enlevant seulement la couronne d'épines dont la tête était ceinte. »

Ne vdilà-t-il pas une manière bien élégante de raconter cet intéressant miracle?

Page 100, en lisant la facétieuse anecdote de Masaniello et de la régente Isabelle d'Aragon,

on trouve le passage suivant. Masaniello parle de Costanza, sa sœur :

M C'était une jeune fille de seize ans, belle » comme un ange, chaste comme une madone; » on voyait à travers ses yeux jusquau fond » de son âme^ comme à travers une eau lim- » pide on voit jusqu'au fond d'un lac; et son « père et sa mère, qui y regardaient tous les » joursj n'avaient jamais pu y lire l'ombre d'une » mauvaise pensée, etc.. •

Page 118, on lit :

t Près de Carceri est la maison de Cicéron, » ce martyr d'une petite réaction politique^ etc. » Cette petite réaction n'est autre chose que le second triumvirat ! Puis : « En ce temps-là comme » aujourd'hui, l'état d'avocat et celui d'orateur • étaient parfois, à ce qu'il paraît, d'un excel- 1 lent rapport. Il est vrai qu'ils avaient aussi » leurs désagréments, comme, par exemple, » d'avoir, après sa mort, la tête et les mains » clouées à la tribune aux harangues, et la lan- » gue percée par une aiguille, etc.. »

L*état d'orateur et celui d'avocat... avaiect.. aprr-s sa mort... la langue percée par une aiguille ne laissent pas que de faire un

ensemble de phrase assez correct et assez élégant.

Page 135, nous voyons « Néron chanteur, Néron danseur, Néron cocher d'abord, Néron empereur ensuite, • faire tous ses efforts pour souffler le monde à son cousin Britannicus.

Mais voici, page 138, un curieux récit de l'aventure arrivée à Agrippinc, que Néron voulait faire noyer dans le golfe de Baîa :

t Âgrippine était assise dans la cabine (de la

9 galère) ; Crépéréius, son serviteur favori, était

9 debout devant elle ; Aurronie, son affranchie,

9 était à ses pieds. Le ciel était tout scintillant

1 d'étoiles, la mer était calme comme un miroir.

9 Tout à coup le pont s'écroule : Crépéréius est

I» écrasé, mais une poutre soutient les débris

1 au-dessus de la lête d' Agrippine et d'Aurro-

9 nie ; au même moment, Agrippine sent que le

9 plancher manque sous ses pieds; elle saute

à la mer, suivie d*Aurronie, criant pour quon la sauve : « Je suis Agrippine ! Sauvez la mère de César I w A peine a-t-clie dit, qu'une rame se lève et en retombant lui fend la tête. Agrippine a tout deviné : elle plonge san» prononcer une parole, ne reparaît à la surface que pour respirer, replonge encore^ et tandis que les assassins la cherchent, vivante pour Vachevery morte pour reporter son cadavre à Néron , elle nage vigoureusement vers la terre, aborde le rivage, gagne à pied sa villa, se fait reconnaître à ses esclaves, et se jette sur son lit. »

Ne voilà-t-il pas un beau morceau de littérature, et comme il fait bien dans un voyage à Naples ! Que pensez-vous, lecteur, de la perspicacité et du courage de cette Agrippine qui, après avoir eu la tête fendue d*un coup de rame, devine et fait tant de choses ?

Terminons cet examen par la phrase suivante de la page 152, qui ne sera pas déplacée auprès de celles qui précèdent :

c< Prenez l'un après l'autre tous ces rois, > toutes ces reines et tous ces courtisans, et vous » n'en trouverez pas un sur quatre qui soit mort » de la façon dont Dieu a destiné rhomme à » mourir. »

Nous en resterons là pour aujourd'hui, et nous n'empoiterons pas le Corricolo pour le joindre aux livres de notre bibliothèque, parce que cet ouvrage ne nous paraît pas remplir le seul but raisonnable que pouvait se proposer son auteur, qui était de nous instruire de ce qui se passe à Naples au xix^ siècle. N'en déplaise à M. Léon de Wailly, voilà donc encore un auteur qui a négligé ce côté prosaïque de V Italie auquel les archéologues et les artistes attachent si peu d'importance, mais que ne perdent pas un instant de vue les hommes sérieux pour qui les questions politiques ont mille fois plus de valeur que les dissertations les plus brillantes des savants et des amateurs d'antiquailles.

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