‹ Le Pifferaro, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 14 sur 16 · SCÈNE XIII ANTONIO ET BON SORBET · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII ANTONIO ET BON SORBET

BONSORBET, entrant du fond.

Cascarin va venir... je triomphe... il doit être dans la jubilation...

ANTONIO*, éclatant en sanglots.

Oh ! malheureux que je suis.... povero !... poverino !... poverelto !...

BONSORBET, stupéfait.

Malheureux !... et il pleure à chaudes larmes 1... qu’est-ce qu’il a encore? (A Antonio.) Ah ! ça, mais !... animal ! grédin ! tu ne veux donc pas être heureux ?

ANTONIO

Non!... non!... c’est impossible!

BONSORBET, furieux.

Impossible!... sac à papier!... comment?... je te comble de petits soins, Je te dorlotte, je le choie, je te donne tout, tout! et tu inondes mes appartements avec tes larmes!.... qu’est-ce qu’il peut te manquer encore, chenapan?

ANTONIO, avec explosion.

Ce qui me manque... il me manque un père, un padre

BONSORBET, bondissant.

Un pèrel... allons bon!... il faut que je lui fournisse un père, padre maintenant.... mais, je n’ai pas cet article-là sur moi.... Ma parole d’honneur, j’aimerais mieux que tu me demandasses un débit de tabac.... voyons veux-tu un bon petit débit de tabac dans un quartier fréquenté?.,.

ANTONIO, criant.

Nonl... Je veux mon père... il faut que je le retrouve... Je ne suis parti du pays que pour ça... Ohl je le retrouverai, mon bonheur est à ce prix !...(n remonte.)

BONSORBET **.

Ecoute-moi donc...

*Bons. Ant.

** Ant. Bons.

ANTONIO, vivement.

Non non!... ô ma mère , ô Romanina!... tu seras satis-

faite!...

BONSORBET, poussant un cri.

Romanina!... Grand Dieu!...

ANTONIO

Qu’avez-vous?

BONSORBET.

Attends !... il se fait un travail remarquable dans ma tête. .. Romanina, une patricienne... il y a vingt-cinq ans!...

ANTONIO

Oui!...

BONSORBET.

Et tu n’as pas une preuve.,, quelque chose... une croix... un médaillon avec des cheveux... en France, dans ces occasionslà, nous avons toujours un médaillon avec des cheveux.

ANTONIO, tirant un paquet de sa poche.

J’ai des lettres... je les crois de mon père...

BONSORBET.

Tu as les croix de ton père!... Je le savais bien... donne... (lisant.) « Ma Romanina. Je t’attends ce soir sur la place « Saint-Marc... la brise est embaumée... Rapporte-moi mon «parapluie... Anténor de Pontsablé... >» (avec éclat.) Je le tiens..

ANTONIO

Vous tenez mon père ?...

BONSORBET.

Oui... et je peux te le livrer sans retard... mais une fois cette fourniture faite, tu vas être heureux, n’est-ce pas ?...

ANTONIO

Oh! oui!... oh 1 oui !... voilà la chance qui revient... Je retrouve ma gaité...

BONSORBET.

Tâche de la conserver... Tu n’as pas soin de tés affaires... tu l’égares à chaque instant.

ANTONIO

Le guignon m’abandonne... Tra déri dera... un père... Je pourrai l’épouser... mon bonheur sera complet !

BONSORBET.

Complet!... sapristi, ça m’aura donné assez de mal... c’est un métier de cheval que j’ai entrepris-là...

CASCARIN, en dehors.

C’est bon... J’y vais !...

BONSORBET.

C’est lui !... Je l’entends...

ANTONIO, voulant se précipiter. .

Papal... mon papa...

BONSORBET.*

Attends... il faut que je le prépare... reste-là... Je te ferai signe quand il sera temps de te précipiter dans ses bras.

Préparez-le...

BONSOBBET.

Oui... je vais le préparer. (Antonio se retire au fond îi droite.) (Voyant entrer Cascarin.) A nous deux Pontsablé !

Page 1