‹ Le pilote du BrésilChapitre 12 sur 32 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

AttÉrages sur Pernambuco. — Description de la rade et du port de ce nom. Instruction pour y entrer et pour en sortir.

On Vient de dire que le cap Saint-Augustin est le point sur lequel les bâtimens doivent attérir, quand ils se destinent pour Pernambuco pendant la mousson du Sud.

La côte, au Nord de ce cap, rentre un peu et forme une anse peu profonde, dans laquelle la ville de Pernambuco est située et dont la pointe Nord se termine au Nord 1 7° Est à la pointe d’OIinda. Le milieu de cette côte est marqué par la chapelle de Nossci- Senhora do Rosario , bâtie sur une hauteur et accompagnée de deux tours faciles à distinguer en venant de la mer. Le rivage est bas et couvert d’arbres jusqu’auprès de Pernambuco • et en côtoyant la plage, de deux à quatre milles de distance , on a de douze à dix-neuf biasses deau, fond de sable mele de madrépores brisés.

Après avoir reconnu le cap Saint-Augustin , on devra se conserver à deux ou trois milles de la côte, jusqu’à ce qu’on relève le fort Picaô , entre le Nord-Ouest et l’Ouest-Nord- Ouest corrigé : alors, gouvernant sur ce petit fort, qui est bâti sur le récif meme dont le port est formé, on pourra s approcher, selon le tirant d eau du bâtiment, jusqu’à amener au Nord — Est le Cocotier d Ohnda ( placé entre les deux plus hauts édifices de cette ville ). Dans ce relèvement , on sera à sept ou huit cents toises du quai de récif, et l’on pourra mouiller par sept à huit brasses, fond de sable parsemé

Atterage sur Pernambuco dans la mousson du Sud.

Description de la côte entre le cap Saint-Augustin et

Pernambuco.

Route

pour se rendre sur la rade de Pernambuco.

Atterage sur Pernambuco pendant

I a mousson du N.

Bane d’Olinda et

de Pernambuco.

Banc

de V Anglais,

Rade

de Pernambuco.

de pâtes de corail; mauvais fond, il est vrai, mais qu’il est presque impossible d’éviter entièrement sur la rade de Pernambuco. Non-seulement les grands bâtimens ne doivent pas s’approcher davantage de terre pour jeter l’ancre , mais il serait même convenable, pour peu qu’il fit mauvais temps, qu’ils ne mouillassent point dans l’Ouest du méridien du cocotier d’Olinda , malgré l’indication un peu différente qu’on donne ordinairement pour le mouillage devant Pernambuco.

Lorsqu’on vient dans ce port pendant la mousson du Nord , il convient de reconnaître la côte , un peu au Nord de la pointe d’Olinda, qui est située par 8° l' 0" de latitude Sud, et par 3 7° 10' 30" de longitude occidentale.

Depuis la pointe d’Olinda jusque devant le fort Picaô , la côte est accompagnée d’un haut-fond qui s’étend au large d’environ deux milles. H faut donc se tenir a trois milles du rivage, et par huit ou neuf brasses, jusqu’à ce qu’on relève le fort Picaô à quelques degrés au Nord de l’Ouest. On évitera ainsi le Banc de V Anglais , écueil composé de plateaux de sable et de roche, qui forme la partie méridionale des bancs d’Olinda : ce banc ne s’étend ni à l’Est du méridien de cette ville, ni au Sud du parallèle du fort Picaô, et il brise de mauvais temps , quoique la moindre profondeur qu’on y trouve soit de deux brasses. Les petits bâtimens le con tournent par l’Ouest et le Nord, en serrant la côte à un demi-mille de distance , depuis Pernambuco jusqu’à la pointe d’Olinda : mais il ne faut pas que ces bâtimens aient besoin d’une profondeur supérieure à celle de trois à cinq brasses, et ils doivent toujours avoir un pilote du lieu.

La rade de Pernambuco est dangereuse pour les bâtimens qu’un trop fort tirant d’eau empêcherait d’entrer dans le port en cas de mauvais temps. La houle y est souvent très-forte;

si Ion mouillait seulement d’un rumb à l’Ouest du méridien de la pointe d’OIinda, on serait à moins d’un demi-mille du quai de récif; et pour peu que l’on chassât sur les ancres, ou qu’on dérivât en appareillant d’un vent forcé du Sud-Sud-Est à l’Est-Nord-Est, on courrait des risques très-graves. Cette chance est à craindre principalement dans la mauvaise saison , c’est-à-dire, de mars à septembre, où les vents de cette partie sont quelquefois violens.

La mousson du Nord n’est pas beaucoup plus favorable que I autre à la sûreté des bâtimens à l’ancre sur la rade de Pernambuco. Les vents dEst y sont encore plus fréquens que ceux du Nord, sur-tout aux approches des nouvelles et pleines lunes ; et quoique, dans cette saison, le temps soit ordinairement beau et que les brises soient moins fortes que dans la saison opposée, il est cependant encore convenable de prendre des précautions contre les accidens , et la première de ces précautions est de ne pas mouiller trop près de terre.

Nous avons dit que le fond de la rade de Pernambuco est de mauvaise qualité : en effet, ce mouillage, avec des amares susceptibles d’ètre coupées , n’offre aucune sécurité ; et les bâtimens qui le fréquentent ne doivent employer que des câbles de fer. Les meilleures fourrures ne garantiraient qu’imparfaitement les autres, de la grande quantité de coraux, de madrépores et d’ancres perdues, dont le fond est semé.

On affourché ordinairement Est-Nord-Est et Ouest-Sud- Manière

‘ (I’aflourcher

Ouest sur la rade de Pernambuco, afin d’avoir une longue sur cettc rade, touée directement au large, pour être plus solidement établi et pour appareiller plus facilement. II est prudent de tenir toujours les voiles sur les fils de caret et toutes choses disposées pour appareiller promptement, si l’état du bâtiment le peimet. Dans le cas contrane, on dévia, chaque soir, laisser

Dn port de Pernambuco

Du Pûço.

Le Mot (jueirao'.

tomber une ancre de précaution qu’on relevera le matin.

Si I on était obligé de séjourner quelque temps sur la rade de Pernambuco, pendant la mousson du Sud, il conviendrait peut-être d’avoir les deux ancres de bossoir, du côté du large, avec une ancre à jet dans l’Ouest-Nord-Ouest, sur la poupe, afin d empêcher le bâtiment d’éviter pendant le calme qui succède quelquefois aux grains. Cette dernière ancre n’aura le plus souvent a résister quà des brises de terre, qui sont rares dans cette saison et qui d ailleurs ne sont fortes sur la rade dans aucun temps de l’année.

Le port de Pernambuco , formé sur la côte par le récif qui borde le rivage , est assez large et assez profond pour recevoir un certain nombre de bâtimens de dix et même de douze pieds de tirant d’eau.

Ce port est divisé en deux parties. La première, ou le port extérieur, que les Brésiliens nomment Poço [le Puits], est un simple mouillage situé à la tête du récif au Nord du port. Son entree est formée par quelques rochers ou plateaux de madrépores détachés sous l’eau , et qui sont probablement la continuation du récif principal. Cette entrée se nomme la Grande Barre ; on y trouve de dix-sept à trente pieds d’eau de basse mer, ainsi qu’en dedans, à l’endroit où les bâtimens s’établissent sur quatre amarres, le cap au large. Les rives intérieures du Poço sont de sable, et la profondeur décroît à mesure qu’on approche de terre. Ce mouillage, qui ne reçoit dabri contre les vents du large que des rochers submergés qui sont à 1 entrée , n est pas tenable dans la mousson du Sud. Il est protégé militairement par les forts Brun et Buraco , bâtis sur la plage à six cents toises l’un de l’autre.

La seconde partie du port de Pernambuco , ou le port de Récif e proprement dit, est comprise entre le quai de rocher

et la ville, et se nomme le Mosqueiraô. Ce port conserve de deux à trois brasses d’eau, et il est abrité de la mer par le relief du rocher qui, dans cet endroit, est de huit à dix pieds à mi-marée. Mais pour y parvenir, il faut franchir une barre de sable, sur laquelle, de mer basse, la profondeur n’est que de sept pieds. Cette barre, qui traverse le port, est défendue par les forts Brun et Picaô , bâtis, l’un sur la plage , comme nous venons de le dire, l’autre sur l’extrémité du récif, visà-vis, comme nous l’avons dit plus haut. La distance de l’un de ces deux forts à l’autre, c’est-à-dire, la largeur du port à son entrée, est tout au plus de trois cent cinquante toises.

Les marques pour pratiquer les deux passes qui conduisent dans le port de Pernambuco, sont, pour le Poço , de mettre une petite pyramide bâtie exprès sur le rivage et surmontée d’une croix ( appelée la Cruz do PatraÔ ) , par l’église de Sant-Amaro , qui est entourée de cocotiers très-apparens , et située sur le continent, un peu dans f intérieur du pays. La direction de cet alignement est, à très-peu près, l’Ouest du monde. Mais, avant de gouverner dessus, il faut, si l’on vient du large , avoir grand soin de se placer en dedans du banc de V Anglais , en prenant les précautions indiquées plus haut (page 148 ). Du mouillage de Poço , on relève à-peu-près dans l’Est, et à moins d’un mille de distance, la crête du banc de l’Anglais, lorsqu’il brise; on découvre tout l’intérieur du port; on relève au Sud le fort Picao ; et en gouvernant au Sud T Ouest, on gagnerait le port du Mosqueiraô.

Les petits bâtimens prennent ordinairement, pour entrer, l’autre passe qui est située presque immédiatement à la pointe Nord du quai du rocher où s’élève le fort Picaô. L’amer à relever, pour se diriger dans cette passe, est la jonction des deux tourelles ou guérites méridionales du fort Brun : on

Marque*

pour

l’entrée du Poço.

Marques pour entrer dans

le Mosqueiraô

LE PILOTE DU BRÉSIL, trouve, en suivant cette direction, de dix-huit à quinze pieds deau. Quand on découvre le côté occidental du récif, et quon relève le fort Picaô au Sud, on doit gouverner de manière à ranger le récif par l’Ouest, pour pénétrer dans le port. II ne faut pas craindre de serrer le musoir du récif qui forme la pointe Sud de l’entrée. En l’approchant à petite distance, on s’avance suffisamment dans l’intérieur du port, à bout de bordée et avec le seul air du bâtiment, si l’on est bâbord amures.

Les pilotes vont prendre les bâtimens qui les appellent, à leur arrivée sur la rade, qu’on nomme aussi XAlmeiraô. Nous avons déjà fait remarquer qu’il convient de ne fréquenter le port de Pernambuco qu’avec des bâtimens d’un tirant d’eau inférieur à douze pieds.

dePernambucof P01 * Pernambuco répond à l’embouchure de la rivière Caparibe, dont il reçoit les eaux. On y est préservé de la violence de la mer par le quai de roche , dont les parties ♦ trop basses ont été élevées au niveau des autres, de manière à former un quai continu. Cet obstacle ne garantirait pas suffisamment des vents du large, s’ils étaient très-forts; mais ils le sont rarement assez pour causer des avaries à des bâtimens bien amarrés, dans un bassin d’aussi peu d’étendue. Quant à la protection contre un ennemi qui viendrait du dehors, elle est imparfaite, puisque, comme on fa vu précédemment , les bâtimens de guerre peuvent mouiller à demimille du récif; en prenant des précautions, il leur serait même possible d’approcher davantage dans un but d’hostilité.

v^e cle Pernambuco est divisée en trois parties, situées dans la direction Est et Ouest, et séparées les unes des autres par des bras de la Caparibe , sur lesquels on a jeté des ponts. Pernambuco, capitale de la province de ce nom, est très-

LEr PILOTE DU BRÉSIL. 153

commerçant, principalement en coton , qui est le plus estimé du Brésil, tant pour sa qualité, qu’à cause de la préparation soignée qu’on lui donne avant de le livrer au commerce.

Les navigateurs trouvent à Pernambuco tous les genres de secours. Ils peuvent y caréner, y remâter leurs bâtimens et y réparer toute sorte d’avaries. Ils y trouvent aussi tout ce qu’exigent la nourriture et le ravitaillement des équipages , mais à des prix élevés relativement à ceux de France. L’eau y est saine, et on se la procure aisément, soit dans la rivière en la remontant un peu , soit à Olinda , d’où des bateaux pontés, faits exprès, la portent à bord des bâtimens dans le port ou dans la rade. Le bois à brûler est relativement la plus chère des provisions à Pernambuco.

Les vents régnans sur cette rade sont ceux du tropique , c’est-à-dire qu’ils soufflent généralement du Sud-Sud~Est au Nord-Nord-Est, avec cette nuance que, de mars à septembre, ils s’approchent plus du Sud et meme parfois du Sud-Ouest, que dans I autre partie de i année. Dans cette dernière saison , ils régnent presque sans interruption de l’Est-Nord-Est au Nord- Nord-Est, en suivant les variations indiquées à la page 140.

La brise de terre, régulière dans le port, est très-faible en rade; rarement même elle franchit le récif, où les brisans l’amortissent toujours; cependant, elle affaiblit les premiers vents qui viennent du large, et ceux-ci ne sont dans toute leur force, tant au dehors que dans le port, que depuis dix heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, c’est-à-dire, pendant l’absence de la brise de terre.

La température est ordinairement élevée à Pernambuco , sur-tout pendant la nuit et jusqu’à neuf ou dix heures du matin; alors, après quelques rnomensde calme, qui sont trèspénibles, la brise de mer s’élève peu-à-peu, arrive sur la cote

Ressources que pre'sente ce port.

Aiguades.

Des vents re'gnans à Pernambuco.

Brises de terre.

T emperature à Pernambuco.

Des mare’es.

Position du fort Picao'.

LE PILOTE DU BRESIL, et rafraîchit l’air, jusqu’au moment du coucher du soleil. Malgré sa chaleur, le climat de Pernambuco passe pour être sain.

Les marées sont irrégulières dans ce port , probablement à cause de la rivière qui vient y aboutir, et qui, étant exposée à des crues , n’a pas toujours le meme volume d’eau. Le jusant est encore sensible quelque temps après que le niveau de la mer a déjà monté; néanmoins, les instans de mer étale sont assujettis à des périodes régulières, qui concordent avec les mouvemens de la lune.

La différence de niveau des hautes et basses marées est de six pieds dans les circonstances ordinaires; elle atteint huit pieds dans les marées des syzygies , et alors la force du courant, dans le port, est de deux milles par heure.

Dans ces dernières circonstances, la mer est pleine à quatre heures et demie après midi : nous n’avons pas eu occasion d’y déterminer nous-mêmes ce fait, et nous ne le présentons que sur des renseignemens communiqués; mais nous croyons qu’ils approchent beaucoup de l’exactitude.

En rade, les marées sont tout-à-fait irrégulières, et les courans sont principalement déterminés par les vents régnans.

Le fort Picaô , qui, comme on l’a vu, sert de balise pour indiquer, en même temps qu’il défend l’entrée de Pernambuco, est un ouvrage en forme de tour; il y a, sur l’extrémité du récif, un phare qu’on peut apercevoir d’environ trois lieues la nuit.

Position du fort Picaô :

Latitude . 8° 3' 27" S.

Longitude . 37. 12. 5. O.

La déclinaison de l’aiguille aimantée a été observée, en

décembre 1819, à cinq cents toises à l’Est de lui, de 4° 48' Nord-Ouest.

La distance du cap Saint- Augustin à la pointe iïOlinda est de vingt-un milles* leur gisement réciproque, le Nord 1 7° Est.

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