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CHAPITRE IV

Instruction pour entrer dans la baie de Rio-Janeiro et pour en sortir. —

Description de cette baie.

Pour entrer à Rio-Janeiro et pour en sortir, on préféré ordinairement de passer entre File Rasa [ Rase ] et les deux îles Paya (l). La première est au Sud, à peu-près à sept milles du Pain de Sucre; les deux autres sont à cinq milles et demi dans le N. 4 1 ° E. de File Rase : elles sont accores ; on peut les ranger de près, et meme passer, au besoin, entre elles et la terre. La profondeur du chenal qu’elles forment avec File Rase, est de 23 à 13 brasses, fond de sable gris.

Route pour entrer Si Fon se place à un mille dans FOuest de File Rase, on

dans la baie

de Rio-Janeiro. relevera la pointe Ouest de la plus occidentale des îles Paya , au N. 47° E.; de cette position, une route directe de sept milles et demi au N. 5° E. , conduira à quatre cents toises dans FOuest de la forteresse de Santa-Cruz , située sur la pointe orientale de l’entrée du goulet. Dans ce trajet, on aura laissé sur la gauche quelques îlots et un rocher [ lage ] , qui sont entre File Ronde et les terres de la Gabia; et Fon passera à un demi-mille à droite de la petite île Toucinho [ Jambon ] , qui est proche du Pain de Sucre. Sur cette route, les sondes auront passé graduellement de vingt-trois à sept brasses , fond de sable fin, gris, sable blanc et dur. Aucun danger n’y existe, et il n’y a à éviter que ce qui paraît au-dessus de la mer.

(t) Sur quelques cartes , ces deux îles sont nommées P ai et Mâi [ Père et Mcre]. J’emploie la dénomination la plus usitée.

Les profondeurs de sept brasses sont les plus faibles de l’entrée de Rio-Janeiro; et lorsqu’on les a franchies pour entrer, la sonde s’accroît promptement, au point de perdre momentanément le fond avec une ligne à main. On trouve déjà de douze à seize brasses, presque à toucher la pointe de la batterie de Santa-Cruz; on pourrait en approcher davantage, et l’on pourrait, également sans danger, fréquenter l’autre côté de l’entrée : mais la direction qui vient d’ètre indiquée est la plus suivie; elle a le double avantage de conduire les bâtimens assez près de la forteresse de Santa-Cruz, pour pouvoir répondre aux questions qui leur sont adressées de ce fort, et de les tenir à une distance convenable de la petite île plate qui se présente au milieu de l’entrée, et sur laquelle le fort Lage est bâti. Un troisième avantage , résultant de la précaution de se tenir ainsi à petite distance de Santa-Cruz, est de corriger un peu l’effet du courant, qui porte quelquefois dans le Nord-Ouest, lors de la marée montante.

Le passage entre le fort Santa-Cruz et le fort Lage est le seul fréquenté, et celui que ce dernier forme avec la pointe de San-Joaô ne l’est jamais. Ce n’est pas qu’il manque de profondeur; mais il est plus étroit que l’autre; et la variété probable des vents, sous le Pain de Sucre et les hautes terres voisines, au pied desquelles il faudrait joasser; l’irrégularité des courans et les fonds de roches où l’ancre tomberait s’il fallait mouiller, rendent ce passage, sinon impraticable, du moins dangereux. On dit meme qu’il est défendu.

Il n’offrirait d’ailleurs d’autres avantages , pour l’entrée ou la sortie de la baie , que de prendre à revers une partie des forts Lage et de la Bandeira , qui défendent le passage.

Du travers, à trois cents toises à l’Ouest du fort de Santa- Cruz, la route directe pour se rendre au mouillage des vais-

LE PILOTE DU BRÉSIL, seaux de guerre est le N. 35° O., jusqu’à ce qu’on soit dans I Est-Nord-Est du fort de Ville gagnon , à trois cents toises

suHeTouiHage c^uclue^ 011 Passe sans danger. De ce point, on gouvernera sur bàtimens de guerre. iîie dos Ratos [ des. Rats ] ; et, parvenu devant la ville, on choisira le mouillage, depuis vingt jusqu’à dix brasses, fond de vase, en observant seulement de ne pas découvrir le Pain de sucre à l’Ouest du fort de Villegagnon.

Du pavillon de ce fort , si l’on tire une ligne droite jusqu’à 1 île das Cobras [ des Serpens ], elle séparera les fonds propres aux grands bâtimens, des fonds de quatre à deux brasses qu occupent les caboteurs et les petits bâtimens de commerce. La meilleure place pour les bâtimens de guerre est dans l’Est- Nord-Est du palais , au Sud de la ligne menée de l’île aux Rats à la principale église de la ville. Le fond y est de quinze à vingt brasses d’excellente tenue ; et l’on évitera ainsi un petit banc de roche situé à deux encablures et demie dans i’Est- Nord-Est de 1 île aux Rats.

Mouillage Le mouillage des navires de commerce est immédiatement

des bâtimens

de commerce, près de la ville ; les plus grands y parviennent en passant au Nord de 1 île das Cobras , et ils sont séparés du mouillage des bâtimens de guerre que nous venons d’indiquer , par un banc que des canots seuls peuvent franchir, et sur lequel la mer brise dans les basses mers des nouvelles et pleines lunes, lorsque les vents du large sont vioïens.

Manière On s affourché Nord et bud dans la baie de Rio-Janeiro'

de s'affourcher

au mouillage mais nous croyons qu il est préférable d’affourcher Nord-Est bâtimens de guerre, et Sud-Ouest : cette direction , qui n’est pas éloignée de celle des courans de flot et de jusant, donnera la facilité de présenter le travers aux brises de terre et de mer, seuls vents à-peu-près dominans; ce qui est une nécessité dans l’été, où les chaleurs, dans cette baie, sont quelquefois insupportables.

Des

brises de terre et des

brises dû large.

Une haussière, portée alternativement sur l’une ou l’autre bouée, seion ïe vent, procurera cet avantage important pour ïa salubrité du bâtiment ; l’ancre de flot doit être à bâbord , et celle de jusant à tribord.

Les brises de terre et de mer se partagent ordinairement les vingt-quatre heures du jour : la première commence le soir, dure toute la nuit, et finit vers neuf ou dix heures du matin; une heure de calme lui succède; et généralement, vers onze heures, la brise du large pénètre dans la baie, et dure jusqu’au coucher du soleil. La force de ces brises n’est pas constante; elles éprouvent parfois des interruptions totales, et l’on voit alors le calme durer des jours entiers, ou n’ëtre troublé que momentanément par des brises sans force et sans direction fixe : mais ces circonstances sont rares.

Les marées ne sont pas régulières dans la baie de Rio- Janeiro, si l’on entend par régularité , l’égalité de durée des deux courans alternatifs dont se compose ordinairement une marée.

Le jusant est généralement beaucoup plus prolongé que ïe flot, sur-tout après de grandes pluies. La vitesse ordinaire de l’un et de l’autre excède rarement 0, 7 de mille à l’heure ; elle atteint 1,3 de mille dans les vives eaux , principalement pendant le jusant. L’établissement de la baie est de deux heures trois quarts ; et Leur établissement, la différence de niveau entre les hautes et basses mers des syzygies, a été touvée de quatre pieds et demi; dans les circonstances ordinaires , elle n’est guère que de trois pieds.

La sûreté du mouillage, dans la baie de Rio- Janeiro, n’est presque jamais troublée , et il est infiniment rare d’y ressentir des vents capables de causer des accidens graves.

Plusieurs cales de débarquement sont pratiquées dans les de debarquement quais devant ïa ville ; les unes sont de simples rampes, les autres ont des degrés. La commodité de leur usage dépend de I état

Des mare'es.

Leur vitesse.

Différence de leur niveau.

Cales

cle la mer , qui , du reste , est très-rarement assez agitée pour empêcher de communiquer de la rade avec la terre; mais les immondices de la ville , qu’on jette près de ces cales , en rendent tes approches désagréables en tout temps.

Aiguades. Les bâtimens mouillés en rade prennent ordinairement leur , eau à la grande fontaine érigée sur le quai de la place de mer,

devant le palais : cette eau passe pour n’ëtre pas très -saine, et

pour causer des coliques dangereuses, dans le commencement de son usage.

Dde RioULeirol16 Rio" Janeiro ? capitale et siège du gouvernement brésilien ,

est une grande et belle ville , dont la population , toujours croissante, sur-tout depuis 1807, est déjà de plus de cent vingt Ressources mille âmes. Elle fournit abondamment toutes les ressources

qu’elle offre aux

navigateurs, que les navigateurs peuvent desirer ; les vaisseaux peuvent s’y carénei , s y remater, s y approvisionner de toutes choses: mais cette relâche est dispendieuse ; les réparations , sur-tout , y sont fort chères, à cause du prix élevé des matières et de la main-d œuvre; les vivres, quoique abondans, n’y sont pas moins chers aussi , a I exception des bestiaux , dont la chair , d ailleurs de médiocre qualité et de mauvais goût, est quelquefois malsaine; désavantage ordinaire aux climats chauds, et sur la plus grande partie de la côte du Brésil.

D^oTandro'e La baie de Ri°-Ja»eiro est très-spacieuse, et l’une des plus magnifiques du monde. Elle s etend sur des diamètres de trois à quatre lieues en diverses directions, entre des montagnes d une majestueuse élévation, couvertes de la plus riche verdure, et dont la base, terminée en pente douce jusqu’à la mer, est occupée par de nombreux villages. Des plantations de toute espece , des maisons de campagne élégantes et entourées d’arbres, plusieurs îles également boisées et habitées, ornent (t diversifient la surface et les côtes de cette petite mer inté-

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