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CHAPITRE VIII

Le Pilote prend position

La situation était singulièrement dangereuse. On ne pouvait laisser ce fou en possession d’un fusil. Mais comment intervenir ? Entrer chez lui semblait impossible, car il était évident que le premier qui se montrerait sur le seuil de sa porte serait un homme mort.

— Je veux lui parler; vous autres, ayez les yeux sur lui, nous dit le Duc.

— Holà, Bruce! Que signifie tout ce vacarme ? cria-t-il de sa voix la plus forte.

Le chant du psaume cessa brusquement. Le visage de Bruce exprima une joie soudaine et mauvaise, et il pointa son fusil vers la porte, sans prononcer une parole.

— Entrez donc! cria-t-il après un moment

d’attente. Entrez donc! vous êtes le plus grand de tous les diables. Arrivez, je vous enverrai là où est votre place. Arrivez un peu vite, vous dis-je !

— Il y aurait des choses plus agréables à faire, car il est de première force au tir, déclara le Duc.

Entre temps, le chant avait repris; j’appliquai de nouveau mon œil entre les poutrelles et je vis que Bruce recommençait à regarder fixement le tuyau de son poële. Pendant que je le surveillais ainsi, le Pilote nous quitta et se glissa vers la porte de la cabane.

— Revenez ici! lui dit le Duc, ne faites pas limbécile ! Revenez, sans quoi il vous tuera sûrement.

Moore ne semblait pas avoir prêté la moindre attention à ces paroles et restait en expectative près de la porte. Bientôt Bruce tira de nouveau contre le tuyau, et au même instant, le Pilote entra dans la chambre, en disant vivement:

— L’avez-vous attrapé, cette fois ?

— Non! répondit Bruce d’un air désappointé.

Il s’est dérobé comme un diable, c’est du reste ce qu’il doit faire, vous savez!

— Je me charge de le faire déguerpir, lui dit Moore. Je vais l’enfumer. Et tout en parlant, il se dirigeait vers le fourneau.

— Arrêtez, vociféra Bruce, n’ouvrez pas cette porte! Le fourneau en est tout plein, je vous dis.

Moore s'arrêta, en effet, et Bruce ajouta:

— D'ailleurs, la fumée ne les incommode en aucune façon.

— Oh! j'y ai déjà pensé, lui dit Moore avec une admirable présence d’esprit, mais vous savez bien qu’ils ne peuvent pas supporter la fumée de bois.

Bruce, apparemment, ne connaissait pas encore cette particularité de la démonologie, car il retomba en arrière. Pendant ce temps, Moore allumait le feu et posait la bouillotte sur le fourneau, après quoi, il regarda autour de lui, cherchant évidemment une théière.

— Elle est là haut, dit Bruce, qui oubliait ses diables pour un instant, en indiquant du doigt une étagère, au haut de laquelle était posée une théière de forme antique.

Moore la prit et la regarda attentivement, puis il leva les yeux vers Bruce en disant :

— Ça vient du vieux pays, pas vrai ?

— Oui, elle était à ma mère, répondit Bruce d’une voix toute naturelle.

— J'aurais juré que c’était celle de ma tante de Balleyma, reprit Moore. Ma tante demeurait dans un petit cottage construit en briques, que

des roses grimpantes recouvraient entièrement.

Là dessus, il se lança dans une description enthousiaste de la demeure où s’était écoulée son enfance, Sa voix musicale avait quelque chose de berçant et de tranquillisant, aussi les yeux du pauvre Bruce qui l’écoutait, la tête renversée en arrière, perdaient-ils peu à peu leur effrayant éclat.

Nous nous regardâmes, le Duc et moi.

— Ça ne va pas trop mal, eh? dit le Duc après un moment de silence.

— Ils n’auront pas besoin de nous avant une demi-heure au moins, aussi pourrions-nous aller nous occuper de nos chevaux, suggérai-je.

Quand nous entrâmes dans la chambre, elle avait été remise en ordre, la bouillotte chantait sur le feu, les draps de lit étaient bordés et Moore achevait de laver le sang qui maculait les bras et le visage de Bruce.

— Vous arrivez au bon moment, nous dit-il, je n'aurais pas aimé à remettre seul ceci en place. Il désignait de la main le bandage défait.

Tout le long de la nuit, Moore s’occupa à calmer et à soigner le malade. Tantôt il chantait d’une voix douce, tantôt il lui racontait des histoires qui n’avaient pas de sens, mais qui, peutêtre pour cette raison même, avaient l’étrange

pouvoir d’apaiser l’excitation due en partie à la PILOTE — 6

douleur causée par le bras blessé, en partie par le délabrement de nerfs mis à une trop rude épreuve par un mois entier d’intense dissipation.

— Il s’est attiré une belle affaire ! dit le Duc.

L’indifférence de sa voix était certainement feinte, mais elle indigna le Pilote.

— Il n’a pas été heureux dans le choix de ses amis, dit-il en le regardant en face.

— Un homme doit savoir se diriger lui-même, et s'arrêter au moment voulu, riposta le Duc, avec plus de vivacité qu’il n’en mettait d’ordinaire dans ses paroles.

— Vous auriez pu faire de lui ce que vous auriez voulu, Pourquoi ne l’avez-vous pas aidé à s’arrêter ?

La voix de Moore était ferme et sévère, et il ne quittait pas des yeux l’homme auquel il s’adressait, mais la seule réponse qu’il obtint fut un haussement d’épaules.

Quand le jour gris du matin commença à poindre, au travers de la fenêtre, le Duc se leva, se secoua un instant et s’écria :

— Je ne sers à rien ici. Je reviendrai dans la soirée.

Il s’approcha du lit et regarda pendant quelques minutes le visage rouge et fièvreux qui y reposait, puis il se tourna vers moi, en disant :

— Qu’en pensez-vous ?

— Je ne sais qu’en dire ! Le brome Paccable pour le moment, mais la blessure est très enflammée.

— Y a-t-il quelque chose que je pourrais apporter ?

Je le connaissais assez pour deviner l’anxiété qui se cachait derrière son air indifférent.

— Il faudrait aller chercher le docteur du Fort.

Il fit un signe de tête affirmatif et sortit.

— Ne voulez-vous pas déjeuner avant de partir ? lui cria Moore qui l'avait suivi jusqu’à la porte.

— Merci. Je déjeunerai au Fort, où ma présence ne risque pas de faire du mal, répondit-il avec un de ses sourires cyniques.

Les yeux de Moore s'ouvrirent tous grands et il me dit d’un air intrigué :

— Qu'est-ce qui lui prend?

— Ilest désemparé, et vous y êtes bien pour quelque chose, répondis-je, car je trouvais que Moore avait été un peu trop dur pour lui.

— Lui ai-je dit quoi que ce soit qui ne fût

pas vrai ?

— Il se peut que ce fût vrai, mais la vérité, — comme certaines médecines — n’est pas tou-

jours bonne à avaler.

Sur quoi Moore resta silencieux, jusqu’au moment où son malade le réclama de nouveau.

Ce fut une longue et pénible journée. La douleur intense provenant de la blessure et le haut degré de fièvre causé par l’intoxication du sang, tüinrent le pauvre garçon en proie au délire, jusqu'au moment où, vers le soir, le Duc parut, accompagné du docteur du Fort. Jingo semblait aussi harassé qu’un cheval doué de son tempérament peut se permettre de l'être.

— Nous avons fait soixante-dix milles, me dit le Duc en sautant de selle. Le docteur était à dix milles du Fort. Comment est-il ?

Je secouai la tête et emmenai son cheval pour le bouchonner et lui donner à manger.

Pendant ce temps, le docteur, qui appartenait à l’armée et avait de l’expérience, examinait le patient. À mesure qu’il découvrait un symptôme nouveau, il prenait un air de plusen plus étonné. À la fin, il s’écria :

— Que lui avez-vous donc fait? Pourquoi estil dans cet état là? Cette blessure n’explique pas tout.

Nous restions silencieux, comme des enfants que l’on gronde. Enfin le Duc dit, en hésitant :

— Je crains, docteur, que la vie n’ait été un peu trop rude pour lui. Il a eu une forte crise de nerfs, il voyait toutes sortes de choses, vous savez.

— Oui, je sais, s’écria le vieux docteur avec

violence. Je connais assez votre tête de fer et vos nerfs d’acier. Je connais la bande et je sais comment vous la menez, infernal fou que vous êtes! Votre tour viendra un jour ou l’autre. Je vous ai averti avant aujourd’hui.

Le Duc laissait avec un demi-sourire l'orage passer au-dessus de sa tête. Mais tout à coup, le sourire s’éteignit et d’un geste brusque il nous montra le lit. Bruce s’était mis sur son séant ; il avait l’air absolument calme et sensé, et il tendait la main au Duc en disant :

— Ne prenez pas garde à ce que vous dit ce vieux fou.

Et tout en parlant il regardait son ami, aussi tendrement que s’il eût été une jeune fille.

— Est-ce mon enterrement, mon propre enterrement ? répétait-il.

Il fit une pause, puis il reprit :

— Cela se pourrait bien, qui sait ? Ce que j'éprouve est assez drôle pour cela, mais rappelez-vous, Duc, que c’est ma propre faute, ne croyez pas un mot de ce que vous disent tous ces imbéciles — il désignait Moore et le docteur. — Ma propre faute, ma propre faute.

Sa voix semblait n’être plus qu’un souffle.

Le Duc se pencha sur lui et le recoucha, en murmurant :

— Merci, mon vieux, vous êtes un brave. Je

n’oublierai pas ce que vous venez de dire. Tenez-vous seulement tranquille et vous serez bientôt sur pied.

IL passa sa main fraiche et forte sur le front brûlant de l’homme qui fixait sur lui un regard tout plein d’amour. Quelques minutes plus tard, Bruce tombait dans un sommeil profond, alors le Duc se releva, et se tournant vers le docteur, il lui dit de sa voix la plus glaciale :

— Vos paroles étaient plus vraies qu’opportunes, docteur. Votre patient réclame toute votre attention. Quant à mon moral, M. Moore a la bonté de s’en charger.

En prononçant cette dernière phrase, il s’inclinait vers le Pilote.

— Je lui souhaite beaucoup de plaisir, au sujet de cette charge là, marmotta le docteur en retournant vers le lit où Bruce délirait de nouveau.

Pendant des mois, le souvenir de cette veillée fut pour moi un cauchemar horrible. Moore dormait, étendu sur le plancher. Le Duc était reparti à cheval, je ne sais pour où. Nous restions debout, le vieux docteur et moi. Toute la nuit, Bruce fut en proie au délire le plus violent ; il chantait, tantôt des psaumes, tantôt des chansons profanes ; il adressait des volées de jurons à son bétail ou à ses partners de poker et par-

fois, dans ses moments plus calmes, il se croyait à la maison, redevenu enfant et entouré d’amis et de jeux d’enfants. Rien ne pouvait abattre la fièvre. Cela confondait le docteur, qui, plusieurs fois durant la nuit, déclara qu’il était inadmissible qu'une blessure comme celle-là produisit une fièvre pareille, après quoi il se répandait en malédictions à l’adresse du Duc et de sa Compagnie.

— Vous ne pensez pourtant pas qu’il puisse ne point se remettre, docteur ? lui dis-je en réponse à une de ses sorties indignées.

— Il devrait s’en tirer, me répondit-il avec impatience, mais je crois qu'il ne faudra pas moins qu'il s’en aille, ajouta-t-il d’un ton délibéré.

Tout se tut autour de moi pendant un instant. Cela me paraissait impossible. Deux jours plus tôt il était plein de vie, et maintenant il se mourait. Je pensai à sa demeure lointaine, à sa mère dont il avait coutume de me montrer les lettres pleines de tendre inquiétude ; je songeais à sa vie désordonnée, avec toutes ses impulsions généreuses, ses erreurs, ses folies.

— Combien de temps peut-il vivre encore ?

demandai-je, les lèvres sèches et le gosier serré.

— Peut-être vingt-quatre heures, peut-être plus longtemps. Il ne peut pas éliminer le poison.

Le vieux docteur se trouva avoir été bon prophète. Après une autre journée de délire atroce, Bruce tomba dans un engourdissement qui dura toute la nuit.

Alors le changement se produisit. Comme la lumière commençait à éclairer l'extrémité orientale de la prairie, et à poser quelques rayons sur les montagnes dressées à l’Ouest, bien loin de nous, Bruce ouvrit les yeux et regarda autour de lui.

Le docteur était parti, le Duc n’était pas encore revenu ; nous étions seuls, Moore et moi. Il interrogea nos visages pendant un moment.

Ce qu’il y lut remplit ses yeux d’étonnement.

— Cela approche-t-il? demanda-t:il d’une voix faible et douce. Pensez-vous vraiment que je doive m'en aller ?

L'appel pathétique qui vibrait dans sa voix et l’ardente interrogation de ses yeux grands ouverts bouleversèrent Moore, qui se cacha derrière moi. Je l’entendis bientôt sangloter et Bruce aussi l’entendit.

— Est-ce le Pilote ? fit-l.

Aussitôt Moore se ressaisit, essuya ses yeux, et vint se placer de l’autre côté du lit, presque souriant.

— Pensez-vous que je vais mourir ?

L’accent avec lequel ces paroles étaient prononcées, était celui d’un homme qui fait un effort immense pour se dominer. Je sentis un frisson d’admiration me secouer, quand j’entendis le Pilote dire d’une voix tendre et claire :

— Ils le disent, Bruce. Mais vous n’avez pas peur.

Bruce ne le quittait pas des yeux et bientôt il répondait, avec une hésitation grave :

— Non, non... pas peur, seulement j'aurais aimé à vivre encore un peu. J’ai tellement gâché ma vie, j'aurais voulu essayer de la recommencer à nouveaux frais...

Il s’arrêta, puis un léger tremblement agita ses lèvres.

— Il y a ma mère, vous savez, ajouta-t-il, comme pour s’excuser, et Jim...

Jim était son frère cadet, la plus intime des camaraderies les avait toujours liés.

— Oui, je le sais, Bruce, mais la route ne sera plus très longue pour eux non plus, et il fait bon là où elle s’arrête.

— Oui, je le crois, j’ai toujours cru, quand même je prétendais le contraire, pouvez-vous me le pardonner ?

— Ne parlez pas de cela, dit Moore d’un ton désolé.

Bruce sourit faiblement, puis il ferma les yeux en disant :

— Je suis fatigué.

Mais il les rouvrit presque aussitôt et regarda vers la porte.

— Qu’y a-t-il ? fit Moore en se penchant vers lui.

— Le Duc, murmurèrent les pauvres lèvres.

— Il vient, affirma Moore, quoique je ne comprisse pas comment il pouvait le savoir.

Mais il parlait encore que, m’approchant de la fenêtre, je vis Jingo galopant autour de l’enclos. Bruce, en entendant le bruit de ses sabots, se mit à sourire et ouvrit ses yeux qu’il tourna vers la porte. L’éclair de joie qui les illumina, quand le Duc entra, me saisit le cœur.

Ni l’un ni l’autre ne prononça une parole, mais Bruce s’empara d’une des mains du Duc et l’emprisonna dans les deux siennes. Il s’affaiblissait rapidement. Je lui ingurgitai une gorgée de cognac, qui le ranima un peu.

— Je me meurs, Duc, dit-il tranquillement, promettez-moi de ne vous adresser à vous-même aucun reproche ?

— Je ne puis pas vous le promettre, mon vieux, dit le Duc en frissonnant, Plût à Dieu que cela me fût possible.

— Vous étiez trop fort pour moi, mais vous ne le pensiez pas, n’est-ce pas ?

Il y avait une caresse dans sa voix faible.

— Non, non, Dieu le sait, dit le Duc précipitamment.

Il se fit un long silence, puis de nouveau Bruce ouvrit les yeux en murmurant :

Moore entra.

— Lisez-moi l'Enfant prodigue, balbutia-t-il,

Alors nous entendimes la voix musicale de Moore prononcer clairement chacune des syllabes de cette inimitable histoire.

C'était moi, maintenant, que le regard de Bruce appelait.

— Ma lettre, fit-il tout bas, dans mon habit.

Je lui apportai la dernière des lettres de sa mère. Il tint un instant l'enveloppe devant ses yeux, puis il me la tendit en murmurant :

— Lisez-la.

J’ouvris la lettre, mais quand j'essayai d’en lire les premiers mots : « Mon David chéri »,

ma langue se colla contre mes lèvres, et aucun son n’en sortit. Moore tendit la main pour prendre la feuille de papier et le Duc se leva pour sortir, mais Bruce lui fit signe de rester ; il se rassit donc et resta, la tête baissée, pendant que Moore lisait la lettre.

Sa voix resta ferme jusqu'au moment où il arriva à la dernière phrase, enfin elle lui manqua et sa lecture se termina dans un sanglot :

Et puis, oh! David, mon garçon bien-aimé, st Jamais ton cœur se tournait de nouveau vers la maison, rappelle-toi que la porte en est tou- Jours ouverte pour toi, et qu'en y entrant, lu y apporterais la joie pour nous tous.

Bruce ne bougeait pas, mais sous ses paupières closes de grosses larmes coulaient. (était son dernier adieu à celle dont l’amour avait été pour lui l’ancre qui le rattachait à toutes les choses qui sont pures sur la terre, et à celles qui sont en haut.

Il prit la lettre des mains de Moore et la porta à ses lèvres avec beaucoup de difficulté, puis, touchant la Bible ouverte près de lui, il balbutia :

— Est-ce aussi comme cela..…., là-bas..., n’y a-{-il vraiment... rien à craindre ?

— Non ! non! dit Moore avec une conviction Joyeuse, bien que ses larmes coulassent. N'ayez aucune crainte au sujet de l'accueil qui vous attend.

Ses yeux rencontrèrent les miens. Je me baissai.

— Dites-lui... murmura-:t-il.

Puis sa voix s’éteignit.

— Que devrai-je lui dire? demandai-je, en essayant de le rappeler à lui-même.

Mais le message ne fut jamais formulé. Il souleva lentement sa main dans la direction du Duc et la posa sur sa tête. Alors le Duc se redressa et le regarda, puis il fit un geste, pour lequel je lui pardonnai beaucoup de choses. Il se pencha et embrassa d’abord les lèvres blèmes, puis le front pâle du mourant. Un rayon passa dans les yeux de Bruce, il sourit encore une fois et ce fut en souriant qu'il entra dans le grand au delà. Par la fenêtre ouverte, l’air venu des grandes montagnes entrait chargé du parfum des roses de juin. Il passait, frais et léger, sur le visage où le radieux sourire restait fixé. Et il semblait naturel qu'il en fût ainsi, car ce souffle pur arrivait du pays du Matin.

De nouveau, le Duc fit une noble action ; par dessus le corps de son ami mort, il offrit sa main au Pilote, en lui disant avec sa grâce de grand seigneur :

— M. Moore, vous êtes un homme brave et vous êtes bon. Je vous prie de me pardonner mes nombreuses impolitesses.

Mais Moore ne fit que secouer la tête, en saisissant cette main tendue, après quoi il s’écria, d’une voix entrecoupée :

— Ne parlez plus de tout cela ! je ne puis pas le supporter.

— La Compagnie des Nobles Sept ne se réunira plus, dit le Duc, tandis que ses lèvres tremblaient.

Elle se réunit cependant encore. Mais quand elle le fit, le Pilote occupait la chaire, et personne ne jouait au poker.

Comme Bill le disait, le Pilote avait « pris position ».

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