CHAPITRE IX
Gwen
Je n’étais pas encore depuis longtemps dans la contrée des Foothills, quand je commençai à entendre parler de Gwen. Chacun avait une histoire à raconter à son sujet ; histoires pour la plupart sans grand détail, mais d’autant plus frappantes. Elle vivait fort loin de ce centre de civilisation, désigné dans les indicateurs postaux sous le nom de Swan Creek, mais appelé, dans le langage local, tout simplement : chez le vieux Latour. Le ranch de son grand-père, qu’elle ne quittait jamais, était situé tout au fond des collines qui avoisinent le lac du Diable. Mais beaucoup de nos hommes l'avaient aperçue parfois et s’étaient fait à son sujet une opinion très nette.
— À quoi ressemble-t-elle ? demandai-je un
jour à Bill, auquel j’essayais d’arracher une description quelque peu précise de cette jeune personne.
— À rien ! elle m'inspire une terreur..., une sainte terreur, me répondit-il lentement et avec emphase.
— Mais encore une fois, à qui ressemblet-elle ? quel air a-t-elle ? répétai-je, impatienté.
— Quel air elle a ?
Il réfléchit pendant un moment, regarda autour de lui comme pour chercher un terme de comparaison, après quoi il répondit :
— Je ne sais pas.
— Comment donc ? Que voulez-vous dire ? Ne l’'auriez-vous jamais vue ?
— Bien sûr que je lai vue ! mais elle ne ressemble à personne.
Sur ce point là, il était évident que l’opinion de Bill était immuable.
J’essayai donc de tourner la difficulté.
— Voyons, insistai-je, quelle espèce de cheveux a-t-elle ? Car, enfin, je suppose pourtant qu’elle a des cheveux.
— Des cheveux ! oh ! pour cela, ce n’est pas ce qui lui manque, s’écria Bill, que ma supposition semblait indigner. Elle en a des mètres ! Et ils sont rouges !
— Tu n’y entends rien ! protesta Hi. Rouges !
Ils ne sont pas plus rouges que les miens !
Bill regarda les cheveux de Hi d’un œil critique. |
— Quelle couleur passes-tu sur ta vieille brosse ? demanda-t-il prudemment,.
Ce n’est toujours pas du rouge.
— Rouge ! Mettons que ce ne soit pas exactement cela, fit Bill, qui se mit à rire d’un rire bas et étouffé, qu’il interrompait parfois pour répéter : — Rouge ! Allons donc ! Rouge !
— Non, Hi, dit-il, reprenant tout à coup son sérieux, avec la même brusquerie qu’il employait parfois vis-à-vis de son bronco, et tout en parlant il regardait son ami, d’un air particulièrement solennel — non, Hi, tes cheveux ne sont pas rouges, ne permets à aucune de tes connaissances de te persuader du contraire. Ils ne sont pas rouges ! Il semblait prêt à partir d’un nouvel éclat de rire, mais il se domina et ajouta : — Il se peut qu’ils soient bleus, bleu de céruse, ou violets, mais rouges.
Il s’arrêta et se mit à considérer son ami, comme s’il découvrait pour la première fois en lui un intéressant sujet d’étude, sur lequel il n’était pas assez informé pour oser en parler. Il ne voulut pas davantage reprendre la description qu’il avait ébauchée.
Ce fut Hi qui, sans relever la harangue de PIDOTR "17
Bill, se lança avec enthousiasme sur la piste que j'avais ouverte devant lui.
— Elle sait monter à cheval! s’écria-t-il, c’est une cavalière qui pourrait en remontrer à n’importe qui, pas vrai, Bill ?
Bill fit un signe de tête affirmatif.
— Elle sait rassembler un troupeau et tenir tête à un taureau, mieux qu'aucun cow-boy de la prairie.
— Vraiment ! Elle est donc très grande ?
— Grande ? Mais ce n’est encore qu’un petit poulet ! Ce n’est pas la grandeur qui fait, chez elle, ce sont les nerfs. Elle a les nerfs les plus fortement trempés que vous ayiez jamais vus.
Pas vrai, Bill?
Et de nouveau Bill opina du menton.
— Tu te rappelles ce jour où elle tua ce taureau, Bill? continua Hi.
— Racontez-moi donc ça? m’écriai-je, flairant une histoire.
— Ca n’en vaut pas la peine, dit Bill.
— Pas la peine ! rétorqua Hi. Joliment, que ça en vaut la pere.
— Voyons! dites-moi ce qui en est, insistai-je.
— Oh! Bill, que voici, a fait un jour une jolie action, là bas, sur le pâturage du vieux Meredith, mais il n'aime pas à en parler, il est timide, vous savez, expliqua Hi, avec un sourire ironique.
— Et moi, je prétends que tu n’as aucune raison de continuer sur ce ton-là, dit Bill d’une voix indignée.
Hi résista loyalement à son désir d’en dire davantage, aussi n’ai-je jamais pu arriver jusqu’au fond de cette histoire. Tout ce que j’en appris plus tard, c’est que Bill avait un jour réussi, au péril de sa vie, à tirer le Duc de dessous les sabots d’un taureau furieux, et que la petite Gwen était accourue sur son bronco et avait, de la manière la plus délibérée du monde, tiré deux balles dans la tête du taureau, ce qui les avait sauvés tous deux d’un grand danger, peut-être même de la mort, car tout le reste du troupeau s’approchait d’une façon menaçante.
Bill, comme de juste, ne pouvait souffrir qu’on fit allusion à cet incident, en quoi il se montrait bien un homme de l'Ouest. Celui-ci n’hésitera pas un instant à vous dire ce qu’il saurait faire, mais quant à ce qu’il a réellement accompli, il n’en parle jamais.
Le seul trait que Hi ajouta à l’esquisse du portrait de Gwen, fut l’assurance qu’elle pouvait, quand l’occasion l’exigeait, se fâcher pour de bon.
— Tu te rappelles le jeune Hill, Bill?
Bill se le rappelait.
— Ne lui est-elle pas tombée dessus, de la belle façon? D’ailleurs, cela lui venait bien.
— Que lui a-t-elle fait ?
— Elle lui a cinglé un coup à travers la figure avec sa cravache, je ne vous dis que ça !
— Et pourquoi donc ?
— Parce qu’il avait renversé son Joe, l’Indien.
Joe était, comme je l’appris plus tard, le fils de Ponka, et l’esclave le plus dévoué de Gwen.
— Oh! elle n’y va pas par quatre chemins !
— C’est vrai, approuva Bill, elle est un peu vive.
Puis, craignant d’avoir paru vouloir l’excuser, il ajouta, d’un air qui montrait qu'il considérait cette question comme réglée :
— N’empèêche qu’elle est de la bonne espèce!
Elle me va !
Le Duc m’ouvrit des perspectives sur une autre face de son caractère.
— C’est une enfant remarquable, me dit-il un jour. Sauvage et timide comme une coyote, elle a le cœur plein de passions. Meredith — lPAncien Temps, vous savez — l’a toujours séquestrée, là bas, dans les collines. Elle ne voit que lui et la parenté de Ponka, c’est-à-dire des Pieds Noirs, qui la considèrent comme une déesse et contribuent puissamment à la gâter. Elle sait parler leur langage et connaît toutes leurs habitudes ; il lui arrive même parfois d’aller passer une semaine avec la tribu.
tatin nié din ti bat
— Comment ! avec les Pieds Noirs !
— Ponka et Joë l’accompagnent, naturellement; mais même seule, elle serait aussi bien en sécurité au milieu d’eux, que si elle était entourée d’une garde d’honneur. D'ailleurs, depuis quelque temps, elle semble les avoir abandonnés.
— Et que fait-elle à la maison? demandai-je,
a-t-elle quelque éducation ? Sait-elle lire et écrire ?
— Non, pas cela. Elle confectionne elle-même ses robes et ses mocassins ; elle sait aussi faire la cuisine et la lessive, bien entendu quand cela lui convient. De plus, elle n’ignore rien de ce qui touche aux oiseaux, aux bêtes, aux fleurs et à toutes les choses de ce genre, mais de l’éducation ! En vérité, elle est à peine civilisée.
— Quelle honte ! m’écriai-je, quel âge a-t-elle ?
— Oh ! ce n’est encore qu’une enfant ; elle peut avoir quatorze ou quinze ans, j'imagine, mais sous bien des rapports, elle est déjà une femme.
— Que dit son père de tout cela ? A-t-il de autorité sur elle ?
— De l’autorité sur elle ! exclama le Duc, de l'air le plus étonné du monde. Mais, que Dieu vous bénisse, personne dans le ciel ni sur la terre ne pourrait exercer sur elle la moindre autorité. Attendez de l'avoir vue, debout devant Joe, lui donnant des ordres, sa petite tête orgueilleuse
rejetée en arrière, et vous n’associerez plus jamais, dans votre pensée, le nom de Gwen avec l’idée d’un contrôle exercé sur elle. J’ai vu bien des personnes impérieuses en ma vie, mais je ne connais rien qui puisse être comparé à l’orgueil impérial de la petite diablesse qu’elle est.
— Comment son père supporte-t-il ses absurdités? demandai-je encore, car je confesse que le portrait tracé par le Duc m'avait étrangement captivé.
— Son père marche tout simplement dans son sillage et l’adore, comme le font tous ceux qui lapprochent, y compris, ou peut-être surtout ses deux chiens — Wolf et Loo — pour lesquels elle mourrait sans hésiter, si c'était nécessaire. Et cependant, ajouta-t-il, après un moment de silence, c’est une honte, comme vous le disiez. Elle devrait connaître quelque chose des raffinements de la civilisation à laquelle elle appartient, après tout, et à laquelle, également, aucun de nous ne peut avoir le moindre espoir d'échapper jamais entièrement.
Le Duc se tut pendant quelques instants, puis il reprit, avec un peu d’hésitation :
— De plus, elle est absolument païenne ; elle n’a jamais vu un livre de prière, vous savez.
Peu de temps après cette conversation, et grâce à l’influence du Duc, j'imagine, je fus
engagé par l’Ancien Temps à me rendre deux fois par semaine à son ranch, pour enseigner à sa fille un peu des éléments qui constituent l'éducation d’une dame.
La manière dont je fis la connaissance de Gwen : caractérisa d'emblée les nombreuses épreuves dont j’eus à souffrir de la part de cette jeune personne, avant que j’eusse terminé ma tâche auprès d’elle. L’Ancien Temps m'avait donné des directions minutieuses, concernant la piste qui me conduirait à l’entrée de l’étroite et profonde vallée où il devait m’attendre. Elle suivait le cours de la Swan, descendait au fond de coulées abruptes et remontait sur des collines de plus en plus hautes et ensoleillées, enfin elle s’engageait tout à coup dans une vallée, très large à son début, mais qui se rétrécissait rapidement jusqu’à ne plus être qu’une gorge enserrée entre des parois de rochers, entièrement revêtues de plantes grimpantes, auxquelles une multitude de ruisselets, cascadant du haut des roches, communiquaient une fraîcheur perpétuelle. Cette gorge était un coin mystérieux, auquel étaient attachées une foule de légendes et d’histoires de revenants, depuis le temps où les Pieds Noirs étaient les maîtres du pays.
Aujourd’hui encore, aucun Pied Noir n’oserait traverser ce défilé, aux sombres murailles dra-
pées de verdure, après heure où la lune a dépassé son bord oriental. Mais à la vive lumière du plein jour létroite vallée était un endroit charmant, frais et doux, où je m’attardais tout en attendant l'Ancien Temps qui ne paraissait pas, bien que l’ombre commençât déjà à envahir son versant tourné vers l'Occident.
Une fois hors du défilé, la piste remontait jusqu’à une large étendue de prairie qui recouvrait les pentes molles entre lesquelles scintillait le lac du Diable, pareil, éclairé comme il Pétait par un soleil éclatant, à un bijou précieux aux couleurs changeantes. Au fond, l’ombre de quelques grands pins le faisait paraître presque noir ; au milieu, il passait du bleu le plus intense au violet, tandis que plus près, il prenait des nuances d’émeraude, qui s’en allaient, pâlissant, jusqu’au point où elles se confondaient avec la blancheur du sable de la grève.
Droit en face de moi se dressaient, sur une petite éminence, les bâtiments du ranch, entourés d’une palissade faite de perches pointues. C’était là le château de la Princesse. Je me dirigeai vers le portail ouvert, puis je me retournai pour regarder encore une fois le lac merveilleux, aux eaux brillantes et chatoyantes. Tout à coup, on entendit un vacarme épouvantable, mon poney se dressa sur ses jambes de derrière, selon sa
détestable habitude de bête rétive, puis, m’ayant déposé sans façon sur le sol, il s’enfuit le long de la piste, poursuivi par deux énormes dogues, qui passèrent à côté de moi comme deux flèches, avant même que j'eusse pu me relever. Je fus tiré de mon étonnement par un éclat de rire strident, et pourtant perlé et musical. Je levai la tête et vis mon élève, car je devinais que c'était elle, debout à côté d’un magnifique pinto (poney tacheté) et tenant à la main un lourd fouet de berger. Je sautai sur mes pieds et lui dis avec emportement, je le crains :
— De quoi riez-vous? Pourquoi ne rappelezvous pas vos chiens ? Ils vont chasser mon pauvre poney, si loin qu’il ne sera plus possible de le retrouver.
Elle tourna vers moi sa petite tête, rejeta en arrière la lourde masse de ses cheveux d’un brun rouge, et me dit, après m'avoir regardé comme on regarde quelqu'un qui n’est pas même digne d’être méprisé :
— Non, ils le tueront.
— Alors, m'écriai-je, car j'étais fort en colère, alors, je les tuerai !
Et en même temps, je posais ma main sur le revolver passé dans ma ceinture.
— Et si vous le faites, je vous tuerai vousmême, fit-elle.
Pour la première fois je remarquai ses yeux d’un bleu sombre, bordés de gris. Elle essuyait, tout en parlant, un revolver à l’air mauvais. À en juger par son visage, elle n’aurait pas hésité à mettre sa menace à exécution. Je changeai de tactique, car j'étais vraiment inquiet de mon poney, et je lui dis, avec mon sourire le plus aimable :
— Ne pourriez-vous pas les rappeler ? Ils ne vous obéiraient donc pas ?
Son expression changea instantanément.
— Est-ce votre poney? L’aimez-vous beaucoup?
— De tout mon cœur! m'écriai-je, saisi soudain d’une vive affection pour cette odieuse petite rosse.
Elle s’élança sur son pinto et partit à leur poursuite. Le poney décrivait maintenant de grands cercles sur la prairie, évitant avec soin de s’engager dans le défilé où il y aurait été trop aisément cerné. Il était fou de la terreur causée par les deux grandes brutes qui gagnaient silencieusement, mais sûrement, du terrain sur lui.
La jeune fille montée sur le pinto leur lançait dés coups de sifflet stridents, entremêlés de: « A bas, Wolf! Ici, Loo ! » x
Mais ils n’en couraient pas moins, leurs longs corps si allongés qu’ils paraissaient ramper. Ils ne prêtaient aucune attention à ses appels, et
ils se rapprochaient de plus en plus du poney, qui lui-même se dirigeait maintenant vers le pinto. Comme leurs grands cercles se resserraient, elle poussa sa monture de leur côté et en même temps elle déroulait le lariat! accroché à la corne de la selle. Le poney ralentit son allure, en voyant approcher le pinto, et au même instant, la chienne qui le suivait de plus près le rejoignit en deux bonds énormes et s’apprêtait à le saisir à la gorge. Mais déjà le lariat venait de tourner au-dessus de la tête de la jeune fille, puis de s’enrouler autour du cou de la chienne, qui, instant d’après, tombait, pantelante, sur la prairie. Son compagnon s'arrêta, regarda derrière lui et abandonna sa poursuite. Mais une dure vengeance les attendait. La jeune fille leur tomba dessus comme une furie et se mit à les battre avec son fouet jusqu’à ce que, saisi de pitié pour les deux animaux, j’intervins en leur faveur.
— Ils feront ce que je leur dis, ou je les tuerai! Je les tuerai ! s'écria-t-elle, rageuse et trépignante.
— Tirez-leur plutôt une balle dans la tête, lui suggérai-je, en saisissant mon pistolet.
Sur quoi, elle se jeta sur la chienne, qui pantelait et gémissait à ses pieds, en criant:
1 Petit Zasso.
— Si vous l’osez ! Si vous l’osez!
Puis elle éclata en sanglots passionnés.
— Méchante Loo! méchante, chère vieille Loo ! Tu as été méchante, tu sais que tu as été méchante, répétait-elle.
Elle continua ainsi à lui adresser des paroles caressantes et à serrer sa tête entre ses bras, jusqu’à ce que Loo, hors d’elle de joie, se mît à aboyer comme une folle, tandis que Wolf, majestueusement arrêté à côté d’elle, faisait entendre des grognements d’impatience et réclamait sa part de caresses. Ils formaient un groupe étrange, ces trois êtres sauvages, également violents et passionnés dans leurs affections et dans leur haine.
Tout à coup, la jeune fille se rappela ma présence, et se redressant, me dit d’un air à moitié honteux :
— Ils m’obéissent toujours. Ils sont à mor, mais ils tuent tout être inconnu qui passe le portail, et ils ont la permission de le faire.
— Cela ne manque pas d'originalité.
— Qu’entendez-vous par 1à?
— Je veux dire, que c’est plutôt dangereux pour les étrangers qui s’aventurent jusqu'ici.
— Oh! personne ne vient jamais seul ici, excepté le Duc. Et puis, ils empêchent les loups d'approcher.
— Le Duc vient souvent, n’est-ce pas ?
— Ouil dit-elle, avec un éclair dans les yeux. Il est mon ami. Il m’appelle «sa princesse », et il m’apprend à parler, et il me raconte des histoires, oh! des histoires merveilleuses.
Je regardais avec étonnement son visage, si doux, si enfantin, et j’essayais de me représenter de nouveau la jeune fille qui, quelques instants auparavant, avait si froidement menacé de me tuer et si cruellement fustigé ses chiens.
Je continuai à la faire parler du Duc pendant que nous retournions vers le portail, et tout en marchant j'étudiais sa figure, qui n’était pas jolie ; elle était trop mince et elle avait la bouche trop grande. Mais elle avait des dents superbes, et ses yeux, d’un bleu tirant sur le noir, bordés de gris, vous regardaient bien en face, des yeux sincères et braves, dans la paix comme dans la guerre. Sa gloire, c'était ses cheveux. En dépit des dénégations de Hi, ils étaient rouges, mais d’une nuance si magnifique et si indescriptible que dans une certaine lumière, quand elle chevauchait sur la prairie, ils se déployaient derrière elle comme une bannière de pourpre.
Une couleur indéfinissable et troublante, assurément, mais absolument assortie à la nature de celle à qui appartenait cette chevelure unique.
Elle remit son pinto aux soins de Joe et,
debout près de la porte, elle me souhaita la bienvenue avec une dignité et une grâce, qui me firent penser que le Duc n’était pas loin de la vérité quand il l’appelait « princesse ».
La porte ouvrait directement sur la principale pièce de la maison. C’était une longue salle, au plafond bas, aux parois de troncs d’arbres, plâtrées et blanchies à la chaux et maintenues dans une éblouissante propreté. Le plancher était recouvert de magnifiques peaux de loups, d'ours, de bœufs musqués et de boucs de montagne. Les murs étaient décorés de têtes et de cornes de gibier et de bouquetins, d’ailes d’aigles et du magnifique poitrail d’un loon que Gwen avait tué, ce dont elle n’était pas peu fière. A l’une des extrémités de la pièce se dressait une grande cheminée en pierre, qui faisait un effet splendide avec sa parure estivale de fougères, de grandes herbes et de fleurs des champs.
Un ordre parfait règnait partout. Tous les recoins de la salle, toutes les étagères, toutes les tables étaient garnies de fleurs, cueillies dans la vallée à la végétation luxuriante et parfumée.
Une étrange maison, en vérité, pleine de contrastes curieux, mais bien faite pour abriter l’enfant bizarre qui m’y recevait avec une politesse si gracieuse.
LE PILOTE DU CIEL ) 6 Lo