CHAPITRE XIV
La fanfaronnade de Bill
Le Pilote avait mis son cœur à la construction d’une église dans le district de Swan Creek, en partie parce qu’étant humain il désirait laisser dans le pays un souvenir tangible de son passage, mais surtout parce qu’il prétendait, avec beaucoup de raison, qu’une congrégation, tout aussi bien qu’un homme, doit posséder une maison pour que son établissement dans un endroit quelconque donne des garanties de stabilité.
Durant tout le printemps, il poursuivit son projet dont l'exécution lui paraissait non seulement désirable, mais possible. Mais peu de personnes partageaient son avis.
La petite Me Muir en était une. Son adhé-
sion n’était point à dédaigner, mais son influence se trouvait neutralisée par le solide immobïlisme de son époux. Celui-ci n’avait de sa vie fait quoi que ce soit de précipité. Chacune de ses résolutions procédait d’un long travail de réflexion et chaque acte important devait, selon lui, être considéré à tous les points de vue possibles et imaginables. Au demeurant, le plus honnête homme du monde, strictement religieux et grand admirateur du Pilote, mais lent à se mouvoir comme un glacier, bien que tout au fond de son cœur il possédât une réserve considérable de chaleur.
— Il a un cœur d’or, mon homme Robbie, disait sa femme au Pilote, qui enrageait et se désespérait de voir ses plans paralysés par une obstruction obstinée, seulement il est terriblement porté pour les délibérations. Mais ne vous tourmentez pas, mon fils. Ayez seulement un peu de patience, il y viendra avec le temps.
— En attendant, l’été passera et rien ne sera fait, répondit le Pilote d’un air à la fois impatienté et navré.
Une assemblée, convoquée pour discuter lopportunité de la construction d’une église, réunit quatre hommes et trois femmes, qui décidèrent que pour le moment il n’y avait rien à faire. Ceci représentait bien l’opinion de Rob-
bie Muir, mais il n’en avait pas moins refusé de dire un mot et s'était contenté de faire entendre un sourd grognement, à ce que le Pilote me raconta plus tard avec indignation. Il est vrai que Williams, le tenancier du magasin, arrivé depuis peu « d’au delà de la frontière », avait parlé tout le temps, mais nul n’aurait prêté grande attention à ses discours, débités avec une extrême fatuité, s’ils n'avaient justement représenté l’opinion non exprimée du petit Écossais, qui s’entêtait dans son mutisme exaspérant et se contentait de ponctuer de temps à autre les belles phrases de son voisin par des grognements si expressifs, que chacun avait compris son point de vue et voté en conséquence. La salle d’école suffisait amplement pour le moment ; les gens étaient trop peu nombreux et trop pauvres et ils cheminaient fort bien sous la conduite de leur présent ministre. Tels furent les arguments que l’approbation inarticulée de Robbie rendit indiscutables.
Ce fut une grande déception pour le Pilote, qui tenait tant à son idée, et ni la façon peu parlementaire dont Me Muir s’exprimait au sujet des idées bornées de son mari, ni l’assurance « qu’elle finirait bien par lui faire entendre raison », ne réussirent à le consoler et à lui
faire retrouver son entrain.
Ce fut dans cet état d’esprit qu’il partit avec moi pour la visite hebdomadaire que nous avions coutume de faire à la petite jeune fille, enfermée dans la maison qui s’élevait, solitaire, au penchant des collines.
C'était devenu une habitude, pour le Pilote, de s’en aller chercher du réconfort auprès de la jeune recluse, et il était rare qu’il sortit de sa chambre trompé dans son attente. Elle était si gaie, si brave, si forte et si drôle, que la mauvaise humeur s’évanouissait en sa présence, comme le brouillard s’enfuit devant le soleil. On aurait eu honte de conserver quelque impatience dans le cœur, quand on l’entendait, aussi s’en allait-on aussi content qu’on l'était peu en arrivant.
La figure joyeuse de Gwen — elle était presque toujours joyeuse maintenant — et son aimable accueil rassérénèrent quelque peu le Pilote, mais il n’en restait pas moins sous l'impression causée par sa défaite, chose plus pénible à supporter pour sa nature enthousiaste, qu’une souffrance positive. Il s’efforçait, avec sa bravoure virile, de ne trahir ni découragement, ni mélancolie ; Gwen n’en devina pas moins, en dépit de tous les efforts qu’il faisait pour être gai, qu'il se sentait tout déprimé, et déclara qu’il devait être malade. Elle en appela même à mon témoignage, mais je la rassurai, en lui disant :
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— Oh ! ce n’est que son église qui le tracasse.
Après quoi, je lui décrivis la force d’inertie que Robbie Muir employait à contrecarrer les projets du Pilote.
— Quel scandale! s’écria Gwen avec indignation. Quel méchant homme il doit être!
Le Pilote sourit.
— Non, vraiment, dit-il. Au fait, il est même le meilleur homme que nous ayions dans le pays, mais je voudrais qu’il fit ou dise quelque chose. S’il voulait seulement se mettre en colère et jurer, je crois que je me sentirais beaucoup plus heureux.
Gwen avait l’air consternée.
— Si vous pouviez le voir ! continua-t-il. Il se tient très droit, dans un silence solennel, et il a l’air si effroyablement compétent, que la plupart des autres hommes se sentent beaucoup trop incapables pour oser prendre la parole.
Quant à faire quoi que ce soit en présence de son impassibilité, la seule idée leur en paraîtrait monstrueuse.
— Je ne puis pas le souffrir! s’écria Gwen.
Je voudrais pouvoir enfoncer des épingles dans son corps.
— Je voudrais aussi que quelqu'un pât le faire, déclara le Pilote. Il paraîtrait plus humain, si on parvenait à le faire sauter en l'air.
— Essayez d’une nouvelle convocation, dit Gwen, et trouvez quelqu'un qui le fasse sauter.
— Ce serait plus facile de construire l’église, répondit le Pilote, d’une voix mélancolique.
— Je suis sûre que j'y parviendrais bien, fit Gwen, et j'en trouverai le moyen, ajouta-t-elle après un instant de réflexion.
— Vous ? Comment vous y prendrez-vous ?
Il la regardait avec des yeux agrandis par étonnement.
— Je vous dis que j’en trouverai le moyen.
Et ce fut toute l’explication qu’il parvint à lui arracher ce jour-là.
Elle le trouva, en effet, car peu de jours plus tard, la congrégation ayant été convoquée à nouveau pour délibérer au sujet du projet de construction, les fermiers, leurs femmes, et Williams, le négociant, furent grandement étonnés de voir Bronco Bill, Hi, et une demi-douzaine des hommes des ranchs entrer, les uns après les autres, et s'asseoir solennellement autour de la salle. Robbie les regardait, d’un air à la fois étonné et méfiant. En matière d'Église, il n'avait rien à faire avec les Samaritains des collines. Il consentait bien à considérer ces irrégénérés comme bons à fournir du travail à un missionnaire et à stimuler son zèle, mais quant à leur reconnaître quelque droit à s’occuper des affaires de
l'Église et à leur permettre d’en contrôler la direction, Robbie trouvait la chose inadmissible. Et il s’appuyait, pour justifier son intransigeance, sur sa loyale adhésion à la parole biblique, qui recommande de ne pas jeter des perles devant les pourceaux.
Le Pilote, bien que fort surpris de la présence de Bill et de ses compagnons, n’en était pas moins enchanté ; sa confiance dans l’issue de la délibération en était beaucoup augmentée. Il ouvrit la séance en indiquant le sujet unique mis à l’ordre du jour: « Devrait-on bâtir cet été même une église à Swan Creek ? » Et il exposa en peu de mots les motifs pour lesquels cette construction lui paraissait désirable. Elle l'était, selon lui, dans l'intérêt de la congrégation déjà existante, dans celui des habitants du district, des familles dont les enfants grandissaient, des colons dont le nombre allait en augmentant, en un mot, dans l'intérêt de la contrée toute entière et de son avenir. Il termina son exposé en engageant tous ceux qui aimaient leur Église et leur pays à unir leurs efforts, afin d'assurer cette construction. Son appel enthousiaste gagna sur-le-champ à sa cause toutes les femmes et quelques-uns des hommes auxquels il Padressait.
Un silence profond lui succéda. Robbie
attendait, pour parler, le moment où l’effet du discours du ministre aurait été atténué par les remarques oiseuses de quelques-uns des assistants. Comme celles-ci tardaient à se produire, il se décida à dire gravement :
— L'église serait une grande chose, sans nul doute et, nous autres, — ici il lança un regard tout chargé de suspicion du côté de Bill, — nous autres, nous nous réjouirions s’il était possible de la construire. Mais nous devons user de grandes précautions, et j'aimerais bien m’informer de la somme que coûterait cette église. Je voudrais bien savoir aussi où on prendrait cet argent.
Le Pilote attendait cette question, aussi étaitil tout préparé à y répondre : La dépense serait de 1200 dollars. Le fonds central des constructions d’églises en allouerait 200 à la congrégation ; les intéressés pourraient fournir du travail pour une valeur de 300 dollars, et il estimait que les 700 dollars manquant seraient facilement collectés dans le district dans l’espace de deux ans !
— Ouich! fit Robbie, dont le ton, le visage et les manières équivalaient à un seau d’eau froide suffisant pour glacer le plus brûlant des enthousiasmes. L’effet fut tel, que le président, Williams, parut exprimer lopinion générale lorsqu'il s’écria :
ses
— Il est évident que l’assemblée est opposée à une entreprise qui chargerait la communauté d’une dette de mille dollars.
Après cela, il énuméra de la façon la plus détaillée toutes les objections qui pouvaient être faites au projet de la construction immédiate d’une église : Les membres de la communauté étaient fort peu nombreux ; ils étaient dispersés sur une très grande étendue de terrain ; ils ne s’intéressaient pas suffisamment à la chose ; ils dépensaient beaucoup d’argent et en gagnaient fort peu en retour. Pour toutes ces raisons, et pour d’autres encore, il proposait que lassemblée fût ajournée jusqu’à des temps meilleurs.
Robbie restait silencieux et impénétrable, en dépit des chuchotements et des coups de coude de sa petite femme. Le Pilote offrait l’image du malheur, et allait éclater, quand Bill fit tressaillir chacun,
— Dites donc, les gars ! il semble qu’ils n’ont pas trop de crédit, entre eux tous.
Ces paroles étaient débitées d’une voix trainante, mais parfaitement distincte.
— M'est avis que s’ils en avaient, ils ne sauraient pas même s’en servir.
Cette réponse venait du coin le plus obscur de la salle.
— Ce vieil Écossais, là-bas, met toute sa religion dans ses prières, reprit Bill, mais il ne lui en reste point pour sa conduite.
— Paraît qu’ils n’ont pas même 700 dollars à leur disposition.
Ces paroles, prononcées par un inconnu, scandalisèrent Robbie, qui mettait sa fierté à payer comptant tout ce qu’il achetait.
— Ils ne possèdent rien! déclara avec emphase une autre voix. Ils ne sont, tous ensemble, qu'un tas de chanteurs de psaumes sans le sou.
— À l'ordre! A l’ordre! cria le président.
— Le vieux sac de café, là-bas, ne voit pas pourquoi les ronds de l’Écossais que voici s’en iraient dans une autre poche que dans la sienne, grommela Hi.
Cette remarque provoqua des éclats de rire à peine dissimulés, qui s’expliquaient par la réputation fort douteuse de Williams.
Robbie se trouvait dans un état d’esprit des moins confortable, et si grand était le désarroi de son esprit, que pour la première fois de sa vie il fit une motion :
— M. le Président, je propose que nous levions la séance, dit-il d’une voix vibrante d’émotion.
— Vous n’êtes pas de cet avis ? Pas vrai, les gars !.s’écria Bill.
— Bien sûr que non! Le meeting n’est pas du tout terminé, déclara Hi qui jubilait,
— Vous pouvez rester jusqu’à demain matin, si cela vous plaît, dit Robbie avec colère, pour moi, je m’en vais à la maison.
Et tout en parlant, il commençait à mettre son paletot,
— Dites donc, on ne part pas ainsi avant la fin ! s’écria Bill.
— Ma foi, mon partner, tu as raison, dit Hi qui s’élança vers la porte, pour en défendre abord.
Son air enchanté disait clairement qu’il se réjouissait du bon tour que son ami allait sans nul doute jouer à l’Écossais.
Quant à Robbie lui-même, il regarda la porte, puis sa femme. Il semblait hésiter sur ce qu’il allait lui dire, et je compris, à n’en pouvoir douter, qu’il regrettait fort de ne pas lavoir laissée à la maison.
Tout à coup, Bill se leva et commença son discours :
— M. le Président, je n'ai pas été invité à présenter quelques remarques...
— Continuez !... Écoutez, écoutez ! vociférèrent ses amis, groupés dans le coin sombre de la pièce.
.… Et je ne me sentais pas autrement appelé
à me mêler d’une affaire qui ne rentre pas trop dans le cercle de mes divertissements, quand même le Pilote ne juge pas au-dessous de sa dignité d'inviter un individu de mon espèce à passer ici ses dimanches après-midi. Mais depuis que je vois votre boutique de près, il me paraît que vous vous souciez de notre présence beaucoup moins que lui.
Robbie, qui regardait Bill fixement, fit un signe de tête, qui équivalait à une protestation, et grommela :
— Bêtise que tout cela! Vous êtes ici les bienvenus.
… Mais je m'aperçois que je suivais une fausse piste, continua Bill sans paraître avoir pris garde aux paroles de Muir. Je chérissais l'opinion. (Écoutez ! écoutez ! criaient de nouveau ses admirateurs), je chérissais l'opinion que ces compagnons — il désignait l’Écossais du doigt — tenaient extraordinairement à la religion, ce que je ne puis affirmer qui soit mon cas, car je ne m'occupe pas beaucoup à mettre le diable en fuite, ce dont, du moins à ce que prétend le Pilote, on ne pourra pas venir à bout, tant qu'il n’y aura pas ici une baraque évangélique spéciale. Ceci, naturellement, n’est pas mon affaire, mais si nous autres avions vraiment à cœur quoi que ce soit qui puisse
contribuer à la prospérité de lOrdre — à ce moment Hi, que l’éloquence de son ami semblait plonger dans l’extase, s’écria : très bien ! très bien — à la prospérité de l'Ordre, continua Bill, qui faisait partie d’une confrérie, je crois que je sais où nous pourrions trouver sept cents dollars.
— Je parie que oui, s’écria la voix étrange qui s’était déjà fait entendre, et tout le chœur des cow-boys appuya cette déclaration.
.… Je ne suis pas un homme qui parie volontiers, ni d’une façon régulière, reprit Bill, bien que j'aie déjà joué quelques parties, justement dans cette pinte située à côté de l’établissement où nous nous trouvons aujourd’hui, mais je prétends que si nous autres, avions grande envie d’une chose qui coûterait environ sept cents dollars, il ne nous faudrait p’têtre bien pas plus de deux jours pour nous les procurer.
Ici, Robbie Muir poussa un grognement, qui exprimait autant de doute que de dédain. Bill s'arrêta un instant pour lui jeter par dessus son épaule un regard également méprisant, après quoi il répéta, d’une voix toujours plus lente et bonnasse :
.… Je ne suis pas un homme qui fasse métier de parieur, comme je vous l'ai déjà dit, mais si un homme voulait risquer quelque
argent contre moi sur ce que je viens de prétendre, je consentirais à lui frapper dans la main, dans de certaines limites, bieh entendu. (Très bien, très bien, allez-y hardiment, mon garçon ! criait Hi, toujours en faction près de la porte.) Sans être trop effronté, je chéris l’opinion (de nouvelles approbations clamées dans le coin de la salle ponctuaient ses paroles), je chéris l'opinion que pour ce projet évangélique, voyant combien le Pilote y tient, nous pourrions, nous autres gars, réunir cinq cents dollars dans l’espace d’un mois, si p't’être ces pieux personnages s’engageaient à sortir de leurs goussets les deux cents qui manqueraient à la somme totale.
Robbie, poussé à bout par le ton traînant, si manifestement ironique de Bill, et par tout ce que sa proposition sous-entendait d’injurieux, s’écria tout à coup :
— Vous seriez fameusement embêté, si on vous prenait au mot |
— Voulez-vous dire que je ne tiendrais pas l'engagement, si vous le faisiez ?
— Bah! fit Robbie en ricanant.
— Il est vrai qu’il n’est pas probable que j'y sois appelé ! Mes cinq cents dollars ne risquent pas grand’chose, riposta Bill, en jetant habilement l’amorce que Robbie s’empressa d’avaler.
— Ah ! oui! dit-il avec un souverain mépris, mes deux cents dollars se trouveront ici, et ils attendront votre part longtemps, je le parie bien !
Alors Bill le cloua, en disant d’un air souriant :
— Je regrette de n’avoir pas mon porte-cartes visite sur moi.
— Vous lavez oublié sur le piano, n’est-ce pas? suggéra Hi, qui riait aux éclats, tant sa joie était grande d’avoir vu Bill rouler le petit Écossais de si belle façon.
Mais Bill, sans se laisser désarçonner davantage par cette plaisanterie que par les applaudissements de ses compagnons, dit du ton le plus suave du monde :
— Si l’un de ces Messieurs voulait inscrire la date de ce jour sur l’almanach, je chéris l’opinion que d'ici en un mois il y aura sur ce pupitre que voici cinq cents dollars, qui regarderont s'ils n’en voient pas arriver deux cents autres; ou peut-être inclineriez-vous à ce que ce soit plutôt deux cent cinquante, ajouta-t-il en se tournant vers Robbie qui, parfaitement insensible à cette insinuation, perdait d’instant en instant plus de patience.
— Cette affaire ne me trouble point, fit enfin le petit homme. Vous n’êtes qu’un fanfaron, voilà tout !
— Vous vous souviendrez de cette petite transaction, mes gars, et pl’être que le maître d'école voudra bien la mettre par écrit.
Ce fut là toute la réponse de Bill.
J’écrivis les conditions de l’engagement proposé par Bill et accepté, fort à contre cœur, par Muir, après quoi les cow-boys emmenèrent leur camarade en triomphe chez le vieux Latour, pour y fêter sa victoire. Pendant ce temps, Robbie Muir s’en allait dans l’obscurité, furieux, mais silencieux, et suivi, à quelques pas en arrière, par sa petite femme. Son indignation allait en première ligne au président, qui avait permis à «ce tas de garnements sans foi ni loi de troubler une assemblée de gens respectables », car il ne se dissimulait pas qu’il avait été joué et qu’en se départant de son système accoutumé de défense, qui consistait à garder un imperturbable silence, il était tombé dans le panneau qu’on lui avait tendu. Je lui suggérai, le jour suivant, en discutant toute l’affaire avec lui, l’idée que, fort probablement, il n’y avait là qu’une mauvaise plaisanterie de Bill.
— Ouich ! me dit-il d’un ton de profond dégoût, ce garçon ne respecte rien et serait capable de tourner en ridicule n’importe qui et n’importe quoi.
C'était là ce qui touchait au vif le pauvre Robbie. Bill n’avait pas seulement mis en doute sa sincérité religieuse, chose que le petit homme ne pouvait supporter, mais il l’avait encore ridiculisé devant toute la communauté, et c’était dur pour son orgueil. Mais lorsqu'il apprit, quelques jours plus tard, que Bill faisait des démarches pour se mettre à même de tenir son engagement, et qu'on l'avait entendu déclarer «qu'il forcerait ces pieux canards à plonger, quand sa paye d’une année entière devrait y passer », Robbie s’occupa tranquillement de rassembler de quoi faire honneur à sa part du marché, son orgueil d’Écossais lui interdisant jusqu’à la pensée de se dérober devant une provocation venue de gens tels que Bill et ses acolytes.